Le beach soccer en France a connu des moments de gloire, mais fait face aujourd'hui à des défis importants pour retrouver son niveau d'antan. Cet article explore l'histoire de cette discipline dans l'hexagone, les figures emblématiques qui l'ont marquée, et les enjeux auxquels elle est confrontée.

Les Années Dorées et le Sacre Mondial
C'est une époque enchantée qui fait encore rêver ceux qui l'ont vécue. Le 15 mai 2005, sur la plage de Copacabana, à Rio, l'équipe de France de beach soccer remportait aux tirs au but contre le Portugal la première Coupe du monde labellisée FIFA. Dans les années 2000, la France appartient au cercle des meilleurs, aux côtés du Brésil (six sacres mondiaux), de l'Espagne et du Portugal.
À l'automne 1998, Joël Cantona achète les droits pour la France. Ses frères Éric et Jean-Marie le rejoignent bientôt. Pour construire son équipe, il attire des joueurs pros récemment retraités. Son frère Éric, qui a quitté Manchester United en 1997 à l'âge de 30 ans, prend le poste de sélectionneur et joue avant-centre. Un noyau se forme à Marseille, fief des Cantona.
En 2005, emmenée par les frères Cantona, Joël et Éric, l'équipe de France est sacrée championne du monde de beach soccer au Brésil face à la sélection du Portugal.
La bande se distingue par un jeu spectaculaire, hyper direct. « Éric (Cantona)disait toujours : "Ce n'est pas grave de prendre huit buts, l'important c'est d'en mettre neuf" », répète Stéphane François, joueur puis entraîneur des Bleus qui a « tout fait, tout connu » dans le beach soccer entre 2005 à 2019.
Le Déclin et les Difficultés Rencontrées
Car au fil des années, le foot de plage évolue... et laisse la France dans le sable. De 2008 à 2018, l'équipe de France ne signe aucun podium dans les compétitions internationales et continentales. Les Bleus sont mangés par la concurrence, notamment celle de l'Italie, de la Russie, du Portugal et de l'Espagne.
En 2012, la Fédération française de football récupère les Bleus et le projet de développement du beach soccer, dont Joël Cantona conserve la dimension événementielle. Un virage qui, aux yeux de certains, explique les piètres performances à venir. « La Fédé nous a tués », grondent-ils en substance.
Plutôt que de privilégier le haut niveau, l'instance mise sur le développement. En 2013, mécontent de la disette, le Comex de la FFF décide carrément de dissoudre l'équipe de beach soccer. Le sélectionneur interprète l'échange comme un manque d'ambition.
En France, une centaine de terrains sont dédiés à la pratique du beach soccer, comme ici au centre sportif départemental de Fontainieu, à Marseille.
Senegal v Portugal | FIFA Beach Soccer World Cup 2019 | Match Highlights
Les Défis Actuels et l'Avenir du Beach Soccer Français
« Depuis que je suis là, le budget pour la sélection tourne autour de 400 000 et 500 000 euros, sur un peu moins d'un million au total pour le beach en France. Par rapport à l'investissement dévolu à la discipline, le rendu est celui que l'on peut attendre », détaille Hubert Fournier, DTN depuis 2017.
L'argument financier a par ailleurs ses limites. « Moi j'ai fait avec 200 000 euros !, s'enflamme Joël Cantona, qui regrette d'avoir cédé l'équipe de France et se surnomme à chaque fois "Monsieur beach soccer". Je pense que ce n'est pas qu'une question d'argent mais de méthodologie, d'abnégation. Tu n'as pas de moyens ? Tu te bats. »
Le beach soccer est aujourd'hui le parent pauvre de la FFF qui mise davantage sur l'expansion du football féminin et du futsal.
