Racisme et football: Études et statistiques

Le sport, et en particulier le football, occupe une place importante dans la vie culturelle de la France. Cependant, il se caractérise par une tension paradoxale entre les valeurs qu'il entend transmettre et les préjugés qu'il contribue à véhiculer.

Les pratiques sportives peuvent, même involontairement, alimenter voire légitimer des postures racistes ou discriminatoires. La culture sportive repose toujours sur la sélection, la compétition, la masculinité et surtout, sur un entre-soi puissant.

Le sport: un écosystème qui laisse place à des discriminations

Les pouvoirs publics, les associations de défense des droits de l'homme, tout comme les acteurs de la scène sportive conçoivent que cet écosystème particulier peut favoriser les actes ou les propos à caractère raciste ou discriminatoire.

La culture sportive: un équilibre précaire entre inclusion et exclusion

La culture sportive met en avant des valeurs morales et sociales à l'instar de la solidarité, de l'esprit d'équipe, du principe de fair-play et du dépassement de soi et des différences au service du jeu. Corrélativement, cette même culture alimente et entretient des amalgames entre performances sportives et vertus supposées d'un pays, d'un lieu, voire d'un système politique ou d'un gouvernement.

Ainsi des valeurs censées transcender les différences des individus et des équipes - unir autour de principes communs - se substituent à des assignations identitaires ou territoriales. Les deux coupes du monde de football remportées par la France, en 1998 puis en 2018, ont donné lieu à des moments de célébration extraordinaires comparables à une communion nationale.

L'athlète - dans la diversité d'origine affichée des équipes nationales - y a fait figure de modèle victorieux, honorant "sa patrie, sa race, son drapeau". Ce phénomène se reproduit à différentes échelles: internationale, nationale, régionale, urbaine, communale et même à l'échelle d'un groupe de personnes s'affrontant dans le cadre de pratiques sportives informelles.

L'identité et la supposée qualité du groupe s'affirment alors à travers l'opposition à l'adversaire. Les dynamiques d'identification entre un "nous" et un "eux" parfaitement distincts s'opèrent et les vertus morales de la culture sportive, loin de les contrebalancer, s'en accommodent au nom de la victoire du groupe auquel chacun s'identifie.

Cette mise en émotion identitaire du groupe s'enracine souvent dans des histoires locales et des réductions identitaires à la résidence objectivement vectrices d'exclusion, voire de discrimination.

L'univers sportif est actuellement largement défini par un esprit de compétition qui privilégie les plus forts face aux plus faibles. Cette vision hiérarchique trouve très vite ses traductions sociales. Dans l'imaginaire collectif, très tôt, "apprendre à faire du sport, c'est apprendre que seuls les meilleurs jouent".

Le niveau de performance justifie, de fait, l'exclusion et renforce par-là les formes de discriminations sportives laissant place à des "traitements inégalitaires (qui) touchent principalement des personnes vulnérables."

Historiquement considéré comme une affaire d'hommes, le sport ne s'ouvre que très tardivement aux femmes et plus tardivement encore, à la notion d'égalité entre les sexes. Cette histoire pèse encore lourdement sur la culture sportive et se traduit par la prévalence de la sphère masculine et par des analogies entre la notion de masculinité et celles de puissance et de victoire.

Ce "coefficient symbolique négatif" se traduit concrètement par une culture masculiniste ou viriliste ainsi qu'un mépris assumé, voire revendiqué, vis-à-vis de tout ce qui s'apparente à une faiblesse, et par extension vis-à-vis de tout ce qui est assimilé à la faiblesse.

Dans la pratique sportive, ces stéréotypes discriminatoires se traduisent par une formidable banalisation des insultes et des propos dévalorisants. De l'entraînement à la compétition, en passant par les pratiques informelles du sport, c'est un sexisme ordinaire qui s'exprime à travers des paroles déplacées, des quolibets et des insultes, ainsi que le placement des sportifs sur le terrain et leur participation ou non aux compétitions.

Le sexisme s'exprime tout autant à travers le dénigrement physique, l'usage d'humour machiste et l'établissement de relations fondées sur un impératif de séduction. Les divers chants, remarques, insultes et comportements homophobes sont généralement perçus comme faisant partie intégrante de la culture sportive et s'expriment alors en toute impunité. Enfin, ces stéréotypes sont renforcés par les représentations construites autour de la pratique sportive avec, par exemple, l'usage d'un vocabulaire différent selon que l'on s'adresse à un homme ou une femme qui alimente le machisme dans le sport.

