Dika Mem et les retrouvailles France-Allemagne : Entre esprit de revanche et défi physique

Le cosy cadre de chez Mauritz, où l'équipe de France tient salon pour la presse, est une incitation à l'échange courtois. Quand est venu le tour de Dika Mem, l'arrière droit star des Bleus, il savait très bien qu'il n'échapperait pas aux questions le ramenant à sa balle perdue lors du quart de finale des JO 2024 face à l'Allemagne (défaite 34-35 a.p.). Après un temps mort improbable posé, alors que les Français menaient 29-28 à six secondes de la fin du temps réglementaire.

« Ç'a été un moment très compliqué mais j'ai réussi à faire le switch, confie Mem, sans se défiler. Même si mentalement, ça a mis du temps, c'est derrière moi aujourd'hui. » Depuis, les deux nations ne se sont plus affrontées. « Forcément, c'est un match toujours particulier pour moi », ajoute le champion olympique 2021, qui assure qu'il « y repense souvent pendant la Marseillaise ».

Mercredi, à Herning au Danemark, l’équipe de France va jouer sa qualification pour les demi-finales de l’Euro 2026 contre l’Allemagne, qu’elle n’a plus croisée depuis ce triste après-midi de l’été 2024, et son élimination en prolongations (35-34) dès les quarts de finale du tournoi olympique de Paris 2024. À six secondes de la fin du temps réglementaire, une passe interceptée de Dika Mem avait permis aux Allemands d’égaliser (29-29), avant de renverser les Bleus.

L'hommage du Tremblay Handball à Dika Mem

"Les dieux du sport nous ont donné une autre chance"

« Les dieux du sport nous ont donné une autre chance », résume joliment le capitaine du Barça. Il se réfère au revers face à l'Espagne, lundi (32-36), sans conséquence dramatique puisque le Danemark a ensuite dominé l'Allemagne (31-26). Si la formule de l'Euro ne le dit pas comme ça, ces retrouvailles ont un air de quart de finale, puisque le vainqueur poinçonnera son billet pour les demies.

« Switcher », c'est aussi le mot employé par Mem envers ses partenaires lors de leur réunion, mardi : « On ne peut pas rester bloqués sur lundi. Bien sûr qu'il fallait en parler. C'était important d'essayer de comprendre ce qui n'a pas fonctionné pour préparer la suite. » Le gaucher aux 147 sélections (551 buts) était déjà un leader du groupe à Paris 2024, le couac n'a rien changé. Le départ des anciens (les frères Karabatic, Vincent Gérard, Valentin Porte), ajouté à l'absence de Nedim Remili (blessé) sur cet Euro, ont même renforcé son statut ; il est vice-capitaine.

« Dika est très motivé, très motivant aussi, apprécie Thibaud Briet. C'est un super leader dans tous les domaines, il t'aide à te sentir toi-même, à jouer libéré. Il te parle quand il le faut. Je lui donne 10 sur 10 », glisse encore l'arrière gauche, non retenu pour Paris 2024. Switcher, Mem a dû apprendre à le faire après sa boulette olympique.

« Ça l'a piqué parce que c'est une erreur technique, comme on en fait tous et qu'on en refera, estime le capitaine des Bleus et coéquipier de Mem au Barça, Ludovic Fabregas, Ce sont surtout les réactions de certaines personnes qui l'ont touché. Mais Dika a un caractère de champion, il a relevé la tête et a avancé. »

Plus que l'avalanche de critiques sur les réseaux sociaux, Mem se dit surtout meurtri par celles du milieu : « Ce qui m'a fait le plus mal, ce sont les anciens joueurs. Certains se sont retrouvés dans cette situation et ceux qui ne s'y sont pas retrouvés, c'est parce qu'ils n'ont pas la qualité pour. » Ceci dit sans agressivité.

Au-delà des critiques et messages de haine reçus du public à l’époque, le joueur avait été surtout marqué par les commentaires des anciens joueurs, qui connaissent le sport, qui ont eux-mêmes fait de petites erreurs. Son sélectionneur, Guillaume Gille, a lui-même pris sa défense mardi. C’est quand même fou qu’aujourd’hui, Dika soit le symbole de cette aventure olympique, a-t-il déclaré, estimant que ce truc-là lui colle à la peau de manière un peu injuste. Avant de poursuivre : « On oublie que notre parcours avant avait été chaotique, donc c’est injuste quand on voit le mec qu’il est et l’engagement qu’il a pour l’équipe nationale. […] Je pense que ça l’a endurci mais je ne le souhaite à personne. L’apprentissage peut passer par d’autres choses que ce genre d’histoires. »

Impossible d'évoquer ce France-Allemagne sans revenir au traumatisme des Jeux olympiques et à cette passe manquée de Dika Mem en fin de match. Guillaume Gille protège son joueur: "C'est assez fou qu'aujourd'hui Dika soit résumé à cette action. Il avait été incroyable sur ce match. Mais ce qui a le plus marqué l'arrière droit, ce n'est pas l'opinion du grand public. "Ce qui m'a fait le plus mal, ce sont les personnes qui connaissent le handball, confie Dika Mem. Il y a des anciens joueurs qui connaissent le sport, qui ont fait des petites erreurs aussi et qui se permettent de mal parler de ma situation. Une épreuve qui a laissé des traces, mais aussi forgé le joueur. "Ça fait déjà deux ans. C'est quelque chose qui est derrière moi aujourd'hui. Les derniers ballons, si on me les donne, je les prends.

