La Coupe aux grandes oreilles, telle qu'on la surnomme, est devenue l’un des trophées les plus iconiques du football. Bon nombre de légendes du football ont soulevé, ou seulement rêvé de soulever, le trophée de la Ligue des champions. On vous raconte son histoire et on vous livre ses petits secrets.
Au début des années 1950, des journalistes de L’Equipe commencent à évoquer la création d’une compétition réunissant les meilleurs clubs européens. Le projet voit le jour en 1955 et L’Equipe fournit à l’UEFA le trophée de cette compétition, alors appelée Coupe d’Europe des clubs champions.
En 1955, le trophée original commandé par le journal l’Équipe, créateur de cette compétition réunissant les meilleurs clubs européens, ne mesurait qu’une soixantaine de centimètres de haut. Imaginé par l’orfèvre amiénois Léon Maeght, le trophée était une amphore en argent surmontée de deux petites anses. Le Real Madrid remportait les cinq premières éditions de la compétition et réalisait, pour chacune de leur victoire, une copie conforme de cette coupe en argent.
En 1966, le Real Madrid remporte sa sixième C1 en onze éditions. En 1966, année de leur sixième titre de champion d’Europe, le club madrilène reçut le privilège de conserver, pour l’éternité, le trophée originel.
Sous l’impulsion de Hans Bangerter, le secrétaire général de l’UEFA de l’époque, l’instance fait appel à la maison Bijoux Stadelmann, basée à Berne, en Suisse, siège de l’UEFA à l’époque. Hans Bangerter, secrétaire de l’UEFA, confiait cette mission au bijoutier Jürg Stadelmann.
L’UEFA commande à l’artisan-joaillier Jörg Stadelmann un trophée d’une valeur de 10.000 francs suisses, soit 6.500 euros de nos jours. L’UEFA avait des exigences très précises. "Avec mon père Hans, nous nous sommes rendus au bureau de M. Bangerter et nous avons recouvert le sol avec nos dessins. Il nous a décrit les préférences des Bulgares, des Espagnols, des Italiens, des Allemands et j'en passe. Nous avons superposé les dessins comme un puzzle", explique Jörg Stadelmann.
Dans les colonnes du quotidien Berner Zeitung, Nicole Stadelmann, la fille de Jörg Stadelmann qui dirige l’entreprise familiale depuis 2005, se rappelle des exigences de l’UEFA. Il fallait que le trophée soit pourvu de deux anses "pour que les vainqueurs puissent le soulever confortablement". Ils demandaient que le trophée comporte deux belles anses pour qu’il puisse être porté par les joueurs, tandis que la coupe devait être suffisamment grande pour contenir trois à quatre bouteilles de champagne. Et l’intérieur de la coupe devait pouvoir contenir "trois ou quatre bouteilles de champagne", et on devait pouvoir facilement boire avec.
Il a fallu 340 heures de travail à la maison Stadelamnn pour forger ce trophée. Trois cent quarante heures de travail plus tard, après avoir pris en considération les préférences des différentes nations européennes, le trophée sortait enfin des ateliers. "J'ai rempli mon contrat et le graveur Fred Bänninger a apporté les finitions. Dans les temps, je tiens à le préciser", insiste Jörg Stadelmann. Le Celtic Glasgow, vainqueur de l’Inter Milan le 25 mai 1967 (2-1), a été le premier club à soulever la Coupe aux grandes oreilles.
Une volumineuse Coupe aux grandes oreilles de 73 centimètres de haut pour 7,5 kilos, faite intégralement en argent avec une valeur estimée à 10 000 francs suisses (6 500 euros).
En Italie, dans les coulisses de la fabrication du trophée de la Coupe du Monde • FRANCE 24
Les règles concernant la conservation du trophée
Seuls cinq clubs ont droit de conserver le véritable trophée. Les règles de l’UEFA qu’il n’y a que dans deux cas qu’un club peut conserver définitivement le trophée (jusqu’en 2009). La coupe est donnée aux clubs qui remportent cinq fois la C1 et aux clubs qui remportent trois de suite la C1. Quand cela arrive, un nouveau trophée est commandé.
Une situation qui s’est produite à quatre reprises. C’est arrivé cinq fois. Après le Real Madrid, c’est l’Ajax Amsterdam de Johan Cruyff qui a eu droit de garder la coupe après ses sacres de 1971, 1972 et 1973. En 1973 et 1976, à la suite des trois titres consécutifs de l’Ajax Amsterdam puis du Bayern de Munich. Puis, ce fut le tour du Bayern Munich de Franz Beckenbauer (1974, 1975 et 1976). L’AC Milan a été récompensé après sa 5e victoire en 1994 (après 1963, 1969, 1989 et 1990). En 1994, après la cinquième victoire de l’AC Milan, puis en 2005, pour féliciter Liverpool de leur cinquième titre.
Depuis 2006 - année qui marquait le 50e anniversaire de la Ligue des champions, comme on l'appelle depuis 1992-, les vainqueurs soulèvent un trophée confectionné par l’entreprise Bertoni, basée à Milan en Italie. Une maison très reconnue dans le monde, puisqu’elle a aussi forgé le trophée de la Coupe du monde, celui de la Ligue Europa, celui de la Supercoupe d’Europe et celui de la Coupe d’Afrique des Nations notamment.
S’il n’a pas changé de design depuis, le trophée actuel remis au vainqueur de la Ligue des Champions n’est plus le même. Comme le stipulait le règlement, tout club parvenant à remporter cette compétition à cinq reprises ou trois fois de suite recevait le trophée et le conservait définitivement.
Depuis 2009, l’UEFA a fait le choix de conserver définitivement le trophée original et d’y graver le palmarès de la compétition dessus. Les vainqueurs reçoivent une réplique en laiton, confectionnée chaque année par l’entreprise Bertoni située à Milan, en Italie. Le même atelier en charge de fabriquer le trophée de la Coupe du monde, de la Ligue Europa ou encore de la Coupe d’Afrique des Nations.
La coupe actuelle fait 73,5 centimètres de haut, pèse 7,5 kilos. Guerrino Giorgi, 78 ans, est à la baguette. "Le trophée est entièrement fait en argent", promet-il. Et contrairement à l’ancienne version, figurent sur cette coupe les noms de tous les clubs qui l’ont remporté auparavant. "J’ai été un supporter de l’Inter Milan toute ma vie. En 2010, j’ai ressenti une grande émotion. Quand les joueurs ont soulevé la coupe, j’ai senti que je la soulevais avec eux", confie-t-il, faisant référence au sacre des Nerazzurri contre le Bayern Munich cette année-là (2-0).
"Les éléments les plus importants et complexes sont les anses. Il faut 15 jours pour les faire", poursuit Guerrino Giorgi.
| Période | Caractéristiques | Fabricant |
|---|---|---|
| 1955 | Amphore en argent avec deux petites anses, environ 60 cm de haut | Léon Maeght |
| 1967 | Trophée avec deux grandes anses, pouvant contenir 3-4 bouteilles de champagne | Jürg Stadelmann |
| Depuis 2006 | 73,5 cm de haut, 7,5 kg, en argent, noms des vainqueurs gravés | Bertoni |
On connaît bien le design du prestigieux trophée, facilement reconnaissable avec ses anses immenses qui lui valent le surnom de "Coupe aux grandes oreilles" en France ("Big ears" en anglais et "La Orejona" en espagnol). Mais il n’a pas toujours eu cette allure.
