L'épopée de l'équipe de Suède de handball : Histoire d'une nation dominante

L'équipe de Suède de handball est une des plus belles surprises du Mondial 2017 et se présente comme un sérieux outsider. Adversaire des Bleus en quart de finale, la Suède est une équipe jeune, dynamique et décomplexée.

A l'instar de la domination française de la planète handball, la Suède a elle aussi dominé son sport dans les années 80 et 90. Ce succès, elle le doit en très grande partie à son emblématique coach, Bengt Johansson.

L'équipe de Suède de handball lors d'un match de l'Euro 2012

Les années de gloire : L'ère Bengt Johansson et les "Bengan Boys"

Bengt Johansson, le sélectionneur de la grande équipe de Suède des années 1990, est mort des suites d'une maladie, à 79 ans. En poste de 1988 à 2004, il était le patron de l'une des plus glorieuses formations de l'histoire de la balle collante, sans doute la plus belle avant l'émergence des « Experts » français.

Sous sa direction, Magnus Wislander, Staffan Olsson, Stefan Lövgren et les hommes en jaune - surnommés les « Bengan Boys » en hommage à leur patron - avaient conquis deux titres mondiaux (1990, 1999) et quatre européens (1994, 1998, 2000, 2002). Il ne leur aura manqué qu'une seule médaille d'or, la plus belle, après trois défaites en finale des Jeux Olympiques, face à l'URSS (1992), la Croatie (1996) puis la Russie (2000).

Avec les Olsson, Magnus Wislander et Stefan Lövgren, elle a régné sur le monde dans les années 90. Magnus Wislander (56 ans) s'est bien remis de l'accident vasculaire cérébral dont il avait été victime en octobre 2019. L'ancien demi-centre vedette de la grande équipe de Suède des années 1990, élu meilleur joueur du XXe siècle, est toujours aussi grand (1,96 m) et souriant.

« Cette équipe a laissé tant de souvenirs dans la population suédoise, écrit la Fédération suédoise sur son site officiel. Il est impossible de compter le nombre de gens qui ont commencé le handball en étant inspirés par le leadership éclairé de Bengt. [...] Il sera pour toujours au coeur du handball suédois. »

Grand rival de son homologue français Daniel Costantini, il aura aussi inspiré les Bleus. Les Suédois étaient l'étalon de la performance, l'équipe que les Français adoraient détester, celle qui a poussé la génération des « Barjots » à se dépasser jusqu'à devenir elle-même championne du monde pour la première fois, en 1995.

Magnus Wislander, figure emblématique du handball suédois

Palmarès de l'équipe de Suède sous l'ère Bengt Johansson (1988-2004)

Compétition Titres Années
Championnat du Monde 2 1990, 1999
Championnat d'Europe 4 1994, 1998, 2000, 2002
Jeux Olympiques 0 Finaliste en 1992, 1996 et 2000

La rivalité France-Suède : Une histoire de respect et de défis

Français et Suédois se sont souvent croisés dans les grandes compétitions. L'affiche est un classique. Depuis les Jeux de Barcelone, elle n'a d'ailleurs plus perdu contre la Suède lors d'un match couperet, la privant aussi d'une finale chez elle lors du Mondial-2011, avant de conquérir le trophée.

« C'était un super mec, a réagi Daniel Costantini. Très suédois, donc assez sûr de lui. Nous, Français, étions une énigme pour lui! Malgré cela, ils nous battaient quatre fois sur cinq. » L'exception majeure étant la finale complètement folle du Mondial 2001 à Paris-Bercy, remportée par les Bleus après prolongation (28-25 a.p.), le dernier match de la carrière de Costantini.

En 2001, la Suède était l'équipe à battre lors du précédent Mondial organisé dans l'Hexagone. Mais les Bleus de Jackson Richardson et Grégory Anquetil, auteur d'un but - égalisateur - d'anthologie en finale à Bercy (28-25 a.p.), ont sonné la fin de règne de cette fabuleuse équipe.

