L'Histoire de la Coupe du Monde Féminine de Football

La Coupe du Monde féminine est beaucoup plus jeune que ne l’est la Coupe du Monde masculine. Chez les hommes, c’était en 1930 en Uruguay. Il a donc fallu attendre 61 ans après les hommes, pour assister à l’organisation d’une Coupe du Monde féminine de football.

Au lendemain de la finale de la Coupe du Monde féminine et de la victoire de l’Espagne, bilan et perspectives de cette compétition pas si ancienne que ça.

Avant cette date, quelques tournois mondiaux féminins, mais sans caractère officiel, avaient été mis en place.

Contrairement à ce que l’on croit, une première édition planétaire avait eu lieu en 1971, à Mexico. Non-officielle et non-validée par la Fifa, elle s’était déroulée dans une ambiance machiste au possible. C’est ce que raconte le documentaire Copa 71, produit par les sœurs Serena et Vénus Williams ainsi que la star américaine de football Alex Morgan, championne du monde en 2019. Il sera présenté au festival du film de Toronto en septembre, soit 52 ans après ce Mondial passé aux oubliettes. Voici son histoire.

Les prémices d'une compétition : La "Coppa del Mondo" de 1971

L’idée de la « Coppa del Mondo » émerge au début des années 1970 dans le cerveau d’hommes d’affaires italien, bien loin du foot. À l’origine, rien de féministe donc. Dans un but purement économique, ils fondent avec des représentants internationaux la Fédération internationale et européenne de football féminin (FIEFF).

Le président est, par exemple, juriste, le vice-président avocat et certains conseillers travaillent chez Martini & Rossi, célèbre marque d’alcool transalpine. C’est d’ailleurs cette firme qui, à l’été 1970, est à l’origine du premier tournoi de football féminin, non-officiel et non validé par la Fifa.

Cette compétition, aussi appelée Martini Rosso Cup, est parfois considérée comme la première coupe du monde féminine. Mais c’est un club, le Boldklubben Femina, qui avait représenté le Danemark, et non une sélection nationale, si bien que ce tournoi ne peut pas être vu comme la « vraie » première coupe du monde féminine.

Toujours est-il que cette première compétition internationale féminine rencontre un réel succès en Italie.

« Vous aurez du foot et de la cuisse », fanfaronne à l’époque le président du comité d’organisation, Jaime de Hargo, qui répète à l’envi que « les hommes ont deux passions dans la vie : les femmes et le football ».

Lui rêve de remplir pour la seconde édition le stade Aztèque de Mexico, qui compte 100 000 places.

Six équipes sont qualifiées : l’Angleterre, la France, l’Argentine, l’Italie, le Danemark et le Mexique.

Pour prendre part à ce championnat, qui dure un mois, de nombreuses joueuses ont dû quitter leur travail. « Je travaillais à La Poste et je faisais beaucoup de remplacements, se souvenait en 2019 auprès de France Info Michèle Monier, 25 ans à l’époque. Alors forcément, quand j’ai demandé un mois, en août, on m’a refusé mes congés. Ni une, ni deux, j’ai posé ma démission. »

La plupart de ces femmes - dont certaines mineures - ont surtout dû demander… l’autorisation de leur mari, car à l’époque, les femmes et les filles n’ont toujours pas voix au chapitre.

Les organisateurs, eux, en font des caisses pour « féminiser » la compétition. Ils insistent pour que les poteaux soient peints en rose.

La femme est réifiée, placée au rang de poupée : « Qui va gagner : les blondes ou les brunes ? », s’interroge ainsi le journal mexicain Esto, avant le match Argentine-Danemark.

L’organisation va même jusqu’à promettre un coiffeur dans les vestiaires pour que les joueuses aient toujours l’air apprêté - personne n’en verra jamais le jour.

Organisation, médias… Tout est axé autour de la sexualisation des joueuses, pour vendre. À l’image de cette interview menée par une journaliste auprès d’une joueuse mexicaine : « - Dis-moi, tu as un petit ami ? - Non. - Ok, mais quand ça va arriver, et qu’il va falloir choisir entre lui et le foot, que vas-tu décider ? - Le football, quelle question ! »

Malgré cette ambiance sexiste, les joueuses, elles, prennent la compétition très au sérieux. La première occasion pour elles de montrer qu’elles peuvent jouer - et bien jouer ! - au football.

Le tournoi est malheureusement entaché par des soupçons de corruption autour de Martini, qui ferait tout pour obtenir une finale Italie - Mexique.

La finale se joue finalement entre le Danemark et le Mexique - la France termine cinquième - et les Danoises sont sacrées championnes du monde (victoire 3-0).

Mais le retour à la réalité est terrible. Les Mexicaines, considérées comme des amatrices, ne reçoivent aucune paie ni prime pour leur tournoi. Les Anglaises, elles, sont suspendues quelques mois à leur retour en Grande-Bretagne pour avoir participé à un tournoi non officiel. Le manager de l’équipe, Harry Batt, est même suspendu à vie.

