La question de la pratique du jeûne du Ramadan chez les joueurs de l’équipe de France a suscité une certaine controverse. L'équipe de France est actuellement à Clairefontaine pour le dernier rassemblement avant l'Euro 2024. Il intervient en plein Ramadan, plusieurs joueurs de l'effectif de Didier Deschamps étant de confession musulmane.
En France, la Fédération Française de Football (FFF) a mis en place un encadrement de la pratique du jeûne pour les joueurs de confession musulmane. La Fédération a tenu à rappeler que chez les A, comme pour les autres sélections, la pratique du jeûne sera règlementée. La (FFF) a établi un cadre pour la pratique du jeûne pour les joueurs de confession musulmane. Les rencontres ne sont pas interrompues, les entraînements des équipes nationales ne sont pas décalés et les repas à Clairefontaine se font en groupe.
Pour justifier cela, la FFF, qui a reçu de l'État une délégation de mission de service public, s'appuie sur ses règlements. Il est écrit dans l'article 1 que les instances du football français sont obligées de respecter une neutralité religieuse absolue. « Personne à la Fédération, à commencer par moi, n’a interdit à quelqu’un de faire le jeûne », avait affirmé avec force le patron de la FFF pour tenter de dissiper les doutes.
Alors, interdiction formelle ou simple encadrement? Débuté le 1ᵉʳ mars dernier, le mois du ramadan touche progressivement à sa fin. Le Ramadan débutera bien le samedi 1ᵉʳ mars 2025 en France. L'annonce officielle est tombée ce vendredi 28 février, lors d'une cérémonie à la Grande Mosquée de Paris, retransmise sur le réseau social X.
La polémique du jeûne pendant le Ramadan : Le football français sous les feux de la critique
La Position de la FFF et le Principe de Laïcité
Le cœur du débat ? Une nouvelle règle édictée par la FFF en 2024. Si l’objectif affiché était d’ « encadrer » la pratique du jeûne, beaucoup y avaient décelé une volonté d’interdire, de manière plus ou moins explicite, le Ramadan aux joueurs sélectionnés. Philippe Diallo s’était réfugié derrière le sacro-saint principe de neutralité.
La FFF s’appuie sur l’article 1.1 de son règlement ainsi que sur son code d’éthique et de déontologie. Selon Le Parisien, la FFF s’appuie sur l’article 1.1 de son règlement ainsi que sur son code d’éthique et de déontologie. "La Fédération a répondu avec ses textes qui exaltent la laïcité. Nous, on affirme clairement que le terrain de sport, le terrain de football n'est pas un lieu où on pratique une religion, quelle qu'elle soit.
Cette année, la FFF a choisi de ne pas s’exprimer sur le sujet, mais ce silence alimente la controverse. En février, le Sénat avait adopté une proposition de loi interdisant le port de signes religieux dans les compétitions sportives et les piscines municipales. Le sénateur socialiste Akli Mellouli avait vivement critiqué cette mesure, la qualifiant de « xénophobe et raciste », affirmant qu’elle cible principalement les femmes musulmanes portant le voile. « On prétend vouloir les émanciper, mais on les empêche d’accéder aux espaces de socialisation et d’émancipation », avait-il dénoncé.
De nombreux acteurs associatifs et politiques accusent la FFF et le gouvernement français d’instrumentaliser la laïcité pour justifier une discrimination à l’égard des musulmans.

Neutralité et Laïcité : Des Principes Clés
Laïcité et neutralité font souvent l’objet d’une confusion de la part des observateurs, alors qu’elles ne renvoient pas exactement aux mêmes concepts. Le principe de laïcité fait référence aux règles découlant de l’article premier de la Constitution et de la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat récemment modifiée par la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République, et au fait que tous les cultes quels qu’ils soient, sont mis sur un même pied d’égalité, permettant ainsi l’expression plurielle des courants religieux.
Mal appréhendés et parfois peu compris dans les États étrangers, ces principes de laïcité et de neutralité interdisent selon le Conseil constitutionnel à “quiconque de se prévaloir de ses croyances religieuses pour s’affranchir des règles communes régissant les relations entre les collectivités publiques et les particuliers”. Le juge administratif précise même que ces principes “[font] obstacle à ce qu’ils [les agents publics ou privés chargés d’un service public] disposent, dans le cadre du service public, du droit de manifester leurs croyances religieuses”.
Dans un arrêt du 29 juin 2023, le Conseil d’État a fait application de ces principes aux fédérations sportives, en rappelant qu’ “Il en va ainsi notamment des personnes que la Fédération (…) sélectionne dans les équipes de France, mises à sa disposition et soumises à son pouvoir de direction pour le temps des manifestations et compétitions auxquelles elles participent à ce titre et qui sont, dès lors, soumises au principe de neutralité du service public”.
En somme, les professionnels jouant en sélection nationale sont dans ce cas précis assimilés par le Conseil d’Etat à des agents publics, et ne peuvent pratiquer leur culte durant leurs fonctions, sur le terrain en l’occurrence. Cette solution s’appuie d’ailleurs sur la loi du 21 août 2021 (article 1er) qui oblige les organismes privés chargés d’un service public à faire respecter les principes de laïcité et de neutralité aux personnes sur lesquelles ils “exercent une autorité hiérarchique ou un pouvoir de direction”.
