Depuis plusieurs années, la pratique du football américain est pointée du doigt, en particulier par des médecins neurologues. Ce sport, célèbre pour son Super Bowl, n'est pas le seul exposant à des risques de commotion cérébrale.
Le football américain face au problème des commotions cérébrales

Commotions Cérébrales en NFL
Une commotion cérébrale peut se définir comme « un type de lésion cérébrale traumatique causée par une bosse, un coup ou une secousse à la tête ou par un coup au corps qui provoque un mouvement rapide de va-et-vient de la tête et du cerveau. Le neurochirurgien Jean Chazal, ancien expert auprès de la Fédération Française de Rugby, donne une image assez claire de cette atteinte : « Le cerveau est mobile à l’intérieur d’une boîte rigide, un peu comme du fromage blanc que l’on secouerait dans une boîte en plastique.
Définition et Symptômes
Les symptômes d’une commotion cérébrale sont d’une grande variabilité, ce qui rend le diagnostic difficile. Mais celui-ci est indispensable devant l’importance des conséquences potentielles. Les symptômes les plus fréquents sont les céphalées, le vertige, le ralentissement psychomoteur, ainsi que l’asthénie. Certains signes cliniques observés permettent à eux seuls d’établir le diagnostic de commotion cérébrale dans le contexte de l’application d’une force d’impulsion à l’extrémité céphalique. Ils traduisent immédiatement le dysfonctionnement cérébral. Les symptômes peuvent également être relatifs au sommeil, incluant la difficulté à l’endormissement, un temps de sommeil raccourci ou augmenté par rapport à l’habitude, et la somnolence.

Conséquences et Traitements
Un traumatisme crânien léger peut avoir des conséquences importantes ! Nous parlons ici des personnes qui ont eu un traumatisme crânien considéré comme léger ou des traumatismes répétés, comme dans le cas du sport, et qui présentent des séquelles d’une commotion qui est handicapant et gâche leur quotidien.
La première étape serait un examen détaillé et fonctionnel du système nerveux qui passe par des tests oculomoteurs (qui sont parmi les tests cliniques les plus fiables pour déterminer le fonctionnement du cerveau après les imageries spécialisées - voir notre article à ce sujet) et des tests posturaux, vestibulaires et cérébelleux (y compris les tests d’équilibre sur un plateau d’équilibre).
Le traitement du syndrome va dépendre de beaucoup de facteur : les conditions préexistantes et quels sont les systèmes atteints par la commotion. Le fait de n’avoir pas stabilisé et corrigé le fonctionnement et se contenter de voir les symptômes améliorés, est malheureusement souvent à l’origine des rechutes et des commotions ultérieures.
Différentes études ont montré que le fait d’avoir subi une commotion augmente la probabilité de subir des commotions ultérieures. Beaucoup de choses peuvent être à l’origine d’un traumatisme crânien et de l’apparition des symptômes d’une commotion cérébrale. Tout choc à la tête et aux cervicales, même considéré comme minime peut avoir des conséquences sur le fonctionnement du cerveau et du système nerveux.
Prévention
Il est crucial de mettre en place des protocoles de commotion cérébrale. Les joueurs soupçonnés d’avoir subi une commotion cérébrale ne doivent pas reprendre le jeu sans avoir reçu l’approbation d’un professionnel de la santé.
Parlez aux joueurs des dangers des commotions cérébrales. Il est important que les joueurs aient conscience des séquelles à long terme qui pourraient persister si le joueur revient trop rapidement sur le terrain sans avoir récupéré de façon optimal au niveau fonctionnel (et encore une fois pas seulement au niveau des symptômes). Certains peuvent dire qu’ils vont bien et cachent les symptômes pour éviter d’être mis au banc.
Il est important de souligner l'importance de la prévention et de la sensibilisation aux commotions cérébrales dans le sport.
Protocole en Cas de Commotion Cérébrale
Cette règle est tout autant applicable pendant un combat ou un match que pendant un entraînement. La sortie du sportif doit se faire avec les précautions médicales d’usage : dans la mesure où il s’agit d’un traumatisme de l’ensemble tête-cou, le sportif doit être considéré comme systématiquement porteur d’une lésion cervicale jusqu’à preuve du contraire.
Cette précaution est d’autant plus importante si la vigilance est altérée, toute manipulation intempestive du cou étant susceptible de faire courir un risque de lésion neurologique médullaire secondaire.
