Histoire du football féminin : De l'Angleterre à la reconnaissance mondiale

Le football émerge comme discipline sportive durant la deuxième partie du XIXe siècle en Angleterre. Le jeu est alors réservé à une élite sociale exclusivement masculine : les élèves des public schools, établissements d’enseignement privés et non mixtes. C’est entre 1850 et 1900 que le football se diffuse dans les îles Britanniques, se démocratise, se professionnalise et devient un spectacle.

Tout commence en Angleterre en 1881, premier match officiel de football féminin entre l’Écosse et l’Angleterre. Le 9 mai 1881, onze jeunes Écossaises rencontrent onze jeunes Anglaises à Édimbourg pour disputer le premier match officiel. On ne connait rien des prouesses sportives des joueuses malheureusement, la presse de l’époque parle uniquement des tenues portées. Le coup d’envoi est alors donné et la pratique va se développer petit à petit.

Premier match officiel de football féminin entre l'Angleterre et l'Écosse en 1881.

Les débuts et les obstacles

Dès la fin des années 1890, des militantes pour l’égalité des sexes commencent à organiser des premières rencontres de football féminin. En 1895, le premier club de foot féminin, le British Ladies Football Club, est fondé par une aristocrate écossaise, Florence Dixie. Cependant, le football se construit comme un véritable fief de la virilité, laquelle s’exprime alors à la fois dans la pratique, dans les tribunes et dans les commentaires médiatiques sur le jeu.

En France, ce ne sera qu’en 1912 que sera fondé le premier club français de football féminin, le Femina Sport. En France, le sport féminin se développe au début du XXe siècle. Fémina Sport, club omnisport féminin, est créé en 1912. On y pratique alors l’athlétisme et la gymnastique.

Sur le continent, où le football masculin s’est implanté depuis la fin des années 1890, la Première Guerre mondiale joue un rôle important dans les débuts de sa féminisation. En effet, le conflit brouille les frontières entre le masculin et le féminin : la violence du champ de bataille malmène la virilité de corps pourtant endurcis par le sport et les travaux de force, tandis que la soi-disant fragilité corporelle des femmes est contredite par leur mobilisation croissante pour l’effort de guerre à l’arrière. La fin du conflit inaugure l’organisation en France des premiers matchs féminins en avril 1918, à l’initiative du club Femina sport, créé cinq ans plus tôt.

Cette première expérience est plutôt réussie, d’autres matchs suivent rapidement. Les équipes féminines étant alors trop peu nombreuses, Fémina affronte des équipes scolaires masculines. Le sport féminin s’organise pour obtenir une meilleure visibilité. Les principales associations se regroupent et forment la Fédération des sociétés féminines sportives de France (FSFSF) en 1918. Cela permet alors la création d’un championnat de France de football féminin en 1919 qui perdurera jusqu’en 1932.

Au lendemain de la guerre, les associations sportives masculines, dont les effectifs augmentent considérablement, reprennent à leur compte les discours médicaux, s’inscrivant ainsi dans le contexte conservateur, antiféministe et nataliste de l’époque. Il s’ensuit une véritable offensive contre le football féminin : en décembre 1921, la fédération anglaise de football interdit à ses associations affiliées de soutenir le football féminin. Une année plus tard, la fédération belge l’imite et des journalistes conservateurs font entendre leurs réprobations en France.

En 1919, la Fédération française de football est créée en France, mais elle refuse de reconnaître la pratique féminine. Pourquoi cette décision ? Le football était considéré comme trop violent, on disait qu’il pouvait déformer le corps des femmes, entraîner même la stérilité. En Angleterre, la pratique est interdite en 1921 par la Football association pour les mêmes raisons. Le gouvernement de Vichy interdit aussi la pratique du foot féminin en 1941.

Parallèlement, une sélection des meilleures joueuses françaises part en 1920 faire une tournée en Angleterre. Les débuts sont difficiles pour cette jeune équipe de France avec une défaite 2:0 face à l’équipe des Dick, Kerr's Ladies Football Club mais le public est au rendez-vous avec 25 000 spectateurs. Sachez que le premier match international a opposé une équipe anglaise, les Dick-Kerr Ladies, à une sélection de joueuses françaises à Manchester, le 29 avril 1920. Le score ? L’Angleterre l’a remporté 2-0.

La pratique du football pour les femmes se développe mais elle reste controversée. En Angleterre, de nombreuses équipes se sont créées, le public est très présent et les matchs rencontrent un franc succès. Pourtant, en 1921, la Football Association décide d’interdire l’accès des terrains aux femmes. Divers arguments sont utilisés pour justifier les interdictions, les débats faisant rage en France également. Le corps des femmes ne conviendrait pas à la pratique de ce sport, car elles seraient trop gracieuses. La violence du sport serait également un obstacle au football féminin.

