L'Équipe de Curaçao de Football : Une Histoire en Quête de Qualification à la Coupe du Monde

Si les qualifications à la Coupe du monde 2026 se terminaient ce mardi, la Concacaf enverrait deux représentants inattendus au Mondial nord-américain. En l'absence des États-Unis, du Canada et du Mexique, tous les trois déjà qualifiés en qualité de pays hôtes de la compétition, deux des trois groupes des éliminatoires sont pour l'instant dominés par le Suriname (groupe A) et Curaçao (groupe B).

Ce qui offrirait un billet direct pour la Coupe du monde à ces deux sélections classées au-delà de la 80e place au classement FIFA (*).

(*) Les premiers de chaque groupe sont directement qualifiés, tandis que les deux meilleurs deuxièmes (sur trois groupes) disputeront les barrages intercontinentaux.

Deux pays avec une histoire vierge à la Coupe du monde et dont le parcours sur la scène continentale se résume souvent par des éliminations au premier tour de la Gold Cup. Ils sont donc bien partis pour décrocher un inestimable sésame si la phase retour des qualifications, qui prendra fin mi-novembre, leur sourit.

Petite île caribéenne de seulement 444 km², Curaçao rêve de se hisser au rang des grands. On les pensait trop petits, ils sont en train de répondre en grand. Bien aidé par la qualification automatique du Mexique, des États-Unis et du Canada, pays hôtes de la compétition, Curaçao a surpassé les attentes jusqu’à pointer en tête du groupe B de la zone Concacaf.

Après une victoire éclatante face aux Bermudes (7-0) dans la nuit de jeudi à vendredi, tandis que la Jamaïque était accrochée par Trinité-et-Tobago (1-1), Curaçao a clairement annoncé ses ambitions américaines.

Leader, "La Familia Azul" n’a besoin que d’un point face à la Jamaïque mercredi pour créer l’exploit et ainsi devenir le plus petit pays jamais qualifié pour une Coupe du monde.

Jusqu'ici leader du groupe B, Curaçao a été dépassé par la Jamaïque après son match nul contre Trinité-et-Tobago (1-1). Les Curaciens perdent la tête du groupe B, récupérée par la Jamaïque après sa démonstration contre les Bermudes (4-0).

Curaçao et la Jamaïque doivent s'affronter le 19 novembre (à Kingston), dans ce qui sera probablement une finale pour arracher une place pour le Mondial 2026.

Curaçao pourrait devenir le plus petit pays à participer à la Coupe du Monde, Haïti, déchirée par les conflits, pourrait déjouer les pronostics, et le Suriname, autre petite nation, a une chance de se qualifier pour la première fois à l’issue des qualifications de la Concacaf, mardi.

Chacun des trois vainqueurs de groupe se qualifie pour le tournoi qui se déroulera au Canada, au Mexique et aux États-Unis en juin prochain, tandis que les deux meilleurs deuxièmes disputeront les barrages intercontinentaux en mars, où deux autres places pour la Coupe du Monde seront attribuées.

Curaçao, région autonome des Pays-Bas comptant un peu plus de 150 000 habitants, détrônera l’Islande en tant que plus petit pays jamais qualifié pour une Coupe du Monde s’il ne perd pas en Jamaïque.

Mais ils devront le faire sans leur entraîneur de 78 ans, Dick Advocaat, rentré aux Pays-Bas ce week-end pour des raisons familiales et qui manquera donc la rencontre.

Une victoire 7-0 à l’extérieur contre les Bermudes, jeudi dernier, lors de leur avant-dernier match du Groupe B, a permis à Curaçao de prendre la tête du classement après le match nul de la Jamaïque à Trinité-et-Tobago.

Les Reggae Boyz doivent donc s’imposer à domicile mardi pour se qualifier. «Nous allons essayer d’apporter un peu de positivité et de faire sourire les gens malgré l’adversité, car il n’y a rien de plus beau qu’un sourire jamaïcain », a déclaré l’entraîneur Steve McClaren, espérant que la qualification contribuera à atténuer l’impact des ravages causés par l’ouragan Melissa le mois dernier en Jamaïque.

À noter par ailleurs qu'Haïti a été balayé par le Honduras dans la nuit de lundi à mardi (0-3), laissant ainsi la première place du groupe C aux Honduriens. La sélection entraînée par le Français Sébastien Migné est 3e, devancée également par le Costa Rica après son net succès contre le Nicaragua (4-1).

En position - comme le Suriname - de se qualifier pour la première Coupe du monde de son histoire, Curaçao a été tenu en échec par Trinité-et-Tobago (1-1) après avoir mené pendant une demi-heure.

Voici un tableau récapitulatif de la situation actuelle des qualifications dans la zone Concacaf, basé sur les informations fournies :

Groupe Leader Actuel Points Principal Concurrent
A Suriname 5 Panama
B Jamaïque 7 Curaçao
C Honduras N/A Costa Rica, Haïti

Une Histoire Footballistique Récente

État autonome au sein du royaume des Pays-Bas, Curaçao a une histoire footballistique très récente. À la suite de la dissolution des Antilles néerlandaises en 2010, l'île s'est affilée à la FIFA l'année suivante, conservant le palmarès desdites Antilles néerlandaises.

