Le 21 mai 2015, la Ghelamco Arena explose. En battant le Standard de Liège 2-0, l’Association Athlétique La Gantoise (AA) décroche le titre de champion de Belgique, son premier depuis la création d’une division football en 1900. Si le retour de Gand dans le top 6 n’a rien d’inattendu après deux saisons ratées, le voir au sommet dès la première saison de Hein Vanhaezebrouck sur le banc de touche l’est beaucoup plus.
La Gantoise évolue dans la ville de Gand (225.000 habitants), deuxième commune la plus peuplée de Belgique et localisée dans la région flamande au nord du pays, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale, Bruxelles.
Mais revenons sur les racines de ce club historique.
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Les débuts de l'AA La Gantoise et l'émergence du football
Si l’AA La Gantoise est une des fondatrices de l’UBSSA (qui comprend 9 sports, dont le football) en 1895, le ballon rond n’est pas encore utilisé au sein du club, qui existe depuis une trentaine d’années et qui privilégie d’autres sports (tennis, escrime, hockey, cyclisme, athlétisme, etc…). Le football organisé vient en fait tout juste d’apparaître dans la ville avec la création de l’Union Pédestre Gantois, suivie deux ans plus tard par le Football Club Gantois et l’Athletic Club Gantois. L’année suivante, l’AA La Gantoise crée à son tour une section football à la demande d’étudiants de la ville de Melle, limitrophe de Gand.
Les supporters du club doivent d’ailleurs leur surnom à des étudiants. En septembre 1906, William Cody, plus connu sous le nom de Buffalo Bill, est en tournée en Belgique avec son Wild West Show. Amusés par les cris « Buffalo ! Buffalo ! » des Indiens, les étudiants, les ont repris pour encourager leur équipe favorite.
Côté sportif, le premier cinquantenaire du club est plutôt calme : le seul titre est décroché en 1913 en deuxième division.
La flamandisation et les difficultés financières
Comme bon nombre de clubs flamands dans les années 1960 et 1970, La Gantoise va se flamandiser. C’est le résultat de l’émergence du nationalisme flamand, qui a notamment vu la création de la frontière linguistique en 1962-63 et la Volksunie représenter 11% des députés lors de l’élection de 1971. Les communes, généralement propriétaires des stades, exigeaient cette vervlaamsing en mettant en avant le ‘geen vlaams, geen senten’ (pas de flamand, pas d’argent).
En 1963-64, motivée par la création de la Coupe des Coupes, l’Union Belge relance la Coupe de Belgique, dont seules trois éditions avaient eu lieu depuis 1935. En la remportant, La Gantoise devient donc le premier participant belge à la C2. Elle est éliminée dès le premier tour par West Ham, futur vainqueur de la compétition.
Au milieu des années 1970, alors que le football belge découvre le professionnalisme, La Gantoise plonge en D3. Revenue en D2, elle est présidée par Albert De Meester, un milliardaire qui ne connait rien au football. Un jour, devant un match du FC Barcelone, il tombe sous le charme de Cruyff et de Neeskens et se met en tête de les ramener à Gand pour que le club retrouve la D1. Le retour à la réalité fut difficile.
Après être passé très proche du titre en 1991 (le club terminera finalement 3ème), le KAAG vit quatre saisons compliquées (3 fois 14ème, 1 fois 15ème) avant de s’enfoncer dans une grave crise financière malgré de meilleures résultats sportifs : en 1998, l’entraîneur Johan Boskamp dénonce le montant des dettes. Le club aurait accumulé 450 millions de francs belges (12M€) depuis 1978. En cause, la construction de 2 nouvelles tribunes en 1986 et 1992 pour 320M FB, d’un centre administratif et de formation pour 150M, des intérêts à rembourser autour de 50M et enfin une amende, comme beaucoup d’autres clubs belges, concernant l’existence d’une caisse noire, exonérée d’impôts. Cette affaire Bellemans fut notamment à l’origine du scandale Standard/Waterschei et eut une grande influence sur le flop de l’Euro 84.
