Le Football à La Ville-aux-Dames : Histoire et Sociabilité Villageoise

L’histoire du football des campagnes a été peu étudiée. Pourtant, dès l’entre-deux-guerres, le stade devient un lieu de sociabilité et de cristallisation des identités important notamment dans le département du Vaucluse. À de rares exceptions près, l’histoire du sport ne s’est pas particulièrement penchée sur le stade de football au village.

Jusqu’à récemment, l’histoire du sport a privilégié l’étude des grandes enceintes du sport-spectacle, des manifestations sportives compétitives, la dimension architecturale des infrastructures sportives sous les régimes autoritaires, ou encore les fonctions des grands stades. Julien Sorez, pour sa part, s’est intéressé aux « nombreux terrains et stades des pratiquants anonymes » de Paris et de ses banlieues, où l’étude de ces espaces est intimement liée à la réflexion sur l’ancrage local et la diffusion des pratiques sportives.

Alors qu’en Angleterre, le football s’impose rapidement comme un élément central de la culture des classes populaires dès les années 1880, incarnant une « véritable religion laïque du prolétariat britannique, avec son église (le club), son lieu de culte (le stade) et ses fidèles (les supporters) », il devient également un marqueur clé de l’identité urbaine. En revanche, en France, l’appropriation du football par les classes ouvrières suit « un processus complexe et plus ambigu qu’on ne pourrait le penser ».

Dans l’entre-deux-guerres, le football commence à s’affirmer, et cette évolution s’accélère particulièrement dans les années 1940-1950, où il se présente comme « le visage d’un sport populaire, sinon prolétaire ». En Vaucluse, au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’essor du football est étroitement lié aux transformations socio-économiques locales. Dans ce département, à partir des années 1920, et plus largement dans les années 1930, le football s’impose comme le « sport-roi au village », mobilisant une population majoritairement paysanne. Ces derniers pratiquent leur sport sur les pelouses naturelles des champs, souvent mis à disposition par des propriétaires locaux.

L’implantation spatiale du football renvoie à la question de sa pérennité puisque la longévité de la plupart des pratiques culturelles tient à l’établissement de lieux spécifiques. On constate que les espaces du football, tel le stade, sont bien souvent associés à des formes subtiles de sociabilité. Définie comme « l’aptitude des hommes à vivre intensément des relations publiques », la sociabilité s’inscrit au cœur des dynamiques sociales qui façonnent le club de football et son stade comme des lieux privilégiés de rencontre et de partage.

Dans quelle mesure le stade de football devient-il le creuset de la sociabilité sportive au village en Vaucluse entre les années 1920 et 1980 ? En s’appuyant sur une approche micro-historique et l’exploitation d’archives publiques et privées inédites, cet article propose d’analyser d’abord le stade de football comme un lieu inédit de sociabilité villageoise en Vaucluse durant l’entre-deux-guerres. Plus qu’un simple espace de pratique sportive, le stade se révèle être un creuset où se tissent des liens sociaux, où se négocient des identités collectives et où s’incarne une forme de modernité rurale dans les années 1940-1950, jusqu’à son déclin progressif à partir des années 1960, reflet des mutations sociales et culturelles des villages du Vaucluse.

Si ce département constitue un cas d’étude particulièrement intéressant, il ne saurait pour autant être considéré comme représentatif de l’ensemble des campagnes françaises.

Les Terrains de Football : Des Prés aux Stades

Durant l’entre-deux-guerres, les premiers matchs de football dans les campagnes vauclusiennes se déroulent fréquemment sur des prés transformés en terrains de sport. À cette époque, la recherche d’un terrain constitue une priorité pour les fondateurs des clubs sportifs nouvellement créés. Pour La Gazette sportive, hebdomadaire sportif vauclusien fondé en 1927, un terrain idéal se doit d’être plat pour minimiser les risques de blessures et favoriser un jeu fluide.

Cependant, à la fin des années 1920, peu de clubs en Vaucluse disposent d’un tel espace. Hormis quelques exceptions comme Bollène, Vaison ou Pertuis, les terrains sont généralement des prés loués à des paysans ou prêtés gracieusement par des propriétaires. Ce manque d’infrastructures permanentes explique l’état médiocre des terrains, souvent étroits et accidentés, où les matchs favorisent davantage le jeu brutal que la finesse technique.

L’histoire du terrain du SC Jonquières illustre bien ces difficultés. De 1921 à 1951, le club ne possède aucun terrain attitré. Les pratiquants jouent « dans un pré, pas toujours le même, car il faut obtenir l’autorisation du propriétaire qui la donne que lorsque son pré est fauché de fraîche date. Les montants et les barres sont dressés à chaque match avec de simples cannes attachées avec des ficelles ». Le pré, en tant que premier terrain de football, est une réalité que l’on retrouve dans de nombreuses campagnes françaises de l’entre-deux-guerres.

