La Coupe du Monde de 1982, disputée en Espagne, a été le théâtre de moments inoubliables et de matchs d'anthologie. Entre la performance surprenante de l'Italie, le drame de la demi-finale France-Allemagne de l'Ouest et l'émergence de nouveaux talents, cette édition a marqué l'histoire du football.

Le Parcours Triomphal de l'Italie
En Espagne, l’Italie a remporté sa troisième Coupe du Monde. L’Italie, sortie du premier tour malgré trois matchs nuls, bat successivement l’Argentine (2-1) puis le Brésil (3-2) lors du second tour, qualificatif pour les demi-finales. En demi-finale, c’est la Pologne de Zbigniew Boniek qui cède sur un doublé de Paolo Rossi.
En finale, les Italiens abattent des Allemands fatigués, grâce à des buts de Paolo Rossi, Marco Tardelli et Alessandro Altobelli, contre une réalisation en fin de match de Paul Breitner. La finale qui se dispute sur le terrain habituel du Real Madrid, le stade Santiago Bernabeu dans la capitale espagnole, oppose les deux équipes les plus solides de la compétition.
Six buts au compteur, et une histoire peu banale. L’attaquant italien Paolo Rossi pose son empreinte sur la Coupe du Monde en Espagne. Le nouveau joueur de la Juventus Turin inscrit notamment trois buts face au Brésil lors du second tour, avant d’ouvrir la marque pour la Squadra Azzurra en finale.
Et dire qu’il a failli ne jamais revenir à temps pour le Mondial… Car en effet, Paolo Rossi est revenu quelques semaines plus tôt d’une suspension de deux ans, condamné dans l’affaire des paris truqués du Cacio, dite "Totonero".
Un mois plus tôt, quand Enzo Bearzot avait rappelé Paolo Rossi dans les 22 sélectionnés pour le Mundial en Espagne, une incrédulité mêlée de colère s'était levée dans toute la Péninsule. Après deux ans de suspension infligée par la Federcalcio en mars 1980, Paolo Rossi n'avait en effet repris la compétition que fin avril 82 avec la Juventus.
Clin d'œil de la providence, le sélectionneur Enzo Bearzot lui rend visite plusieurs fois au centre d’entraînement des Bianconeri. Après lui avoir fait jurer qu'il était innocent dans l'affaire du totonero, il lui fait cette promesse : "Ne lâche pas prise. Entraîne-toi. A ton retour, je t'emmène avec moi au Mundial 1982 et je te ferai redécouvrir les cris et les applaudissements du public !"
Voilà pourquoi, fin avril 1982, Bearzot n'hésite pas un instant à rappeler Rossi en vue du dernier match de préparation d'avant-Mundial, Suisse-Italie du 28 mai 1982, qu'il lui fait jouer en intégralité à Genève (1-1). "Je savais que si Rossi n'était pas en Espagne, je n'aurais pas de joueur opportuniste dans la surface de but, écrivit-il plus tard. Dans cette zone, il était vraiment bon, rapide, toujours prêt à réaliser la bonne feinte".
| Match | Buts |
|---|---|
| Phase de groupes | 0 |
| Second tour contre Brésil | 3 |
| Demi-finale | 2 |
| Finale | 1 |
| Total | 6 |
Séville 82 : Un Match d'Anthologie
Vu de France, on ne retiendra que la soirée funeste de Séville, face aux Allemands en demi-finale. On en a écrit des articles, réalisé des documentaires sur cette fameuse nuit de Séville le 8 juillet 1982… Cette demi-finale perdue au bout du suspense et de la douleur face à la RFA du si détesté Harald Schumacher.
Souvent surnommé la « nuit de Séville » (« Nacht von Sevilla » en allemand) ou « Séville 82 », cette demi-finale de la coupe du monde de football de 1982 opposant la RFA et la France le 8 juillet 1982, est considérée comme l’un des plus grands matchs de l'histoire du football.
Alors que les deux équipes sont à égalité - un but partout - à l'issue du temps réglementaire, les Français se détachent 3-1 au début de la prolongation, avant de se faire rattraper au score (3-3) puis d'être éliminés par la Mannschaft à l'issue de la toute première séance de tirs au but de l’histoire de la Coupe du monde.
C'est l'un des matchs les plus célèbres de toute l'histoire du football français. Le 8 juillet 1982, c'est l'une des plus belles équipes de France (Platini, Giresse, Rocheteau, Trésor, Ettori, Battiston) qui affronte les redoutables Allemands de l'Ouest, doubles vainqueurs de la Coupe du monde (1954 et 1974) et doubles vainqueurs de la Coupe d'Europe (1972 et 1980).
