L'histoire du FC Bourgoin-Jallieu : De l'ivresse de la Coupe de France à la gueule de bois de l'Olympique Lyonnais

La magie d’un soir! La nuit d'ivresse pour Bourgoin-Jallieu et la gueule de bois ce matin pour l'Olympique lyonnais.

À commencer par Bourgoin-Jallieu (N3), qui a terrassé l’Olympique Lyonnais, une équipe phare de Ligue 1 qu'on ne présente plus, les Berjalliens ont su déjouer tous les pronostics.

Le FC Bourgoin-Jallieu, pensionnaire de National 3, a réalisé un immense exploit en éliminant l’Olympique Lyonnais à l’issue d’une séance de tirs au but (2-2, 4-2) le 15 janvier en 16èmes de finale de la coupe de France.

Jamais le FC Bourgoin-Jallieu n’avait atteint un tel niveau : une qualification pour les huitièmes de finale de la Coupe de France. Face à l’Olympique Lyonnais, le club phare de la région et partenaire du FC Bourgoin-Jallieu, les joueurs de Freddy Morel a provoqué un vrai tremblement de terre que personne n’oubliera. En devenant le premier club de cinquième division à éliminer l’OL dans cette compétition, le FCBJ a écrit un moment d’histoire.

Au stade Pierre-Rajon, 6 400 supporters soutiendront l'équipe de National 3 (2e du groupe I), opposée à l’Olympique Lyonnais, ce mercredi (18h00), à l’occasion du premier 16e de finale de Coupe de France de son histoire. Ils seront certainement aussi très nombreux devant l’écran géant de la fan zone, situé sur la place Carnot.

Le stade Pierre-Rajon n’est pas près d’oublier cette soirée. La petite enceinte de 6 400 places, qui avait déjà vibré au plus haut niveau pour le rugby et son CSBJ, a vu son histoire s’écrire autrement, sous les projecteurs du football.

En quelques secondes, le stade Rajon, historiquement temple du rugby de Bourgogne, est envahi. "On est chez nous, on gagne contre Lyon, notre équipe de cœur", lance un supporter.

Le FCBJ avait déjà réalisé un parcours historique en se hissant en 32ème de finale plus tôt dans la saison. Le voilà désormais parmi les 16 derniers participants à l’édition 2024 - 2025 de la Vieille Dame. Et il s’est hissé à ce niveau en sortant à l’issue d’une rencontre extraordinaire l’Olympique Lyonnais, son prestigieux voisin.

Une qualification qui ne doit rien au hasard ou à la chance. Les Nord-Isérois ont élevé leur niveau, à l’image de Mehdi Moujetzky, auteur d’un doublé mais aussi d’une panenka manquée lors des tab ou du gardien Ronan Jay qui a arrêté les tentatives de Lacazette et Tolisso pour envoyer son équipe au tour suivant.

Soutenus par un public fervent, ils ont ouvert le score avant de maintenir leur avance grâce à une défense rigoureuse.

"On l'a fait, c'est historique ! Ils nous ont pris pour un petit club. On a montré que la Coupe de France, il y a beaucoup de surprises. Nous sommes la surprise de cette année. Cette année, c'est pour nous.

Pourtant, comme le rappellent les résultats de cette édition 2025, les "petits" clubs n’attendent qu’une occasion pour prouver leur valeur. Pour ces amateurs, chaque duel contre une équipe professionnelle est une opportunité de se transcender, et tout excès de confiance peut être fatal pour leurs adversaires.

Dans le cas de Bourgoin-Jallieu face à l’Olympique Lyonnais, cette attitude a été flagrante. Ce manque de respect envers l’adversaire - disons le !

Pour Lyon, cette élimination est un véritable coup de massue.

Tout Bourgoin-Jallieu s’apprête à vibrer derrière son équipe.

Ce derby rhônalpin entre deux villes séparées de seulement 50 kilomètres aura une saveur particulière pour plusieurs joueurs isérois.

Les héros du match

Mehdi Moujetzky

Lui, le gone, le gamin de Vaulx-en-Velin, élimine le club qu'il supporte depuis toujours. Auteur d'un doublé pour l'histoire, l'attaquant Mehdi Moujetzky retient ses larmes. "Je ne l'aurais jamais imaginé. C'est encore plus qu'un rêve. C'est mon club que je supporte depuis tout petit et que j'ai vu jouer.

Mehdi Moujetzky (21 ans) en rêve encore, lui le supporter invétéré de l’équipe entraînée par Pierre Sage.

