L’idée de former un seul État des pays slaves du Sud remonte au milieu du XIXe siècle. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il regroupe six républiques, la Slovénie, la Croatie, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Macédoine, et deux provinces autonomes, le Kosovo et la Voïvodine - le tout placé sous l’autorité du charismatique maréchal Tito. La disparition de ce père fondateur, le 4 mai 1980, a entraîné la fin de sa Yougoslavie, en proie aux vieux démons séparatistes.
Le football yougoslave, autrefois une force dominante en Europe, a connu une histoire tumultueuse, marquée par la gloire, les conflits et, finalement, la dissolution. Cet article explore l'ascension, les moments marquants et la chute de cette équipe légendaire, ainsi que l'impact de la guerre sur le football dans la région.
Le football a peut-être offert à la Fédération socialiste son dernier moment de joie collective. En Yougoslavie, nous avions quatre à cinq grands matchs lors de chaque journée de championnat, plastronne Hadžibegić. C’était ce qui se faisait de mieux à l’époque. »
Dès notre arrivée, devant les locaux du club, nous avions été apostrophés par un passant : « D'où venez-vous ? Vous êtes Serbes ? Vous cherchez quoi ? » Plaque d'immatriculation étrangère, visages inconnus, tension... Surtout dans ce quartier, surtout lors des commémorations du 18-Novembre, puissant mélange de recueillement, d'hommages aux victimes et de démonstrations de force nationalistes.
En Croatie, on célèbre cette chute comme une victoire : celle d'une résistance héroïque face à « l'envahisseur ». Et Mitnica fut l'épicentre de ce combat. Le symbole de Vukovar et du quartier, c'est son château d'eau, pilonné d'obus durant trois mois et resté debout, décharné, sur la colline voisine. « Il représente une Croatie indestructible », reprend Marošević. C'est aussi l'emblème de son club.
Aujourd'hui, environ un tiers de la population locale est serbe, dans une ville qui fut érigée en exemple, avant la guerre, de cohabitation multiethnique. C'est ici qu'est né Siniša Mihajlović, en 1969, d'un père serbe et d'une mère croate.
Ex-international yougoslave (63 sélections), ce milieu de terrain, excellent tireur de coups francs, a effectué l'essentiel de sa carrière en Italie (AS Rome, Sampdoria Gênes, Lazio, Inter Milan), où il poursuit aujourd'hui une carrière d'entraîneur.
Au FK Vojvodina, la neige a envahi les beaux terrains du « centre d'entraînement Vujadin-Boškov ». Il tient son nom de cette gloire du cru, ex-grand joueur et entraîneur yougoslave, décédé l'an dernier. Sur les murs, l'équipe championne de Yougoslavie en 1966 (avec Boškov, Takač et I. Pantelić) et celle de 1989, avec le jeune Mihajlović et ses cheveux longs. Ici encore, les tourments de la guerre se mêlent inextricablement aux filets du football.
Le FK Vojvodina dispose d'un centre moderne qui lui permet d'accueillir 200 jeunes footballeurs dans son académie. « Ici, c'est encore mieux qu'à Zemunelo », plaisante un responsable du club. Zemunelo ? C'est le surnom du centre d'entraînement et de formation du Partizan Belgrade. Un jeu de mot qui marie Zemun, le quartier de la capitale serbe où il se trouve, et Milanello, le cèlèbre centre sportif de l'AC Milan.
À Zemunelo, Momčilo Vukotić, ex-international yougoslave, supervise la formation des jeunes depuis trois ans. C'est une légende du club, pour lequel il a disputé près de 400 matches.
Si le Partizan a disparu des grands radars européens en compétition, il a su conserver ses vertus fondatrices. Il occupe actuellement la deuxième place au classement européen des clubs formateurs, derrière l'Ajax Amsterdam et devant le Barça. L'ex-Big Four yougoslave (Partizan, Dinamo Zagreb, Hajduk Split et Étoile Rouge) est encore dans le top 10. Au-delà, cinq clubs serbes, et trois croates, figurent dans le top 30.
Et comme son grand rival de Belgrade, l'Étoile Rouge, il souffre d'un mal qui touche de nombreux clubs dans les Balkans et en Europe de l'Est : le hooliganisme.