La bataille avait été superbe entre la France et la Suède au Mondial 2017.

Pour les Suédois, ce match devant 28.000 personnes, c'est une sorte d'examen de passage.

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Les moments clés de la rivalité France-Suède

  • JO 1992 : Les Bronzés bousculent la Suède (Suède - France : 25-22 en demi-finale)
  • Mondial 2001 : Un suspense insoutenable (France - Suède : 28-25 a.p. en finale)
  • JO 2012 : La France d'un souffle (France - Suède : 22-21 en finale)
  • Mondial 2017 : Match de folie, ambiance de feu (France - Suède : 33-30 en quart de finale)
  • Euro 2022 : La Suède peut remercier Palicka (Suède - France : 33-34 en demi-finale)

Après Johansson : Une longue traversée du désert et un renouveau

Après le départ de Bengt Johansson en 2004, la grande nation scandinave a vécu une longue traversée du désert, due en bonne partie à la domination des Bleus. Elle s'est notamment inclinée contre la France en finale des JO de Londres en 2012 (21-22). Les Suédois auront mis vingt ans à reconquérir un titre, celui arraché par la bande à Jim Gottfridsson au Championnat d'Europe en Hongrie en janvier dernier (27-26 contre l'Espagne).

Cinq mois après ce fiasco, Ola Lindgren et Staffan Olsson (entraîneur-adjoint du PSG), deux ex-gloires de la grande Suède des années 1990, ne sont plus sur le banc de touche et plusieurs joueurs majeurs ont dit stop, comme l'arrière Kim Andersson et le robuste défenseur Tobias Karlsson.

Renouvelée et cornaquée par le jeune entraîneur islandais Kristjan Andresson (35 ans), l'équipe nordique a fait du bon travail jusqu'ici et veut maintenant retrouver ses lettres de noblesse. Car la Suède, c'est avant tout l'un des plus beaux palmarès de l'histoire avec quatre titres mondiaux répartis sur 45 ans (1954, 1958, 1990, 1999) et autant - un record - en Championnat d'Europe (1994, 1998, 2000, 2002).

Les forces de la nouvelle génération

Si l'équipe de France a remporté huit de ses neuf dernières confrontations face à la Suède, c'est face aux Jaune et Bleu qu'elle avait concédé son seul revers (28-30) à l'Euro 2014. « C'est une équipe qui monte très vite le ballon et qui s'appuie sur une grosse défense, analyse Thierry Omeyer. Les Suédois ont une vraie capacité à transformer les ballons récupérés en buts très rapides. »

Soit la moyenne d'âge de l'équipe suédoise, ce qui en fait l'une des plus jeunes formations de la compétition. Cette nouvelle génération est incarnée par l'arrière gauche Lukas Nilsson (20 ans), courtisé l'an passé par tous les grands clubs européens, et qui avait finalement choisi de lancer sa carrière à Kiel.

Les Suédois n'ont pas l'expérience des Karabatic, Guigou et consorts, mais disposent toutefois de solides arguments: une défense - à plat - difficile à passer, deux bons gardiens complémentaires (Appelgren et Palicka) et un meneur de jeu - Jim Gottfridsson - capable de faire briller ses partenaires et de prendre ses responsabilités en attaque (8/8 contre le Bélarus).

« C'est une équipe très audacieuse, redoutable sur le jeu rapide et les montées de balle mais moins sur les attaques placées », analyse l'arrière-ailier français Kentin Mahé, partenaire de Gottfriedsson, et dont la grand-mère est suédoise.

Depuis le début du Mondial, la Suède n'a concédé qu'une seule défaite : face au Danemark - éliminé en 8es de finale -, et de deux buts seulement (25-27). Les Scandinaves, outre la Biélorussie (41-22), ont corrigé le Bahreïn (33-16), l'Argentine (35-17) et même le Qatar (36-25).

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