"C'est injuste quand on voit quel mec il est, son engagement pour l'équipe nationale"

Critiques d'autant plus mal vécues qu'« on oublie que, dans ce match, Dika avait été incroyable, rappelle Guillaume Gille, le sélectionneur. On oublie que notre parcours jusque-là avait été très chaotique. C'est injuste quand on voit quel mec il est, son engagement pour l'équipe nationale. Il l'a encore prouvé l'année dernière alors qu'il aurait très bien pu se planquer ».

Opéré de l'épaule droite mi-novembre 2024, Mem a tout fait pour revenir à temps pour le Mondial de janvier 2025 et aider la France à arracher le bronze contre le Portugal (35-34, avec 4 buts de Mem). Un Portugal retrouvé sur cet Euro et écrabouillé (46-38) avec l'arrière droit titulaire de haut vol (8 sur 8), deux jours après avoir été moins brillant contre le Danemark (29-32, 3/8). Pas à son meilleur contre l'Espagne lundi (0/4), Mem promet d'être bien là ce mercredi soir : « C'est vrai que ce n'est pas la compétition où je suis le plus stable, mais ça ne m'inquiète pas. Je vais répondre présent. Les gros matches, c'est ce qu'on aime. »

Pour Dika Mem, ce quart de finale représente exactement le type de rendez-vous qu'il recherche : "Les gros matchs, c'est ce qu'on aime jouer. L'arrière droit, qui reconnaît ne pas réaliser "sa meilleure compétition" en termes de régularité, ne doute pas : "J'ai zéro inquiétude. Je sais qu'il y a des matchs importants qui vont arriver.

Sportivement, l'Allemagne arrive avec des certitudes, malgré sa défaite face au Danemark. "C'est une équipe qui monte en puissance, avec beaucoup de rotations et des profils différents", analyse Gille. Dika Mem poursuit : "C’est une très bonne équipe. La plupart des joueurs de leur équipe étaient aux JO. La clé du match sera en défense.

Si l’eau a coulé sous les ponts depuis, le Barcelonais l’admet : Depuis ce qui s’est passé, c’est un match qui sera toujours particulier pour moi. J’aurai toujours envie de gagner et bien jouer. Des fois ce sera le cas, des fois, non.

Après l’élimination de l’équipe de France par l’Allemagne, aux portes des demi-finales de l’Euro 2026, Dika Mem, auteur d’un bon match, s’est plaint de contacts musclés de la part des Allemands. Contre l’Allemagne, Dika Mem et la France sont tombés dans le piège du défi physique.

Une rencontre où Mem a particulièrement brillé offensivement (9 buts), même s’il n’a pas pu empêcher l’élimination des champions d’Europe en titre. L’arrière droit du FC Barcelone a surtout dû faire face à Matthes Langhoff et sa défense musclée.

Il peut se faire une idée de ce qui l’attend en Bundesliga, par exemple à Eisenach (club allemand). Car Dika Mem va en effet rejoindre la Bundesliga en 2027, puisqu’il s’est engagé avec le Fusche Berlin, club de Mathias Gidsel et Simon Pitlyck et où il retrouvera… Matthes Langhoff.

Il faut simplement lui montrer qu’il ne peut pas faire ce qu’il veut, à repris Kolhbacher. Il faut savoir le contrer. Il s’en est plaint mais je m’en fiche car c’est ça le handball. Lire aussi : Handball. Après 11 ans en Catalogne, Dika Mem va découvrir un autre championnat, à la densité physique plus élevée et à l’adversité plus grande.

De leur côté, les Allemands ont l’occasion de disputer une deuxième finale, en trois compétitions, après celles des Jeux olympiques 2024.

Qui plus est, le Français défie les représentants du pays où il évoluera à partir de 2027, à Berlin. « Les derniers ballons, si je dois les avoir, je vais les prendre », prévient-il. Fabregas aimerait que son pote inscrive le but de la gagne. « Même si je le fais, ça ne nous fera pas gagner les Jeux, c'était le rêve de tous de gagner à la maison, sait bien l'intéressé, mais voilà, c'est une autre compétition, un autre contexte. Forcément, il y aura un esprit de revanche.

