Finale de la Coupe du Monde 2010 : Un Résumé Intense

La finale de la Coupe du Monde 2010, opposant les Pays-Bas à l'Espagne, a été un événement mémorable, riche en émotions et en controverses. L'Espagne est devenue la huitième Nation à remporter la compétition suprême. Qui l’eut cru quand la Roja s’était inclinée lors de son premier match de poules face à la Suisse (0-1) ?

How Spain Won the 2010 World Cup | Netherlands vs Spain Tactical Analysis

Le Contexte de la Finale

C’était la finale rêvée, opposant l’Espagne, championne d’Europe en titre, à l’inspiration barcelonaise renforcée par quelques Madrilènes, aux Pays-Bas de Bert van Marwijk, dont le jeu organisé en 4-2-3-1 a fait merveille tout au long de la compétition. La finale : Pays-Bas - Espagne (0-1, a.p.).

Pourtant, sur le terrain, le spectacle tant espéré n’a pas franchement été au rendez-vous. Tétanisés par l’enjeu, les joueurs n’ont pas exprimé leur pleine mesure. L’image qu’on retiendra principalement du temps réglementaire restera l’attentat pied levé de De Jong sur le torse de Xabi Alonso, le milieu batave n’ayant écopé que d’un simple carton jaune.

L'Espagne championne du monde 2010.

Le Déroulement du Match

Le jeu s’est, en réalité, animé lors de la prolongation où les Espagnols ont pris un ascendant avec trois grosses opportunités au cours de la première période de Fabregas (95e), Iniesta (98e) puis Navas (101e). Après l’exclusion de Heitinga (109e), les Pays-Bas ont fini par céder sur une reprise du droit d’Iniesta, libre de tout marquage au deuxième poteau (1-0, 116e).

Knysna 2010. Pour la première finale de Coupe du Monde depuis 1994 sans Zidane ou le brésilien Ronaldo (sur le terrain ou le banc), l’affiche était alléchante : Hollande - Espagne. Le résultat fut beaucoup plus brouillon. Et même un peu sale. Aussi, la grosse histoire de la première demi-heure, ce sont les décisions de l’arbitre, les fautes, les high kicks et les simulations. Les deux équipes commettent des erreurs inhabituelles pour elles en début de rencontre, la tension sans doute.

D’abord, une énorme erreur de Busquets récupéré, heureusement pour le catalan, par Kuyt… Puis c’est Villa, qui foire complètement sa reprise au second poteau. Et après les maladresses, les coups. Quatre jaunes tombent très rapidement des poches de l’arbitre (Ramos, Puyol, Van Persie, Van Bommel), Monsieur Webb à haut débit. Puis c’est De Jong qui échappe de peu au rouge, pour un push kick dans la poitrine de Xavi Alonso ; au final, une finale avec plus d’arrêts de jeu que de jeu. Les Pays-Bas ont réussi leur entreprise, salir le match.

Après l’orage, ce sont d’ailleurs eux qui sont le mieux dans cette rencontre. Robben a le talent de Cristiano Ronaldo mais l’intelligence de jeu un peu suspecte, c’est dommage, avec un talent pareil, il devrait planer au-dessus du lot. Sneijder, en revanche, est d’une intelligence rare. Il voit plus vite, gagne du temps, et distille les ouvertures lumineuses. Mais la plus belle action orange est involontaire. Sur un coup franc depuis son camp, De Jong veut rendre la balle à l’Espagne et manque de tromper Casillas. De peu, on est passé à côté d’un moment totalement mythique.

Ensuite, les erreurs reprennent. Sur un corner à la rémoise, Mathijsen rate la balle. Busquets rate une nouvelle relance. Puis c’est le retour des fautes. Et les Hollandais commencent à prendre beaucoup de risques, mais à ce jeu-là le vice de Van Bommel confine au génie. L’Espagne reprend un peu ses esprits, et le jeu à son compte. Elle joue plus haut, et mieux. En phase offensive, Busquets vient s’intercaler entre les deux centraux, les latéraux montent en écartent à mort, Xavi descend, Iniesta et Pedro proposent et la balle commence à prendre de la vitesse.

Mais sur un contre orange, c’est Robben qui dépasse tout le monde. Le décalage crée, Arjen passe à Sneijder, mais sa passe est trop molle, un peu comme s’il n’aimait pas faire des passes et se débarrassait du ballon à contre-coeur. Ensuite, le match se résume à une succession de ratés dans le dernier geste et de complaintes auprès de l’arbitre. On comprend mieux pourquoi il s’agit d’une finale de losers. Tour à tour, Robben, Villa, Iniesta se plantent au moment du dernier geste. Faces à face ratés ou dribbles de trop, les attaquants n’arrivent pas à marquer, comme perturbés par l’enjeu. Bien sîr, les fautes continuent. Iniesta échappe de peu au rouge, puis c’est Robben qui vient se plaindre auprès de l’homme en noir. Si M.Webb est le maître des arbitres (d’ailleurs on l’appelle le webmaster), cette rencontre devient de plus en plus dure à arbitrer, entre les simulations d’Iniesta et de Robben, les coups de Van Bommel et les gémissements de Busquets.

D’ailleurs, en prolongations (il était écrit que ce match allait finir en prolongations), Heitinga se fait exclure pour un deuxième jaune, sur un beau plongeon d’Iniesta. Le petit barcelonais est d’ailleurs l’homme de la rencontre puisqu’il inscrit à la 117è le but de la délivrance pour l’Espagne d’une volée smashée - à noter que sur l’action précédente, le coup franc de Sneijder détourné par Fabgreas et Casillas donnent lieu à un … six mètres. Comme avec Barcelone contre Chelsea. L’Espagne gagne donc sa première Coupe du Monde. Un succès, après le dernier Euro, qui ressemble définitivement à celui de la France en 98. Mieux vaut tard que jamais.