Les médias sont partie prenante de cette culture stéréotypée du sport. Ils l'entretiennent en retour, par une moindre diffusion ou une diffusion à des horaires de faible audience des compétitions féminines et ce, malgré des audiences réelles et les masses financières loin d'être négligeables qu'elles représentent. Il en va de même en termes d'affichage : peu de sportives font les couvertures de magazines ou de journaux dédiés.

La CNCDH s'inquiète aussi des discriminations touchant les personnes intersexes dans le sport, et en particulier dans le sport de haut niveau.

La faiblesse - réelle ou supposée - et le genre n'ont pas le privilège de la mécanique d'assignation à résidence. On la retrouve sous une forme naturalisée à propos des lieux d'origine auxquels sont attribuées des qualités intrinsèques. Elle se manifeste également par une "racialisation des compétences", assumée comme telle ou plus subtilement sous la forme de pseudo-éloges vantant par exemple les mérites du "corps noir" ou de la "vivacité landaise".

Cette vision est d'ailleurs fortement ancrée dans notre société. Ces approches discriminantes de "l'autre" nourrissent avec une charge symbolique une toute autre violence celle des agressions physiques ou verbale, manifestant un racisme biologique décomplexé. La réussite ne protège pas de ces agressions.

Le sportif en situation de handicap, quant à lui, continue d'être considéré comme une figure d'exception qui aurait réussi malgré sa prétendue faiblesse. Pourtant, dans un environnement adapté le handicap n'a plus vraiment d'importance.

La loi du 11 février 2005 et la classification internationale des déficiences, des activités et de la participation sociale rappellent que le handicap est toujours contextualisé et qu'il se mesure en référence à l'interaction entre un individu et son environnement. Les espaces dédiés au sport restent cependant insuffisamment adaptés à l'accueil de ces personnes qui se trouvent de fait exclues de la pratique sportive et ce, en violation de l'engagement international de la France au titre de l'article 30 de la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapée des Nations Unies. De plus, alors que la loi de 2005 prévoyait de rendre la totalité des établissements recevant du public (ERP) accessibles d'ici 2015, la France n'a atteint cet objectif qu'à hauteur de 30 %. Au moment où les agendas d'accessibilité programmée (Ad'AP) ont prévu une extension de 3 à 9 ans supplémentaires, la CNCDH insiste sur la nécessité de mettre la priorité sur l'accessibilité totale aux personnes handicapées.

Le sport de compétition, une pratique organisée en cercle fermé

Le milieu sportif professionnel - clubs professionnels, fédérations, comités internationaux - est animé d'acteurs puissants, singulièrement en termes financiers, pour lesquels la protection de l'image publique prime. La crainte du scandale ou de la polémique publique couplée avec l'idée d'un sport en soi détaché des enjeux de citoyenneté, aboutit trop souvent à légitimer une culture de l'irresponsabilité, de l'opacité et de l'auto réglementation, avec toutes les limites que cette dernière comporte.

Cet entre soi dominant fait que, en cas d'incidents racistes, les autorités sportives font le dos rond aussi longtemps que possible et ne saisissent des tiers compétents qu'en dernier ressort.

Ce déficit se creuse et s'entretient dans le temps, sur la base de fonctionnements institutionnels identifiés comme ceux d'une justice arbitrale et non légale.

Encore largement dominant, cet écosystème doit, depuis plusieurs années, tenir compte des exigences de la société et apprendre à les intégrer à ses propres préoccupations. C'est particulièrement le cas avec la problématique du dopage. Les efforts de moralisation des pratiques entrepris doivent beaucoup à la pression combinée des pouvoirs publics et des acteurs de la société civile.

Si les importantes inégalités financières qui traversent le milieu du sport ne peuvent pas être considérées comme une cause directe de racisme, de sexisme ou de discriminations, elles ne leur sont pas étrangères. Elles concourent à exacerber à la fois des mécaniques discriminatoires et les mises en concurrence qui en découlent.

Les discussions et démarches engagées notamment par les acteurs associatifs démontrent largement que si des évolutions sont possibles dans les comportements des décideurs, l'intervention soutenue et durable des pouvoirs publics s'avère décisive pour les stabiliser et les inscrire durablement dans un cadre légal.

