George Eddy : Une Histoire d'Amour avec la NBA et la France

George Eddy, le commentateur franco-américain à l'accent reconnaissable, est une figure emblématique du basket en France. Sa voix a accompagné l'arrivée du basket américain et des matchs de NBA, marquant toute une génération. Il est celui qui nous a fait vivre le phénomène Michael Jordan.

George Eddy, commentateur emblématique de la NBA en France.

Un Parcours Unique

Dans son autobiographie, "Mon histoire avec la NBA", George Eddy revient sur son parcours dans le basket et au micro de Canal+. Il raconte sa vie et son histoire avec la NBA, de Wilt Chamberlain à aujourd'hui, en passant par Michael Jordan évidemment. C'est un récit touchant, plein d'anecdotes, sur ses interviews avec les plus grands basketteurs de l'histoire.

L'ouvrage évoque aussi son arrivée à Canal+ alors qu'il était joueur au Racing, son histoire familiale - un père américain, victime d'une maladie des cordes vocales, et une mère française, aveugle, qui l'a poussé à quitter sa Floride pour tenter sa chance en France. Ses parents étaient engagés dans la lutte pour les droits civiques, compagnons de route de Martin Luther King, à qui le petit George aurait serré la main alors qu'il n'avait que trois ans.

Ce n'est pas juste un livre sur la NBA, c'est George Eddy qui se raconte sur fond de NBA, et c'est là que ce livre prend tout son sens.

L'Arrivée du Basket US en France

George Eddy a introduit le basket US dans l’Hexagone. Premier match sur Canal+ en janvier 1985. « À l’époque, quand tu parlais de basket américain à un Français, il pensait aux Harlem Globetrotters », s’amuse-t-il. Débarqué au culot chez Canal+ en janvier 1985, parce qu’il a vu que la chaîne qui vient de se lancer va diffuser le championnat américain, l’ancien shooteur - qui a notamment évolué à Caen, en première division - convainc Charles Biétry, alors patron des sports de la chaîne cryptée, de lui donner sa chance.

Passionné depuis son enfance par la NBA, à la résonance alors balbutiante en France, George Eddy apporte sa gouaille et sa connaissance encyclopédique du basket. « A l’image de Canal, ma façon de commenter était nouvelle et différente », souffle celui qui a appris son nouveau métier sur le tas. « Tout est nouveau avec George. Il apporte de la couleur à l’antenne, comme ses formidables expressions », expose dans le documentaire Eric Besnard, journaliste à Canal+.

Si on parle de "money time" aujourd'hui, c'est à lui que l'on doit l'expression.

Une Voix Inoubliable

C’est une voix à nulle autre pareille. « Ohlalalalalalala ! », « Badaboum », « Il a shooté du parking ! »… Depuis bien longtemps, les onomatopées du commentateur franco-américain de Canal+ ont quitté le petit écran pour entrer dans le langage courant des amateurs de basket. Un français mâtiné d’accent américain, et des expressions truculentes. « Si je possède bien une chose, c’est une grande bouche », dit tout sourire George Eddy, dans le documentaire que lui consacre la chaîne - dont il a fait la fortune dans la diffusion de ce sport.

Top 10 NBA ( in december 1999 ) VF George Eddy

« Les mots qu’il utilisait, son excitation et sa passion […] A chaque fois que tu regardais un match de basket, tu savais quand c’était George qui commentait. Sa voix était unique », rend hommage Tony Parker, meilleur joueur français de l’histoire. Comme tous les Français férus de ballon orange à partir du milieu des années 1980, l’ancien meneur des San Antonio Spurs, en NBA, a été biberonné aux commentaires de George Eddy. « George, c’était notre référence basket », expose Evan Fournier, l’un des leaders de l’équipe de France actuelle. Même l’astronaute Thomas Pesquet a des étoiles dans les yeux quand il explique « avoir grandi en t’écoutant » au commentateur - en marge d’une rencontre du dernier Eurobasket, où George Eddy a commenté les matchs des Bleus pour la dernière fois.

L'Impact sur la Génération Basket

Excentrique, celui qui devient rapidement juste « George » pour les amateurs français de basket, agrège autour de lui une communauté de noctambules (les rencontres étaient diffusées dans la nuit, heure française), alors que la NBA se développe à l’international, sur les ailes d’un certain Michael Jordan. Guide de la star des Chicago Bulls lors de ses premiers passages à Paris, George Eddy reste associé au mythique numéro 23. « George incarnait la NBA. Il était la NBA en France, assure Eric Besnard. Je ne vais pas dire qu’il était aussi populaire que Jordan, mais pas loin. »

Si aux Etats-Unis tout le monde rêvait de « be like Mike » (« être comme Michael [Jordan] »), sur les terrains de l’Hexagone, on refaisait ses actions avec la voix du commentateur de Canal+. « Faire une action commentée par George Eddy, c’est une forme de fierté et d’accomplissement quand t’es joueur, assure Nicolas Batum, le capitaine de l’équipe de France. Parce qu’on a tous grandi avec lui. »

Après Jordan, ce natif de l’Alabama tombé amoureux des Bleus - il est arrivé en France en 1977 - a accompagné l’éclosion de Tony Parker en NBA, jusqu’au plus haut niveau. « C’est ma passion et ma raison d’être professionnelle depuis trente ans : faire connaître le basket américain dans un premier temps, puis promouvoir tous les baskets, et notamment l’équipe de France et la ProA [le championnat de France] », insistait George Eddy en 2015.

George Eddy et Tony Parker : deux figures emblématiques du basket.

Reconnaissance et Héritage

Après trente-huit ans de carrière, George Eddy n’en a pas tout à fait fini avec les commentaires de basket. Mais celui qui a reçu en octobre le Trophée Robert Busnel-Yvan Mainini, la plus haute distinction du basket tricolore, après avoir fait son entrée au sein de l’Académie du basket français - « le Hall of Fame français », dit-on à la fédération FFBB - ne commente plus les match des Bleus, ni la NBA, la Ligue nord-américaine de basket - Canal+ n’en a plus les droits de diffusion.

A l’heure où l’équipe de France assume viser le sacre olympique en 2024 à domicile, et où un Français - Victor Wembanyama, 19 ans - s’annonce comme une future star du basket mondial, le commentateur, qui continue d’arpenter les playgrounds (terrains de basket), sait que les graines qu’il a plantées dans le basket tricolore depuis près de quarante ans ont éclos.

tags: #george #eddy #mon #histoire #avec #la