L'Histoire du Football Féminin au Japon : Des Débuts Modestes à la Gloire Mondiale

L'histoire du football féminin au Japon est une saga de persévérance, de passion et de triomphe. Des modestes débuts dans les écoles primaires aux sommets de la Coupe du Monde, le parcours des Nadeshiko a captivé une nation et inspiré des générations. Cet article explore les moments clés, les figures emblématiques et les défis rencontrés par le football féminin japonais.

Nadeshiko Japan célébrant leur victoire en Coupe du Monde 2011

Les Premières Racines (1960-1980)

L’histoire du football féminin nippon prend ses racines dans les années 1960, quand des équipes ont commencé à se former dans des écoles primaires et des collèges, principalement du Kansai, l’ouest de l’Archipel. La première compétition, le Kobe Soccer Carnival (le Carnaval de football de Kobe), s’est ainsi tenue en 1967. Près de quinze ans plus tard, en mars 1980, la fédération (JFA) organise le premier tournoi national.

A l’époque, explique Shin Hyun-mo, doctorant à l’université américaine de Duke (Duhram), spécialiste de football, dans une étude réalisée en juin 2015 pour le projet « Soccer Politics » de son établissement, « huit équipes ont participé ». « Chacune comptait huit joueuses, et les rencontres se déroulaient sur un terrain ne dépassant pas les deux tiers d’un terrain normal ». Ce tournoi est à l’origine de ce qui est aujourd’hui la Coupe de l’impératrice, équivalent féminin de la Coupe de l’empereur des équipes masculines.

L'Ère de la JLSL et les Premiers Pas Internationaux (1980-2000)

Toujours dans les années 1980, la Fédération internationale de football (FIFA) décide de créer un championnat d’Asie de football féminin. Cela, ajouté au projet de Coupe du monde, dont la première édition se déroulera en Suède en 1991, incite la JFA à créer un championnat pour les filles, la Ligue japonaise de football féminin (JLSL).

Pourtant, pendant longtemps, le foot féminin reste cantonné à la confidentialité. « Après une série de hauts et de bas, puis une période de crise au début des années 2000 due aux mauvais résultats de l’équipe nationale, constate M. Shin, le retour des fans de la JLSL a été observé après 2004, quand l’équipe féminine a atteint les quarts de finale des Jeux d’Athènes. »

L'Éclosion des Nadeshikos et le Triomphe Mondial (2000-2011)

Désireuse d’entretenir la flamme naissante, la JFA a alors organisé une consultation publique en 2004 pour trouver un surnom à l’équipe nationale féminine, qui est ainsi devenue les Nadeshikos. Les succès venant, la JLSL a elle aussi pris le nom de Nadeshiko ­League. Tout a changé avec la victoire à la Coupe du monde de 2011 en Allemagne.

Dans un Japon traumatisé par le séisme, le tsunami et la catastrophe nucléaire de Fukushima de mars de la même année, les Nadeshikos apportaient un rayon de soleil. Les autorités japonaises ne s’y sont d’ailleurs pas trompées : le onze nippon a été récompensé, en août de la même année, par le Prix de l’honneur national et par une invitation à la Fête de l’automne organisée en présence de l’empereur Akihito.

Avec ce succès, la starification de certaines joueuses n’a pas tardé. Certaines sont ainsi apparues dans d’importantes campagnes publicitaires. A l’époque, Homare Sawa, la vedette et capitaine de l’équipe qui, à 36 ans, participe au Canada à sa sixième Coupe du monde, avait été classée première de la catégorie des « femmes de caractère » par le magazine féminin An-An.

« Les femmes qui soutiennent les Nadeshikos s’identifient aux joueuses. Elles s’éloignent du modèle de la femme soumise et se prennent en main. » Le phénomène prend même une tournure sociale. Megumi Oshikubo, spécialiste de marketing, voit alors dans les joueuses des Japonaises qui « possèdent une véritable volonté de vaincre, dans un sens moderne, pas forcément pour le pays » et qui « veulent profiter de la vie ».

Tout le contraire de ces jeunes dont on parle beaucoup au Japon et dont le trait principal est de refuser toute responsabilité et tout engagement. Dans ce contexte, estime Tatsuo Inamasu, professeur à l’université Hosei et spécialiste de la culture des aidoru (les « starlettes »), « les femmes qui soutiennent les Nadeshikos s’identifient aux joueuses. Elles s’éloignent du modèle de la femme soumise et se prennent en main ».

Leur médaille d’argent aux Jeux olympiques de Londres en 2012 puis leur titre en 2014 de championnes d’Asie ont conforté l’attachement des fans et accru leur notoriété. Cette génération est également la première à vivre une carrière véritablement professionnelle.

Lors de la préparation de la Coupe du monde 2011, la plupart des joueuses ne pouvaient toujours pas s’entraîner avant 19 heures car elles avaient un travail. L’évolution vers le statut professionnel demeure en cours.

Attaquante depuis 2013 dans l’équipe JEF United, dans le département de Chiba (est de Tokyo), Yuika Sugasawa, 25 ans, travaillait jusqu’à l’été 2014 dans un centre de soins pour 200 000 yens (1 461 euros) par mois.