Si la FFF souhaitait faire évoluer son règlement intérieur pour satisfaire une partie de ses joueurs professionnels, elle risquerait la censure du juge. Dans une décision du 21 juin 2022, le Conseil d’État a rappelé s’agissant de l’autorisation par le règlement municipal du port du “burkini” dans les piscines municipales de Grenoble, que “le gestionnaire d’un service public est tenu, lorsqu’il définit ou redéfinit les règles d’organisation et de fonctionnement de ce service, de veiller au respect de la neutralité du service et notamment de l’égalité de traitement des usagers”.
Comparaison avec d'Autres Pays Européens
Alors que plusieurs compétitions européennes autorisent des pauses pour permettre aux joueurs musulmans de rompre leur jeûne pendant le Ramadan, la Fédération française de football, cette année encore, refuse toujours d’instaurer des pauses permettant aux joueurs de rompre leur jeûne durant les rencontres officielles. Les fédérations sportives sont soumises aux principes de neutralité et de laïcité dans le cadre des missions de service public qui leur sont confiées comme l’organisation des championnats.
Depuis 2021, la Premier League autorise de courts arrêts de jeu pour permettre aux joueurs musulmans de rompre le jeûne à la tombée de la nuit. Une pratique désormais bien installée outre-Manche et dans de nombreux pays d'Europe, mais qui continue de susciter le débat en France, où la FFF rappelle son attachement au principe de laïcité.
Comme les saisons précédentes, et ce depuis avril 2021, les rencontres de Premier League (et, plus largement, de l’English Football League) seront de nouveau brièvement arrêtées cette année à la tombée de la nuit afin de permettre aux joueurs et officiels musulmans de rompre le jeûne. Le principe reste le même: pas d’interruption en pleine action, mais un court arrêt de jeu au premier moment opportun (touche, coup franc, sortie de but…), convenu en amont avec les arbitres.
Cette saison, le sujet revient avec davantage d’insistance car le Ramadan 2026 est attendu à partir du soir du 17 février (selon l’observation lunaire). À cette période, en Angleterre, la rupture du jeûne intervient tôt: à Londres par exemple, le soleil se couche autour de 17h15 mi-février, puis entre 17h50 et 18h05 début mars. Conséquence logique: les affiches disputées en fin d’après-midi ou en début de soirée sont les plus susceptibles d’être concernées, selon les jours et les horaires de coup d’envoi.
L’Allemagne a également suivi l’Angleterre dans cette décision. L’UEFA permet elle aussi depuis la saison dernière aux joueurs engagés dans ses trois compétitions européennes de rompre le jeûne à la tombée de la nuit, la décision revenant aux arbitres d'accorder ou non une pause.
Le président de la FFF, Philippe Diallo, étayait l'an passé son point de vue auprès de France Info : « Mon devoir, c'est d'assurer une forme de neutralité dans la pratique sportive. La Fédération a mis un cadre, comme à l'école. Il ne peut pas y avoir une modification de nos horaires, de notre organisation, qui soit liée à la mise en oeuvre d'une pratique religieuse, quelle qu'elle soit. »

Ramadan et Performance Sportive : Compatibilité et Conseils
L'un des arguments phares contre la pratique du ramadan pour les professionnels reste la crainte d'une baisse de performance ou de potentielles blessures. Pour Jean-Louis Marecar, nutritionniste du sport, la pratique du jeûne du mois de ramadan est compatible avec le sport de haut niveau, à condition de respecter plusieurs points. Il faut adapter son entrainement et mettre en place un plan alimentaire spécifique.
« L'athlète doit impérativement s'alimenter et s'hydrater convenablement lors du repas avant le début du jeûne [...] Il y a des moments plus adéquats que d'autres pour que l'athlète puisse pratiquer son sport. » Adil Training, coach sportif spécialisé précise également que l'accompagnement psychologique s'ajoute aux deux dimensions précédentes. Tout est lié.
Jean-Louis Marecar donne plusieurs conseils pour éviter la déshydratation. Il recommande de privilégier "des boissons riches en électrolytes (sodium, iode, ...), l'eau, et les aliments riches en eau comme les fruits et les légumes." Adil Training abonde dans le même sens. "Pour éviter les crampes, les lésions musculaires et les contractures, l'eau est indispensable."
Côté alimentation, ce spécialiste préconise des aliments faibles en matière grasse comme la viande blanche et des céréales. "Une bonne alimentation à la rupture permettra de refaire des stocks de glycogène musculaire (énergie musculaire)". Toutefois le nutritionniste alerte : "si ces conditions ne sont pas respectées, alors le risque de blessures et de malaise est accru chez l'athlète."
Plus surprenant, on apprend même qu'avec un protocole respecté à la lettre "la performance du sportif n'est pas impactée, voire améliorée car il peut perdre de la masse grasse." Le ramadan n'est donc pas automatiquement synonyme de baisse de performances. Les contre-exemples sont nombreux (Kanté, Salah, Mané...) Le plus marquant reste celui de Karim Benzema qui avait bu la concurrence lors du ramadan précédent.
Tableau Comparatif des Approches en Europe
| Pays | Autorisation de pauses pendant les matchs | Motifs |
|---|---|---|
| Angleterre | Oui | Adaptation aux besoins des joueurs musulmans |
| Allemagne | Oui | Suivi de l'exemple anglais |
| Pays-Bas | Oui | Similaire aux pauses fraîcheur |
| France | Non | Principe de laïcité et neutralité |
En conclusion, la question du Ramadan dans le football français reste un sujet de débat complexe, oscillant entre le respect des principes de laïcité et la prise en compte des besoins des joueurs musulmans. La comparaison avec d'autres pays européens montre des approches variées, soulignant la spécificité du contexte français.