Au terme de la première mi-temps, les deux équipes sont à égalité 1-1. Au retour des vestiaires, le milieu français Bernard Genghini doit sortir sur blessure, il est remplacé par le latéral Patrick Battiston, qui se montre excellent et menace les cages du gardien allemand Harald Schumacher.
A la 56e minute, minutieusement lancé par une très belle ouverture Michel Platini, Battiston se présente seul face au gardien allemand qui sort à sa rencontre à toute allure et sans s'occuper du ballon. Dans sa course aérienne, il percute violemment avec sa hanche la tête de Battiston, qui s'écroule au sol. Inconscient sur la pelouse, ayant perdu trois dents dans le choc, il est évacué sur civière. Il restera plusieurs minutes dans le coma, avant de reprendre ses esprits.
Après le match, qui se solde par un incroyable scénario (les Français menant rapidement 3-1 au début de la prolongation, mais finalement rattrapés 3-3 par les Allemands, ils perdent le match aux tirs aux buts 5-4), Battiston passe toute une série de tests et sort de l'hôpital le lendemain.
Interviewé, rassuré sur son état de santé et sa blessure qui aurait pu « avoir des conséquences dramatiques » selon le docteur Polo, Patrick Battiston se veut magnanime et pardonne à Harald Schumacher son geste : « Je ne lui en ai jamais voulu, je ne comprenais seulement pas son geste. Je me suis posé la question de savoir pour quelle raison il ne s’était pas arrêté, pour quelle raison il n’avait pas freiné son élan, et qu’il s’était jeté délibérément sur moi. »

En bref, la France perd la demi-finale de la Coupe du monde aux tirs au but (Six et Bossis ayant manqué le leur). Michel Hidalgo conserve le même schéma tactique, mais fait pratiquer l'individuelle en défense: Trésor libero, Janvion stoppeur sur Fischer, Amoros arrière gauche sur Littbarski.
1-1 au terme du temps règlementaire, puis 3-1 très tôt dans la prolongation grâce à Marius Trésor et Alain Giresse. Mais la RFA revient et s’offre le droit de disputer la première série de tirs aux buts de l’histoire de la Coupe du Monde. Qu’elle remporte.
Les Bleus sont sonnés et s’inclinent lors de la "petite finale" contre la Pologne (2-3).
Composition des équipes (France - Allemagne de l'Ouest, 1982)
- France: Ettori, Amoros, Trésor, Janvion, Bossis, Genghini (Battiston, puis Lopez), Giresse, Tigana, Platini, Rocheteau, Six.
- Allemagne de l'Ouest: Schumacher, Kaltz, B. Förster, K-H. Förster, Breitner, Briegel, Dremmler (Hrubesch), Magath, Stielike, Fischer, Littbarski.
Autres Moments Clés
Le "match de la honte" a lieu dès le premier tour, le 25 juin 1982 à Gijon. La RFA, battue par l’Algérie dès son premier match, a impérativement besoin d’une victoire face à l’Autriche, lors du troisième match. Les deux équipes, sans jamais l’affirmer au grand jour, livrent alors un non-match total. Les Allemands ouvrent le score rapidement, et le reste de la rencontre se résume à des passes et des actions sans envergure.
Lors du deuxième match de sa compétition, la France connaît une partie tranquille face au Koweït (victoire finale 4-1). Et pourtant, la victoire aurait pu être plus large sans l’intervention du frère de l’émir, descendu sur le terrain pour faire annuler un but.
Un mois plus tôt, les Bleus arrivaient pourtant au Mondial espagnol en plein doute, marqués par plusieurs défaites au cours des mois précédents. Une mauvaise forme qui se confirme avec la défaite inaugurale face à l’Angleterre (1-3) de Bryan Robson.
Après une victoire contre le Koweït (4-1), le troisième match contre la Tchécoslovaquie est suffocant ; la France de Platini et consorts arrache sa qualification pour le second tour in extremis (match nul 1-1). Le "carré magique" (Michel Platini, Jean Tigana, Alain Giresse et Bernard Genghini) aura davantage l’occasion de briller face à l’Autriche (1-0) et l’Irlande du Nord (4-1), deux matchs qui permettent aux Bleus de se qualifier pour cette fameuse demi-finale.
Le 15 juin, la Hongrie de Fazekas martyrise le Salvador pendant 90 minutes.