Pourtant, le sacre mondial de 2011 a fait un peu évoluer les choses : chacune des joueuses a touché 5 millions de yens (36 000 euros) après la victoire, et plusieurs ont obtenu des postes hors du Japon. Cinq des 24 joueuses présentes au Canada évoluent ainsi en Europe ou aux Etats-Unis.

Dans le même temps, le championnat japonais, la Nadeshiko League, a vu la fréquentation des matchs bondir, d’environ 30 % depuis 2011. Plus de filles se sont lancées dans le sport, ce qui a permis d’élargir le vivier des joueuses, voire le nombre de clubs. Depuis 2015, la League compte 32 équipes réparties en trois divisions, contre deux en 2014. ­Tous ont une histoire particulière.

Certains émanent de clubs professionnels masculins, comme les Urawa Red Diamonds Ladies. D’autres, comme les Jubilo Iwata Ladies, sont nées du regroupement de certains clubs. « Il y a même des équipes, précise M. Shin, comme Unai FC, créées à partir d’activités de fitness. »

Pour les Japonais, dont l’intérêt envers le football grandit au détriment notamment du base-ball, l’attrait de l’équipe féminine tient à la modestie et au sens du collectif de ses membres, des valeurs qu’ils apprécient et qui contrastent avec l’attitude de l’équipe masculine.

Dans son édition du 25 juin, l’hebdomadaire Shukan Bunshun déplorait la différence « abyssale » des revenus entre les filles et les garçons, tout en rappelant que les Nadeshikos sont quatrièmes mondiales alors que la formation masculine se traîne à la 52e place du classement de la FIFA.

Malgré ses quatre couronnes asiatiques, l’équipe masculine n’a jamais dépassé les huitièmes de ­finale de la Coupe du monde, et son premier match de qualification pour l’édition 2018, le 16 juin, s’est terminé sur un piteux 0-0 face à Singapour.

Une anecdote confirme la bonne image des joueuses. En 2012, elles devaient se rendre aux JO en classe économie, alors que leurs collègues masculins voyageaient en classe ­affaires. Les fans ont alors organisé une pétition, qui a réuni 20 000 signatures, pour qu’elles obtiennent un surclassement, et ­elles l’ont eu.

Les Défis Actuels et l'Avenir (2011-Aujourd'hui)

Dix ans après leur victoire historique en 2011, les Japonaises peinent à retrouver leur domination sur la scène internationale, et la Japan Football Association (JFA) espère remédier à cette situation en organisant cet événement majeur.

Tsuneyasu Miyamoto, président de la JFA, a exprimé son souhait de dynamiser le football féminin au Japon en améliorant la qualité du jeu et en augmentant le nombre de joueuses à travers le pays. Il a également regretté que le Japon n'ait pas su pleinement capitaliser sur son titre mondial en 2011 et considère que la Coupe du monde 2031 pourrait offrir un nouvel élan au sport féminin.

Miyamoto veut renforcer le football féminin au Japon Les performances de l'équipe féminine japonaise se sont essoufflées durant les dernières années. Finalistes en 2015, elles n'ont plus réussi à dépasser les quarts de finale lors des récentes éditions de la Coupe du monde.

Par ailleurs, la WE League, le championnat national lancé en 2021, n'a pas encore atteint le niveau d'audience et de revenus des ligues européennes et américaines, malgré des ambitions importantes.

Miyamoto, ayant passé du temps en Europe, notamment au RB Salzbourg, aspire à développer une véritable culture du football féminin au Japon, en s'inspirant des modèles européens. La Coupe du monde 2031 est perçue comme une opportunité de créer un engouement durable pour le football féminin dans le pays.

Le Japon fait face à une concurrence sérieuse pour l'organisation de cet événement. Des pays comme l'Angleterre et la Chine veulent également récupérer l'organisation de la Coupe du monde 2031. Les États-Unis et le Mexique pourraient présenter une candidature commune.

En première division masculine japonaise, Yoshimi Yamashita, entourée de ses assistantes Makoto Bozono et Naomi Teshirogi, a dirigé le premier trio d’arbitres 100 % féminin. Yoshimi Yamashita a dirigé le premier trio d’arbitres intégralement féminin de l’histoire.

Yamashita a officié lors de la rencontre entre les champions en titre des Yokohama F. En septembre dernier, elle devenait la première femme à arbitrer un match de première division de la J-League, avant d’être l’une des trois femmes à figurer sur la liste des 36 arbitres de la Coupe du monde masculine.

LIRE AUSSI. Mondial 2022. Yamashita, Bozono et Teshirogi ont déjà innové l’année dernière en arbitrant à trois un match masculin de la Ligue des champions asiatique.

Tableau : Principales Réalisations du Football Féminin Japonais

Événement Année Réalisation
Coupe du Monde Féminine de la FIFA 2011 Vainqueur
Jeux Olympiques 2012 Médaille d'argent
Championnat d'Asie Féminin de l'AFC 2014 Vainqueur

Germany - Japan, 2011 Women's World Cup

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