Le Stade Rennais Football Club est aujourd’hui un acteur incontournable dans le paysage footballistique français. Sur le plan sportif, le club est en Ligue 1 sans interruption depuis 1993. Depuis une décennie, il s’impose en termes de résultats comme le club phare de l’ouest de la France, se qualifiant régulièrement pour les coupes européennes.
Mais cette dimension nationale et européenne prise par le club n’empêche pas de questionner son aire d’influence régionale et, par ricochet, son image et son identité de club breton. On peut commencer par constater qu’une des particularités du Stade Rennais est de s’inscrire dans un territoire, l’ouest de la France, où les clubs professionnels de foot sont particulièrement nombreux.
Au sein de ce dense bassin de clubs professionnels, le Stade Rennais s’impose largement comme dominant du point de vue des résultats sportifs depuis deux décennies. Il est le seul à être resté continuellement en Ligue 1 sur la période, et depuis la saison 2003-2004, il s’est classé 15 fois premier des clubs de l’ouest de la France au classement final du championnat.
À l’échelle nationale, le Stade Rennais s’impose également comme un rare club à avoir participé à au moins 5 reprises à la coupe d’Europe lors des 10 dernières saisons tout en étant resté en Ligue 1, aux côtés des incontournables que sont le Paris Saint-Germain, l’Olympique de Marseille, l’Olympique Lyonnais ainsi que de l’OGC Nice et le LOSC.
Si l’on s’attache à la limite linguistique historique entre le Gallo et le Breton, l’aire d’influence du Stade Rennais est clairement celle du Pays-Gallo. Cette identité gallèse n’est pas absente du Stade Rennais, le symbole en étant la galette saucisse - spécialité culinaire du Pays Gallo, longtemps chantée par le Kop du Stade Rennais dans la célèbre chanson « Galette Saucisse je t’aime ».
Cependant, aujourd’hui c’est bien une identité bretonnante qui est mise en avant à outrance par la communication du Stade Rennais. L’hymne breton - le Bro gozh ma zadou - est diffusé au début de chaque match et les paroles sont diffusées sur grand écran depuis 2009 et une finale de coupe de France 100% bretonne entre le Stade Rennais et l’En Avant Guingamp où Alan Stivell avait repris cet hymne breton.
Si la greffe a relativement pris et que ce moment fait désormais partie du rituel d’avant match, il n’en reste pas moins que les locuteurs de bretons sont extrêmement minoritaires dans le stade et que personne ou presque (à l’exception du Kop) ne chante l’hymne breton malgré la présence des paroles sur les écrans géants du stade. On est loin du Never Walk Alone d’Anfield à Liverpool ou de Celtic Park à Glasgow.
Les symboles bretons sont omniprésents dans le stade. Autre élément identitaire bretonnant fort c’est le nom du Kop, le principal kop de supporter rennais s’appelle en effet le RCK pour Roazhon Celtic Kop.
Première explication, la dimension historique, dans les années 1960 et 1970 le Stade Rennais était à la fois le club de la capitale de la Bretagne et le seul club professionnel breton. De fait la culture bretonne bretonnante, qui se réaffirmait dans ces années 1960 et 1970, a pu se saisir du Stade Rennais comme porte drapeau de la Bretagne et d’une Bretagne de nouveau dynamique.
Le Stade Rennais, c'est aussi l'occasion de regarder l’histoire du club racontée par Ouest-France. Club phare du football breton, le SRFC a souvent fait la Une du journal, que ce soit lors des grandes joies rennaises ou les soirs de défaites.

Le 7 mai 1922, le Stade Rennais dispute sa première finale de Coupe de France. Il la perd contre le Red Star (2-0).
Le 26 mai 1965, Rennes remporte sa première Coupe de France, lors de la finale rejouée contre Sedan (2-2, 3-1). Le capitaine Yves Boutet reçoit le trophée des mains de Maurice Herzog, ministre des Sports.
Le 31 mai 1965, Ouest-France organise un événement entre les joueurs rennais et nantais. Les deux équipes ont remporté ce qu’à l’époque certains journaux ont qualifié de « doublé breton », avec la victoire en championnat pour Nantes et la Coupe de France pour Rennes.