En Normandie, les footballeurs de Tessy Sports évoluent sur un herbage loué dans le village de Mourocq, où, la veille des matchs dominicaux, les vaches sont mises en pâture pour tondre la pelouse. Dans le Jura, le FC Orgelet, créé en 1923, pratique également le football dans un pré situé sur la route de Merlia.

Le stade de football de Caromb, village agricole adossé au sud du Mont-Ventoux capitale mondiale de la production des plants de vigne pendant près d’un demi-siècle, constitue un révélateur des mutations de la sociabilité juvénile et villageoise au lendemain de la Première Guerre mondiale. En 1922, quatre jeunes hommes du village - Élie Courias, négociant, Marcel Roubin, cultivateur, Paulin Chave, cultivateur et Albert Ulpat, boulanger - fondent le Sporting-Club de Caromb, dans une démarche visant à répondre à des préoccupations sociales et éducatives.

L’objectif explicite de cette initiative est de « déclarer la guerre aux bistrots et aux cercles où la jeunesse locale s’était laissée entrainer aux jeux d’argent ». En substituant le football à ces activités, les promoteurs du club ambitionnent d’encadrer la jeunesse locale et de canaliser ses énergies vers une pratique sportive structurée et fédératrice. L’émergence du stade de l’Euze s’inscrit dans cette dynamique de transformation sociale.

Un article publié dans L’Auto du 30 janvier 1924 confirme l’émergence du terrain de football dans les villages comme lieu central de sociabilité et de dynamisme communautaire. En 1923, Marcel Ricard, fils de paysans, fonde l’Étoile Sportive et Artistique de Villelaure. Les équipes jouent sur un pré, situé à proximité des écoles, prêté par la famille Verdet-Kléber. Ainsi, Villelaure, un village agricole spécialisé dans les cultures maraichères (pommes de terre, asperges, melons) de 900 habitants, possède un club sportif très actif. Il compte environ 100 membres, dont 60 pratiquants réguliers, majoritairement des jeunes paysans.

Trois équipes de football s’entrainent quotidiennement sur le pré, illustrant le rôle croissant du sport, et plus particulièrement du football, dans l’organisation des loisirs collectifs dans les campagnes vauclusiennes. Le terrain de football apparait ici comme un moteur de cohésion sociale. Si le café est le siège de l’activité administrative et festive des clubs, le terrain de football, quant à lui, devient un véritable lieu de rassemblement au village, mêlant spectateurs, supporters et curieux.

La composition du public témoigne de l’intégration du football dans la vie quotidienne du village. À Sarrians, lors de la première édition de la Coupe de Vaucluse en 1920, on note la présence « de nombreuses dames et demoiselles », mettant en lumière le rôle des spectatrices comme ferventes admiratrices des exploits masculins. Le stade de football devient un lieu où les femmes contribuent à façonner une nouvelle sociabilité villageoise.

Le match de football au village peut attirer des foules considérables, dépassant parfois le cadre strictement sportif pour devenir un événement social. En 1929, le pré de la Gayère utilisé comme terrain de football par la Comète Sportive de Sarrians rassemble « 800 supporters » lors d’un match de Coupe de Provence tandis que le SC Orange compte, sur son terrain de l’Avenue de l’Arc, « à peine 400 personnes ».

En Vaucluse, le village peut se mobiliser de manière beaucoup plus forte que la ville pour soutenir son équipe de football. Le stade n’est donc pas uniquement « un espace d’expression des communautés urbaines et provinciales, représentées par les sociétés sportives » et « supporteristes ». Le terrain de football rassemble souvent une grande partie de la communauté locale, faute de divertissements plus nombreux et variés. En 1937, les « verts » de l’AS Thoroise, tenants de la Coupe de Vaucluse, battent le SC Orange « devant un millier de spectateurs ».

Inauguré en 1931 à l’initiative d’Eugène Roumagoux, médecin, maire et député radical-socialiste, le stade Roumagoux d’Oppède dépasse largement le simple rôle d’infrastructure sportive. Véritable lieu de mémoire du football vauclusien, il s’impose comme un creuset de la sociabilité sportive au cœur des campagnes du Luberon, particulièrement dans un contexte marqué par les mutations socio-économiques de l’entre-deux-guerres.

Symbole de modernité et de rassemblement, il devient un théâtre où se joue bien plus que le sport : il transcende sa fonction première en incarnant les idéaux républicains de démocratisation et de promotion des valeurs d’égalité et de fraternité promue par la Coupe Roumagoux. Inspirée des grands modèles comme la Coupe de France ou la Coupe de Provence, la compétition qui s’y déroule offre aux clubs modestes des villages vauclusiens l’espoir de gloire.

Le 31 mars 1957, lors de la 20e journée de Division d’Honneur de la Ligue du Sud-Est, l’AS Sablet accueille la réserve de l’Olympique de Marseille. Ce match attire un public record de « 800 spectateurs » soit presque la totalité des 864 habitants du village. Cet événement illustre le rôle fondamental du stade dans la vie communautaire locale, réunissant une majorité d’habitants.