Le Danger de Frapper le Ballon de la Tête
Une étude américaine suggère que frapper le ballon de la tête peut être dangereux. Le Docteur Michael Lipton, de la faculté de médecine Albert Einstein à New York, note que les résultats de l'étude montrent un lien entre cette pratique et les symptômes de commotions.
L'étude, publiée dans Neurology, a été menée auprès de 222 adultes jouant au football en amateur, dont 79% étaient des hommes. Les participants ont renseigné un questionnaire en ligne sur la fréquence des têtes en match ou en entraînement au cours des deux semaines précédentes, les symptômes de commotion et les impacts accidentels avec la tête d'un autre joueur.
Quelque 20% des participants ont signalé des gênes ou douleurs d'intensité variable (modérée à très sévère). Un grand nombre de ceux pratiquant souvent des têtes ont signalé des symptômes classiques de commotions cérébrales, notamment des céphalées, des étourdissements et de la confusion mentale, même en l'absence de diagnostic de traumatisme.
Les plus grands adeptes des têtes (jusqu'à 125 en deux semaines) ont trois fois plus de risques de présenter des symptômes de commotion que les moins fervents (4 sur les deux semaines). Ces symptômes peuvent aller de légers maux de tête à des étourdissements, voire à une perte de connaissance.
Risque de Parkinson et Football Américain
Les résultats d'une récente étude confirmeraient ceux de travaux antérieurs, avec un lien entre la pratique de cette discipline et le risque d’apparition de la maladie de Parkinson. Ce travail est présenté comme l’un des plus vastes, jamais réalisé sur les risques potentiels de maladie de Parkinson, parmi les anciens joueurs de football américain.
Dans leur travail, les médecins de la Boston University School of Medicine ont en effet compilé les données relatives à 1 900 sportifs, dont 730 footballeurs, ayant pratiqué leur sport à un niveau amateur, universitaire ou professionnel.
Celui-ci serait même près de 3 fois plus élevé parmi les joueurs qui ont évolué à un échelon universitaire ou professionnel, par rapport à d’autres qui n’ont pas atteint ce niveau !
Principal auteur de ce travail, Michael L. Alosco, professeur de neurologie à la Boston University, analyse ces résultats avec des pincettes : « Le fait de jouer au football pourrait être un facteur de risque contribuant à la maladie de Parkinson, en particulier chez les personnes déjà à risque, en raison d’antécédents familiaux. Mais les raisons ne sont pas claires. Tous ceux qui jouent au football ne développeront pas de maladies neurologiques plus tard dans la vie. De nombreux autres facteurs de risque entrent en ligne de compte ».
Encéphalite Traumatique Chronique (CTE)
Au début des années 2000, des études menées sur le cerveau d’anciens joueurs de football américains ont permis de découvrir une atteinte cérébrale appelée « encéphalite traumatique » ou chronic traumatic encephalopathy en anglais, abrégée CTE. Cette dernière est souvent comparée ou rapprochée du « K-O mortel » ou « punchdrunk » syndrome identifiés de longue date chez les boxers professionnels.
Il s’agit inflammation progressive du cerveau et d’une atteinte dégénérative, qui se développe plusieurs années après avoir subi une commotion cérébrale. Le diagnostic se fait post-mortem. Les conséquences d’une telle atteinte sont nombreuses et dramatiques pour les victimes.
En 2012, des chercheurs de l’université de Boston publient l’analyse anatomopathologique de 64 cerveaux d’athlètes ayant subi des commotions répétées. Sur le plan anatomopathologique, il est observé que les cerveaux étudiés de joueurs de football américain sont normaux macroscopiquement, probablement du fait de leur jeune âge lors du décès (9). Déjà en 2005, Omalu avait rapporté deux cas de joueurs retraités décédés brutalement, dont l’un, de suicide.
La CTE appartient à la famille des tauopathies ou maladies à dépôts de protéine tau. La protéine tau est déterminante dans la stabilité des microtubules ou squelette de la cellule.
Études et Statistiques
Une étude américaine, réalisée sous la forme d’un questionnaire adressé à 2 552 joueurs de football américain retraités (âge moyen de 53,8 ans et ayant joué en moyenne 6,6 ans comme professionnels) dans le but d’évaluer leur état cognitif, a montré que 17 % des participants considéraient avoir des troubles cognitifs permanents et 1,3 % avaient été diagnostiqués Alzheimer par un neurologue.
Comparativement aux sujets du même âge de la population américaine, cette prévalence était supérieure et l’âge de survenue de la maladie d’Alzheimer semblait plus précoce que celui de la population générale.