À Belgrade, il se remarque sur les murs des immeubles, d'abord : la ville est souillée de graffitis, dont la majorité ont un lien avec des fractions d'ultras. Dans la rue et les virages, ensuite. Fin septembre 2009, un supporter toulousain, Brice Taton, avait succombé à un lynchage effectué en pleine ville, avant un TFC-Partizan de Ligue Europa. L'enquête s'était rapidement dirigée vers les Irreducibili, une frange radicale et xénophobe des Grobari (les « fossoyeurs »), les ultras du Partizan.
Gangrénés par la criminalité, une partie des ultras mettent une pression incessante sur les instances, les clubs et les joueurs, instituant un rapport de forces venimeux. À Belgrade, les politiques qui viennent au stade passent autant de temps à observer les virages que les joueurs sur la pelouse. C'est un héritage yougoslave : ils interviennent dans la gestion des clubs et surveillent l'état de leur popularité dans les tribunes.
Le Premier ministre actuel, Aleksandar Vučić, ne manque jamais une occasion de clamer sa passion dévorante pour l'Étoile Rouge. Le champion d'Europe 1991, face à l'OM (0-0, 5-3 aux t.a.b.), est très mal en point. Par jour de grand vent, le Marakana part en lambeaux, pour de bon. Des morceaux de zinc se détachent de la structure et viennent se fracasser sur le bitume des coursives.
Malgré le soutien du monstre énergétique russe Gazprom, qui lui verse une manne annuelle de 4,2 millions d'euros, l'Étoile Rouge traîne toujours un déficit colossal, estimé à 50 millions d'euros, et ne décolle plus de l'étage domestique. En 2014, le club avait terminé champion, mais ne put s'engager en Coupe d'Europe, pour non-respect du fair-play financier et défaut de licences.
L’ultime match de préparation, « à la maison », à Zagreb, est un cauchemar. L’hymne yougoslave est copieusement sifflé ; le magicien serbe Stojkovic, traité de « pédé ». Les drapeaux croates et néerlandais, ressemblants, se mêlent en un pied de nez au drapeau yougoslave, absent. Les Pays-Bas, vainqueurs deux à zéro, sont acclamés. Il est temps de passer à autre chose. À la compétition, qui rassemble le gratin des nations du ballon rond du 8 juin au 8 juillet en Italie.
La Yougoslavie figure dans le groupe D, qui comprend l’Allemagne de l’Ouest, la Colombie et les Émirats arabes unis. L’équipe, qui empile les pépites offensives, peut « faire jeu égal avec n’importe qui, est convaincu Ivica Osim. Le problème est qu’il manque une discipline de jeu […]. L’Italie ne trouve pas de poste pour Baggio. Moi, des Baggio, j’en ai six4 ». Sans compter la presse slave, qui oscille entre scepticisme et critiques minables selon lesquelles l’équipe de Yougoslavie, rattrapée par la politique, n’en serait plus une.
Le premier match se joue le 10 juin au stade San Siro, à Milan, contre l’Allemagne - une RFA en passe de se réunifier avec sa voisine de l’Est, et qui soutient, avec le Vatican, la sécession de la Slovénie et de la Croatie. Vive le sport. Le match est un supplice pour les hommes d’Osim. Un but marqué, quatre encaissés. « Ils auraient pu nous en coller huit5 », se console, comme il peut, le milieu de terrain Katanec.
Pour affronter la Colombie, quatre jours plus tard, au stade Renato Dall’Ara, à Bologne, Osim privilégie le collectif. L’équipe, mieux équilibrée, l’emporte par un petit but d’écart. Mais quel but de Jozic, qui enchaîne amorti de la poitrine et reprise de volée ! Les Émirats arabes unis sont balayés cinq jours plus tard. Les drapeaux yougoslaves flottant dans les tribunes n’ont pas échappé à Osim. Il se raconte que le pays fait la fête. « J’ai fait un rêve… »
Le pire, c’est l’année suivante. Le 25 juin 1991, Slovènes et Croates se déclarent indépendants. La guerre éclate, comme un ballon. L’équipe, elle, a entamé sa campagne de qualification pour le prochain Championnat d’Europe des nations (en Suède, en juin 1992) par une victoire contre l’Irlande du Nord, à Belfast, le 12 septembre 1990.
