À l’occasion des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, le Musée d’Histoire locale propose une exposition temporaire sur le sport à Rueil-Malmaison. L’exposition présente divers documents (papiers, affiches, plans, photos, périodiques…), issus des fonds d’archives municipaux, modernes et contemporains.
Les racines du sport moderne
La genèse du sport moderne a pour cadre l’Angleterre du milieu du XVIIIe siècle, avec les prémices de la révolution industrielle. Le mouvement de l’Enclosure Act de 1773 bouleverse le paysage économique et foncier en créant la propriété privée. Cette situation voit la naissance d’une nouvelle classe sociale : la Landed Gentry. Les gentlemen-farmers pratiquent de nombreuses activités, liées à l’enrichissement et à l’oisiveté, qui se codifient. En 1727 apparaît le cricket, puis la boxe en 1743 et le golf en 1744. Petit à petit, ces pratiques se propagent dans toute l’Angleterre où certains employés n’hésitent pas à se mettre au service du plus offrant.
Outre l’importation des jeux traditionnels comme la soule ou la gymnastique, les jeunes gens pratiquent des sports collectifs brutaux, marqués le plus souvent par la violence et l’indiscipline. Thomas Arnold, directeur du collège de Rugby, décide en 1828 de règlementer les parties. Cette euphémisation du jeu répond à plusieurs défis, et d’abord au développement du self-governement, création d’une masculinité conquérante et conforme à l’idéologie protestante de la maîtrise de soi.
La densification du chemin de fer permet un développement des rencontres sportives, les anciens étudiants voulant continuer leurs pratiques une fois rendus à la vie civile. Dès lors se constituent des associations comme la Blackheath club en 1858, ainsi que des clubs amateurs et professionnels. La popularisation du sport et surtout du football dans les milieux ouvriers (on compte environ deux cents clubs de football à Liverpool en 1890), s’ajoutant à la réduction du temps de travail, pose la question du remboursement des joueurs et mène à un championnat professionnel en 1888, de plus en plus populaire.
Le principal vecteur de la diffusion de ce modèle sportif est l’expérience coloniale où les colons importent leurs pratiques en Afrique (Kenya) et surtout en Asie (Inde, Burma). Le cricket, pratiqué en Inde, devient sport national en 1848, puis le polo en 1882, avant le football. Les valeurs du sport deviennent un modèle de développement pour la population WAPS, face aux autres groupes d’immigrants, conforme à ses valeurs face aux autres populations immigrées en Amérique.
La troisième voie de pénétration est due à la puissance commerciale de la Grande-Bretagne. Le Royaume-Uni est, au cours du XIXe siècle, la première puissance économique et navale, renforcée par le Naval Act et la doctrine du Two-powers standard. Au contact des Britanniques, résidant pour affaires commerciales ou en villégiature touristique, les populations locales copient les pratiques anglo-saxonnes.

Carte de l'Empire britannique en 1921
Le développement du sport en France
Contrairement à l’Angleterre où le sport se développe dans les public schools, la France choisit un autre modèle de développement. La gymnastique, à partir du deuxième tiers du XIXe siècle, connaît un succès fulgurant. La peur de la dégénérescence et la multiplication des épidémies de choléra (1865-1866 et 1873-1874) la rendent très populaire auprès de la bourgeoisie urbaine, préoccupée par les valeurs hygiénistes. Un véritable marché de la gymnastique voit le jour.
La chute du Second Empire en 1870 et le contexte de la défaite de Sedan changent la gymnastique et développent une pratique civile et non commerciale. La Troisième République, dans le contexte de la Revanche, cherche à créer des citoyens soldats aptes à relever la nation et fortifier la population. Contrairement à l’Angleterre où le sport moderne naît du bouleversement socio-économique du XVIIIe siècle et du développement de la révolution industrielle durant tout le XIXe siècle, ce modèle ne se développe pas dans le reste de l’Europe continentale. La gymnastique, inspirée des pays scandinaves, se répand dans le reste du continent. La France n’échappe à la règle et se couvre de gymnases, dont le plus connu est celui de Francisco Amoros.
La guerre franco-prussienne, le désastre de Sedan et la guerre civile qui en découle provoquent un véritable traumatisme dans la société française. La jeune Troisième République, stabilisée, cherche dans l’esprit de la Revanche à former le futur citoyen-soldat prêt à défendre la nation et le nouveau régime. À Rueil, la Pomponette dispose d’un pas de tir dans une carrière, route de Versailles. Les munitions sont achetées à l’armée et diverses dépenses sont faites pour équiper le lieu. Des plaintes sur la dangerosité obligent les tireurs à trouver un autre site et à financer leur propre pas de tir ailleurs sur la commune.
