L'Équipe Nationale de Football d'Algérie : Une Histoire de Fierté et de Passion

L'histoire de l'équipe nationale de football d'Algérie est intimement liée à l'histoire de l'Algérie elle-même, marquée par la lutte pour l'indépendance, la fierté nationale et une passion indéfectible pour le football.

Le football est né en Algérie sous le régime colonial. Les jeunes Algériens ont créé les premiers clubs locaux dans les années 1920, afin de se démarquer des équipes françaises. Ces clubs n’étaient pas seulement des équipes de sport, ils incarnaient un message fort, une réponse silencieuse à l’oppression. Ils défendaient la culture, la fierté et parfois la liberté. Jouer un match peut signifier se lever.

Le football algérien ne se résume pas aux drapeaux fièrement arborés dans les stades du monde entier. Depuis la création de l’équipe de l’ALN en 1957, l’Algérie a vu passer de nombreux joueurs talentueux, notamment dans le secteur offensif. La sélection a connu deux périodes dorées, dans les années 1980 et 2010.

Même dans les années 1950, le FLN (Front de libération nationale algérien) a constitué son équipe avec les meilleurs joueurs algériens qui avaient quitté la France pour soutenir la lutte pour l’indépendance. L’équipe ne se contentait pas de jouer, elle faisait aussi des déclarations politiques sur ces terrains internationaux.

Avril 1958, l’équipe de France est en préparation pour le Mondial 58. Cette fabuleuse équipe fait partie des favorites grâce à ses enfants d’immigrés Polonais (Kopa, Piantoni), son attaquant Fontaine, et ses Algériens Zitouni, Mekhloufi et Ben Tifour. Afin de gagner la bataille de l’opinion, le FLN souhaite faire revenir les joueurs d’origine Algérienne de France pour fonder une équipe nationale.

International français et joueur cadre de l’AS Monaco, Mustapha Zitouni décide de sacrifier sa carrière bien établie pour rejoindre l’équipe du FLN en 1958. Le but est alors de promouvoir pacifiquement l’indépendance de son pays. Cette décision en fera un héros de l’Algérie. Sur le terrain, Zitouni possédait toutes les qualités d’un excellent défenseur central : sens du placement, puissance, lecture du jeu et leadership.

FLN, un sacrifice pour l'Histoire - Documentaire L'Équipe Explore (2016)

Les Premières Années et la CAN 1990

L’Algérie a accédé à l’indépendance en 1962 et a ensuite commencé à mettre en place son système de championnat. L'enthousiasme pour ce sport, le sens politique et la charge émotionnelle qu'il véhicule viennent de loin. Le football a joué un rôle important dans l'histoire de l'Algérie dans sa résistance au colonialisme.

Troisième de la CAN 1988, l'Algérie accueille, deux ans plus tard la 17e édition de la compétition, animée par la ferme intention de la remporter. Placés dans un groupe compliqué avec le Nigeria, l'Égypte et la Côte d'Ivoire, les Fennecs impressionnent. Lors du match d'ouverture, ils écrasent les Super Eagles (5-1), puis battent sans difficultés la Côte d'Ivoire et l'Égypte.

L'Algérie termine première du groupe et assume son statut de favori, portée par une immense ferveur populaire. À noter qu'à cette époque, il n'y a que 8 équipes qualifiées, loin des 24 nations présentes au départ de la CAN 2019 en Égypte. Et si les matches sont rapidement des chocs, il est aussi plus rapide d'accéder à la finale.

Après avoir sorti le Sénégal en demi-finale (2-1), les hommes entraînés par Abdelhamid Kermali retrouvent en finale le Nigeria pour boucler en beauté l'aventure.

Le 16 mars 1990, l'Algérie remporte sa première Coupe d'Afrique des Nations (CAN) en battant le Nigeria 1-0 à Alger. Chérif Oudjani, l'attaquant de Sochaux, inscrit le but de la victoire. Ce n'est pas le plus connu, ni le plus spectaculaire, mais il marque la compétition de son empreinte. Tous les yeux sont rivés vers l'Algérie, qui rafle en plus, les titres individuels de meilleur joueur avec Rabah Madjer et de meilleur buteur avec Djamel Menad (4 buts).

L'équipe d'Algérie victorieuse de la CAN 1990

Les Désillusions des Années 1990

Après avoir atteint le firmament, la sélection algérienne s'apprête à vivre de longues et sombres années, avec le souvenir pour seul sourire. Deux qualifications pour des Coupes du monde viendront sortir les supporters de leur nostalgie.