Grâce à sa victoire en Coupe de France, le Stade Rennais dispute sa première Coupe d’Europe, la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupes. Mais l’aventure sera de courte durée, puisque les Bretons se font sortir au premier tour par le Dukla Prague (0-2, 0-0).
Le 11 novembre 1965, le Stade Rennais remporte à domicile le derby contre Nantes (2-0). Avec une affluence record de 30 000 spectateurs, le SRUC (Stade Rennais Université Club) met fin à l’invincibilité nantaise en D1, les Canaris n’ayant concédé aucune défaite lors des 13 premières journées.
Avec son entraîneur Jean Prouff, Rennes remporte sa deuxième Coupe de France, six ans après celle de 1965.
Le 5 juin 1985, le Stade Rennais valide sa remontée en D1, un an après être descendu. Les Rouge et Noir obtiennent leur accession à l’issue de leurs barrages contre le 18e de D1, le FC Rouen.
Relégué en D2 en 1987, le Stade Rennais remonte en D1 le 5 mai 1990, au bout d’un scénario à couper le souffle. À égalité parfaite en tête du groupe B avec Valenciennes avant l’ultime journée, Rennes doit s’imposer avec une meilleure différence de buts que VA pour monter (VA a une meilleure attaque). Le SRFC se déplace à Lorient et mène 1-0 à cinq minutes du terme, sauf que cela ne suffit pas puisque Valenciennes mène aussi 1-0 de son côté à Angers.
15e (sur 18) avant l’ultime journée de D1, le Stade Rennais joue son maintien contre Toulouse, le 9 mai 1998. Pour rester en première division, il doit faire aussi bien que Guingamp, en déplacement à Cannes. Les Costarmoricains mènent 2-1 en seconde période (3-1 score final), ce qui oblige Rennes à s’imposer contre Toulouse. La délivrance arrive à la 75e minute, lorsque Kaba Diawara propulse sa tête au fond des filets toulousains (1-0).
Au début de la saison 1999-2000, le Stade Rennais dispute la Coupe Intertoto.
Le Stade Rennais c’est trois Coupes de France remportées, mais aussi trois Coupes Gambardella (1973, 2003, 2008). Le 31 mai 2003, les jeunes du SRFC s’imposent en finale contre Strasbourg (4-1).
En course pour se qualifier pour la première fois de son histoire en Ligue des champions, Rennes doit battre Lille à l’extérieur lors de l’ultime journée de Ligue 1. Ce 26 mai 2007, les Rouge et Noir croient à leur rêve en menant 1-0, mais le LOSC égalise dans le temps additionnel (90+2e), grâce à une tête de Nicolas Fauvergue (1-1).
Le 9 mai 2009, Rennes retourne en finale de la Coupe de France pour la première fois depuis 38 ans. En face se présente le voisin guingampais, alors en Ligue 2. Et les Rennais se prennent les pieds dans le tapis, s’inclinant 2-1 après avoir mené au score.
Quatre ans après la déconvenue en finale de la Coupe de France, Rennes a l’occasion de redorer son blason en finale de la Coupe de la Ligue. Le 20 avril 2013, les Bretons affrontent l’AS Saint-Étienne en finale.
Cinq ans après la défaite contre Guingamp en finale de la Coupe de France, Rennes a l’occasion de prendre sa revanche au même stade de la compétition, le 3 mai 2014. Contrairement à la finale de 2009, le Stade Rennais manque complètement son match contre Guingamp cette fois, s’inclinant 2-0.
Le 21 février 2019, Rennes écrit la plus belle page de son histoire européenne, en éliminant le Real Betis en 16e de finale de Ligue Europa, au terme d’une double confrontation folle (3-3, 3-1).
Rennes met enfin fin à sa série de 48 ans sans trophée le 27 avril 2019, en remportant la Coupe de France. En finale, les Bretons mettent à terre le PSG de Neymar et Mbappé au terme d’un match épique (2-2, 6-5 t.a.b).
Au lendemain de leur victoire en Coupe de France, les Rennais sont célébrés dans les rues de Rennes par des dizaines de milliers de supporters. En terminant 3e de la L1 2019-2020 (arrêtée à la 28e journée en raison de la crise sanitaire), Rennes obtenait son ticket pour le 3e tour préliminaire de la Ligue des champions.
