Définition et critères d'un extrait de match historique

Qu'est-ce qu'un match historique? L'idée est née d'un tweet anodin publié le 11 juin dernier. Un amical en est-il un? Une finale gagnée, même sans panache, en est-il un?

Pour qu’un match devienne historique, c’est-à-dire qu’il entre dans la mémoire collective, plusieurs critères doivent être réunis. Il faut au moins quinze minutes pour seulement dresser la liste des graves problèmes qu’il pose. Il n’y a jamais eu de débat sur l’arbitrage vidéo : il a été tranché avant même qu’il ne commence ou que quiconque ait pensé sérieusement à l’intérêt de l’organiser. Les trois secondes d’indignation ont été servies des milliers de fois, les quinze minutes de réflexion n’ont jamais été accordées.

Afin de mieux comprendre ce concept, il est essentiel de définir les éléments qui contribuent à la mémorabilité d'un match.

Critères d'un match mémorable

Plusieurs experts ont partagé leurs réflexions sur les critères qui définissent un match historique :

  • François Da Rocha Carneiro : Il faudrait peut-être trouver un autre terme, « important », « inoubliable », « mémorable ». Un critère pourrait être l’audience : plus un match est vu par une population nombreuse, plus il serait « historique ».
  • Richard Coudrais : Le premier critère selon moi est justement qu’il entre dans la mémoire collective. Qu’un grand nombre de gens en ait gardé un souvenir clair, ses buts, son scénario, ses enjeux.
  • Pierre Cazal : Les 850 matches font tous l’histoire des Bleus, mais seuls une poignée sont remarquables, même pas 10% ! Soit parce qu’ils ont permis de gagner des trophées, Coupe du monde, Euro... soit parce qu’ils ont permis des succès de prestige.
  • Matthieu Delahais : Plusieurs critères peuvent entrer compte. Il y a l’importance du match. Un match de Coupe du monde aura forcément plus d’impact qu’une rencontre amicale. La manière dont le match se déroule, avec des retournements de situation, des faits de jeu (poteaux, erreurs d’arbitrage, accès à la VAR depuis quelques temps...), a aussi son importance au niveau de la dramaturgie et des émotions générées.
  • Hugo Colombari : Un match dit « historique » doit donc se distinguer des dizaines de matches qui peuvent être vus chaque année, avoir un aspect unique, sensationnel et est donc par essence rare.

En partant de la définition de souvenir partagé par une mémoire collective, les matches historiques de l’équipe de France pourraient être limités à quelques dizaines sur les 850 actuels.

Le rôle de l'expérience personnelle

La question de savoir si l'expérience personnelle influence la perception d'un match comme historique est également pertinente.

  • François Da Rocha Carneiro : Ça peut aider, mais comme je l’écrivais ci-dessus, ce n’est pas suffisant.
  • Richard Coudrais : Notre perception personnelle n’est qu’un élément qui sera englobé dans la perception collective.
  • Pierre Cazal : Non, il n’est pas nécessaire d’avoir vu les matches. L’Histoire est collective, pas personnelle.
  • Matthieu Delahais : La demi-finale de 1982 est pour moi un match historique, d’autant plus que c’est sans doute ce match qui a fait basculé les Bleus dans leur ère moderne.
  • Hugo Colombari : Définir personnellement des matches comme historiques n’est pas conditionné au fait de les avoir vécu « en direct », même si cela entraine inévitablement un rapport différent à ces matches.

L'importance de l'enjeu

L'enjeu d'un match joue un rôle crucial dans sa capacité à devenir historique. Cependant, il ne suffit pas à lui seul.

  • François Da Rocha Carneiro : La force de l’enjeu, souvent la victoire, fait qu’à la fin du match on ne se souvient plus que de la case cochée « victoire » ou « défaite », « champion » ou « vice-champion » et non du jeu lui-même.
  • Richard Coudrais : Une finale, du point de vue d’un supporter, est forcément un match historique.
  • Pierre Cazal : L’importance de l’enjeu est récente. C’est seulement à partir de 1954 que l’échec en compétition a commencé à être très mal ressenti.
  • Matthieu Delahais : Une finale devrait d’emblée être historique. Mais l’enjeu et la pression du résultat est telle sur genre de match qu’ils tuent trop souvent le plaisir du jeu.
  • Hugo Colombari : Je vois l’enjeu comme une sorte de coefficient multiplicateur des critères définissant un grand match et de l’impact qu’a ce match sur la mémoire collective.

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Matchs amicaux et défaites historiques

Un match amical ou une défaite peut-il devenir historique? La réponse est oui, mais à certaines conditions.

  • François Da Rocha Carneiro : Le France-Angleterre de 1921 est un match « mémorable », car c’est la première victoire face au maître-étalon du football qu’est alors supposée être l’équipe d’Angleterre.
  • Richard Coudrais : Aujourd’hui, les matchs amicaux ne sont plus que des “rencontres de préparation” galvaudées par les entraîneurs qui multiplient les changements, une espèce d’entraînement en conditions réelles.
  • Pierre Cazal : Quand les compétitions étaient rares, tous les 4 ans, et sans phase qualificative longue, alors les matches amicaux occupaient le calendrier et polarisaient l’attention.
  • Matthieu Delahais : Un match amical peut être bien-sûr être historique. Mais dans ce cas, c’est plus le contexte qui lui donne ce caractère.

Exemples de matchs historiques

Plusieurs matchs de l'équipe de France sont souvent cités comme historiques :

Match Année Raison
France-Angleterre 1921 Première victoire de la France contre l'Angleterre
France-Allemagne 1931 Portée diplomatique
France-Algérie 2001 Portée diplomatique
Angleterre-Hongrie 1953 Match amical considéré comme le plus grand de l'histoire
France-Bulgarie 1993 Défaite marquante

En conclusion, un extrait de match devient historique lorsqu'il entre dans la mémoire collective, qu'il s'agisse d'une victoire, d'une défaite, d'un match amical ou d'une finale. Les critères incluent l'audience, l'enjeu, le contexte et l'émotion partagée.

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