Mais les bombes la rattrapent. Les joueurs croates (Boban, Suker, Boksic…) ne sont plus autorisés à jouer pour la Yougoslavie, ou ce qu’il en reste. Les Delije d’Arkan sont devenus les « Tigres », et les armes à feu ont remplacé les barres de fer. C’est au tour du capitaine Faruk Hadzibegic de quitter le Titanic slave. Sarajevo, sa ville, est assiégée. Il doit s’occuper de sa famille.
Il fait ses adieux à la sélection le 25 mars 1992, « parce que l’équipe nationale de Yougoslavie n’existe plus ». Les extrémistes de tous bords enjoignent ceux qui restent d’en faire autant. Pantin ou traitre, il faut choisir. Alors on rejoint les grands clubs étrangers (Savicevic et Boban au Milan AC, Pancev à l’Inter Milan, Mihajlovic à la Roma, Boksic à l’Olympique de Marseille…), pendant que la sélection perd l’équivalent… d’une équipe. Onze joueurs. Que des bons.
Les Serbes, les Monténégrins composent, avec quelques jeunes inconnus, une formation de fortune. Peine perdue. La nouvelle tombe : les « Yougoslaves » ne sont pas les bienvenus en Suède. L’Angleterre, leur premier adversaire de l’Euro, a fait savoir qu’elle refusait de jouer contre eux. À leur arrivée en Scandinavie, ils sont comme exfiltrés de l’aéroport et escortés de dizaines de vigiles pendant leurs entraînements.
Le 30 mai, à huit jours du début de la compétition, la Fédération internationale de football s’aligne sur les sanctions imposées par l’ONU - la résolution 757, qui frappe d’embargo la Serbie et le Monténégro. Le fantôme de l’équipe de Yougoslavie est exclu du tournoi.
Il lui aura manqué quelques jours pour tirer sa révérence sur le rectangle vert. Surtout, il lui aura manqué ce pénalty non transformé un jour de juin 1990 pour entretenir le droit de rêver. Et répondre à la question que se pose toujours le « coach » Osim : « Peut-être suis-je trop optimiste, mais dans mes rêves je me demande ce qui serait arrivé si nous avions joué la demi-finale ou la finale. Je veux dire : ce qui serait arrivé au pays. […] quand je suis allongé dans mon lit et que je ne dors pas, je me dis que les choses auraient pu s’arranger si nous avions gagné la Coupe du monde…7 »
« C’est l’évocation de temps plus beaux et meilleurs, quand tous les Yougoslaves respiraient comme un seul homme, quand le football était la seule nationalité pour oublier un présent difficile », raconte l’un des fondateurs, interrogé par Footballski.fr. Nous savons bien entendu que tout cela n’est qu’une illusion.
« La jeune génération a entendu parler de la sélection yougoslave, via Youtube notamment, développe Novak. Les jeunes Serbes savent par exemple que Stojković a inscrit deux buts contre l’Espagne en huitième de finale de la Coupe du monde 1990 (1-2 a.p.) ou que l’Etoile rouge de Belgrade a été championne d’Europe. Seulement, ils n’ont pas de lien affectif avec ce football. »
Les équipes de l’ex-Yougoslavie ont pâti de la dislocation de la nation. Au lieu d’un à l’époque titiste, on compte désormais sept championnats. La compétitivité, facteur de réussite dans le football, a laissé place à des ligues composées d’une poignée, à peine, de clubs au niveau acceptable.
« Le football a énormément progressé, mais pas chez nous, déplore-t-il. Nous avons des problèmes d’infrastructures, de stades. Pour retrouver notre football, il faudrait avoir, par exemple, de bons terrains.
Aujourd’hui, une sélection réunissant les meilleurs joueurs d’ex-Yougoslavie ferait figure de sérieux outsider. À cette idée, Hadžibegić reste réaliste. « Il faut tourner la page », soupire-t-il.