Natif de La Bouëxière, à 20 km de Rennes, Patrick Delamontagne y fait ses débuts de footballeur, puis intègre le centre de formation du Stade Rennais en 1974 à son dix-septième anniversaire. Grand espoir du club, il démarre sa carrière professionnelle quelques mois après son arrivée. Meneur de jeu à l’ancienne, il possédait une vitesse d’exécution assez remarquable, une bonne technique et une excellente vision du jeu.
Chez les Tangos, son élégance fait merveille. Entraîné par Michel Le Milinaire, le "Platini de Le Basser" devient la coqueluche des supporters durant deux saisons. Patrick fait ensuite le grand pas et débarque à Nancy dans les traces du roi "Platoche". Il décroche alors une première sélection en équipe de France contre le Brésil au Parc des Princes en 1981.
Après un passage à Monaco terni par les blessures, Patrick Delamontagne retourne à Laval et y dispute trois nouvelles saisons. En Mayenne, celui qu'on comparaît souvent à Raymond Keruzoré, la grande star du foot breton dans les années 70, est à nouveau incontournable et apparaît une dernière fois en Bleu lors d’un match qualificatif pour l’Euro face à la Norvège.
Retour à la case départ, à Rennes, où il retrouve son frère Laurent, aussi formé au club. Véritable esthète du ballon rond, il conduit la formation bretonne à une remontée en D1 deux ans plus tard. Après une ultime saison dans l’élite, il raccroche les crampons en amateur chez les Voltigeurs de Châteaubriant.
Reconverti dans le secteur de l’immobilier, il était responsable de trois agences dans le nord de Rennes. Patrick restera dans les mémoires collectives, avec sa bouille frisée et son numéro 10 dans le dos, comme un joueur capable de tous les exploits. Malgré une étonnante stabilité dans ses performances et un talent hors-normes, ce garçon discret et cultivé n’a clairement pas eu la carrière qu’il méritait.
Vice-champion de France de D2 en 1976 et 1990 (Stade Rennais)
Parcours du Stade Rennais - Coupe de France 2019
Le départ de Benjamin Bourigeaud: une légende s'en va
Depuis plusieurs saisons, le serpent de mer du départ de « Baja » animait les mercatos estivaux. La rumeur est pourtant devenue réalité cet été, avec un départ du Chti’mi pour Al-Duhail (Qatar). Un choix qui interroge, fait mal et laisse orphelins des supporters qui auraient rêvé une autre fin.
Peu importe la durée de l’idylle, les clubs et les supporters, encore plus, oublient vite et ont souvent la rancune tenace. Si Benjamin Bourigeaud ne devrait pas tout de suite, au peut-être pas avant un an et demi maximum, refouler les pelouses françaises, son accueil, s’il revient un jour au Roazhon Park, sera probablement tout autre.
Chaleureux, passionné, fait d’accolades de tous à un joueur arrivé gamin ayant tout à prouver et parti avec le statut désigné de légende du club, 66 buts et 63 passes décisives plus tard en sept ans. Mais qu’est qu’une légende ? La définition est limpide : c’est une représentation traditionnelle de personnages réels, déformée ou amplifiée. Va donc pour la légende alors, puisqu’il ne s’agit ni d’exploits précis ou de titres remportés pour valider le (ou la) statut(e).
Le joueur, lui, bottait en touche en conférence de presse, presque gêné : « Ce n’est pas à moi de vous dire si je dois avoir une statue ou pas, mais faire partie de l’histoire de ce club est vraiment quelque chose que j’apprécie au quotidien. Je ne l’aurais pas forcément imaginé en arrivant ici, mais comme je l’ai dit, je croque ce que j’ai à croquer et j’en profite un maximum car la carrière ne dure pas longtemps. J’essaie d’être moi-même tout simplement.
Et cela, personne ne pourra lui enlever tant le garçon est resté authentique. Septième joueur de l’histoire ayant disputé le plus de matchs dans l’élite (311), il est le sixième buteur mais surtout le meilleur passeur de l’histoire du club. Peut-être partie remise ? Comme il aime Lens et son Nord, Benjamin Bourigeaud a aimé et vécu Rennes. De son retour du Stade de France aux Halles jusqu’aux nombreuses occasions de le croiser arpentant les rues de la capitale bretonne en compagnie de sa famille, l’homme a autant marqué le club qu’il n’a été tatoué au cœur par son Stade Rennais et « sa » ville.