À son arrivée à la présidence de La Gantoise, Ivan De Witte effectue un deuxième audit, qui met en évidence une dette de 920M FB (23M€). La place de La Gantoise en Ligue des champions tient essentiellement à un homme : Ivan De Witte, président du club belge. Aux commandes depuis 1999, l’homme d’affaires du Plat Pays a manœuvré durant quelques années pour assainir les finances d’une équipe qui était proche de déposer le bilan. Malgré une dette de 23 millions d’euros à son arrivée, il a réinjecté de l’argent, vite amorti et le KAA Gent (nom en flamand) est redevenu viable.
Sur le terrain, les années 2000 sont une vraie réussite : le club commence la décennie avec une 3ème place et la termine avec une 2ème place et une victoire en Coupe de Belgique.
La Ghelamco Arena et le renouveau du club
Quant au stade, le lieu est trouvé en 2003. Annoncé pour 2006-2007, le stade ne voit pourtant sa première pierre posée qu’en septembre 2008. Le stade de 20 000 places est finalement inauguré en 2013. La Gantoise joue à la Ghelamco Arena depuis 2013.

Ce mercredi, l’OL va découvrir la Ghelamco Arena, un nouvel écrin de 20.000 places construit entre 2008 et 2013. Une mise en bouche pour les Lyonnais avant l’inauguration du Grand Stade, programmé le 9 janvier prochain. La Gantoise s’est équipée d’une enceinte moderne, multifonctionnel (restaurants, salles de jeu, etc) pour satisfaire son public. Coût total des travaux : 50 millions d’euros pour un petit stade qui affiche un taux de remplissage de 99%.
Intelligemment exploité et conçu aussi bien pour les partenaires financiers que pour les supporters (ce que les dirigeants appellent le « retour social sur investissement public »), le stade semble être une réussite totale. Conséquence : le nombre d’abonnés a plus que doublé (de 8600 à 17 000). Ce qui fait le bonheur du président De Witte. «Notre slogan n’est pas pour rien "nous créons l’avenir aujourd’hui ". Le football est à nouveau la fête ici.»
Outre son rôle de président des Buffalos, il a également été à la tête de la Ligue Professionnelle.
La saison 2014-2015 : Le sacre
Après une piteuse 12ème place en 2012-2013 puis une décevante 7ème place en 2013-2014, La Gantoise souhaite retrouver les PO1 en 2015 et engage Hein Vanhaezebrouck comme entraîneur. Ce dernier a ramené Courtrai en D1 en 2008 après deux saisons en poste et l’a emmené à la 4ème place en 2012. Cette place avait déjà été atteinte en 2009-2010 avec un groupe construit par Vanhaezebrouck, mais il n’en était pas l’entraîneur, ayant tenté sa chance avec Genk, d’où il fut viré à la mi-saison.
Avec des moyens plus importants qu’à Courtrai, Vanhaezebrouck modifie son effectif en acquérant David Pollet (ce qui reste une énigme), Laurent Depoitre (Ostende) et Rami Gershon (qu’il avait déjà dirigé à Courtrai), puis quatre joueurs venus d’Europe de l’Est lors du mercato hivernal. Du côté des départs, on notera ceux de Habib Habibou (2,5M€, encore merci au Stade Rennais) et Hervé Kagé (pour 800K€ à Genk).
Convaincante dans le jeu mais avec quelques coups de mou réguliers (à la trêve, les Buffalos sont 5èmes avec 9 victoires, 7 nuls et 5 défaites), La Gantoise va profiter de ses arrivées hivernales, et particulièrement de celle de Moses Simon (AS Trencin, Slovaquie), pour se relancer. Le Nigérian de 19 ans a commencé à un niveau ahurissant (6 buts, 2 passes décisives en 500 minutes) avant de marquer le pas. Tout le collectif gantois va se sublimer au fil des semaines.
