La Coupe du Monde de Football 1962, organisée au Chili, reste un événement mémorable, marqué par des moments de gloire, des controverses et l'émergence de nouvelles stars. Qui aurait pensé qu'un petit pays comme le Chili se verrait un jour confier l'organisation d'une Coupe du monde ? C'est pourtant le cas, grâce au pouvoir de persuasion et au travail de Carlos Dittborn, qui ne verra pas la réalisation de son rêve, car il disparaît quatre semaines avant le début du tournoi, le 30 mai.
Au terme de qualifications qui ont mis aux prises cinquante-cinq pays, six pays latino-américains, dont bien sûr le Chili et le Brésil, et dix nations européennes sont là. Selon les mêmes principes qu'en 1958, mais avec en outre l'intervention du goal-average pour départager les ex aequo, quatre groupes de quatre désigneront chacun leurs deux meilleurs pour les quarts de finale.

Carte des pays participants à la Coupe du Monde de Football 1962.
Les Phases de Groupes : Entre Surprises et Confirmations
À Arica, tout au nord du Chili, c'est l'U.R.S.S. qui s'impose, non sans difficulté, contre la Yougoslavie (2-0), la Colombie (4-4), l'Uruguay très malchanceux (2-1), que la Yougoslavie, second qualifié de ce groupe 1, avec Sekularac, Skoblar, Galic, a battu également (3-1), avant de dominer 5 buts à 0 la Colombie.
Dans le groupe 2, à Santiago, après des matchs très violents contre l'Italie (0-0), la Suisse (fracture du péroné de Norbert Eschmann, 2-1), le Chili (2-0), l'Allemagne, emmenée par son avant-centre Uwe Seeler, et le Chili (qui bat la Suisse 3-1, après avoir joué et gagné 2-0 le 2 juin contre l'Italie un match disputé dans un climat rendu détestable par le comportement des supporters locaux) passent le cap.
Pour le groupe 3, à Viña del Mar, le Brésil émerge certes, mais non sans souffrances : 3 buts à 0 contre le Mexique (avec un but de Pelé dribblant quatre adversaires) ; 0 à 0 face à la Tchécoslovaquie - mais une déchirure à l'aine de Pelé le contraindra à renoncer à la suite de la compétition ; 2 buts (d'Amarildo) à 1 contre l'Espagne, après avoir peiné jusqu'à la dernière demi-heure ; le gardien tchécoslovaque Wilhelm Schroiff a découragé les Espagnols, y compris Puskas naturalisé, Suarez et Gento, et le nul obtenu contre le Brésil a suffi à la Tchécoslovaquie pour se qualifier.
À Rancagua, enfin, dans le groupe 4, une nouvelle Hongrie emmenée par Florian Albert bat l'Angleterre (2-0), écrase la Bulgarie (6-1), concède le nul à l'Argentine (0-0) ; quant à l'Angleterre, sa victoire 3 buts à 1 contre l'Argentine lui permet de participer au tour suivant, même si elle ne marque pas contre la Bulgarie (0-0).
La Finale : Brésil - Tchécoslovaquie (3-1)
La méritante Tchécoslovaquie de Masopust résiste en finale mais cède finalement sur des réalisations d'Amarildo, Zito et Vava.
Le Brésil remporte au Chili son deuxième titre de champion du monde. Ce ne sera pas celui qui laissera les plus grands souvenirs. Parce le jeu pratiqué par la sélection auriverde est moins flamboyant qu'en Suède et parce que le plus grand d'entre eux, Pelé, ne dispute qu'un match avant d'être blessé. Comme un symbole de l'état d'esprit qui règnera sur les pelouses durant ce Mondial. Heureusement, les artistes ont le dernier mot. Vava, mais surtout Garrincha, dribbleur génial, et Amarildo, remplaçant de Pelé, emmènent le Brésil vers les sommets. La morale est sauve.

Estadio Nacional, Santiago du Chili.
Voici la composition des équipes lors de la finale:
- Brésil: Felix - Carlos Alberto (cap.), Brito, Piazza, Everaldo - Clodoaldo, Gerson - Jaïrzinho, Tostao, Pelé, Rivelino. Entraineur : M.
- Italie: Albertosi - Burgnich, Cera, Rosato, Facchetti (cap.) - Domenghini, Bertini (Juliano, 74e), Mazzola, De Sisti - Boninsegna (Rivera, 83e), Riva. Entraineur : F. Clas.
Le Brésilien Mario Zagallo, légende du football avec quatre titres de champion du monde, est décédé vendredi 5 janvier à 92 ans.
Mario Zagallo, la légende du football brésilien décédé vendredi 5 janvier à l’âge de 92 ans, restera à tout jamais le premier à avoir remporté la Coupe du monde en tant que joueur, puis comme entraîneur, s’imposant comme l’une des figures de l’histoire du tournoi planétaire.
Joueur, il a remporté deux trophées : en 1958 en Suède et en 1962 au Chili. Il était à nouveau sélectionneur en 1998 quand le Brésil de Ronaldo s’est incliné 3 à 0 au Stade de France contre les Bleus du capitaine Didier Deschamps.

