L’histoire de l’équipe de France de football féminine est marquée par des obstacles, des luttes pour la reconnaissance et une progression constante vers la professionnalisation et la médiatisation. Retour sur un parcours riche en événements et en défis.

Équipe de France féminine de football célébrant une victoire.
Les Premiers Pas du Football Féminin
Le football féminin fait ses débuts au Royaume-Uni, à la fin du XIXe siècle. Un premier match a lieu à Glasgow en 1881, dont les journaux ne retiendront que les tenues des joueuses. Lors du second match, un envahissement de terrain violent a lieu avant la fin de la rencontre.
Ces premiers épisodes témoignent de la violence des oppositions au développement du football féminin, comme incursion illégitime dans un monde masculin. Pour autant, son histoire n’est pas linéaire et varie selon les pays.
Le football féminin apparaît en France en région parisienne aux alentours de la Grande Guerre. Si le premier club, le Fémina Sport, est fondé en 1912 par deux enseignantes d’éducation physique, c’est au cours de la Première Guerre mondiale que les femmes se défoulent, à la débauche de l’usine, avec un ballon de cuir. En 1917 a lieu la première rencontre féminine sur le sol français entre deux équipes du Fémina Sport.
Un an plus tard est organisée une première compétition féminine par quatre formations parisiennes et en 1919, une équipe de France est constituée. Elle se rend en Angleterre pour disputer des matchs devant 12 000 supporters.
Les équipes féminines se multiplient sur le territoire national après-guerre, de sorte qu’un véritable championnat de France existe dès 1921. Toutefois, la vivacité du football féminin français est surtout parisienne, avec 18 équipes en 1923.
Lorsque la Fédération des sociétés sportives féminines de France, qui organisait le championnat, raye le football - accusé de détourner les femmes de sports appropriés pour elles - de la liste de ses activités, une Ligue de Paris est créée pour prendre la relève.
Un Coup d'Arrêt et un Lent Renouveau
Entre 1920 et 1970, le football féminin subit un gros coup d’arrêt : sous des prétextes sanitaires et moraux, les instances footballistiques masculines vont court-circuiter le football féminin. En Angleterre, la Football Association décide en 1921 d’interdire la pratique. Certains médecins pensent que le football peut rendre stérile, voire tuer.
Il est conseillé aux femmes de pratiquer des sports plus « féminins », et surtout de le faire dans des endroits « clos et protégés des regards ». Le championnat de France s’arrête en 1933. Le gouvernement de Vichy interdit aussi la pratique du foot féminin en 1941. Gros coup d’arrêt jusqu’en 1971.
On assiste à un retour, après une ellipse de trente ans, du football féminin en France dans les années 60. Les historien-nes citent des rencontres sportives à Reims en 1968 et dans l’un ou l’autre village alsacien (Gerstheim ou Schwindratzheim selon les sources) en 1967. Ces matchs ont lieu dans le cadre de tournois masculins ou de fêtes de club, et ont donc une forte dimension folklorique, en tant qu’animations amusantes de la journée.
Reconnaissance Officielle et Premiers Pas Internationaux
C’est dans ce contexte de résurgence de la pratique féminine et de développement à l’international des compétitions que la FFF reconnaît officiellement le football féminin en 1970. Elle compte alors 2000 licenciées. En 1971, les Bleues remportent leur premier match officiel 4-0 contre les Pays-Bas.
En 1970 est créée une Fédération Internationale et Européenne du Football Féminin, indépendante du football masculin constatant que les choses ne vont pas assez vite pour le football des femmes.
Equipe de France 1971 de football féminin. Les filles du Stade de Reims, meilleure équipe française durant deux décennies (1960 /1980) constituent en majorité l’ossature des bleues. Rouen et Bergerac complètent la liste.
Sur une période sept ans (71 à 78), seuls 17 matches seront joués par l’Equipe de France féminine ! Tous amicaux. Il faut trouver des adversaires, il faut pallier aux moyens, il faut savoir et pouvoir recevoir comme se déplacer et il faut des compétitions. L’équipe de France féminine fonctionne comme le font les équipes africaines et sud-américaines actuellement. Ponctuellement.
