Porté par les 2,46m de sa star Morteza Mehrzad, l'Iran a décroché un deuxième titre paralympique en volleyball assis en battant la Bosnie 3 sets à 1. L'Iran de la star du volley-ball assis Morteza Mehrzad a remporté le tournoi des Jeux paralympiques pour la troisième fois d'affilée en dominant la Bosnie 3 sets à 1 vendredi soir. L'Iran domine la discipline depuis plusieurs décennies, et avait remporté sept des neuf précédentes éditions en arrivant à Paris.
Depuis ses premiers Jeux en 1988, le pays du moyen-orient a toujours remporté une médaille, d'or ou d'argent. Comme en 1988, 1992, 1996, 2000, 2008, 2016 et 2021, la République islamique d’Iran remporte le titre paralympique en volley assis.
Les deux nations se sont affrontées en finale lors de toutes les éditions des Jeux depuis Sydney 2000, à l'exception de ceux de Tokyo il y a trois ans. Avec une taille de 2,46 mètres, Mehrzad est estimé le deuxième homme vivant le plus grand du monde et l'athlète le plus grand à avoir jamais participé aux Jeux paralympiques, selon l'IPC. Il a été diagnostiqué à un jeune âge d'une acromégalie, une maladie due à un excès d'hormone de croissance.
Il a une nouvelle fois joué un grand rôle dans la victoire de son équipe, qui n'a perdu que deux manches durant le tournoi, contre l'Egypte en demi-finale, et contre la Bosnie vendredi soir.

Morteza Mehrzadselakjani lors d'un match de volley-ball assis.
Morteza Mehrzad : Un Atout Indéniable
Quand on est assis, avoir un grand buste et de grands bras est un avantage. C’est le cas de l’Iranien Morteza Mehrzad, médaillé d’or à Rio en 2016 et Tokyo en 2021. Atteint d’acromégalie, il est le deuxième homme vivant le plus grand du monde et mesure 2,46 m. Résultat, même assis, il peut frapper le ballon jusqu’à 1,95 m du sol ! Ce sport requiert également souplesse et cardio.
Certains des adversaires de l'Iran protestent, se remémore son entraîneur, parlent d'un avantage « inéquitable », mais la Fédération internationale tue dans l'oeuf la polémique : aussi grand soit-il, Mehrzadselakjani est à sa place au Brésil, handicapé comme les autres (il entre dans la catégorie VS2, celle des joueurs connaissant des pertes de force musculaire dans un ou les membres inférieurs). Il n'empêche, la concurrence sera contrainte de s'adapter : avec ses longs bras, le géant iranien peut smasher la balle à 1,95 m du sol, soit 80 cm au-dessus du filet, et son arrivée ne fera qu'accélérer la course aux gabarits hors norme.
« Affronter un joueur comme Morteza t'oblige à redoubler d'attention : tu sais que s'il a un ballon, il risque de te passer au-dessus. Et quand tu es obnubilé par un adversaire, tu laisses des trous pour les autres, décrypte Dominique Duvivier, le sélectionneur de l'équipe de France. Et puis, en plus d'être un attaquant qui tape les balles très haut et fort, qui peut les piquer sur la ligne des deux mètres, il prend tellement d'espace avec son envergure qu'il couvre au moins un tiers du filet s'il en a envie. Ça devient ingérable de passer, vous êtes enfermé dans les mains du bloqueur. »
Parce qu'il y a quand même des inconvénients à être aussi grand (il manque de mobilité, se fatigue rapidement...) et que les Iraniens ont posé les bases de leur légende sans lui, « tout ne tourne pas autour de Morteza », insiste son sélectionneur. Au-delà de l'argent investi depuis trente ans pour développer la discipline (une cinquantaine d'équipes réparties dans trois divisions en Iran), c'est d'ailleurs plutôt « leur vitesse de jeu qui fait la différence », selon l'international français Gildas Guiheneuf, « et les relations entre le passeur, leur point fort, et les attaquants, qui viennent toujours dans l'espace libre ».
« Le volley assis est un sport très populaire en Iran et ça n'a rien à voir avec moi », balaie même dans un élan d'humilité Mehrzadselakjani, qui oublie un peu vite qu'il a gagné trois titres de meilleur joueur du monde (2019, 2021, 2022). Et que son pays n'a connu que l'or depuis ses débuts en équipe nationale en mars 2016.

