France - États-Unis : Une Histoire de Rugby Entre Triomphes et Défis

Publié le 1 octobre 2019, cet article explore l'histoire du rugby entre la France et les États-Unis, des Jeux Olympiques de 1924 à la montée en puissance de la Major League Rugby (MLR).

Les Débuts Olympiques : Paris 1924

A un an des Jeux olympiques de Paris 2024, replongeons-nous cent ans en arrière avec les Jeux de 1924. Retour sur la fameuse finale de rugby à XV entre la France et les États-Unis, la dernière pour ce sport.

Un Contexte Particulier

En 1924, seules trois équipes participaient à l’épreuve de rugby aux JO : la France, les États-Unis et la Roumanie. Les nations britanniques boycottent à nouveau l'événement, en argumentant que le rugby doit rester un sport pratiqué l'hiver dans des conditions froides et humides.

La Roumanie a été battue 61-3 lors du match d'ouverture face au XV de France, puis 37-0 par les États-Unis. Avec une victoire chacun, la France et les États-Unis croisent le fer lors d'un ultime match aux allures de finale.

La presse donne un avantage aux coéquipiers du 3e ligne et capitaine Félix Lasserre, comme, encore, La Dépêche. « Malgré tous les progrès réalisés par les Californiens, malgré l’entraînement formidable auquel ils se sont astreints depuis leur arrivée en France, malgré la puissance extraordinaire de leur ligne d’avants, où la moyenne de poids des joueurs atteint 90 kilos, je ne puis croire à une défaite de nos couleurs. »

La Finale Controversée

Le 18 mai 1924, au stade olympique de Colombes, les Américains s’imposent sans souci, 17-3. Soit cinq essais - dont un transformé - à un, l’essai ne valant alors que trois points, ce qui donnerait aujourd’hui un score de 27-5. « Cette victoire fut largement méritée, car elle fut remportée par une équipe qui domina son adversaire dans tous les départements du jeu, et qui le fit de la façon la plus nette, la plus loyale, la plus correcte et la plus sportive », admet L’Excelsior.

Pourtant, le comportement des spectateurs de Colombes fait scandale. Le public a hué sans arrêt les Américains, ainsi que leur drapeau lorsqu’il a été hissé. Un spectateur américain reçut un violent coup de canne à la tête et dut être transporté à l’hôpital américain de Neuilly.

Suite à ces incidents, le Comité international olympique (CIO) se prononce en faveur d'une exclusion du rugby du programme olympique. En 1925, le CIO tient son congrès à Prague et Pierre de Coubertin se retire. Or il était le promoteur du rugby, son sport collectif préféré, aux Jeux olympiques.

Entre 1928 et 2016, le rugby n’a plus figuré au programme olympique. En cause, la finale France - États-Unis des JO de Paris en 1924. Le match s’est terminé en bagarre générale, loin de l’idéal de fair-play, cher à Pierre de Coubertin, le père des Jeux olympiques modernes…

L'essor du Rugby aux États-Unis

Lorsque l'on parle rugby, les États-Unis n'est pas la première chose qui nous vient à l'esprit. C'est un euphémisme que de l'écrire. Dans un paysage sportif vampirisé par les quatre géants, que sont la MLB (baseball), la NBA (basket), la NFL (foot US) et la NHL (hockey), l'ovalie n'a rien d'un sport majeur au pays de l'Oncle Sam. Pourtant, outre-Atlantique, la discipline existe. Mieux encore, elle se professionnalise.

Sur le déclin à la fin du siècle dernier, le rugby américain rebondit depuis peu, porté par la "hype" autour de son équipe à VII, l'une des meilleures au monde, et sur laquelle s'est greffé le rugby à XV avec sa jeune ligue professionnelle, la Major League Rugby (MLR), née en 2016 de la folle idée de démocratiser l'ovalie.

Thierry Daupin : Un Pionnier Français

Derrière ce projet, qui à l'époque a pu paraître insensé, limite "casse-gueule", se trouve Thierry Daupin. Au terme d'un parcours professionnel qui l'a mené à Hawaï, où il renoue avec le rugby en tapant la balle avec l'équipe locale des Harlequins et en développant la discipline sur l'île, ce Français expatrié pose ses valises en 2015 à Austin, au Texas, l'une des places fortes du rugby aux États-Unis.

Antoine Dupont, le phénomène qui révolutionne le rugby.

"Il y avait un 'hotbed' pour développer le rugby. Austin était l'un des seuls endroits à avoir un minimum d'infrastructures propres. Il n'y avait pas non plus de confrontation directe avec d'autres sports", raconte à LCI le Nîmois, arrivé chez les Herd en tant que joueur et qui a gravi les échelons pour en devenir aujourd'hui le PDG.

La Création de la Major League Rugby (MLR)

Lancée officiellement en avril 2018, cette ligue fermée sans système de promotion/relégation, a réussi à se faire une jolie place au soleil. En deux ans, elle s'est élargie en passant de sept à neuf franchises. La saison 2020, de février à juin, verra la Major League Rugby opérer sa "révolution". Le format va être repensé avec un championnat découpé en deux conférences, sous le format NBA et MLS, et l'intégration de trois nouvelles équipes.

À l'Est, la MLR réunira Atlanta, Boston, Washington D.C., la Nouvelle Orléans, New York et Toronto. À l'Ouest, elle regroupera Austin, San Diego, Seattle, Houston, Glendale et Utah.

"Pour intégrer la MLR, il faut acheter les droits et des parts comme en MLS ou NBA. Les membres fondateurs sont entrés avec un demi-million de dollars, aujourd'hui les dernières franchises ont payé 3,7 millions de dollars", rebondit le dirigeant français.

En 2021, deux nouvelles franchises - Los Angeles et Dallas - vont rejoindre le championnat. "Il y a une liste d'attente incroyable", nous confirme-t-il. "On n'a pas besoin de réinventer la roue. Les autres ligues comptent entre 26 et 32 équipes. À long terme, c'est un chiffre auquel on arrivera."

Le Niveau et l'Attractivité du Rugby Américain

Discipline qui enregistre la plus forte croissance aux États-Unis, avec plus de 131.000 licenciés recensés par USA Rugby, soit une augmentation de 61% en dix ans, le niveau général du rugby américain bondit par résonance.

"On est sur du haut de Fédérale 1 voire bas de Pro D2", juge l'ancien buteur. "Cela commence à bien jouer. Si vous regardez la finale San Diego-Seattle (23-26) la saison passée, c'est agréable à regarder."

En moyenne, 2300 à 2500 spectateurs se déplacent pour assister aux matches. "On était 'sold-out' pour la finale avec 7000 personnes. Seattle, par exemple, a fait 100% 'sold-out' sur la saison dans un stade de 4000 places", indique Thierry Daupin.

Les rencontres de MLR sont ainsi retransmises sur CBS et le service de streaming ESPN+. "En termes de téléspectateurs, on a eu 1,2 million de personnes qui ont regardé la finale l'année dernière. Cela a vraiment explosé. Aujourd'hui, on est en discussions avec les grandes chaînes."

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