Top buts 2022 Equipe de France Féminine I FFF 2022
Structuration et Professionnalisation
Le football féminin s’installe progressivement dans les fédérations dans les années 80, quand les sections féminines existent. Le championnat se structure et la première division apparaît en 1991. S’ouvre alors une période de lutte pour la professionnalisation et la médiatisation des compétitions.
C’est alors que, sous l’impulsion d’Aimé Jacquet, la FFF met en place un plan de développement du football féminin français et que le centre de formation de Clairefontaine est fondé. Louis Nicollin, à Montpellier, est le premier dirigeant de club à miser sur la professionnalisation féminine, à la même période.
Il est suivi par Jean-Michel Aulas pour l’Olympique Lyonnais, qui intègre une équipe féminine autonome, le FC Lyon dans son club. Cette professionnalisation concerne d’abord la préparation physique de haut niveau des joueuses.
Par ailleurs, pour pouvoir recruter des joueuses internationales, l’OL recourt au contrat fédéral, qui existe au niveau national et CFA dans le football masculin. En effet, les disparités de moyens entre les clubs posaient un problème juridique pour les transferts. C’est cette stratégie qui permet à la section féminine de l’OL son succès, en France et à l’international.
Médiatisation et Popularisation
Pour ce qui est de la médiatisation, c’est un hasard du calendrier sportif qui permet la mise en avant du football féminin. En effet, lorsque Bruno Bini mène les Bleues vers la quatrième place de la Coupe du Monde en Allemagne, il n’y a pas d’autres compétitions majeures (entendez, masculines) en cours.
C’est ainsi que l’Équipe, désœuvrée, place trois fois en Une l’équipe de France féminine. L’année suivante, aux Jeux olympiques londoniens, les Bleues finissent à nouveau quatrièmes. En 2014, les Bleues se hissent à la troisième place du classement FIFA et en 2015, la France se voit confier l’organisation de la prochaine coupe du monde.
C’est le début de la popularisation du football féminin. Les matches se déroulent dans des stades pleins et l’écho médiatique est important. Les Bleues emmenées par Hervé Renard débutent ce jeudi soir (21h) face à la Colombie leur tournoi olympique.
Porté par Noël Le Graët, le dossier de candidature de la France à l'accueil de la 8e Coupe du monde féminine a été retenu par la FIFA en mars 2015. Peu de temps après l'UEFA Euro 2016, la FFF s'apprête à organiser son premier Mondial féminin (7 juin-7 juillet). Portées par un engouement populaire exceptionnel, les Bleues se hissent jusqu'en quarts de finale où elles sont éliminées par le futur vainqueur, les États-Unis (0-2), devant plus de 45 000 personnes au Parc des Princes.
Plus d’un million de spectateurs et un milliard de téléspectateurs ont suivi l’évènement. Un an auparavant, la France avait également été hôte de la Coupe du monde féminine U20, remportée par le Japon en Bretagne.
Les Chiffres Clés du Football Féminin en France
L'essor du football féminin en France se traduit par une augmentation significative du nombre de licenciées et des structures d'encadrement.
| Catégorie | Chiffres |
|---|---|
| Licences féminines | 251 682 (dont 202 493 joueuses) |
| Dirigeantes | 40 687 |
| Éducatrices et animatrices | 2 412 |
| Arbitres femmes | 1 448 |

Augmentation du nombre de licenciées dans le football féminin en France.
Défis et Enjeux Actuels
Nous l’avons constaté, l’essor du football féminin en France est extrêmement récent et résulte de la détermination à toute épreuve des femmes qui l’ont fait progresser, à chaque période étudiée. Le football féminin est encore aujourd’hui le lieu d’enjeux donnant à voir le fonctionnement du patriarcat.
La professionnalisation du sport, comme sa démocratisation, montre bien les dynamiques entre progrès et maintien d’une hiérarchie des sexes. Il suffit d’observer une cour d’école pour constater que le football est un outil de domination masculine dès le plus jeune âge.
Pour lui, le sport permet « l’incorporation de comportements qui renforcent les hiérarchies de classe et de genre ». Or, les footballeuses, en entrant sur un terrain masculin, s’approprient leurs techniques corporelles, du renforcement musculaire aux jongles.