Tenante du titre, la sélection algérienne va s'effondrer lors de la CAN 1992 au Sénégal, la première à 12 équipes. Les Fennecs souffrent de la chaleur et à l'humidité et sont méconnaissables. Un point en deux matches dans un groupe à trois et une dernière place, c'est le fiasco. Cet échec marque le début d'une stagnation, avec la CAN 1994 comme l'illustration d'un certain amateurisme dans la gestion de la sélection.

Sportivement, les éliminatoires devant mener l'Algérie à cette CAN 1994, disputée en Tunisie, se passent plutôt bien et en terminant deuxième, la sélection obtient son ticket. Mais la Confédération africaine de football ouvre une enquête sur un match de qualification. Le sélectionneur, Meziane Ighil, a aligné, contre le Sénégal, un joueur suspendu lors du match précédent. La CAF exclut l'Algérie qui est remplacé par le troisième du groupe, à savoir, le Sénégal.

Alors, après ces deux ratés, les quarts de finale atteints à la CAN 1996 peuvent apparaître comme un résultat encourageant. Deuxième d'un groupe relativement facile avec le Burkina Faso, le Sierra Leone et la Zambie, l'Algérie tombe dès le début des phases finales, contre l'Afrique du Sud (2-1). Le pire est à venir : lors de la CAN 1998, Les hommes d'Abderrahmane Mehdaoui perdent les trois matchs de poule et terminent derniers.

Une Longue Absence des Coupes du Monde

Les Fennecs ont participé pour la première fois, en 1982, à un Mondial et disputé, dans la foulée, celui de 1986 au Mexique. Si l'aventure s'est arrêtée, les deux fois, lors la phase de poules, c'est une vitrine de choix pour mettre en avant le football du Maghreb et ravir les supporters.

Alors, en toute logique, le succès à la CAN de 1990 doit être là pour maintenir la tradition d'un rendez-vous. Il marquera une rupture. À partir de là, l'Algérie rate cinq Coupes du monde consécutives, (1990, 1994, 1998, 2002 et 2006), surpassée, par le Sénégal, le Nigeria ou encore la Côte d'Ivoire.

Les Années 2000 : Des Résultats Mitigés

Lors de la CAN 2000, les Fennecs s'extirpent de leur poule et terminent deuxièmes derrière l'Afrique du Sud. Mais en quarts de finale, le Cameroun de Samuel Eto'o sort prématurément l'Algérie de la compétition. Lors des deux éditions suivantes, l'Algérie s'arrête bien assez tôt tandis qu'elle brillera par son absence en 2006 et 2008. Une accumulation d'affronts et une immense exaspération.

Le Retour en Grâce : Coupes du Monde 2010 et 2014

Les deux absences à la CAN obligent la Fédération algérienne de football à réagir. Elle décide de nommer comme sélectionneur, et pour la cinquième fois en quelques années, Rabah Saâdane. Si ses courts passages précédents n'ont pas amené le nouveau souffle espéré, l'idée est de lui donner plus de temps pour travailler. Après tout, il était membre du staff lors de la Coupe du monde 1982 et sélectionneur durant celle de 1986.

Son succès est éclatant : l'Algérie se qualifie pour la Coupe du monde 2010, en Afrique du Sud, d'où elle repartira avec un point récolté contre l'Angleterre (0-0) et aucun but marqué.

Lors du Mondial 2014, au Brésil, les Verts et Blancs réalisent l'un des plus beaux exploits de leur histoire. Dans un groupe composé de la Belgique, de la Russie et la Corée du Sud, la deuxième place est l'objectif. Lors du premier match contre la Belgique, et malgré la défaite (2-1), Sofiane Feghouli inscrit le premier but de l'Algérie en Coupe du monde depuis 28 ans. Lors du match suivant, contre la Corée du Sud, l'Algérie devient la première équipe africaine à inscrire quatre buts dans un match de Coupe du monde (4-2).

Le match pour la deuxième place se joue face à la Russie et si la Sbornaïa mène rapidement 1-0, Slimani égalise à l'heure de jeu et assure à sa nation une place en huitième de finale. Encore une première.

En face, se dresse la grande Allemagne. En état de grâce et élu homme du match, le portier algérien Raïs Mbolhi pousse les futurs champions du monde en prolongation, avant de s'incliner deux fois, (2-1). Les hommes de Vahid Halilhodzic reviennent au pays en héros.