Palmarès : néant
Palmarès détaillé et résultats par compétition
- Coupe du Monde
- 9 participations (1930, 1950, 1954, 1958, 1962, 1974, 1982, 1990, 1998)
- 1 fois quatrième (1962)
- Euro
- 5 participations (1960, 1968, 1976, 1984, 2000)
- 1 fois quatrième (1976)
Résultats de l'équipe dans toutes les Coupes du Monde :
Coupe du Monde 1998
- Premier Tour
- Yougoslavie - Iran : 1 - 0
- Allemagne - Yougoslavie : 2 - 2
- Yougoslavie - Etats-Unis : 1 - 0
- Huitièmes de finale
- Pays-Bas - Yougoslavie : 2 - 1
Coupe du Monde 1990
- Premier Tour
- RFA - Yougoslavie : 4 - 1
- Yougoslavie - Colombie : 1 - 0
- Yougoslavie - Emirats Arabes Unis : 4 - 1
- Huitièmes de finale
- Yougoslavie - Espagne : 2 - 1
- Quarts de finale
- Argentine - Yougoslavie : 0 - 0 a.p.
Le championnat yougoslave était considéré comme un des meilleurs en Europe avec de nombreuses équipes de qualité, d’excellents joueurs, des stades pleins et un championnat incertain.
La spécificité du football yougoslave est une grande décrépitude entre ses grandioses force et taille passées et son état actuel. La Yougoslavie était une superpuissance du football dans les années 60, champion olympique en 1960, vice-champion d’Europe en 1960 et 1968. L’Etoile Rouge a aussi été champion d’Europe et du monde en 1991. Le championnat yougoslave était considéré comme un des meilleurs en Europe avec de nombreuses équipes de qualité, d’excellents joueurs, des stades pleins et un championnat incertain. Aujourd’hui, les clubs yougoslaves ne se qualifient plus pour les coupes d’Europe et les jeunes de 16-17 ans partent dans les grands clubs d’Europe, si bien que ne restent que ceux qui ne peuvent être vendus. La qualité du football dans toutes les anciennes républiques de Yougoslavie est très basse ; sans grands matchs et grands joueurs, les spectateurs s’ennuient. Les gens sont désolés par la situation actuelle, se remémorant avec nostalgie l’ancien temps et c’est ce qui les attire vers notre idée et notre site internet.
Personnellement, je suis très nostalgique de cette période et je me rappelle avec enthousiasme ma jeunesse, l’atmosphère qui régnait dans cet état, l’ambiance dans les stades, les grands matchs, les grands victoires, les belles rivalités et les grands maîtres. La nostalgie va si loin que je suis heureux en me souvenant de certaines défaites parce qu’en comparaison avec les victoires et les titres actuels, les défaites de l’époque avaient de la grandeur.
Mes meilleurs souvenirs sont liés à 1991 à Bari et Tokyo, quand mon Etoile Rouge a touché l’olympe du football, gagnant les titres de champions d’Europe et du monde ! Je me rappelle avec nostalgie du championnat du monde juniors de 1987 quand une jeune équipe de Yougoslavie a gagné le titre ainsi que le Mundial 1990 en Italie, où nous avons été éliminés par l’Italie en quarts aux pénos. Mais en parlant de cette période, il y a des sentiments contraires à cause des grandes injustices infligées à la Yougoslavie et à l’Etoile Rouge. A cause des sanctions économiques, l’Etoile Rouge n’a pu défendre son titre de champion d’Europe à domicile (NDLR: lors de la saison 1991/1992, le club joua ses matchs à domicile en Hongrie ou Bulgarie) alors que je pense que cette équipe aurait pu remporter à nouveau ce titre de champion d’Europe par deux fois pour réaliser la même performance que le Bayern, l’Ajax ou Milan. S’il n’y avait pas eu cette satanée guerre, qui fut largement du fait des grandes puissances mondiales, la Yougoslavie de 1994 et 1998 aurait pu devenir championne du monde, c’est mon avis et celui de nombreux Yougoslaves. Avec des cadors comme Stojkovic, Savicevic, Prosinecki, Mijatovic, Pančev, Boban, Suker, Boksic, Jugovic, Mihajlović, je vois mal quelle équipe aurait pu être à la hauteur de la Yougoslavie. C’était une vraie dream team !