Quelques joueuses, comme Nicole Mangas (internationale danoise) ou Susanne Augustesen (internationale française), sont contactées par des clubs italiens, alors à la pointe de la professionnalisation du football féminin. Mais cela reste rarissime.

Le tournoi est cependant un succès - le stade Aztèque est plein à craquer - et une nouvelle édition doit voir le jour en 1972.

« Mais la Fifa a tout fait pour l’empêcher, confiait en 2019 au Monde Laurence Prudhomme-Poncet, auteure de Histoire du football féminin au XXe siècle (L’Harmattan, 2003). Elle ne veut pas voir le football féminin s’organiser hors de son giron, sans pour autant qu’elle ne le structure ou le développe elle-même. »

Les pionnières de 1971 devront attendre 20 ans encore avant de voir une première Coupe du monde sous l’égide de la Fifa.

La première Coupe du Monde officielle en 1991

En 1991, la première Coupe du monde féminine de l'histoire a eu lieu en Chine, avec beaucoup d'amateurisme.

Organisée dans la province chinoise de Guangdong, la Coupe du monde 1991 a été remportée par les Américaines, victorieuses de la Norvège en finale (2-1) devant 63.000 spectateurs.

Asako Takakura a joué la première Coupe du monde féminine en 1991. Asako Takakura a vécu cette évolution au plus près.

À l’époque, les matches se déroulaient en deux périodes de 40 minutes. Si la longueur des matches a été rallongée dès l'édition suivante à la demande de plusieurs équipes, "les gens se demandaient si les femmes pouvaient jouer", se souvient Takakura.

"Je ne pense pas qu'ils y aient accordé beaucoup de crédit, il s'agissait d'un soutien de façade au football féminin", a-t-elle estimé auprès de l'AFP. Depuis le football féminin s'est développé.

"Au départ, beaucoup de nations voyaient le football féminin négativement.

Évolution du nombre de participants

12 nations seulement lors de la première éditionLors des deux premières éditions, en Chine et en Suède, il n’y avait que 12 nations sur la ligne de départ. Seulement 26 rencontres sur l’ensemble de la compétition.

Sur ces deux premiers mondiaux féminins de foot, il n’y avait pas d’équipe de France. On est passé à 16 pays en 1999… on est resté à ce nombre de 16 jusqu’en 2011.

La première apparition des françaises en coupe du monde remonte à 2003 lors d’un mondial organisé aux Etats-Unis. Les bleues avaient d’ailleurs été éliminées dès le premier tour.

Il y avait 24 nations pour les coupes du monde féminines 2015 et 2019 (en France). Et pour la coupe du monde qui vient de se terminer, il y avait 32 nations en lice, c’était une grande première, avec 8 poules de 4 au départ…

Voici un tableau récapitulatif de l'évolution du nombre de participants à la Coupe du Monde Féminine :

Année Nombre de nations participantes
1991 12
1995 12
1999 16
2003 16
2007 16
2011 16
2015 24
2019 24
2023 32

Palmarès de la Coupe du Monde Féminine

Avec le titre dimanche de l’Espagne, il y a désormais cinq nations au palmarès de cette coupe du monde féminine : les Etats-Unis (4 titres), l’Allemagne (deux victoires en finale), un succès pour la Norvège, le Japon, et donc pour les Espagnoles.

Coupe du Monde Féminine 2027

Pour la coupe du monde 2027, le ou les pays hôte n’a pas ou n’ont pas encore été désignés.

Il y a quatre candidatures qui ont pour le moment été enregistrées :

  • L’Afrique du Sud : ce serait une première, il n’y a jamais eu de mondial féminin en Afrique.
  • Le Brésil, le géant sud -américain du football.
  • Une candidature commune européenne, pour trois nations : la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne.
  • Et puis deux pays ont également fait acte pour l’organisation de la coupe du monde féminine 2027 : les Etats-Unis et le Mexique. Le Mondial féminin s'est déjà tenu aux États-Unis en 1999 et 2003, mais jamais au Mexique.

La date limite officielle pour envoyer les dossiers de candidature à la FIFA est fixée au 8 décembre 2023. Le ou les pays hôte(s) seront désignés le 17 mai 2024, lors du Congrès de l'institution.

Episode 3 - 1991 la première coupe du monde féminine

En 1991, cependant, seulement six équipes s’affrontent. Quatre ans plus tard, les organisateurs couplent le Mondial… À de l’athlétisme, de peur de voir les tribunes vides.

L’édition 2023, neuvième du nom, a elle aussi failli faire les frais de cette politique patriarcale : l’absence de diffuseurs a longtemps plané sur plusieurs pays d’Europe, dont la France. Avant que M6 et France Télévisions n’acquièrent les droits mi-juin… Soit un mois avant le début du Mondial.

Dans le même temps, la Fifa annonçait que la compétition serait visible en clair dans 34 pays d’Europe, dont l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni, les quatre autres grands pays européens du football féminin sur lesquels la menace d’un black-out planait.

Les bonnes audiences télévisuelles et les records d’affluence au stade laissent présager du meilleur.

tags: #football #coupe #du #monde #feminine