Le football féminin français perdure mais perd de sa superbe suite aux nombreuses accusations. Dès la fin des années 1930, on ne trouve que peu de footballeuses. Le football féminin résiste mais sa pratique est désormais marginale. Dans le même temps, le football masculin est instrumentalisé par les régimes autoritaires soucieux d’exalter la force conquérante de corps virils et un imaginaire national masculin.

La reprise et la reconnaissance

Il faudra attendre les années 1960 pour assister à la reprise du football féminin en France et dans le monde. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la démocratisation et la scolarisation du sport féminin favorisent l’essor du football féminin, en particulier dans les pays du bloc communiste. En République fédérale d’Allemagne, la victoire remportée par l’équipe nationale masculine à la coupe du monde de 1954 suscite un nouvel engouement populaire et la création de clubs féminins. Certes moins nombreuses, des rencontres féminines sont également organisées en Angleterre, en Autriche et aux Pays-Bas.

Après des années de pratique clandestine, le 29 mars 1970, la Fédération française de Football reconnait enfin l’existence du football féminin de manière officielle. Plus ou moins à la même période, le sport est également mis en avant par les fédérations anglaises, allemandes et italiennes. En 1970, porté par le Stade de Reims, le football féminin est reconnu comme pratique officielle par la Fédération Française. L'année suivante, l'Équipe de France dispute son premier match. La France compte alors environ 2 000 licenciées.

À partir de la seconde vague féministe des années 1970, la dénonciation de la domination masculine et la revendication de l’égalité des sexes et de la libre disposition de leur corps par les femmes, donnent des arguments pour dénoncer le genre du football et renverser les obstacles à sa féminisation. Aussi la question du football féminin est-elle, pour la première fois, débattue lors des sessions de l’assemblée générale de l’Union des associations européennes de football (UEFA) de 1971.

Dans les années suivantes, et malgré la pesanteur de certains conservatismes, l’UEFA, sous l’impulsion des dirigeants des pays scandinaves, prend des mesures. En 1982, elle crée un championnat d’Europe, dont l’épreuve de 1989, disputée en Allemagne, rencontre un succès populaire. Dans le même temps, celui du football masculin ne cesse de croître, soutenu par une forte médiatisation et commercialisation. Cette visibilité accrue et la starification des joueurs renforcent le caractère viril de ce sport, surtout dans les milieux populaires.

En 1982, l’UEFA organise la première Coupe d’Europe et c'est en 1991 que la première Coupe du Monde de football féminin se dispute. En 1996, le football féminin fait sa grande entrée dans la liste des disciplines olympiques. Le sport et la pratique sont enfin reconnues à leur juste titre.

Le XXIe siècle : Banalisation et défis

Depuis le début du XXIe siècle, le football féminin se banalise. Selon le rapport annuel de l’UEFA pour l’année 2013-2014, le nombre de licenciées a quadruplé en un quart de siècle et dépasse le million dans l’ensemble des associations membres. Le statut de certaines footballeuses s’améliore. En 2011, les joueuses du championnat d'Angleterre obtiennent ainsi un statut semi-professionnel. Cependant, le football féminin commence à peine à être médiatisé et la majorité des joueuses ne sont pas (ou peu) rémunérées.

Malgré tout, les joueuses de football subissent de nombreuses inégalités et restent bien moins valorisées que leur homologues masculins. Outre ses inégalités, les femmes doivent attendre 2018 pour pouvoir tenter de remporter un ballon d'or en tant que joueuse. C'est le 3 décembre 2018 que Ada Hegerberg recevra le premier Ballon d'Or féminin.

L’arbitrage demeure un bastion masculin et les femmes brillent par leur absence dans les organigrammes des clubs et des organisations nationales ou internationales. Corinne Diacre, première femme à entraîner une équipe professionnelle masculine en France, pourtant élue à la fin de l’année 2015, meilleur.e entraîneur.e de Ligue 2 par l’hebdomadaire France Football, essuie de nombreuses attaques sexistes. Enfin, certains prétendent que le niveau de jeu - malgré ses progrès - ne peut être véritablement comparé à celui des meilleurs joueurs.

Axe prioritaire de développement pour la Fédération, l'accessibilité au football féminin s'est étendue sur tout le territoire. Alors qu'elle comptait un total de 81 153 licenciées en 2011, la FFF a dépassé la barre des 200 000 licenciées durant la saison 2019-2020, avec une augmentation remarquable du nombre de joueuses mais également d'éducatrices, de dirigeantes ou d'arbitres. Les clubs qui accueillent des équipes de filles sont aussi plus nombreux (plus de 3 000). C'est le fruit du plan de féminisation impulsé en 2011-2012.