Né à Lyon et bercé par les exploits des Gones, le jeune attaquant (21 ans) de Bourgoin-Jallieu avait prévenu qu’il laisserait les sentiments aux vestiaires et a laissé exploser sa joie en ouvrant le score d’une frappe croisée à vingt mètres (20e). Auteur de six réalisations en National 3, où les Isérois sont co-leaders du groupe I, Moujetzky a même signé un doublé, profitant d’une erreur de Warmed Omari (69e), pour envoyer les Berjalliens aux tirs au but.

Habitué des tribunes du Groupama Stadium, Mehdi Moujetzky n’a (presque) fait aucun cadeau à l’Olympique Lyonnais.

« L’OL est mon club de cœur, celui que je supporte depuis tout petit. Je n’aurais jamais imaginé mettre deux buts ce soir. Je n’ai pas encore réalisé. Ce sera peut-être un peu plus clair ce soir dans mon lit. »

« Comme mes deux coéquipiers, je suis né à Lyon mais je n’ai jamais joué à l’OL. J’ai effectué un essai mais j’étais vraiment petit et mon père a préféré que je n’y aille pas. J’ai tout de même pu les affronter chez les jeunes avec Vaulx-en-Velin, notamment dans un tournoi où il y avait Rayan Cherki.

Depuis petit, je regarde les matches de l’OL. C’est mon exemple dans le football. Mon premier souvenir, c’est la finale de Coupe de France remportée en 2012 contre l’US Quevilly (N, 1-0), avec un but de Lisandro Lopez. Je continue de me rendre au stade le plus souvent possible, j’y suis d’ailleurs allé récemment contre Montpellier (1-0, le 4 janvier). Affronter cette équipe, c’est très excitant. Je ne me rends pas encore trop compte car je ne suis pas dans le couloir (sourire). Pendant 90 minutes, je vais laisser de côté les sentiments et mon âme de supporter. J’aimerais beaucoup que ce soit Alexandre Lacazette car c’est peut-être sa dernière saison ici. »

Son parcours :

  • Mehdi Moujetzky, né le 25 novembre 2003 (21 ans) à Lyon
  • Poste : attaquant
  • Clubs : Vaulx-en-Velin (2010-2023) ; Bourgoin-Jallieu (depuis 2023)

Ronan Jay

L'autre héros de la soirée savoure aussi. Ronan Jay, le gardien de but de Bourgoin, a arrêté les deux premiers pénaltys des Lyonnais Corentin Tolisso et Alexandre Lacazette.

Malgré sa panenka stoppée par Lucas Perri, il a pu célébrer la qualification historique de son équipe pour les 8e de finale, qui portera également le sceau de Ronan Jay. Le gardien du FCBJ, battu par Nemanja Matic (45e) et Georges Mikautadze (64e) durant le temps réglementaire, a arrêté les tentatives d’Alexandre Lacazette et Corentin Tolisso, jusqu’à faire chavirer les quelque 7 000 supporters du stade Pierre-Rajon (2-2, 4 tab à 2).

« C’est une soirée qu’on n’oubliera jamais, savoure Ronan Jay, le gardien berjallien, attendu ce jeudi à 8h30 en cours à l’INSEEC, une école de commerce à Lyon. Dans 50 ans, on s’en rappellera encore. C’est gravé à vie. » Une déclaration qui prend encore plus de sens pour l’un des héros de la soirée.

Le portier a repoussé les deux premiers tirs au but lyonnais, rien de moins que ceux d’Alexandre Lacazette et de Corentin Tolisso. « C’est un peu comme dans un rêve, confie-t-il. Quand tu joues en N 3, tu n’imagines pas un jour stopper un pénalty d’un champion du monde et encore moins un autre d’un des meilleurs buteurs de l’histoire de la Ligue 1. »

« C’est un peu comme dans un rêve. Quand tu es gardien de National 3, tu ne te dis pas que tu vas arrêter un penalty d’un champion du monde (Corentin Tolisso, NDLR) et encore moins d’un des meilleurs buteurs de Ligue 1 (Alexandre Lacazette, NDLR). Je vais me souvenir très longtemps de cette soirée.

Mais ce n’était pas que de la chance : « J’avais préparé ça avec le staff. Je savais où j’allais plonger. Le but, c’était de brouiller les pistes, de gigoter pour les perturber. Ensuite, il fallait un peu de réussite aussi, qu’ils ne mettent pas leurs tirs en pleine lucarne. Et surtout, derrière, il fallait que mes coéquipiers assurent sur nos tirs au but. »

"Quant t'es joueur de National 3 forcément tu te dis pas que tu vas arrêter un pénalty d'un ancien champion du monde et encore moins d'un des meilleurs buteurs de Ligue 1 de l'histoire.