L'équipe iranienne de volley-ball assis célébrant une victoire.
L'Histoire Personnelle de Morteza Mehrzad
L'athlète, atteint d'acromégalie, a vu sa vie changer grâce au volley-ball assis. A sa naissance en 1987, il est diagnostiqué d'une acromégalie ou gigantisme, une maladie due à un excès d'hormone de croissance. Sa vie prend un tournant après une coïncidence : l'entraîneur de l'équipe de volley-ball assis iranienne le repère, alors qu'il a 24 ans, dans une émission de téléréalité sur des individus en difficulté. Après avoir intégré un centre de formation, il fait ses débuts avec l'équipe nationale d'Iran en mars 2016, quelques mois avant les Jeux paralympiques de Rio, retrace le site Olympics.com.
Longtemps, Morteza Mehrzadselakjani a vécu reclus. Caché. Comme prisonnier de son corps de géant de 2,46 m et de sa condition d'infirme, l'impression de n'être pour les autres qu'une bête de foire. « J'avais honte de sortir, nous confiait l'Iranien à son arrivée à Paris le week-end dernier, peur qu'on se moque de moi. » Coupé du monde dans sa contrée de Tchalous, bordée au sud par les montagnes de l'Elbourz et au nord par la mer Caspienne, sans emploi ni perspective d'avenir, il avait trouvé refuge dans les livres, des romans de Victor Hugo aux écrits sur Napoléon Bonaparte. Sa manière d'échapper au réel, sans doute. À la routine d'une vie « sans relief » jusqu'à ce jour de 2011, quand les producteurs de la célèbre émission Mah-e Asal lui ont proposé de raconter son histoire à des millions de téléspectateurs ; de leur décrire cette maladie, l'acromégalie (caractérisée par une production excessive d'hormones de croissance), qui l'a longtemps accablé, ces regards auxquels il ne s'habituera sans doute jamais et cet accident de vélo qui lui a volé ce qu'il lui restait d'innocence à l'adolescence.
« J'avais 13 ou 14 ans, rembobine Mehrzadselakjani, officiellement le deuxième homme le plus grand au monde derrière le Turc Sultan Kösen (2,51 m). Je ne me souviens plus exactement ce qu'il s'est passé, si je suis tombé dans la rivière ou si j'ai percuté quelque chose. Ce dont je me rappelle, c'est qu'après j'avais du mal à marcher, et que le médecin que je suis allé consulter s'est trompé sur mon cas. Il a fallu que j'attende trois ou quatre mois avant qu'un autre médecin ne pose le bon diagnostic (une fracture du pelvis qui a stoppé la croissance de sa jambe droite, environ 15 cm plus courte que la gauche aujourd'hui). J'ai été opéré deux fois dans la foulée, mais j'étais quelqu'un de très actif et je ne pouvais pas m'empêcher de bouger : je faisais du catch avec mon frère sur mon lit d'hôpital. (Rires.) » Morteza allait devoir mettre de côté sa passion pour le foot, un crève-coeur pour lui, l'amoureux de Manchester United et du Real Madrid, mais un « miracle » l'attendait quelques années plus tard.
Ce jour de 2011, on y revient, l'animateur de Mah-e Asal appelle Hadi Rezaeigarkani, un ami proche, pour s'assurer qu'il sera devant son poste le soir venu. Sans lui en dire plus sinon que l'invité « devrait [l]'intéresser ». « Monsieur Hadi », qui travaille dans la fabrication de vêtements de sport, est aussi et surtout le sélectionneur de l'équipe iranienne de volley assis, l'une des plus accomplies de l'histoire : sept médailles d'or paralympiques et deux d'argent en neuf participations aux Jeux et huit titres de championne du monde à ce jour. « Quand j'ai vu Morteza, j'ai tout de suite pensé qu'il avait le potentiel pour nous être utile, se souvient-il, nous aider à nous améliorer et gagner des titres. » Pendant l'émission, l'animateur fait promettre à son invité de sortir de son enfermement.

Morteza Mehrzadselakjani, 36 ans, et Hadi Rezaeigarkani, le sélectionneur de l'équipe iranienne de volley assis, la plus titrée de l'histoire.
Les Règles du Volley Assis
Le volley assis est une variante handisport du volley-ball. Tous les handicaps sont éligibles à la pratique de ce sport, mais on y retrouve majoritairement des joueur(se)s amputés de membres inférieurs. Les joueurs ont principalement des limitations d’amplitude articulaire au niveau de la cheville ou des pertes de force musculaire dans un ou les membres inférieurs.
Le volley assis se joue à deux équipes de six joueurs. Les matchs se déroulent en 3 sets gagnants (5 sets maximum). Quasiment toutes les balles sont jouées avec les mains hautes, du fait de la hauteur du filet à hauteur de buste. Il est possible de contrer le service.
L’objectif premier est d’accélérer le jeu pour ne pas laisser le temps au contre adverse de s’organiser pour venir contrer l’attaquant qui recevra la passe. Malgré tout, il sera très rare pour un attaquant de ne pas avoir de contre en face de lui.
Avoir un grand buste et de grands bras est un avantage quand on est assis. Ce sport requiert également souplesse et cardio.

Née, selon les sources, en 1943 ou en 1956, cette pratique a d’abord été une activité de rééducation pour les soldats amputés. C’est le Comité des sports néerlandais qui a organisé la première manifestation le 5 mai 1956 à Amsterdam devant 25 000 spectateurs. L’entrée du volley assis aux Jeux paralympiques intervient quelques années plus tard, en 1980 pour les hommes.
| Jeux Paralympiques | Résultat |
|---|---|
| Séoul 1988 | Médaille d'argent |
| Barcelone 1992 | Médaille d'or |
| Atlanta 1996 | Médaille d'or |
| Sydney 2000 | Médaille d'or |
| Athènes 2004 | - |
| Pékin 2008 | Médaille d'or |
| Londres 2012 | - |
| Rio 2016 | Médaille d'or |
| Tokyo 2020 | Médaille d'or |
| Paris 2024 | Médaille d'or |
L'Iran a tout simplement remporté 8 médailles d'or et 2 médailles d'argent paralympiques en dix participations, de quoi faire de la République islamique le grandissime favori pour Paris 2024. Depuis 1988, l'Iran a raflé sept des neuf compétitions paralympiques.
Reversée dans la poule B avec l'Ukraine, l'Allemagne et le Brésil, son équipe s'attend surtout à être embêtée par la Bosnie, son principal rival. Pour gagner, il faudra nécessairement contenir la puissance et la précision de Morteza Mehrzad.
Temps forts du volley-ball assis | Jeux paralympiques de Paris 2024 ❤️💙💚
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