Pour la première fois de son histoire, l'équipe de France jouera en Andorre. Pourtant, les Bleus ont déjà rencontré la 134e nation au classement FIFA dans une phase de qualifications, celle de l'Euro 2000.
Il y a 20 ans exactement, les champions du monde 1998 s'étaient donc rendus à Barcelone, au Stade olympique de Montjuic, où évoluait encore l'Espanyol, pour défier leur voisin. Mais à l'époque, la petite Principauté nichée au cœur des Pyrénées ne possédait pas de stade homologué pour disputer des matches internationaux à domicile, ce qui est désormais le cas depuis 2014.
Devant 7600 spectateurs, la rencontre s'était soldée par une victoire étriquée (1-0), grâce à un but de Frank Leboeuf sur penalty dans les dernières minutes (85e). Moins d'un an après leur titre mondial, les joueurs dirigés alors par Roger Lemerre avaient frôlé la catastrophe et ce match étonnamment accroché avait marqué les esprits.
« C'était très difficile, se souvient encore aujourd'hui Koldo Alvarez, l'ancien gardien andorran devenu sélectionneur. Ça ressemble un peu à ce match. C'était en juin et la France était championne du monde, c'est une coïncidence. J'espère qu'évoluer vraiment à domicile va jouer en notre faveur et qu'on aura le même état d'esprit qu'à l'époque.

La une de L'Équipe le 10 juin 1999.
Tombés dans un groupe homogène lors de cette campagne, les Bleus ne s'étaient pas déplacés dans les meilleures conditions en Catalogne. Battus trois jours plus tôt par les Russes (2-3) au Stade de France, seulement troisièmes du classement de leur groupe derrière l'Ukraine et l'Islande, ils devaient aussi se passer de leur maître à jouer, Zinédine Zidane, opéré du ménisque droit quelques semaines plus tôt et absent jusqu'en fin de saison.
Sans leur Ballon d'Or, mais sans Youri Djorkaeff également, blessé, ils avaient dû trouver des solutions pour pallier ces absences. Celle choisie par Lemerre au milieu avait été de titulariser Vikash Dhorasoo pour la première fois en sélection. Le successeur d'Aimé Jacquet avait aussi décidé de se passer de plusieurs cadres, comme Deschamps, Barthez, Blanc et Thuram, laissés sur le banc. Il a failli le regretter ensuite.
Car ce jour-là, rien ne s'est passé comme prévu. Face à un adversaire regroupé, « une équipe qui refuse absolument de jouer et qui à mon sens ne progressera jamais », avait dénoncé Leboeuf après la partie, les champions du monde avaient eu un mal fou à trouver des espaces.
« Le problème, contre ce genre d'équipe qui ne fait que descendre, c'est que l'on sait que la victoire est obtenue lorsqu'on marque le premier but. Et là, il nous a fallu attendre les cinq dernières minutes », avait regretté le héros du jour.
Malgré la présence de Sylvain Wiltord, Nicolas Anelka et Christophe Dugarry sur la pelouse, les Bleus avaient manqué de réussite, à l'image du penalty pas accordé au Marseillais, qui s'était ensuite fait justice lui-même sur Antonio Lima et avait écopé d'un carton rouge (25e). À dix, les affaires tricolores se compliquaient.
Les partenaires de Robert Pires, entré en jeu en seconde période, avaient beau accentuer leur domination et ne laisser aucun répit à la courageuse défense andorrane, le sort s'acharnait. Wiltord trouvait le poteau (63e), puis Anelka (74e) et Boghossian (83e) faisaient preuve de maladresse. L'espoir de l'emporter s'amenuisait lorsque la délivrance intervint enfin.
Une main de Ramirez dans sa surface offrit la balle de match à des champions du monde qui n'y croyaient presque plus. Leboeuf ne trembla pas devant Koldo. Lemerre pouvait être « soulagé », au terme de « l'une des soirées les plus difficiles de (sa) carrière ».
« Je savais que cela allait être dur mais pas comme cela, avait-il soufflé. Je n'avais pas envisagé une telle rencontre. »
« À la fin du match, les Andorrans se tapaient tous dans les mains », avait constaté Dugarry, désolé d'être « tombé dans le panneau » mais aussi remonté. « J'espère pour eux qu'ils ont pris du plaisir ce soir car ça n'a pas été notre cas. »
La feuille de match
Match de qualifications à l'Euro 2000
Andorre - France : 0-1 (0-0), 9 juin 1999
Équipe : Ramé - Karembeu, Leboeuf, Desailly (cap.), Candela - Wiltord, Boghossian, Petit (Vieira, 56e), Dhorasoo (Pires, 61e) - Anelka, Dugarry
Joueurs non utilisés : Barthez, Blanc, Thuram, Deschamps
But : Leboeuf (85e s.p.)