C’était mes moments préférés mais je suis certain que chaque éditeur a aussi des souvenirs liés aux succès de son club. Ceux du Partizan se rappellent la génération de 1966 et la finale de coupe d’Europe des clubs champions contre le Real Madrid, Dinamo Zagreb 1967 et la victoire en coupe des villes de foires, l’Hajduk et la génération 1970 qui a conservé 5 ans la coupe de Yougoslavie. Ceux de Sarajevo se souviennent des générations gagnantes de Zeljzenicar et Sarajevo, les gens de Mostar la génération BMV des années 70 suivant les initiales de leurs trois meilleurs joueurs (Bajević, Marić, Vladić), les Macédoniens se souviennent du grand Vardar, les Monténégrins préfèrent Savicevic et Mijatovic…
Mes joueurs préférés étaient Dragan Džajik, qui en son temps était considéré comme le meilleur ailier gauche du monde et Dragan Stojkovic Pixie, un des derniers vrais n°10 du monde du football. S’il avait évité les blessures, Pixie serait devenu un des meilleurs de tous les temps. Il aurait gagné le Ballon d’Or trois ans de suite, bien avant Messi. Mes collègues éditeurs mentionneraient certainement d’autres joueurs, les fans du Partizan parleraient de Vukotić, Mance ou Mijatović, les fans de l’Hajduk Jerković, Slišković, Šurjak, ceux du Dinamo Boban, Suker, Mlinarić, les Macédoniens préfèrent Pancev, les Monténégrins Savićević, les Albanais Vokri, les Bosniens Sušić…
J’ai déjà évoqué quelques raisons. C’est l’évocation de temps plus beaux et meilleurs quand tous les Yougoslaves respiraient comme une personne, quand le football était la seule nationalité pour oublier un présent difficile. Nous savons bien entendu que tout cela n’est qu’une illusion et ne nous laissons pas bercer par la perspective d’une nouvelle Yougoslavie, notre espoir va vers des ligues communes comme en basketball. Nous sommes réalistes; face aux nationalistes, notre vision est celle d’outsiders et nous n’avons aucune chance de gagner.
Mes trois images favorites de cette période sont quand l’Etoile Rouge a soulevé le trophée à Bari, le moment quand Dragan Stojkovic a marqué contre Zubizarreta en huitièmes du mondial 1990 et les images de notre jeunesse dorée au Chili en 1987. Malheureusement, mes images préférées n’ont jamais eu lieu, donc elles n’ont pu être photographiées : la Yougoslavie sur le podium d’une Coupe du Monde, Dragan Stojkovic avec le Ballon d’or et un retour magnifique au pays d’une génération championne du monde, de la joie du Vardar à Triglav !
Le ton est résigné. Le phrasé, saccadé. « Nous ne méritions pas ça. » Le sélectionneur de la Yougoslavie, éliminée en quart de finale de la Coupe du monde 1990, regrette une époque où le pays était uni. « Oui, je suis nostalgique, avoue-t-il vingt-trois ans après le démembrement d’une nation qui lui reste chère. Nous avions un bon championnat, sans doute l’un des meilleurs en Europe.
Loin des Balkans, Faruk Hadžibegić, reste attaché à ce pays qui l’a vu naître. « Je me sens Yougoslave, mais aujourd’hui, je suis Bosnien parce que ma nation n’existe plus, déplore-t-il, installé à la table d’un troquet parisien. Voir mon pays disparaître est une plaie avec laquelle je vais mourir. » A l’image de son ancien sélectionneur, le capitaine de l’équipe yougoslave 1990 est nostalgique.
Jusqu’en 1992, la ligue yougoslave réunissait de nombreux clubs reconnus dans toute l’Europe : Étoile rouge de Belgrade et Partizan Belgrade en Serbie, Dinamo Zagreb et Hajduk Split en Croatie ou encore Željezničar Sarajevo en Bosnie-Herzegovine.
Ivica Osim, lui, met en avant la professionnalisation du championnat yougoslave de la fin des années 1980. « Il commençait à y avoir de l’argent, comme dans les plus grands championnats d’Europe. » En 1991, l’Etoile rouge de Belgrade remporte la prestigieuse Coupe des clubs champions, la plus grande compétition de clubs au niveau européen, aux dépens de l’Olympique de Marseille (0-0, 5-3 aux tab).