Le nombre de 100 000 licenciées a été franchi début 2016 et a doublé quatre ans plus tard, grâce aux actions mises en oeuvre dans le cadre du plan Ambition 2020. Aujourd'hui, elles sont plus de 250 000.

En 1971, l'Équipe de France dispute son premier match. Essentiellement composée de Rémoises, l’Équipe de France féminine, dirigée par Pierre Geoffroy, entraîneur de Reims et premier sélectionneur, dispute sa première rencontre officielle. Les Bleues battent les Pays-Bas (4-0), le 17 avril à Hazebrouck, avec notamment un triplé de Jocelyne Ratignier.

La première saison du Championnat de France de football féminin sous l’égide de la FFF se déroule en 1974. Le Stade de Reims remporte les trois premières éditions d’une compétition comprenant à l'époque plusieurs groupes régionaux et une phase finale. La formule prévaudra jusqu’en 1992.

Après avoir manqué plusieurs rendez-vous (Euros 1991, 1993 ou 1995 et Coupe du Monde 1995), la France se qualifie pour sa première phase finale internationale en dominant la Finlande. Emmenées par Aimé Mignot, Marinette Pichon, Corinne Diacre et leurs coéquipières sont éliminées de peu au premier tour du championnat d’Europe 1997, disputé en Suède et en Norvège.

Après avoir manqué les deux précédentes éditions, les Bleues arrachent leur qualification pour leur premier Mondial lors d'un barrage face à l'Angleterre. À l'aller, elles l'emportent sur un but de Marinette Pichon, au retour c'est Corinne Diacre qui marque dans un stade Geoffroy-Guichard en ébullition. Mais elles ne parviennent pas à passer le premier tour de la Coupe du Monde organisée aux États-Unis et terminent 3ès d'un groupe relevé, derrière le Brésil et la Norvège.

L'Olympique Lyonnais, qui a investi massivement dans le développement de son équipe féminine, réussit le doublé Championnat-Ligue des champions. Finaliste malheureux l'année précédente, Lyon l'emporte en finale de la C1 face aux Allemandes de Potsdam (2-0) et devient le premier club féminin français à remporter la compétition. Avec sept sacres (2011, 2012, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020), l’OL est désormais le club le plus titré dans l’épreuve.

La 6ème édition de la Coupe du Monde se tient en Allemagne. Les Françaises atteignent le dernier carré pour la première fois de leur histoire au terme d'un quart de finale épique contre l'Angleterre (1-1, 4-3 aux t.a.b.). Mais les joueuses de Bruno Bini voient leur rêve de finale s'envoler en demi-finale face aux États-Unis (1-3), avant que la Suède ne les privent du podium lors du match pour la troisième place (1-2). Ce tournoi les aura néanmoins révélées aux yeux du grand public.

Qualifiée grâce à sa demi-finale de Coupe du monde en 2011, l'Équipe de France participe à ses premiers Jeux Olympiques, à Londres. Les Bleues manquent de peu la médaille de bronze, battues par les Canadiennes lors d'un match pour la troisième place pourtant dominé (0-1).

À Bakou, le 13 octobre 2012, l'Équipe de France féminine des moins de 17 ans, dirigée par Guy Ferrier, décroche le premier titre mondial du football féminin français face à la Corée du Nord (1-1, 7-6 aux t.a.b.). La défenseure Griedge Mbock termine meilleure joueuse du tournoi, Romane Bruneau meilleure gardienne.

En 2016, Lilia devient la 100 000ème licenciée de la FFF. En avril, elle a l'occasion de rencontrer les joueuses de l'Équipe de France féminine. Quatre ans plus tard, le nombre de licenciées a doublé, une réussite pour son Président Noël Le Graët et sa Vice-Présidente Brigitte Henriques, qui avaient fait du développement de la pratique féminine un objectif majeur.

Dans la foulée de l'Euro 2017, Corinne Diacre est nommée sélectionneure de l'Equipe de France féminine. L'ancienne défenseure et capitaine des Bleues (121 sélections, 14 buts) est la première femme à avoir obtenu son BEPF (Brevet d'Entraîneur Professionnel de Football) à l'issue de sa carrière de joueuse. Ancienne adjointe de Bruno Bini en Équipe de France, elle a entraîné le Clermont Foot en L2 avant de retrouver les Bleues en tant que n°1.