Le beach soccer tricolore espère suivre ce sillage prospère. L'ancien gardien Claude Barrabé, le sélectionneur actuel, également en charge du développement de la discipline, résume son programme : « En juillet 2025, j'aimerais un Championnat cohérent avec une D1 et une D2, une équipe A classée dans les quinze premières nations mondiales, une équipe U20, des animations dans les ligues, des entraîneurs formés, et des bases posées pour une équipe féminine. »
Depuis 2019, le plan n'a pas avancé. « On a les mêmes moyens donc on ne peut pas faire beaucoup plus », fait valoir Hubert Fournier.
Quentin Gosselin, nommé capitaine A à l'arrivée de Claude Barrabé, en mars 2020, est passé par le marchepied des U20. « Si on veut franchir un cap, il faut amener de la concurrence, réclame le défenseur calaisien de 28 ans. Aujourd'hui, le coach peut seulement sortir dix-huit noms d'internationaux potentiels. Il faut que des jeunes investis et spécialisés en beach arrivent. »
« En 2022-2023, ma priorité, c'était les A, reprend le sélectionneur des Bleus, dont le contrat devrait être reconduit fin juin. Aujourd'hui, les U20 sont une priorité si on veut un fonds de commerce pour la sélection A. »
À l'image de ce système de jeu en 1-2-2 qui prime sur la scène internationale et auquel la France a bien du mal à s'adapter. « On est mis en danger quand le gardien adverse apporte la supériorité numérique et crée le décalage », reconnaît Jean-Marie Aubry, coach adjoint des Bleus.
Les joueurs et le staff aimeraient se voir davantage pour tisser des automatismes. Cette saison, les Bleus ont inscrit trois stages et deux compétitions à leur calendrier. « On se retrouve sept ou huit semaines par an, c'est dur de rivaliser avec des équipes qui jouent six à huit mois ensemble », soupire Gosselin.
Il arrive que les clubs de foot à onze qui se battent pour la montée ou contre la descente conservent leurs joueurs appelés en sélection. Malgré la création d'une convention en 2016, certains employeurs rechignent parfois à libérer leurs salariés, à l'instar de l'attaquant Stéphane Belhomme, souvent retenu par son club de Régional 1.
Pour compenser le manque de réunions, la FFF a ouvert un centre d'élite à Montpellier. Seize joueurs, dont six à huit internationaux, s'y entraînent entre septembre et avril, avant la saison. « Pour l'instant, on n'a pas de personnes disponibles et formées pour tenir un autre centre, regrette Jean-Marie Aubry. Le problème, c'est qu'on n'a pas de formateurs. »
À écouter les Bleus, la motivation ne manque pas. « Mais personne dans ce groupe n'a connu une Coupe du monde et n'est capable de transmettre le très haut niveau aux jeunes », déplore l'attaquant Jérémy Bru.
La France occupe actuellement la 28e place au classement FIFA de beach soccer.
Jérémy Basquaise, joueur à la plus grande longévité en équipe de France (dix-sept ans de service), en retrait depuis 2023, a connu à trois reprises les vertiges d'un Mondial (2006, 2007 et 2008). « C'est décevant d'avoir passé toutes ces années sans gagner de titre majeur, se désole le Réunionnais, avant de pointer le manque d'engagement de ses coéquipiers. Je voulais finir sur une Coupe du monde. J'ai essayé maintes fois de nous qualifier mais il n'y avait pas assez d'implication. »
Aucun travail mental n'est mené en sélection, où certains joueurs sont aspirés par une « spirale négative », d'après Jean-Marie Aubry. Et quand la sélection ne brille plus, c'est toute la discipline qui en pâtit.
Se qualifier en octobre pour la Coupe du monde 2025 aux Seychelles (1er-11 mai) pourrait entrouvrir la porte du rêve pour les Bleus. « Ce serait incroyable, un exploit, la cerise sur le gâteau », salive le défenseur Anthony Constant, 10 sélections.
| Rang | Pays |
|---|---|
| 1 | Brésil |
| 2 | Portugal |
| 3 | Russie |
| ... | ... |
| 28 | France |