L'équipe d'Algérie lors de la Coupe du Monde 2014

Instabilité et Renouveau

Le départ de Vahid Halilhodzic a coïncidé avec une période d'instabilité pour l'Algérie. Christian Gourcuff prend alors les commandes de la sélection en 2014. Après la belle épopée en Coupe du monde de Vahid Halilhodzic, la tâche n'est pas aisée. S'il parvient à qualifier le pays pour sa 16e CAN, le plafond de verre des quarts de finale bloque à nouveau l'Algérie dans son élan.

L'Algérie va alors connaître quatre sélectionneurs en l'espace d'un an, se succédant au rythme des défaites. Nabil Neghiz, sélectionneur intérimaire, qualifie le pays pour la CAN 2017 mais laisse très vite sa place à Milovan Rajevac, qui démissionnera rapidement. Le Belge Georges Leekens prend alors en main un groupe sans repères. L'équipe ne franchira pas la phase de groupe de la CAN 2017.

Un quatrième sélectionneur est nommé, l'Espagnol Lucas Alcaraz, qui ne parvient pas à qualifier l'Algérie pour la Coupe du monde 2018 en Russie. L'instabilité chronique devient le fléau de la sélection et la nomination d'une ancienne star des Fennecs à sa tête n'y changera rien. Malgré des débuts encourageants, Rabah Madjer ne restera que sept mois.

C'est un autre ancien international, Djamel Belmadi, qui le remplace en août 2018. Il qualifie la nation pour la CAN 2019 et l'emmène jusqu'en finale. Pourtant, la liesse populaire, illustration de la fierté nationale, qu'entraînerait une victoire contre le Sénégal prendrait une ampleur toute aussi intense que la première fois. Cela fait 29 ans que l'Algérie attend un trophée et les nombreuses désillusions traversées ne peuvent qu'augmenter la sensation de bien-être qui saisirait alors la sélection et sa nation. Cette CAN 2019 confirme le retour sur la scène internationale, eux qui n'ont disputé que deux Coupes du monde depuis 1990 et n'avaient plus dépassé les quarts de finale de la CAN depuis leur première victoire.

Il y aura moins de supporters algériens dans les tribunes du stade international du Caire, ce vendredi, pour la finale de la CAN, que les 110 000 spectateurs qui s'étaient amassés le 16 mars 1990 à Alger pour assister au premier succès des leurs en CAN, contre le Nigeria (1-0).

Onze de Légende Algérie

Voici une proposition d'un "onze de légende" de l'équipe nationale d'Algérie :

  • Gardien : Raïs M’Bolhi
  • Défenseur droit : Chaâbane Merzekane
  • Défenseur central : Mustapha Zitouni
  • Défenseur central : Miloud Hadefi
  • Défenseur gauche : Ramy Bensebaïni
  • Milieu défensif : Ismaël Bennacer
  • Milieu offensif : Lakhdar Belloumi
  • Milieu offensif : Riyad Mahrez
  • Attaquant : Salah Assad
  • Attaquant : Rabah Madjer
  • Attaquant : Rachid Mekhloufi

Et vous, quel est votre onze de légende Algérie ?

Le Football, un Facteur Actif dans la Conscience Politique Nationale

Le football est un facteur actif dans la formation de la conscience politique nationale moderne. Devant l’impossibilité d’interdire les compétitions dans le contexte de grande violence des années 1990, les autorités tentent de contrôler autant que possible et de canaliser la colère de ces masses de supporters en ébullition.

Les manifestants du Hirak, en reprenant en chœur les slogans et chants contestataires des supporters d’équipes de football de la capitale, ont imposé au regard de tous la reconnaissance éclatante des stades en tant qu’espaces politiques majeurs.

En Algérie comme dans de nombreux pays où les divertissements sont rares ou hors de portée des moyens des classes populaires, le football est indéniablement le sport-roi, certainement beaucoup plus en termes de spectacle que de pratique de masse.

La très bonne prestation de l’équipe nationale lors de la Coupe du Monde 1982 et la tricherie dont elle a été victime a constitué une brève parenthèse de ferveur collective dans une phase de dégradation accélérée, à partir de la chute des prix des hydrocarbures en 1986, de la situation socio-économique.

A partir de cet événement et jusqu’à ce jour, les stades demeurent l’ultime lieu de l’expression politique populaire, l’exutoire de masse d’une jeunesse qui, entre quolibets et insultes adressées à toutes les autorités, chantent leur colère et leur désespoir.

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