L'Équipe de France de Volley-Ball aux JO de Tokyo : Du Doute à la Gloire Olympique

L'équipe de France de volley-ball a gravé son nom dans l'histoire en remportant la médaille d'or aux Jeux Olympiques de Tokyo 2021. Cette victoire marque un tournant, car c'est la première fois que les volleyeurs français atteignent ce niveau de succès olympique. Retour sur un parcours exceptionnel et une équipe soudée.

Alors que l'équipe de France est pleine Ligue des nations, Tokyo s'approche à l'horizon. Le sélectionneur des Bleus a dévoilé ce vendredi la liste des 12 joueurs retenus pour le tournoi olympique, qui débute le 24 juillet par un match contre les Etats-Unis.

Six des douze joueurs sélectionnés étaient déjà présents lors des derniers JO, à Rio, durant lequel la France avait terminé à une décevante 9e place alors qu'ils sortaient d'un doublé Ligue Mondiale / Championnat d'Europe. La nouvelle génération arrivée depuis (Barthélémy Chinenyeze, Daryl Bultor…) aura pour mission d'apporter ce nouveau souffle, déjà aperçu lors du dernier Euro (4e après une défaite cruelle en demi-finale à Bercy contre la Serbie), ou lors du TQO de janvier 2020, remporté haut la main.

Laurent Tillie a tranché. Après douze matches de Ligue des nations, dont le dernier perdu jeudi soir contre l'Italie (2-3), le sélectionneur des Bleus a officialisé, vendredi matin, la liste des 12 joueurs qui tenteront de faire monter la France sur le premier podium olympique de son histoire, cet été à Tokyo (23 juillet - 8 août).

Du groupe élargi pour la compétition en cours, Tillie a dû resserrer les rangs et laisser cinq joueurs sur le carreau. Les cadres sont, eux, bien présents comme Earvin Ngapeth, Benjamin Toniutti, Nicolas Le Goff ou Jénia Grebennikov.

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La Sélection Finale : Un Équilibre Trouvé

Confronté à un embouteillage de talents sans pareil au poste de réceptionneur-attaquant, où six joueurs prétendaient à quatre places, l'entraîneur national a longuement hésité avec son staff, testant de nombreuses associations pour trouver la meilleure combinaison possible. Mardi soir, le départ précipité et inattendu de Julien Lyneel, trop court physiquement, avait facilité sa prise de décision.

Au final, Tillie a choisi de faire confiance au quatuor Earvin Ngapeth, Trévor Clevenot, Kevin Tillie et Yacine Louati. Ce dernier, longtemps en balance avec Thibault Rossard, et dont le bras de feu gauche aurait été un atout précieux pour les Bleus au service, a vite trouvé sa place dans le groupe, capitalisant sur son entrée précieuse au tournoi de qualification olympique de Berlin, en janvier 2020.

L'équipe de France de volley-ball en 2017.

Composition de l'Équipe de France pour les JO de Tokyo

  • Passeurs (2): Benjamin Toniutti (cap.), Antoine Brizard.
  • Centraux (3): Nicolas Le Goff, Barthélémy Chinenyeze, Daryl Bultor.
  • Attaquants (2): Jean Patry, Stephen Boyer.
  • Réceptionneurs (4): Earvin Ngapeth, Trevor Clévenot, Kevin Tillie, Yacine Louati.
  • Libéro (1): Jenia Grebennikov.

« La décision a été dure à prendre, soulève le sélectionneur. Quelque part, elle est injuste pour Thibault dont l'investissement a été remarquable mais il fallait choisir. On a privilégié un équilibre sans lui. Je sais qu'il se tiendra prêt, qu'il restera en forme en cas de pépins physiques. »

Sur les autres postes, pas de surprise, tant à la passe (Toniutti-Brizard) qu'à la pointe où Stephen Boyer épaulera Jean Patry ainsi qu'au poste de libéro avec l'incontournable Jenia Grebennikov.

L’équipe de France de volley a empoché sa qualification pour les Jeux olympiques de Tokyo 2020 en s’imposant en finale du TQO de Berlin face aux Allemands (3-0) vendredi soir.

Un Parcours Semé d'Embûches

Cette finale récompense un parcours improbable, de ceux qui restent longtemps dans les mémoires. Imaginez une équipe qui perd deux de ses trois premiers matchs, contre les Etats-Unis et l’Argentine, et redoute de se faire éliminer dès le premier tour, comme aux Jeux de Rio, en 2016. Imaginez ensuite cette même équipe, toujours en phase de poules, dominer la Russie (déjà) et arracher un point du tie-break contre le Brésil, champion olympique en titre.