Dans les buts, Matz Sels enchaine les bonnes prestations. Arrivé l’été dernier, il ne serait pas étonnant de le voir à moyen-terme en sélection, derrière Courtois et Mignolet. En défense centrale, Gershon est d’une régularité épatante et est un des tout meilleurs à son poste cette saison. Au milieu, il est difficile de mettre en avant un joueur en particulier, tant tous ont été convaincants cette saison. Si Dejaegere ou Kums ont été performants toute la saison, Milicevic est monté en puissance lors des PO1. Devant, tandis que Depoitre (13 buts, 1m91, 91kg) pèse énormément sur les défenses, Vanhaezebrouck lui a offert à ses côtés un joueur très vif : si Simon a marqué les esprits depuis janvier, il ne faut pas oublier Benito Raman et qui continue de progresser de manière linéaire (8 buts cette saison, deux fois plus que la saison passée). Les deux poids plume ont même été parfois alignés ensemble sans Depoitre, comme la semaine dernière lors de l’exceptionnelle victoire sur le terrain de Bruges, invaincu depuis 1 an à domicile, ou hier pour le match du titre.
Enfin, n’oublions pas quelques bons éléments sur le banc : malgré sa très longue blessure, Pedersen a su être utile en marquant à 3 reprises en à peine 300mn. Rafina a su dépanner lorsque Foket était moins convaincant. Cette deuxième partie de saison présente une progression majeure : la concrétisation de la domination, la maturité. Désormais, La Gantoise sait battre les gros de ce championnat.
Alors qu’elle n’avait pris que 9 points contre les autres membres du Top 8 la saison dernière (1/21 à domicile, 8/21 à l’extérieur), elle a eu un déclic en battant le Club Brugge fin février : depuis, après s’être offerts le scalpe d’Anderlecht (30ème journée), les Buffalos sont la meilleure équipe des PO1, mini-championnat réunissant les six meilleures équipes de la saison.
La Gantoise est réellement entrée dans le paysage du football belge ces derniers mois. Pour la première fois de son histoire longue de 115 ans, «les Buffalos» ont remporté leur premier titre de champion en mai dernier. La Pro League a instauré depuis la saison 2009-2010 un système de playoffs, qui départage les 16 équipes du championnat après une première phase.
La Gantoise aujourd'hui
Depuis un an et demi, plus grand-chose ne résiste à La Gantoise en Belgique. Champion pour la première fois de son histoire au printemps dernier, le club basé à Gand occupe aujourd’hui la tête de la Jupiler Pro League, avec deux défaites seulement en 21 matches. Ces performances sont le fruit tardif de la prise de pouvoir en 1999 de l’homme d’affaires Ivan De Witte, très ambitieux mais aussi patient. Et témoignent des énormes progrès réalisés par l’équipe de Hein Vanhaezebrouck. Avec ce duo, les Buffalos ont déjà remporté autant de trophées qu’en plus d’un siècle d’existence.
Qualifiée surprise pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions, où elle affrontera Wolfsburg, la nouvelle référence belge touchera une bonne vingtaine de millions d’euros à l’issue de son parcours européen cette saison. Les tombeurs de Lyon en phase de poules doubleront alors leur budget actuel (environ 25 M€). «Cette augmentation devrait nous permettre d'augmenter les salaires de nos joueurs, a déjà planifié son manager général, Michel Louwagie, et ainsi d'être toujours en concurrence pour un ticket européen.»
Le premier adversaire de l’Olympique Lyonnais en Ligue des champions se distingue par deux aspects. Le premier : sa connexion ancrée avec la VDK Spaarbank, banque d’épargne, sponsor principal du club. L’histoire entre les deux entités dure depuis 31 ans - un record dans le football belge - et cette longévité va se poursuivre puisqu’un renouvellement de bail jusqu’en 2020 a été paraphé la semaine dernière.
Les joueurs de La Gantoise sont surnommés «les Buffalos» pour une raison assez loufoque. En 1906, Buffalo Bill et son groupe de théâtre se sont arrêtés pour une représentation aux alentours de l’ancien stade à Gand.
Palmarès de La Gantoise
| Compétition | Nombre de titres | Années |
|---|---|---|
| Championnat de Belgique | 1 | 2015 |
| Coupe de Belgique | 3 | 1964, 1984, 2010 |