En 2016, une étude française s’est intéressée au devenir des joueurs de rugby français de haut niveau lors de leur retraite sportive. Une enquête par téléphone auprès de 239 anciens rugbymen a été réalisée et les auteurs ont comparé leurs réponses à celles de 138 autres sportifs retraités de haut niveau. Les fréquences de survenue de la dépression et des céphalées chroniques étaient corrélées au nombre de commotions rapportées par le joueur. En revanche, aucun déficit cognitif léger dans cette population d’amateurs n’a été constaté.
Une étude rétrospective des causes des décès des joueurs de football américain regroupant plus de 3 000 cas démontre que leur espérance de vie est plus longue que celle de la population générale. En revanche, le taux de décès de cause neurologique est trois fois plus important que celui retrouvé dans la population générale.
Dans une autre étude, 37 footballeurs amateurs (moyenne d’âge de 30 ans) ont bénéficié d’une IRM de diffusion avec des tests neuropsychologiques.
Des chercheurs hollandais ont évalué les performances cognitives de 84 footballeurs professionnels et ont constaté que chez les joueurs qui occupaient les positions d’arrière, donc plus soumis aux têtes répétées, les tests mesurant la vitesse d’exécution étaient moins bons. Ces auteurs ont ensuite évalué 53 joueurs professionnels en activité à qui ils ont fait passer des tests neuropsychologiques ainsi qu’une population d’athlètes pratiquant des sports sans contact. Les tests mesurant la vitesse d’exécution, la mémoire visuelle étaient d’autant plus altérés que les joueurs avaient subi de commotions, mais il existait comme dans l’étude précédente une corrélation en fonction du poste et du nombre de têtes.
Réponse de la NFL et Mesures de Sécurité
La Ligue Nationale de Football Américain (NFL) n'a cessé de dénoncer ces résultats, les qualifiant d'incomplets et d'erronés. En août 2013, elle a négocié un accord financier de 765 millions de dollars avec plus de 4 500 anciens joueurs qui avaient intenté une action en justice, accusant la Ligue d'avoir caché les dangers de commotions répétées, diffuser des informations fausses et tout fait pour bloquer les études scientifiques.
Depuis, la NFL a fait des efforts pour rendre le sport moins dangereux. Elle a modifié les règles du jeu et imposé de nouveaux contrôles médicaux. Le nombre de commotions, dit-elle, a diminué de 25 % en 2014.
Autres Risques : Arrêts Cardiaques et Blessures
Bernardo Ribeiro, Grégory Mertens, Marc Vivien-Foé ou dernièrement encore Patrick Ekeng et Jeanine Christelle Djomnang... Ils sont nombreux à avoir rendu leur dernier souffle sur un terrain de football, tous victimes d'un arrêt cardiaque ou mort subite. Il s'agit pourtant de cas aussi soudains qu'exceptionnels.
Selon le CNOSF : « Les sports les plus souvent concernés [par les arrêts cardiaques] sont le basket, le cyclisme, le football, le football américain et le hockey sur glace. [Mais] ces statistiques ont peu de valeur, car ce sont en fait les sports les plus pratiqués qui sont ainsi cités. »
Les footballeurs peuvent ainsi souffrir de maux de tête ou de vertiges mais ils sont beaucoup plus concernés par les claquages ou les entorses du genou par exemple.
La pubalgie, également bien connue des footballeurs (qu'ils soient amateurs ou professionnels), est une affection douloureuse au niveau de la symphyse pubienne (pubis) et des muscles ou tendons avoisinants. Contrairement à la rupture des ligaments croisés, le repos total du footballeur et quelques séances de renforcement musculaire suffisent généralement à la guérison.
Tableau des Principaux Risques et Dangers du Football Américain
| Risque | Description | Conséquences Potentielles |
|---|---|---|
| Commotions cérébrales | Chocs répétés à la tête | Troubles cognitifs, maux de tête, vertiges, CTE |
| Maladie de Parkinson | Lien potentiel avec la pratique du football | Tremblements, rigidité, difficultés motrices |
| Arrêts cardiaques | Cas rares mais graves | Décès |
| Blessures musculaires | Claquages, entorses | Douleur, limitation de la mobilité |
| Pubalgie | Douleur au niveau du pubis | Inconfort, douleur chronique |
| CTE | Encéphalopathie Traumatique Chronique | Troubles cognitifs, pertes de mémoire, dépression, démence |