L'histoire du handball à l'Escale Orléans: Des débuts à l'essor grâce à Nelson Paillou

L'histoire du handball à l'Escale Orléans est une aventure riche en événements, marquée par des figures emblématiques et un développement progressif au sein du paysage sportif français.

Les Origines Tardives du Handball au BEC

La lecture du journal du BEC, dont la première parution date du 6 mai 1911, nous indique que les sections de rugby, association, tennis, athlétisme, cyclisme et pelote basque sont déjà créées à cette date-là. Il fallut attendre les années d’occupation 1941, 1942, 1943, pour voir la création des sections masculines et féminines de handball au sein du BEC. Comment peut-on expliquer ce retard par rapport à la date de création des autres sections ?

L’activité sportive, le handball, ne s’est structurée que tardivement, émanant d’une origine danoise en 1898, tchécoslovaque au début du XXème siècle, et germanique. Le handball à 11 joueurs fut inscrit au programme des Jeux Olympiques de Berlin en 1936. En France le handball apparait venant de Suisse et des milieux de la gymnastique par Mulhouse. La région parisienne et les professeurs d’EPS l’accueillent et en 1937 ont lieu à Paris les 7° Jeux Universitaires Internationaux ; le handball à onze est inscrit au programme. La Fédération Française de Handball fut créée en 1941 et la saison 1941-1942 fut la première saison de compétition en France.

Nelson Paillou: Un Pionnier du Handball au BEC

Nelson PAILLOU, dès 1941, demande au Dr Bahuet, président du BEC, de créer une section handball au sein du club. Nelson Paillou, né en 1924, avait alors 17 ans. Un soir, avec un groupe de « copains », joueurs de foot du collège Commandant Arnould, il rejoint le 24 Cours Pasteur au 2° étage de l’Union des Etudiants et se rend au bureau du Président du BEC, le Docteur Bahuet.

Il se présente et fermement dit au Président qu’il fallait créer une section de handball dans le club. « Eh bien, d’accord, et je te nomme président de la nouvelle section de handball du BEC ! » Tout le BEC connaît cette anecdote rapportée par des témoins les plus fiables. Notre futur Président du Comité Olympique Français n’a pas perdu de temps depuis l’introduction du handball en France et l’on connaît la carrière que Nelson a poursuivie depuis ce moment, au service du handball et du sport en général.

Auprès de Nelson, des noms sont à retenir, « ceux qui ont créé la section », qui sont restés fidèles au club et que nous retrouverons impliqués en tant que joueurs à 11 et à 7. Carole LOMBARD, Professeur d’EPS, et Nelson PAILLOU, en compagnie de P. Petit- Jean, décédé en déportation en 1944 et frère de Micheline VESCHAMBRE, créèrent en 1943 la section féminine.

Mais il y avait le 24 Cours Pasteur et le 2° étage du siège de l’Union des étudiants, le BEC… le bureau du Président, le Docteur Roger Bahuet, et également le chargé des paperasses, le sympathique M. Minvielle derrière sa talanquère. Chaque soir de nombreux adhérents de toutes les sections s’y côtoyaient.

Un soir de cet automne 43, convoqués par le Président, Nelson Paillou et moi-même avons eu la joie d’apprendre que nous pouvions créer la nouvelle section de Hand-Ball féminine (qui ne se jouait qu’à 11). Nous étions accompagnés par le frère de Micheline Petit-Jean/Veschambre, qui fut déporté en 44 et mourut en déportation. Nelson comme moi, pour constituer nos équipes, avons fait appel aux collègues, aux amis du basket et de l’athlétisme. Tout s’est vite mis en place.

Les Premiers Défis et le Développement des Compétitions

Pour les terrains, le Stadium Universitaire, l’annexe du terrain des footeux. Quelques ennuis : un petit troupeau de vaches nous concurrençait ! Le comité de Gironde de handball était le seul de la région à s’installer. Peu de clubs : le Stade Bordelais dit SBUC à cette époque, St-Bruno et un représentant du CA Béglais. Pour nous les filles, seul le Stade Bordelais présentait un adversaire.