Dika Mem et la France sont tombés dans le piège du défi physique. Jannik Kohlbacher a prévenu l’arrière droit tricolore de ce qui l’attendait en Bundesliga.

Après son excellente performance, Dika Mem trouvait d’autres motifs de satisfaction : « Depuis le début de la compétition, ma priorité était de faire jouer tout le monde. Cette fois, j’avais vraiment envie de me lâcher. » Il a rappelé qu’il demeurait l’arme offensive principale des champions d’Europe en titre, ce que n’ignorent pas les Espagnols, qu’il connaît bien.

Meilleur buteur du match, le demi-centre Dika Mem livre son sentiment après la défaite des Bleus contre l'Allemagne (34-38), ce mercredi à Herning, qui prive les tenants du titre d'une place en demi-finales.

« Quel est votre sentiment après cet échec contre l'Allemagne (34-38) qui vous prive des demi-finales de l'Euro dont la France est tenante du titre ? Il y a de la déception, forcément. Ce n'est pas facile de perdre à ce moment-là la compétition. Ça nous laisse en dehors des médailles. On était venu pour des médailles, donc forcément c'est décevant.

Qu'est-ce qui vous manque sur ce match où vous avez été personnellement performant (11 buts sur 15 tirs, meilleur buteur du match) ? Je pense qu'on a payé notre première mi-temps (15-19). On repart à la mi-temps avec 4 buts de différence, sur des erreurs un peu bêtes de notre part, sur des changements. Ils ont marqué 3-4 buts faciles, ce qui fait qu'à la fin on court derrière le score, on revient un peu à -1 (26-27, 47e sur un de ses buts), on n'arrive pas à mettre le ballon pour égaliser, ou pour revenir à moins un, je ne sais plus, bref. C'est ça qui a fait la différence.

« On va continuer à grandir individuellement et collectivement et ça va le faire » On a l'impression que l'équipe de France rentre un peu dans le rang. Comment l'analysez-vous ? Ce que j'analyse, c'est qu'on a une grande équipe, on continue à grandir. Malheureusement, on n'a pas réussi à se qualifier (pour les demi-finales). C'est dur à encaisser mais le temps va passer et il faut avancer parce qu'il y a des compétitions qui vont arriver et on a envie de gagner des titres.

Que devez-vous faire pour renouer avec les podiums ? Là, c'est difficile de la dire, mais en tout cas, on va continuer à progresser, on va continuer à grandir individuellement et collectivement et ça va le faire. »

Aymeric Minne, demi-centre des Bleus, 5 buts sur 7 tirs : « On ne mérite pas d'être en demi-finales « On ne mérite pas d'être en demi-finales. On a encore fait des erreurs mais c'était un meilleur match que contre l'Espagne (défaite 32-36). On fait trop d'erreurs. En première mi-temps, on perd quelques ballons. En deuxième, c'était beaucoup mieux offensivement. En prenant 38 buts, c'est dur d'espérer gagner contre une équipe comme ça. On a bien joué 45 minutes offensivement mais défensivement, ils étaient en chauffe. Tout leur réussissait, ils mettaient des tirs sous la barre, des buts de partout. Ça représente un échec, forcément. On est déçus, on n'est pas venus pour ça. Mais on perd le Danemark, on perd l'Espagne, on perd l'Allemagne. »

Rémi Desbonnet, gardien des Bleus, 10 arrêts à 24 % : « On a répondu présent, honnêtement » Forcément, c'est dur. Je ne sais pas quoi dire. On a perdu le match qu'il ne fallait pas. On s'était déjà mis dans une situation où on se retrouvait avec un match couperet. On a répondu présent, honnêtement. On fait une entame de match qui n'était pas forcément celle qu'on avait imaginée, évidemment. Mais d'un autre côté, ça va dans tous les sens. J'ai quand même la sensation qu'on a tout livré sur cette deuxième mi-temps. Qu'on est allé au bout de nous-mêmes. C'est difficile de dire ce qu'il nous manque.

En tout cas, je suis déçu. C'est sûr que quand tu prends 38 buts, c'est dur d'aller gagner les matches mais je n'ai pas la solution pour en prendre moins aujourd'hui. On a des ambitions et ce n'est pas celle de sortir avant les quarts de finale. Ça, c'est clair. C'est un résultat qui n'est pas celui qu'on attendait. Je rappelle quand même qu'avant cette compétition-là, on fait trois médailles en quatre compétitions. Il faut aussi respecter nos adversaires et accepter qu'ils jouent très bien. Le niveau général dans cette compétition est incroyable. Il n'y a aucune équipe invaincue dans la compétition. C'est dire le niveau. Je pense qu'il faut être humble et dire que nos adversaires progressent aussi.

Équipe de France de Handball

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