En quarts de finale, victoire sur les doubles champions du monde polonais, après avoir été menés deux sets à un ! C’était avant un succès sur l’Argentine, retrouvée en demi-finales, puis avant cette seconde victoire de l’été sur la Russie. La plus belle, à n’en pas douter, de toute l’histoire du volley-ball français. « Chaque fois que l’on s’est planté, c’est lorsque l’on pensait être favoris », résume le passeur Antoine Brizard.

« On est des survivants », s’exclamait Laurent Tillie, qui n’en avait pas fini. Ces Bleus ont surpris tout le monde, à commencer par leurs adversaires. « On fait des choses qu’on n’a pas l’habitude de voir au volley, expliquait Jean Patry après la demi-finale. Un mélange de combativité et de créativité par moments. Avec des points qui peuvent faire mal à l’adversaire et nous renforcent mentalement. » Comme Antoine Brizard ou Barthélémy Chinenyeze, Patry a rajeuni les rangs d’une génération déjà parmi les plus douées du volley français, celle des Earvin Ngapeth, Jenia Grebennikov et Benjamin Toniutti. Ce dernier a toujours le statut de capitaine, mais il a vécu la finale en qualité de remplaçant, Antoine Brizard lui ayant été préféré de nouveau.

La Finale Épique Contre la Russie

Les volleyeurs français sont champions olympiques. Ils ont disposé de la Russie en finale des Jeux, samedi 7 août à Tokyo. Victoire trois sets à deux (25-23, 25-17, 21-25, 21-25, 15-12), presque deux heures et demie après le coup d’envoi. Le match terminé, les Bleus peuvent entamer une danse de la joie. Une sorte de French cancan, presque aussi atypique que leur jeu fait de feintes et de fougue.

D’abord au premier set : les Bleus sont menés de trois points (16-19) lorsque le sélectionneur, Laurent Tillie, demande un temps mort. Première explication, premières solutions : les Français reprennent l’avantage (23-22), sur le tard, passant devant grâce à un smash d’Earvin Ngapeth. Smash contré par les Russes, mais en dehors du terrain. Le deuxième set est plus limpide, face à des adversaires encore sonnés d’avoir laissé échapper le premier.

Tout l’inverse des troisième et quatrième manches, lors desquelles les Russes reprennent des forces, encouragés par une délégation peu avare en « Davaï » (allez) et autres exhortations. Et que dire du tie-break… Intenable. Un mano a mano, point contre point, smash pour smash, auquel même les remplaçants et les membres du staff français semblent avoir envie de participer.

Côté adverse, de la seule tribune occupée de l’Ariake Arena, les sifflets ne sont pas rares pour déconcentrer les Français au moment de leur service. « A deux sets partout, on s’est dit : “Les gars, c’est pas grave, ce sera encore plus beau de gagner trois sets à deux que trois sets à zéro” », raconte Kévin Tillie, dont le père n’est autre que le sélectionneur. « On a eu un coup de barre, on n’avait plus d’énergie, mais on est allé chercher avec le cœur la médaille d’or », apprécie Trévor Clévenot.

Avec aussi « beaucoup de lucidité », insiste son coéquipier Benjamin Toniutti. Il en fallut, en effet, pour rattraper les trois points d’avance pris par les Russes en début de cinquième manche.

Héritage et Avenir

Aujourd’hui, Laurent Tillie n’hésite pas à comparer équipes et époques. Comme joueur, il avait disputé les Jeux 1988 de Séoul, la première des cinq participations olympiques du volley français. Jusqu’à cet été, toutes avaient échoué avant les quarts de finale. Pour le sélectionneur, « il n’y a pas photo », la génération actuelle est « dix fois, vingt fois, cent fois plus forte ».

L’entraîneur de l’équipe de France s’apprête à céder ses fonctions au Brésilien Bernardo Rezende, une référence, après avoir conduit les Bleus jusqu’à leurs premiers titres : premier Euro (2015), premières Ligues mondiales (2015 et 2017) et désormais première médaille olympique, en or de surcroît.

Earvin Ngapeth, Jenia Grebennikov, Trévor Clévenot, Jean Patry, Kévin Tillie ? Tous fils d’anciens volleyeurs. Le sélectionneur national espère désormais que « des garçons et des filles » auront envie de se joindre à eux, bien au-delà des familles d’initiés.

Le titre olympique, « magnifique vitrine », a donné à voir son sport. « Un sport sans contacts, esthétique, spectaculaire, mental », vante-t-il. Un sport « mondial ». La Fédération internationale de volley-ball comprend encore plus de nations membres que celle du football. Depuis samedi, elle compte aussi un nouveau pays champion olympique.

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