Mario Zagallo avec les trophées des Coupes du monde qu’il a remporté.
Zagallo, dont la statue trône devant le stade Nilton Santos à Rio, a peu exporté son talent. Né le 9 août 1931 à Maceió, dans le nord-est du pays, dans une famille d’origine libanaise et italienne, Mario Jorge Lobo Zagallo commence sa carrière en 1948 avec le modeste club America de Rio de Janeiro, puis joue huit saisons avec Flamengo et sept avec Botafogo.
Il devient international en mai 1958, avant de remporter à 27 ans son premier trophée Jules Rimet, ancêtre de la Coupe du monde, avec ses glorieux équipiers Pelé, Garrincha, Didi et Vava, 5-2 face à la Suède, pays hôte.

L’équipe du Brésil lors de la finale de la Coupe du monde 1962.
Garrincha : L'Étoile Brillante du Tournoi
Pelé blessé dès le deuxième match du Brésil, contre la Tchécoslovaquie (déjà), Garrincha devient le fer de lance de la sélection.
L'ailier droit de Botafogo ne décevra pas puisqu'avec 4 buts au compteur, il sera élu meilleur jouer du tournoi. Mais, plus encore que ses statistiques, c'est surtout le style inimitable du Brésilien qui hante encore les mémoires des plus anciens.
L'homme aux légendaires jambes arquées enchante les foules chiliennes par ce dribble devenu mythique : feinte de crochet intérieur, départ vers l'extérieur. Aussi systématique et prévisible qu'incontrôlable ! Le Mondial 1962 est d'abord celui de Garrincha, le génial dribbleur de la Seleçao.