Les rencontres au début n’étaient pas nombreuses, peu importe, nous nous entraînions tout en participant dans les autres sections. Le mois d’avril arrivant, l’athlétisme prenait toute sa place. La compétition dès 44-45 s’est étoffée, il y a eu un championnat National où le BEC a brillé devant les équipes de Nantes, de Poitiers, de Limoges et bien sûr de Paris, Ivry, Stade-Français, de Normandie également : Vernon. Les Clubs Universitaires ont créé aussi leur compétition.

Jusqu’en 1952 le « 11 » a été roi, mais dès 1947 le Hand à « 7 » a pris sa place et des compétitions ont débuté. Le nombre de clubs a évolué, l’ASPOM a été un sérieux concurrent. Des jeunes sont arrivés. La section a grandi. Elles s’appelaient : M.J. Lacoste EPS, Jeanine Toulouse EPS, Hélène Maumen E.Sup, Simone Simon IEP ( Institut d’Education Physique), Fernande Bourrec EPS (Basket), Denise Villenave (Laporte) EPS, Madeleine Villenave sœur de Denise, Barrientos, Loulette Barouillet EPS, Lisette Bidan élève IEP, Vialemaninge E.

Après les années de guerre, le journal du BEC renaît le 8 février 1946, sous le nom « Le B.E.C », « Journal sportif universitaire paraissant le vendredi et provisoirement mensuel ». Nelson Paillou en est le nouveau Directeur. « Les difficultés que nous eûmes à surmonter furent sans nombre. Au manque d’effectifs s’ajouta bientôt l’incompréhension de certains athlètes qui avaient prêté une oreille indulgente aux préjugés inculqués par une propagande facile, et non suffisamment avertis sur la valeur athlétique, éducative et spectaculaire de notre sport.

En 1945, enfin, l’année de la consécration, le BEC parvient en ¼ de finale, après avoir éliminé des équipes déjà aguerries, comme l’U.A.Tarbaise, les Cheminots de Paris et le Stade Bordelais, pour ne s’incliner finalement que devant le Club Français, finaliste de la Coupe. Nous avons cette année 50 jeunes gens qui pratiquent effectivement le Hand-Ball. A nos équipes senior et junior nous avons été amenés à ajouter une équipe réserve qui, chose extraordinaire pour une réserve, joue toujours au grand complet et se classe troisième aux Championnats de Guyenne.

Fini, bien fini, je l’espère, le temps où l’on cherchait celui qui ferait le onzième… Le secret de notre ascension rapide réside uniquement dans l’esprit de camaraderie et l’entente des plus sympathiques que nous avons réussi à créer parmi nous. Dans l’amour profond que nous avons pour notre sport, et dans le désir sans cesse grandissant de lui voir prendre dans le sport la place honorable qui lui est due.

Mais nous sommes confiants, Jourdian vient de se charger de la partie technique, Labourdette, vieux béciste bien que muté à Bayonne, continuera à renforcer notre onze et à lui donner les conseils pratiques qui lui sont nécessaires. 1942-43 : 11 licenciées et le Handball se joue à 11 joueurs. 1944-45 : Nous conservons le titre de Champion de Guyenne. Mais l’Aviron Bayonnais, battu en matches aller- retour de Guyenne, prend sa revanche en Coupe de France et nous élimine de justesse en 1/8° de finale.

Pourtant au début de l’année 1947 le BEC M et F s’inclinait en Coupe de France Universitaire face à Poitiers, les féminines jouant « sans leurs vedettes Carole et Jeanine Toulouse mais avec le célèbre goal Chinchon qui se permet, fait unique, de plonger ! « Les féminines, pionnières du Hand en Guyenne, végètent faute d’adversaires, mais une pléiade de minimes et de cadettes nous entourent, l’avenir de la section est assuré. Au travail et contentons-nous des titres de Guyenne » dit Carole.

Cependant un long voyage est proposé aux féminines tout à fait inattendu car « du fait de la défaillance du PEC (Poitiers) aux championnats universitaires, M. Le Bot fait appel à nous pour boucher le trou. Aurez-vous mes filles assez d’économies pour passer 3 jours à Lyon. Textes extraits du journal LE B.E.C, Nouvelle série n°1 du Vendredi 8/2/1946, et n°2 du vendredi 15 mars 1946 . Le ton est donné!