Dans les années 1940 et 1950, le stade de football dans les villages vauclusiens dépasse sa simple fonction de terrain de sport pour devenir un véritable creuset de sociabilité où s’entrecroisent des dynamiques sociales, culturelles et économiques. Il devient un lieu de rassemblement, où le public, de plus en plus nombreux, joue un rôle crucial.

Dans de nombreux villages du département, le terrain de football connaît un véritable succès populaire pendant les « années noires ». Peu de villages sont dépourvus d’un onze. En effet, avec l’interdiction des bals et de la chasse, le stade de football devient un des principaux lieux de divertissement au village. La pratique du football devient une échappatoire à la noirceur des temps.

En dépit des restrictions et des difficultés de déplacement, les gens trouvent un moyen de se rassembler et de partager autour de la passion du football. Une lettre de Marcel Ricard adressée à Edmond Chabert, requis pour le travail obligatoire en Allemagne, datée du 11 mai 1943, illustre l’importance cruciale du football au village pendant la Seconde Guerre mondiale, malgré le contexte difficile de l’Occupation.

À travers son contenu, Marcel Ricard, président du SOC Villelaure, relate les matchs organisés avec enthousiasme et souligne leur importance pour maintenir le moral et la cohésion au sein de la communauté. Ces rencontres sportives apparaissent comme un véritable exutoire, permettant de transcender les épreuves de la guerre. Le terrain de football est présenté non seulement comme un espace de loisir, mais aussi comme un lieu de sociabilité essentiel entre les villageois, renforçant leur solidarité face à l’adversité.

Ce sport réussi à attirer régulièrement un nombre significatif de spectateurs dans différents villages du département, ce qui montre à quel point ce sport prend une place croissante dans la culture locale dans les années 1940. À la fin de l'année 1940, il y a environ un millier de spectateurs au stade Ulysse Fabre de Vaison-la-Romaine. Au stade Roumagoux d’Oppède, le public rassemble plus de 500 personnes entre 1941 et 1943. Dans le contexte du régime de Vichy puis de l’Occupation, le stade de football au village devient un lieu essentiel pour « l’engagement communautaire et parmi les rares endroits où les gens ordinaires peuvent faire l’expérience de la normalité ».

Même après la guerre, l’engouement pour le stade de football ne semble pas faiblir. Dans les années 1950, alors que les stades des clubs professionnels subissent une crise marquée par une chute de moitié du nombre de spectateurs.

La Ville-aux-Dames : Un Club en Plein Essor

Pour la première fois de son histoire, le club de La Ville-aux-Dames va découvrir la Promotion de Ligue avec la volonté de bien figurer et de s'inscrire dans la durée. Depuis quelques saisons, sous la houlette de Jean-Paul Fournié, les Gynépolitains étaient souvent placés mais jamais gagnants, se faisant systématiquement coiffer sur le poteau.

Il aura donc fallu attendre cet exercice 2010/2011 pour que les hommes du président Parra touchent enfin au but, devançant cette fois-ci Luynes sur le fil lors de la dernière journée de championnat. Une belle récompense pour les joueurs et pour leur tout nouvel entraîneur Yoann Herbst qui, pour son baptême du feu, aura donc décroché le gros lot : « Ce fut une saison éprouvante et enrichissante car cela s'est joué à peu de choses entre le FCOT, Luynes, Veigné et nous,analyse le coach gynépolitain . Je pense malgré tout que, sur l'ensemble, notre accession n'est pas usurpée, mais rien ne fut simple... »

La page est aujourd'hui tournée et le club se prépare avec une envie décuplée pour ce nouveau challenge : « Je vais travailler avec Thomas Labussière(entraîneur de la réserve venant de Chançay) à donner encore plus de dynamisme à l'ensemble, sachant que notre effectif a été largement renforcé avec des joueurs de qualité et d'expérience. Il faut maintenant digérer cette montée et aborder cette saison en PL sans complexe. Si nous y parvenons, je pense que nous aurons alors notre mot à dire! »

L'appétit venant en mangeant, La Ville-aux-Dames pourrait ainsi être la bonne surprise de cette nouvelle saison...

Aux portes de Tours, située entre la Loire et le Cher, "La ville aux dames" en Indre-et-Loire est une commune pleine d'histoire d'une superficie de 8 km². L'histoire du nom si particulier de cette ville remonte au Moyen-Age, et plus précisément à l'an 799, date à laquelle une femme noble prénommée Hildegarde fonda une abbaye de religieuses à Saint-Loup, abbaye uniquement constituée de femmes. Aujourd'hui, la commune conserve ce patrimoine historique au cœur de ses rues. La ville propose un grande nombre d'activités et de clubs de sports regroupés au sein de l'Etoile Sportive de La Ville-aux-dames (ESVD).

L'histoire du football ⚽ - Résumé sur cartes

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