Outre des statistiques détaillées sur les anciennes compétitions, on y trouve photos et coupures de presse de l’époque.
« On trouve des nostalgiques en Serbie et Croatie, précise Vladimir Novak, journaliste sportif serbe, mais l’animosité domine toujours. Les Serbes sont contents quand la Croatie perd, et vice-versa. A l’image d’Osim et Hadžibegić, la nostalgie du football yougoslave concerne seulement des personnes ayant connu cette nation disparue.
Aleksandar, étudiant serbe de 23 ans en physique-chimie, appartient justement à cette génération. « C’est logique que je ne sois pas attaché au football yougoslave, précise ce supporter du Partizan Belgrade. Aujourd’hui, les clubs de l’ex-Yougoslavie ne retrouvent plus leur lustre d’antan. Cette saison, par exemple, seul le NK Maribor représentait l’ex-Yougoslavie lors de la phase finale de la Ligue des champions. Le club slovène a fini dernier de sa poule. Pour trouver une équipe de l’ancienne fédération socialiste qui a passé la phase de groupes de cette même compétition, il faut remonter jusqu’à la saison 1994-1995.
Osim évoque d’autres raisons pour expliquer cette déliquescence. « Le football a énormément progressé, mais pas chez nous, déplore-t-il. Nous avons des problèmes d’infrastructures, de stades. Pour retrouver notre football, il faudrait avoir, par exemple, de bons terrains.
« Si nous étions tous ensemble, nous aurions une belle équipe », rêve Hadžibegić. Aujourd’hui, on retrouve ainsi des Croates au FC Barcelone (Rakitić) et au Real Madrid (Modrić), des Serbes à Chelsea (Ivanović et Matić) ou encore un Bosnien à Manchester City (Džeko).
Aujourd’hui, une sélection réunissant les meilleurs joueurs d’ex-Yougoslavie ferait figure de sérieux outsider. À cette idée, Hadžibegić reste réaliste. « Il faut tourner la page », soupire-t-il.
Malheureusement, mes images préférées n’ont jamais eu lieu, donc elles n’ont pu être photographiées : la Yougoslavie sur le podium d’une Coupe du Monde, Dragan Stojkovic avec le Ballon d’or et un retour magnifique au pays d’une génération championne du monde, de la joie du Vardar à Triglav !

Carte de la Yougoslavie en 1990
La Yougoslavie a participé à plusieurs Coupes du Monde, atteignant les quarts de finale en 1990. Cependant, la désintégration du pays a conduit à la fin de cette équipe unifiée, avec les joueurs se dispersant pour représenter leurs nouvelles nations.
La guerre a laissé des cicatrices profondes sur le football yougoslave. Les infrastructures ont été endommagées, les joueurs ont été contraints de fuir, et les divisions ethniques ont exacerbé les tensions. Malgré les efforts de réconciliation, les blessures du passé persistent, affectant le développement du football dans la région.
Aujourd'hui, des initiatives comme Ex-Yu Fudbal tentent de préserver la mémoire du football yougoslave, en partageant des photos, des statistiques et des histoires de cette époque révolue. Ces efforts visent à rappeler la gloire passée et à promouvoir la compréhension et la réconciliation entre les différentes nations de l'ex-Yougoslavie.
L'histoire de l'équipe de Yougoslavie de football est un récit complexe, mêlant triomphes sportifs, tragédies personnelles et bouleversements politiques. Bien que le pays ait disparu, son héritage footballistique continue d'inspirer et de susciter la nostalgie chez de nombreux fans à travers le monde.
La vie tragique de 13 joueurs de l'équipe nationale yougoslave après la Coupe du monde 1974.
Clubs de football en ex-Yougoslavie
| Pays | Clubs Notables |
|---|---|
| Serbie | Étoile Rouge de Belgrade, Partizan Belgrade, FK Vojvodina |
| Croatie | Dinamo Zagreb, Hajduk Split |
| Bosnie-Herzégovine | Željezničar Sarajevo, FK Sarajevo |
| Slovénie | NK Maribor, Olimpija Ljubljana |
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