Nicolas Seguin et Yanis Mecheri

Les Berjalliens Nicolas Seguin, Yanis Mecheri et Mehdi Moujetzky sont nés à Lyon et ont l'OL dans le cœur, leur adversaire lors des 16es de finale. Un rendez-vous forcément très particulier.

Nicolas Seguin : « Bafé Gomis m'a pris sous son aile »« J’ai évolué pendant une dizaine d’années à l’OL. Forcément, cela marque une carrière. Je ne garde que des bons souvenirs. J’ai eu la chance de connaître les plus belles années lyonnaises. Quand j’étais au centre de formation, l’équipe première raflait tous les titres (sept Ligue 1 de suite entre 2002 et 2008, la Coupe de France en 2008, NDLR). Même si je n’ai jamais joué de match officiel, j’ai fait quelques prépas estivales ainsi que des bancs en championnats et trois en Ligue des champions. La petite musique en avant-match, ça fait quelque chose. J’ai également pas mal évolué avec Corentin Tolisso et Alexandre Lacazette, que je retrouverais mercredi soir. C’est une fierté d’affronter l’OL, je n’ai pas encore eu cette chance depuis que je suis parti. Je ne suis pas trop coutumier de cela mais je me suis posé la question. Si Alex (Lacazette) démarre et qu’il est capitaine (comme lui, NDLR), je le verrai dans le vestiaire des arbitres et ça facilitera les choses (sourire). »

Son parcours :

  • Nicolas Seguin, né le 6 mars 1990 (34 ans) à Lyon
  • Poste : défenseur central
  • Parcours : Olympique Lyonnais (2003-2012) ; Dijon (prêt, 2010-2011) ; Tours (2012-2014) ; Lyon-Duchère (2015-2021) ; Bourgoin-Jallieu (depuis janvier 2022)
  • International U17 : trois sélections

Yanis Mecheri : « On m'amenait 4 fois par semaine à Gerland » « J’ai passé trois saisons à l’OL, en poussins et benjamins, aux côtés de la génération 93, celle de Samuel Umtiti. Cela a été une très belle expérience. Je me souviens des matches à Gerland, d’avoir tenu la bâche de la Ligue des champions dans le rond central, des tournois à Paris, des sacrifices de mes parents qui m’amenaient quatre fois par semaine à la Plaine des Jeux de Gerland… L’un des mes plus beaux souvenirs restera d’avoir tenu la main de Christian Vieiri lors d’une rencontre de Champions League contre l’Inter Milan.

J’ai toujours été supporter de ce club, j’étais même abonné pendant une saison dans le Virage Nord et je continue d’aller au Groupama Stadium. Je suis Lyonnais de cœur et quand le tirage au sort a eu lieu, j’ai crié très fort dans la salle (rire). Mon sentiment est un peu partagé car je me suis blessé au niveau de la cuisse et je sais que je ne vais surement pas démarrer le match de Coupe de France. Malgré tout, j’ai hâte de me frotter à l’une des meilleures équipes de Ligue 1. »

Son parcours :

  • Yanis Mecheri, né le 14 janvier 1993 (31 ans) à Lyon
  • Poste : milieu de terrain
  • Clubs : Olympique Lyonnais (2000 - 2003) ; Bourgoin-Jallieu (2012-2016) ; Charvieu (2016-janvier 2017) ; Ain Sud (janvier 2016- décembre 2021) ; Bourgoin-Jallieu (depuis décembre 2021)

Parcours du Bourgoin-Jallieu FC en Coupe de France

  • 3e tour : Lauzes FC (D2) - Bourgoin-Jallieu FC 1-3
  • 4e tour : Chabeuil FC (R3) - Bourgoin-Jallieu FC 1-7
  • 5e tour : US Feurs (R1) - Bourgoin-Jallieu FC 2-4
  • 6e tour : Sallanches ASC (D1) - Bourgoin-Jallieu FC 0-5
  • 7e tour : AS Saint-Just-Saint-Rambert (R3) - Bourgoin-Jallieu FC 0-4
  • 8e tour : Bourgoin-Jallieu FC - Olympique de Valence (R1) 3-0
  • 32es de finale : Bourgoin-Jallieu FC - FC Martigues (L2) 4-1
  • 16es de finale : Bourgoin-Jallieu FC - Olympique Lyonnais (L1) 2-2, 4 tab à 2

J9 I Dijon FCO vs OL Lyonnes (0-3)

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