Que pouvait-il ambitionner de plus à Rennes ? Il a participé à l’unique campagne de Ligue des Champions, remporté la coupe de France 2019 dont il était le dernier rescapé avec le coach Stéphan, arpenté les routes européennes sous l’étendard breton, été capitaine, avant de redonner le brassard à Steve Mandanda lors du retour de Julien Stéphan, désireux de le décharger d’une peut-être trop grosse charge émotionnelle. A Rennes, il aura connu tous les présidents et entraîneurs s’étant succédés depuis sept ans, demeurant toujours une priorité au moment d’inscrire les noms sur la feuille de match, au point d’être parmi les plus gros salaires du club.
Devenu une légende, donc, dans un club où l’émotion, à défaut des titres, est souvent forte, Benjamin Bourigeaud qui entre tout juste dans la trentaine part… au Qatar. Selon nos sources, le milieu de terrain offensif ne se voyait pas jouer ailleurs en Ligue 1, faute de trouver un challenge plus excitant que celui proposé à Rennes.
L’étranger, avec l’Italie et l’Espagne notamment, évoquée avec insistance ces deux dernières années, pouvaient être des options mais c’est finalement au Qatar qu’évoluera « Baja ». Un choix économique ? L’intéressé assure que ce n’est pas l’argument numéro 1 ayant motivé sa décision, lui qui était plutôt bien loti à Rennes. Le joueur lui-même, lors de son ultime passage devant la presse, restait évasif : « Je ne sais pas si c’est vraiment le moment, mais j’y ai réfléchi longuement, il y a aussi l’aspect familial. C’est une décision qui n’est pas simple, après sept ans ici. On connaît mon parcours ici, les émotions traversées. J’ai toujours espéré avoir un challenge différent.
Se répétant, noyé entre ses émotions d’homme, de joueur et le poids des mots, « Bourig » donna ce soir-là l’impression de ne pas tout dire et c’est bien son droit. Du côté des suiveurs, supporters ou passionnés, il reste, de fait, comme un petit goût amer, une fin d’histoire que nous aurions tous aimé plus belle. Après le KO de Martin Terrier s’en allant chez Leverkusen ou Désiré Doué, à peine éclos, au PSG, le coup de grâce est tombé avec le départ de l’icône dans un anonymat ensoleillé et richissime.
Le Qatar, un championnat et un pays qui lui ressemblent tellement peu, lui le travailleur, dévoué au collectif, ce joueur brillant apprécié et respecté de tous, aimé d’un public et d’un club qui voulaient évidemment toujours de lui. Dans sa résidence, où le garçon ne rate probablement pas une miette, à distance, de l’actu de ses désormais ex-coéquipiers, lui seul possède les réponses, les tenants et aboutissants et peut-être même, comme à la plus belle époque de son ex-coach, un plan.
Un retour dans quelques mois, une ou deux années tout au plus, pour boucler ensuite la boucle du côté de Bollaert ? Beaucoup y pensent. « Baja », lui, laisse parler et s’écrire scénarii divers et variés, n’y apposant pas son aval. Les chiens aboient, la caravane passe et celle de Benjamin Bourigeaud traîne avec elle tout un morceau du meilleur de l’Histoire du Stade Rennais. Et ça, qu’il soit au Qatar, à Lens ou sur les bords de la Vilaine, le numéro 14 le sait.
Ajoutez désormais un certain Benjamin Bourigeaud à Rennes, pour l’éternité, qui ne manquera pas, à l’occasion, de jeter un œil sur le documentaire lui étant consacré pour son désormais ex-club, une petite larme au coin de l’œil pour ne pas dépareiller de la grande famille « Rouge et Noir ».
Bien au-delà de ses activités sportives et musicales, qui conduiront sa fanfare aux quatre coins de la France, accompagnée des majorettes « Les Miloykas », l’Espérance de Ploemeur reste encore dans les esprits « des Ploemeurois pure souche ».