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L'Héritage de Nelson Paillou

Tous les sportifs connaissent le parcours de Nelson Paillou au sein du mouvement sportif depuis son implication en tant que joueur. Le nombre impressionnant de ses missions nationales et internationales ainsi que ses citations et autres distinctions sont aussi connues de tous. Cette reconnaissance est toujours liée à l’implication de Nelson Paillou dans les milieux sportifs, associatif et pédagogique.

Parmi toutes les structures que Nelson Paillou a animées, le milieu sportif peut paraître son secteur privilégié. Mais sa vie de tous les jours au sein de l’Education Nationale nous montre que ses réflexions ne sont pas dualistes. Si son engagement dans le milieu sportif a débuté dès l’âge de 17 ans, le professeur de lettres, à peine majeur, s’est vu confier par l’Inspection Générale de l’Enseignement Technique la direction d’une colonie de vacances pour des jeunes déshérités ou sans famille au sortir de la guerre.

Nelson occupe en été les usines Béguerie à Mauléon, dans les Basses Pyrénées d’alors, dont les ouvriers sont en vacances. Cent-vingt jeunes issus de Centres d’Apprentissages bénéficient de vacances encadrées par les professeurs de leurs établissements. Les Académies prennent en charge ces structures. C’est une œuvre de SOLIDARITE face à l’injustice, aux inégalités.

C’est une action pour adoucir les rigueurs de l’infortune des jeunes des Centres d’Apprentissages. Nelson Paillou est formateur des moniteurs et directeurs de centres de vacances avec les C.E.M.E.A. (Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Education Active). Il met en place la Charte de 1961 fondée sur l’éducation à la RESPONSABILITE, l’apprentissage de la LIBERTE, l’acceptation des DIFFERENCES, le RESPECT DE L’AUTRE, l’INTEGRATION DE L’ETRE, l’EPANOUISSEMENT DE LA PERSONNALITE.

Il initie avec Jean Romain et Madeleine Cocagnac les échanges internationaux (Bordeaux- Munich pendant plus de 10 ans, mais aussi avec l’Espagne, les Pays Scandinaves, l’Autriche). Il initie aussi les centres de vacances d’été, d’hiver, les camps bâtisseurs en relation avec le LP d’Anglet. Ex : Neuvic d’Ussel, Sanguinet, Cladech et la fameuse maison de la Mouline à Arette-La Pierre Saint-Martin qui recevra de nombreux bécistes en préparation physique pour leur nouvelle saison.

« Le SAVOIR COGNITIF est INDISPENSABLE mais que cela ne nous empêche pas, bien au contraire et en même temps, de souligner l’importance du SAVOIR SOCIAL. Dans le même ordre d’idée : « nous acceptons bien volontiers les nécessaires APPRENTISSAGES, les ENTRAÎNEMENTS, la phase structurante de la FORMATION et on croit pouvoir affirmer qu’ils ne sont pas antinomiques avec la LIBERATION de l’INDIVIDU, la REALISATION de ses POTENTIALITES.

En 1981 Nelson Paillou compte 25 ans de responsabilité dans le même mouvement : la Fédération des œuvres éducatives et de vacances de l’Education Nationale, puis l’AROEVEN, mouvement pédagogique de recherche et d’action. Il soutient cette affirmation que nous pouvons associer à la gestion des équipes sportives : « Notre camp de vacances n’atteint réellement son but que s’il permet de former l’adulte de demain, dans un climat de SECURITE, de LIBERTE, de RESPONSABILITE.» (Plusieurs responsables des centres de vacances de l’AROEVEN participaient aux compétitions de handball au sein des équipes du BEC : M. Plumenail, A. Gerbier, H. Duboscq, P. Lucu, B. c)

Quelques anecdotes : L’une d’entre elles montre la connivence qu’il a pu entretenir avec Jacques Chirac au sein du Conseil Economique et Social. Jacques Chirac le taquinait au sujet de sa blague à tabac qu’il lui cachait et il lui demandait sans cesse s’il continuait toujours à se rouler ses cigarettes. Et Nelson lui répétait : « Oui Monsieur le Président et je pense être le seul à m’en rouler une sans toucher l’autre ! » Le président Chirac a lui-même utilisé cette boutade plusieurs fois en public.