Avertissement : Leboeuf (64e)
Expulsion : Dugarry (25e)
Les enjeux géopolitiques actuels de l'Eurovision
Le Concours Eurovision de la chanson est né il y a 70 ans, dans une Europe divisée et fracturée, comme un symbole d’unité, de paix et d’espoir à travers la musique. Ces fondements n’ont pas changé, pas plus que l’objectif du Concours. Ce Concours a survécu et prospéré malgré les guerres, les bouleversements politiques et les changements de frontières.
À travers une lettre, le directeur de l’Eurovision semble acter une scission, tout en rappelant considérer le concours comme un espace de rassemblement et d’union, dans la lignée de ses fondements historiques et du discours habituel largement mobilisé ces dernières semaines. Pour se prémunir et continuer à s’inscrire dans la lignée de « l’union dans la musique« , l’UER se range donc aujourd’hui derrière la question des règles, ces fameuses que se doivent de respecter les télédiffuseurs afin de pouvoir participer au concours de l’Eurovision.
Puisque Martin Green parle de règles, l’heure est donc au rappel historique, puisque les faits sont là pour être rappelés (et les décisions de l’UER avec).
En 2021, la Biélorussie (qui connaissait alors une mobilisation historique contre le dictateur Loukachenko évidemment réprimée par le pouvoir) ne participe pas à l’Eurovision pour ne pas avoir soumis de chanson éligible dans le temps imparti. Le télédiffuseur BTRC avait alors soumis deux propositions qui avaient enfreint le règlement du concours, toutes deux logiquement rejetées par l’UER. Le 1er juillet 2021, le télédiffuseur biélorusse se voit suspendu de l’UER pour manquements au respect de la liberté d’expression et de l’indépendance des médias (voir communiqué officiel de l’UER).
Le 22 février 2022, la Russie envahit l’Ukraine et déclenche une guerre sur son territoire. Face aux menaces de retrait de plusieurs pays et sur conseil du Groupe de référence de l’Eurovision, le comité exécutif de l’UER décide d’exclure la Russie de l’Eurovision 2022 (voir l’article de l’EAQ consacré à ce sujet à l’époque). Dans son communiqué de presse, l’organisme de radio-télévision précise que cette décision est basée sur « les règles de l’événement » et « les valeurs de l’UER ».
Il est précisé : « La décision reflète les inquiétudes selon lesquelles, en lien avec la crise sans précédent en Ukraine, l’inclusion d’une candidature russe dans cette édition du concours pourrait nuire à la réputation de la compétition. » En parallèle, l’UER rappelle dans le même communiqué son caractère apolitique, sa volonté de protéger les valeurs d’un concours musical qui, grosso modo, unit l’Europe par la musique et célèbre sa diversité.
Le 1er mars 2022, dans sa décision concernant les membres russes de l’UER (disponible ici), le Conseil exécutif déclare « suspendre la participation des représentant.e.s des trois Membres russes (la RTR, Channel One et RDO) qui siègent dans des instances de gouvernance de l’Union, dont le Conseil exécutif et l’ensemble des comités statutaires » en raison des « événements » en Ukraine. Le 29 mai 2022, sur la base des mesures prises par le Conseil exécutif, l’UER suspend formellement les télédiffuseurs russes.
Ces deux dernières années, la participation d’Israël à l’Eurovision suscite la polémique en raison de la guerre menée par le pays à Gaza suite aux attentats du 7 octobre 2023 et des attitudes du télédiffuseur israélien KAN. Parmi les principaux points soulevés par les télédiffuseurs mobilisés sur le sujet, la sélection de la chanson Hurricane (née d’une réécriture de la chanson October Rains initialement rejetée par l’UER en raison d’une signification politique - voir article du 7 mars 2024), une campagne digitale de grande ampleur en faveur des deux dernières représentantes israéliennes menée par une agence du gouvernement israélien, l’engagement actif du Ministère des affaires étrangères israélien en leur faveur (voir article du 1er juin 2025) et la campagne diplomatique menée par une équipe constituée par le président israélien pour empêcher l’exclusion d’Israël de l’Eurovision 2026, entre autres.
Le 4 décembre dernier, l’assemblée générale de l’UER approuve des règles visant à restaurer la confiance et à renforcer le caractère neutre de l’Eurovision, incluant le droit à participation de tout pays membre de l’UER et excluant toute possibilité de vote sur la participation d’Israël.