Une certaine élite française, anglophile et libérale voit dans le sport et la méthode anglaise d’éducation une voie nouvelle pour former les cadres de la jeune république. Georges de Saint Clair et Pierre de Coubertin (tous deux libéraux et anglophiles) fondent l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA). La loi sur les associations de 1901 et la volonté des lycéens de pratiquer, en dehors des cours d’éducation physique, permettent une multiplication des clubs en France. L’UFSFA, avec sa vision universelle et omnisports, ne résiste pas à la Grande Guerre et se dissout en 1920, laissant place à une plus grande spécialisation du sport et à la création de fédérations sportives (FFF, FFE).
Face à cette multiplication des initiatives sportives, la municipalité de Rueil s’efforce de coordonner ces associations, en créant l’Office municipal des Sports dans les années 30 qui s’inspire de l’action d’Henri Sellier, maire de Suresnes à l’époque. Avec l’arrivé du Front populaire en 1936, le gouvernement intervient vraiment dans le sport. Un sous-secrétariat aux loisirs et aux sports est créé avec à sa tête Léo Lagrange, qui développe le sport populaire dans les collectivités territoriales. La ville participe aux événements en lien avec l’Exposition internationale universelle qui se tient à Paris en 1937, organisant pour la première fois des fêtes nautiques sur la Seine avec démonstration de ski nautique et de hors-bord. Le gouvernement de Vichy fait perdurer cette pratique institutionnelle en pérennisant le poste de commissaire général aux sports incarné jusqu’en 1942 par Jean Borotra.
Le sport civil et le sport scolaire se développent. Les temps d’après-guerre sont compliqués pour la ville qui, à l’image du pays, est tournée vers sa reconstruction et cherche davantage une position dans le nouvel équilibre international qu’à célébrer ces activités. La Cinquième République rebat les cartes tant sur le plan sportif qu’institutionnel. C’est à cette époque que la ville commence à enrichir son offre.
À la fin Second Empire, et surtout après la guerre franco-prussienne et la Commune de Paris, plusieurs appels sont lancés pour redorer l’étendard français, notamment à travers le sport. Au départ, ces mesures ne font pas l’unanimité car elles rappellent les entraînements militaires. Pour améliorer l’image de la pratique physique, de nombreux intellectuels commencent à fonder des clubs ou des sociétés sportives. Le but est avant tout de valoriser des entraînements fondés sur l’esprit de rivalité, de compétition et la performance afin d’être le meilleur dans sa discipline et non en vue de se battre. Afin de mobiliser la population autour de ses nouveaux athlètes, les clubs et sociétés organisent des événements et des compétitions sportives. Les municipalités, d’abord réticentes, commencent à s’associer au mouvement en leur prêtant des locaux ou en finançant une partie de l’événement. Peu à peu, le sport s’institutionnalise et s’internationalise. Le phénomène prend de l’ampleur, notamment durant la guerre de 14-18 puis à la période de l’entre-deux-guerres.
La Grande Guerre n’arrête pas l’implantation du sport dans la société française, bien au contraire. Sa mise en scène deviennent même un outil essentiel. La presse s’empare du phénomène et associe sport et guerre. Sur les champs de bataille, le football sert en particulier d’exutoire pour les soldats. À Rueil, au retour des combats, les habitants ont la volonté de retrouver leurs habitudes d’avant le conflit. Avec le développement du sport chez les classes populaires et l’augmentation des sportifs professionnels, le besoin d’espace spécifique augmente.
La question des équipements sportifs entre progressivement dans les programmes des politiques municipales qui ont pour ambition d’éduquer la jeunesse et de promouvoir les rencontres ou spectacles sportifs. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le sport devient un outil de contrôle de l’État et de la jeunesse. C’est également un instrument pour promouvoir le prestige national. En 1941, il existe six stades et complexes sportifs municipaux rénovés ou construits.
À Rueil-Malmaison, la piscine des Closeaux est construite en 1969 et l’inauguration célébrée deux ans plus tard en présence de la nageuse professionnelle Christine Caron.
Voici une liste des installations sportives à Rueil-Malmaison :
- Parc des sports Michel Ricard, 15 rue Sainte Claire Deville.
- Parc d’athlétisme, stade Robespierre, 38 rue Gallieni (attaché à l’école Robespierre, anciennement groupe scolaire Gallieni).
Source: Thierry Terret, Histoire du sport, Paris, coll.