Controverses et Arbitrage

Howard Webb, arbitre de la finale de la Coupe du Monde 2010.

La finale de la Coupe du monde 2010 entre les Pays-Bas et l'Espagne restera dans l'histoire. Avec 14 avertissements (9 pour les Pays-Bas, 5 pour l’Espagne) et un rouge, elle est à ce jour la plus brutale, loin devant celles des éditions 1986 (6 jaunes) ou 1990 (4 jaunes et 2 rouges). On peut l'interpréter de deux façons : le jeu rugueux des Bataves ou le manque de maîtrise d'Howard Webb.

Pour Bert van Marwijck, c'est tout vu. Le sélectionneur néerlandais a chargé sans hésiter l'arbitre anglais de la rencontre. "Je ne pense pas que l'arbitre ait bien contrôlé le match", estime-t-il. Et il en rajoute une couche : "Si vous regardez son comportement ce soir, je pense que le premier match entre la Suisse et l'Espagne a une influence sur lui." Pour mémoire, Webb avait dirigé le premier match des Espagnols. Ceux-ci avaient perdu face aux Helvètes (0-1).

Dirk Kuyt va même plus loin. Pour lui, c'est à cause l'homme en noir que les Pays-Bas ont raté le sacre pour troisième fois après les échecs de 1974 et 1978. "Nous sommes en colère parce que nous étions tout près. Il ne faut jamais accuser les autres, parce qu'à la fin, chacun est le seul responsable de sa propre performance, mais l'arbitre était légèrement plus pour eux que pour nous, accuse l'attaquant de Liverpool. C'est ce qui nous a coûté la Coupe, en fin de compte".

L'objet de la discorde : sur le but d'Andres Iniesta, "l'attaquant se trouve en position hors-jeu sanctionnable au début de la phase (sur un premier centre de Fernando Torres, ndlr)" estime Kuyt.

De son côté, Bert Van Marwijck s'appuie sur un autre fait de match, quelques minutes plus tôt, pour fustiger M. Webb : "Il aurait dû nous donner un corner à la fin du match et donner un deuxième carton jaune à un Espagnol qu'il aurait dû exclure." Sur ce point difficile de lui donner tort. Sur l’action qui a précédé le but espagnol, un coup franc de Weisley Sneijder, en prolongation, Howard Webb n'a pas vu que le ballon avait été dévié par le mur (115e). "C'est une erreur incompréhensible de l'arbitre", dénonce de Jong. "Tout le monde dans le stade a pu voir qu'il y avait corner et non coup de pied de but. Et dans la foulée nous prenons le but", renchérit Joris Matijsen.

Le hic dans l’histoire, c’est que les Néerlandais sont muets sur leur propre comportement, souvent à la limite de l'agression. En première période, Mark Van Bommel puis Nigel De Jong auraient sans doute mérité l'expulsion. Le premier pour un tacle par derrière sur Iniesta (22e). Le second pour une semelle en pleine poitrine de Xabi Alonso (28e). En d'autres termes, les Pays-Bas auraient pu (ou auraient dû) se retrouver à 10, voire à 9, avant même la demi-heure de jeu. Il a fallu attendre la 109e minute pour que Heitinga soit expulsé.

"Les Espagnols aussi ont commis de grosses fautes." C'est la réponse de Bert Van Marwijck. Un peu court... Les Oranje auront récolté 23 cartons jaunes en Afrique du Sud, égalant ainsi le total d’une équipe lors d’une Coupe du Monde : l’Argentine en 1990. Par ailleurs, il n’y avait pas autant de cartons en Coupe du monde depuis un match de 2006 entre le Portugal et… les Pays-Bas.

Le sélectionneur avoue néanmoins que cette entreprise de démolition du milieu de terrain espagnol était le fruit d'une stratégie. "Ce n'est pas notre style de commettre toutes ces fautes. Mais c'était une finale", concède Van Marwijck. "Nous voulions jouer un beau football mais il y avait une grosse équipe en face, explique encore le beau-père de Van Bommel. Mais je le répète les deux équipes ont commises des fautes. Même si ce n'était pas ce que les gens espéraient pour une finale, il y avait de l'intensité."

Statistiques Clés

L'Espagne a marqué seulement 8 buts lors de ce Mondial, un record de faiblesse pour un champion du monde.

Équipe Cartons Jaunes Cartons Rouges
Pays-Bas 9 1
Espagne 5 0

Le Parcours des Équipes

  • Espagne: Championne d'Europe en 2008, l'Espagne a surmonté une défaite initiale contre la Suisse pour remporter son premier titre mondial.
  • Pays-Bas: Les Pays-Bas ont atteint la finale avec un jeu solide, mais ont été incapables de vaincre l'Espagne en prolongation.

Johan Cruyff, lui, a dû détourner les yeux... Au moins Van Marwijck reconnaît-il que "la meilleure équipe a gagné". Même si son plan a failli marcher. "Nous étions proches des penalties. Nous étions si proches", regrette-t-il alors qu'il dresse un constat lucide : "Robben a eu deux grosses occasions. Mais l'Espagne en a eu plus". Pour Mathijsen, les Oranje devaient d'ailleurs s'en prendre "aussi" à eux-mêmes. "Pour devenir champion du monde, il y a des occasions qu'il faut concrétiser", a assumé le défenseur du HSV Hambourg à propos de ces deux occasions gâchées par Arjen Robben. Une preuve de fair-play un peu tardive.

L'Espagne est sacrée championne du monde pour la première fois de son histoire, après un match haché mais pour le moins intense, et réalise le doublé Euro - Coupe du monde. Les Pays-Bas sont quant à eux défaits pour la troisième fois en autant de finales.

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