Porté par Noël Le Graët, le dossier de candidature de la France à l'accueil de la 8e Coupe du monde féminine a été retenu par la FIFA en mars 2015. Peu de temps après l'UEFA Euro 2016, la FFF s'apprête à organiser son premier Mondial féminin (7 juin-7 juillet). Portées par un engouement populaire exceptionnel, les Bleues se hissent jusqu'en quarts de finale où elles sont éliminées par le futur vainqueur, les États-Unis (0-2), devant plus de 45 000 personnes au Parc des Princes. Plus d’un million de spectateurs et un milliard de téléspectateurs ont suivi l’évènement. Un an auparavant, la France avait également été hôte de la Coupe du monde féminine U20, remportée par le Japon en Bretagne. Dans le cadre de ces deux compétitions, un héritage supérieur à 16 millions d’euros a été débloqué afin de faire rayonner et structurer la pratique sur le territoire.

En 2019, la FFF organise pour la première fois le Trophée des Championnes. Comme pour les hommes, il voit s'affronter le club champion de France et le vainqueur de la Coupe de France. L'Olympique Lyonnais ayant remporté le doublé en 2018, il rencontre le PSG, son dauphin en D1 féminine, et s'impose pour inscrire le premier son nom au palmarès (1-1 ; 4-3 t.a.b).

La FFF a crée le Tournoi de France, une compétition internationale amicale organisée chaque année, à compter de 2020, dans une région différente. Outre le pays hôte, la première édition a réuni, début mars, les Pays-Bas, le Brésil et le Canada. Avec 2 victoires (1-0 contre le Canada puis le Brésil) et 1 nul (3-3 face aux Pays-Bas), les Bleues se sont imposées.

À l’occasion d’une réunion organisée à Cannes le 29 mars 1970, le Conseil Fédéral, présidé par Jacques Georges et où ne figure aucune femme, ouvre la porte des clubs de la FFF aux licenciées. Elles seront 2 170 en cette première saison d’existence. Cinquante ans plus tard, en mars 2020, la barre des 200 000 a été franchie.

En 1970 : La reconnaissance officielle de la pratique. En 1974 : Début du Championnat de France féminin. En 1997 : La découverte de l'Euro. En 2003 : Direction la Coupe du Monde. En 2011 : L'OL, premier club français champion d’Europe… En 2012 : L'appel des Jeux... En 2016 : la 100 000ème licenciée de la FFF. En 2017 : Corinne Diacre, 8ème sélectionneure. En 2019 : Première Coupe du monde organisée en France... En 2020 : Lancement du Tournoi de France... l'année où le foot féminin français fête ses 50 ans.

Depuis ce match historique, la pratique, reconnue le 29 mars 1970 par la FFF, est devenue de plus en plus populaire, portée par les résultats sportifs des clubs français et de l'Equipe de France.

Le foot pour toutes : Quel rôle pour vous ? Joueuses : Les filles peuvent s'inscrire dans un club à partir de la catégorie U6. La mixité est autorisée jusqu'à l'âge de 15 ans. Éducatrices : Bénévoles ou professionnelles, elles sont de plus en plus nombreuses à encadrer des équipes jeunes ou seniors. Dirigeantes : La FFF encourage les femmes à accéder aux postes à responsabilité, dans les clubs ou les instances nationales et régionales. Arbitres : La FFF œuvre également en faveur de la féminisation de l'arbitrage. En 2019, la barre des 1 000 arbitres femmes a été dépassée.

La première rencontre de football féminin - non officielle - organisée en France remonte à 1917. Sur le terrain s’affrontent deux équipes d’un même club fondé à Paris quelques années plus tôt : le Fémina Sport.

Aujourd'hui, malgré des années de lutte, de nombreuses inégalités persistent. Tout comme le football masculin, la pratique du ballon rond est aussi née en Angleterre pour les femmes.

Petit à petit, le football féminin commence à connaître ses heures de gloire. Plus démocratisé et médiatisé, le sport s'est aujourd'hui imposé face à son pendant masculin.

Retour sur un siècle d'histoire avec cette vidéo réalisée en 2017.

1955 : Le commentateur de football féminin | Archive INA

Chiffres clés du football féminin en France

En quelques chiffres :

  • 2e : Le rang auquel figure l'Équipe de France féminine au classement mondial de la FIFA au 14 juin 2024
  • 9 : Sélections nationales (des A au groupe de développement U15 en passant par le Futsal)
  • 7 : Compétitions officielles remportées : Coupe du monde U17 2012, Championnats d’Europe U17 2023 et U19 2003, 2010, 2013, 2016 et 2019
IndicateurChiffre
Licences féminines251 682 (dont 202 493 joueuses)
Dirigeantes40 687
Éducatrices et animatrices2 412
Arbitres femmes1 448

L'équipe de France féminine de football.

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