Renforcer l'effectivité d'un sport inclusif centré sur le jeu

Le regard de la société civile change et perçoit davantage le lien existant entre pratiques sportives, réalités sociales et choix civiques. L'esprit des recommandations qui suivent est de contribuer à sortir le champ sportif de l'entre soi, de l'articuler à chaque niveau - local et national - à des politiques de civisme, et à en faire un objet qui n'implique pas que les seuls pratiquants ou spectateurs.

Faire évoluer les pratiques sous le regard de la société civile

Démanteler les intolérances inhérentes aux pratiques sportives est un volet essentiel de cet engagement mais aussi de la prévention contre les discriminations dans le sport. Divers moyens ont été et restent mis en œuvre pour le concrétiser.

A l'échelle nationale, c'est sur le terrain juridique que cette lutte contre l'intolérance dans le sport se concrétise. En 2015, le Défenseur des Droits a contribué à l'élaboration du Guide juridique sur la prévention et la lutte contre les incivilités, les violences et les discriminations dans le sport, publié par le ministère de la ville, de la jeunesse et des sports. En parallèle, la LICRA a réalisé un travail approfondi sur la dénonciation du racisme dans le sport qui a servi de base dans l'élaboration d'un rapport sur la violence et le sport, transmis en 2007 au parlement et au gouvernement français.

Les fruits de ce travail se récoltent aujourd'hui : le 16 avril dernier émergeait une proposition de loi visant l'amélioration de l'action de la plateforme nationale de lutte contre la manipulation des compétitions sportives. En outre, des coopérations intergouvernementales, à l'instar de l'APES - Accord Partiel Elargi sur le Sport - voient le jour et réunissent Etats, fédérations sportives et ONG autour de la lutte pour un sport plus éthique, plus inclusif et plus sûr.

De plus, des campagnes anti-discriminations ponctuent de plus en plus l'agenda sportif. A titre d'exemple, récemment, les campagnes de lutte telles que "Dîtes non à la discrimination" ou encore "Coup de Sifflet" étaient destinées à pointer du doigt ces problématiques. Au-delà, la campagne "ex Aequo" invitait à aller encore plus loin en développant la tolérance dans le milieu sportif. Outre leur objectif premier de sensibilisation des joueurs, entraîneurs et publics, les campagnes engagées impliquaient également les médias.

La lutte contre le racisme - et les discriminations qui y sont liées - semble désormais incontournable pour les fédérations sportives. Des réseaux antiracistes s'établissent (FARE - Football Against Racism in Europe), et s'allient (alliance entre FARE et FIFA depuis 2006) pour promouvoir la diversité dans le sport. Des événements réguliers s'organisent ("FIFA Anti-Discrimination Days") et des récompenses particulières sont mises en avant (depuis 2016, le "FIFA Diversity Award").

Des fédérations mettent également en place des observatoires sur les violences et les discriminations tels que celui de la Fédération française de Football (FFF) ou encore de celle de basketball. Il s'agit là, d'initiatives prometteuses même si leurs critères manquent encore de précision.

Racisme dans le football Documentaire

Dans le contexte de la lutte contre le racisme et les discriminations dans le sport, il est important de mentionner certains événements et déclarations qui ont marqué l'actualité. Par exemple, la phrase de Lilian Thuram, rapportée par le journal italien Corriere dello Sport, a suscité une série de critiques et de commentaires indignés.

Thuram a ensuite clarifié ses propos, affirmant être contre toute forme de racisme. Cependant, la polémique a mis en lumière la sensibilité du sujet et la nécessité d'une réflexion approfondie sur les causes et les conséquences du racisme dans le football.

De même, les révélations de Mediapart concernant des discussions au sein de la Direction Technique Nationale (DTN) de la Fédération Française de Football ont suscité un vif émoi. Ces discussions portaient sur la question des joueurs binationaux et sur des critères de sélection qui pouvaient être perçus comme discriminatoires.

Ces événements montrent que le racisme et les discriminations restent des problèmes présents dans le football français, et qu'il est nécessaire de poursuivre les efforts pour lutter contre ces phénomènes.

Voici une synthèse des mesures prises par les fédérations sportives pour lutter contre le racisme et les discriminations:

Fédération Mesures
FIFA Campagnes anti-discrimination, FIFA Diversity Award
FFF Observatoire sur les violences et les discriminations
Autres fédérations Mise en place d'observatoires, campagnes de sensibilisation

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