Il y a une suite à cette anecdote : lors de la remise de la Légion d’Honneur à Nelson, le Président Chirac lui a offert une rouleuse mécanique de cigarettes en lui disant ceci : « Ainsi vous n’aurez même pas besoin de vous les rouler à la main ! L’Association Internationale pour un sport sans violence avait son siège à Monaco. Le Prince et la Princesse Grace Kelly recevaient chaque année les membres de l’association pour leur congrès.

Comme toujours, nous étions friands de le questionner sur ses sorties extraordinaires. « Allez, raconte-nous ! ». Un jour, au retour d’une session à Monaco, il nous rassemble en petit comité, lors d’une réunion de directeurs de centres de vacances à Cladech et nous dit : « ça y est, je suis amoureux » ! « Allez, dis-nous tout, c’est qui, c’est qui ? ». Après nous avoir longtemps fait attendre, il nous dévoila ses états d’âme : « Je suis amoureux de Grace Kelly, quelle beauté, quelle classe, quelle présence, quel sourire, quel corps, quelle bonté, quelle amabilité, quelle intelligence, » etc. etc.

Au retour de la guerre, la Guyenne est isolée. En avril 1946, même si le BEC est vaincu par le PUC en 1/4 de finale de la Coupe de France à Niort, Nelson Paillou après avoir marqué deux buts, écrit en conclusion dans son article du journal : « L’ambiance sympathique, bruyante, et bien béciste, qui régnait le soir au banquet groupant les « douze petits rouges vaincus » n’a pas manqué de faire tourner le vent à l’optimisme.

Le « Hand Ball écho », article du 15 novembre de la même année, nous apprend que les résultats ne s’amélioreront qu’avec une assistance régulière aux entraînements : « Les entraînements ont lieu tous les jeudis au Stade Municipal à partir de 15h30. « Hand Ball écho » annonce aussi que « les championnats de Guyenne commencent le 7 novembre. Le calendrier de la saison sera affiché au BEC. Les joueurs sont priés d’en prendre connaissance.

Ces années là le BEC est reconnu comme « l’une des meilleures équipes françaises », alors qu’il est finaliste de la Coupe de France Universitaire, qualifié pour les championnats de France 1948/49 grâce à « l’excellent état d’esprit et l’homogénéité des équipes ». Seize matchs, seize victoires et surtout le BEC est vainqueur du SBUC, ironiquement appelé SBUsé. Ce club et même l’ASPOM ne discutent plus la suprématie du BEC.

Les bécistes sont vaincus d’un point seulement en championnat de France Universitaire par Poitiers avec ses six internationaux. Ils furent plus efficaces en soirée avec « une victoire de la bonne humeur …et du gosier » ! Nelson Paillou se félicite de ce résultat et remercie les Présidents de Juglart, Mayer, Lajugie, Pautrizel, ainsi que M. Mario Boillat, M. Rousseau, M. et Mme Bouché, M. « J’espère que nos joueurs ne vous décevront pas » renchérit Nelson.

La saison 47/48 se terminait au stadium le 27 juin par un pique-nique inter-sections BB, R et HB. Après une période sans distribution du journal, pour cause de financement, celui-ci réapparait en décembre 1950. Nous lisons que les résultats sont très encourageants et nous voyons apparaitre des équipes minimes et cadets qui jouent encore à 11 et aussi à 7. Toutes les équipes sont en tête de leur poule. HB 11 Le BEC se classe dans les huit meilleurs clubs français.

En 1951/52, après leur victoire à Vernon (Normandie), les handballeurs sont en ¼ de finale du Championnat de France. Un déplacement épique ! Ils s’emparent aussi des titres en championnat de Guyenne à 11 et à 7. Jean Jourdian en est le capitaine entraîneur. Tous les résultats sont excellents mais malgré tout, un titre inquiète le lecteur du journal de la saison 1952/53 : « Une mena...

Palmarès du BEC Handball
Année Événement Résultat
1944-45 Championnat National Brille devant Nantes, Poitiers, Limoges, Paris, Ivry, Stade-Français, Vernon
1945 Coupe de France ¼ de finale
1944-45 Championnat de Guyenne Champion
1947 Coupe de France Universitaire Défaite contre Poitiers
1948/49 Championnats de France Qualifié
1951/52 Championnat de France ¼ de finale
1951/52 Championnat de Guyenne Champion à 11 et à 7

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