Garrincha, le génie brésilien.
Si l'on se souvient plus facilement des buts du Français Bernard Lacombe qui mit 37 secondes avant de marquer contre l'Italie en 1978, de celui de Brian Robson contre la France en 1982 (27 secondes) ou encore de la réalisation d'Hakan Sukur en 2002 face à la Corée du Sud (11 secondes), la réalisation la plus rapide de l'histoire de la Coupe du monde fut longtemps la propriété de Vaclav Masek. Quinze secondes ont suffi à ce dernier pour tromper le légendaire gardien mexicain Carbajal.
MEILLEURS buts de la Coupe du monde de l'histoire
Le Saviez-vous ?
C'est le nombre, terrible, de morts lors d'un tremblement de terre survenu au Chili en 1960. Paradoxalement, alors que le pays est en ruine, cet évènement tragique va permettre à l'état des Andes d'être désigné pays hôte de ce Mondial deux ans plus tard alors que l'Argentine était donnée grande favorite.
Les organisateurs chiliens vont réussir à s'attirer la pitié de la FIFA en déclarant notamment : "Nous n'avons rien. C'est justement parce que nous n'avons rien que nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour tout reconstruire."
La Bataille de Santiago : Un Match Entaché de Violence
Dans le tunnel de l’Estadio Nacional de Chile, Ken Aston n’en revient pas. Ancien de la British Army pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Anglais pensait en avoir fini avec les combats sanguinaires en se reconvertissant dans l’arbitrage international au début des années 1950. Sauf qu’Aston est désigné par la FIFA pour arbitrer le Chili-Italie du 2 juin 1962.
En y assignant l’homme en noir le plus autoritaire et pragmatique de l’époque - qui inventa par la suite le système de cartons que l’on connaît aujourd’hui -, l’association internationale espère ainsi limiter les dégâts d’un match annoncé comme barbare.
Tout commence en mai 1960. Le Chili, alors en course pour accueillir le mondial 1962, subit un terrifiant séisme, causant la mort de plusieurs milliers de personnes et la destruction d’autant de bâtiments. La petite nation dirigée par Jorge Alessandri semble anéantie, au bord du gouffre. L’Argentine, qui souhaite également organiser l’évènement, s’en frotte les mains.
Pourtant, il s’agit bien du Chili et de son territoire longiligne qui recueillent le plus de votes de la FIFA, quelques mois plus tard, notamment grâce au discours très poignant de Carlos Dittborn, président de la Fédération chilienne : « C’est justement parce que nous n’avons rien que nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour tout reconstruire. » Symboliquement, Dittborn meurt d’une crise cardiaque pendant la compétition qu’il permet à son pays d’organiser. Ce décès donne une motivation supplémentaire au peuple chilien, désormais regardé avec empathie par tous.
Tous, sauf deux journalistes italiens, bien décidés à remettre ce pays à sa place, peu avant le match face à la Squadra Azzurra. Antonio Ghirelli, d’abord, qui dénigre la gent féminine de la capitale Santiago, la jugeant indécente et immorale. Son compatriote, Corrado Pizzinelli, ensuite, qui va même plus loin : « Le Chili est un pays corrompu, affligé de tous les maux : malnutrition, analphabétisme, prostitution ouverte et misère générale. »
La presse locale reprend ces écrits en masse, à tel point que les deux rédacteurs se voient obligés de quitter l’Amérique latine pour rentrer sur le Vieux Continent. La joute qui se tiendra une poignée de jours après ce scandale dynamitera les relations entre les deux camps.
Jour de match à Santiago. Quelque 66 000 supporters garnissent les tribunes de l’enceinte nationale pour voir la troisième rencontre du groupe B, composé du Chili, de l’Italie, de la Suisse et enfin de l’Allemagne. Avant le coup d’envoi, la rumeur raconte que les protégés du sélectionneur Giovanni Ferrari tentent d’offrir des œillets à leurs adversaires, la fleur qui symbolise l’amour, afin de détendre l’atmosphère. En vain, puisque le clan chilien aurait refusé fermement.
Sifflet en bouche, Ken Aston lance les hostilités. Il ne faut que quelques secondes pour réaliser les intentions chiliennes. D’entrée, les hommes de Fernando Riera - ancien attaquant du Stade de Reims, époque Raymond Kopa - brusquent violemment les Italiens. Le premier tacle assassin intervient au bout de douze secondes, seulement. La « grinta » , l’état d’esprit propre aux sélections sud-américaines, galvanise un peu trop les Chiliens, qui ne se battent plus simplement pour se hisser en quarts de finale, mais surtout pour faire ravaler l’orgueil exaspérant dont certains Italiens ont fait preuve.
La rencontre passe peu à peu dans une dimension presque surnaturelle, où les 22 acteurs multiplient les mauvais gestes, en lâchant de discrets crachats, par exemple. Sur le pré, le tournant se produit à la huitième minute de jeu. Honorino Landa envoie par derrière un coup au milieu italien Giorgio Ferrini. Ce dernier décide de se venger tout seul, comme un grand garçon. La suite est une succession de grand n’importe quoi. Ken Aston choisit de n’expulser que Ferrini. Une décision qui a le don de surexciter le principal intéressé, qui refuse de sortir du terrain.
Dix minutes plus tard, après un chaos général, des officiels de la FIFA accompagnés de policiers armés parviennent enfin à faire sortir le joueur, toujours à bout de nerfs. Après cet arrêt, le jeu reprend. Avec son lot de tacles à la gorge, forcément. Le stade se mue désormais en aire hostile. Plusieurs fois, des spectateurs fous de rage entrent sur la pelouse. L’arbitre, lui, est chahuté par les deux équipes. Craignant de terribles débordements, Aston ne siffle que très rarement contre le Chili, même lorsque Sánchez colle son poing sur le visage de Mario David (« L’un des plus beaux crochets du gauche que j’ai vus de ma vie » selon David Coleman, qui commentait le match pour la BBC).
Mario David, lui aussi, se mue en justicier solitaire et décide plus tard de répliquer en se jetant, crampons en avant, sur la nuque d’un joueur chilien. L’Italien est exclu pour ce geste à la 41e minute, laissant son équipe se battre à neuf contre onze. En supériorité numérique, le Chili marque deux fois en fin de rencontre, par Ramírez (73e) suivi de Toro (87e). Quasiment dans la foulée, Ken Aston s’empresse de siffler la fin du match, sans une seule minute de temps additionnel.
Tandis que l’homme en noir regagne les vestiaires sous escorte policière, la presse italienne parle déjà d’un « arbitrage honteux ». Cette rencontre restera ainsi à jamais dans les mémoires collectives comme la « Bataille de Santiago », qui demeure par ailleurs la première utilisation d’images télévisées par la FIFA pour infliger des sanctions a posteriori.