« Un choix logique, explique Nathan Carr, journaliste spécialisé dans le football caribéen et créateur du site The home of caribbean football. L’équipe était déjà composée en très grande majorité de joueurs originaires du Curaçao, donc cela semblait normal de les voir reprendre le flambeau des Antilles néerlandaises. Finalement, l’équipe n’a perdu que très peu de joueurs à la suite de cette division. » .

Néanmoins , en s’affirmant comme « pays autonome » , disposant de sa propre constitution et d’un gouvernement, le Curaçao assume désormais sa double identité.

Une identité multiculturelle et caribéenne, symbolisée par le papiamento - l’une des langues officielles du pays, qui trouve entre autres ses racines dans l’espagnol, le portugais, le français et divers dialectes africains -, mais aussi néerlandaise, puisque le pays reste intégré au sein du Royaume des Pays-Bas, alors que d’autres fonctions régaliennes comme la Défense restent administrées par le pouvoir central hollandais.

La Stratégie des Joueurs Binationaux

Sa modeste sélection, 84e au classement FIFA, doit son développement en partie à une stratégie basée sur des joueurs binationaux nés aux Pays-Bas ou d'ascendance curacienne, le tout sous la houlette de Dick Advocaat, ancien sélectionneur de l'équipe néerlandaise.

Ainsi, Curaçao a par exemple convaincu les frères Bacuna, Juninho et Leandro, ainsi que les défenseurs Riechedly Bazoer et Armando Obispo - tous nés aux Pays-Bas - de changer de nationalité sportive. Elle a également réussi à rapatrier Tahith Chong, né dans la capitale Willemstad mais qui était passé dans les sélections de jeunes néerlandaises.

Conséquence directe ou indirecte : Curaçao occupe seul la tête de son groupe de qualifications, 7 points après trois journées, où figure notamment la Jamaïque.

L'île d'environ 150 000 habitants a de bonnes chances de devenir le plus petit pays de l'histoire à réussir à se qualifier pour une Coupe du monde.

Une île de 150 000 habitants. À peine 442 km2 de superficie. La capitale, Willemstad, bâtie par les colons hollandais, qui ressemble à une sorte de mini Amsterdam plantée dans un environnement paradisiaque, où les locaux et touristes peuvent profiter d’une quarantaine de plages au sable immaculé.

Et au milieu de tout ça, l’équipe de Curaçao de football, qui offre au pays tout entier un shot d’adrénaline en participant pour la première fois depuis plus de quarante ans à une grande compétition internationale.

Personne ne l’attendait, mais voilà bien le Curaçao parti à l’abordage de la Gold Cup, aux États-Unis.

Pour prendre la mesure de l’exploit, il faut se rendre compte que la dernière fois que le Curaçao s’était qualifié pour la compétition en 1973, il jouait sous la bannière des Antilles néerlandaises. Un conglomérat de six îles administrées par les Pays-Bas, qui joignent leurs forces pour former une seule et unique sélection nationale.

L'Influence de Patrick Kluivert

Successeur, entre autres, de Patrick Kluivert, véritable légende du ballon rond, Dick Advocaat, le sélectionneur actuel, a su imposer une influence batave au sein de l’équipe.

Car avant de s’offrir un emploi suspicieusement fictif au PSG, Kluivert a sérieusement bossé à des milliers de kilomètres de la capitale francilienne et de sa Hollande natale. Pas pour le fric, encore moins pour la gloire. Mais bien pour honorer son histoire familiale, qui prend pour partie source au Curaçao : « Ma mère vient de l’île et je veux rendre au Curaçao ce qu’il nous a donné. Voilà pourquoi je suis là » , déclare l’ancien Ajacide en mars 2015, alors qu’il vient de prendre la tête de l’équipe première.

En l’espace d’une année, jusqu’à sa démission en mars 2016, le grand Pat ne va pas chômer. D’abord en usant de sa popularité pour convaincre de nombreux joueurs liés au Curaçao, mais nés et jouant aux Pays-Bas, de venir représenter le pays de leurs parents ou grands parents.

Parmi eux, Eloy Room, le portier du Vitesse Arnhem, le défenseur d’Aston Villa Leandro Bacuna ou encore l’ailier du Slavia Prague, Gino van Kessel, tous rapidement considérés comme des titulaires indiscutables du onze type.

« Le Curaçao s’est toujours appuyé sur sa diaspora aux Pays-Bas, mais le phénomène a pris une autre dimension grâce à Kluivert.

Pour le reste, Kluivert, sans doute au courant que le Curaçao fut l’une des îles symboles de l’âge d’or de la piraterie, met sur pied une équipe prête à partir à l’abordage : « Il y a clairement eu un tournant opéré avec Kluivert, il a donné au Curaçao une vraie identité de jeu offensive, axée sur la possession et la circulation de balle. Ce n’est pas un hasard si le Curaçao est l’équipe qui a marqué le plus de buts lors des éliminatoires de la Coupe caribéenne des nations » , explique Nathan Carr.

Résultat : le Néerlandais parvient à valoriser le talent « d’une des meilleures générations de footballeurs de l’histoire de l’île » , selon le vice-président de la Fédération de football du Curaçao, Stanley Coffy.

Avec Kluivert, le Curaçao se qualifie pour la Coupe caribéenne des nations et la Gold Cup 2017. Mais échoue au troisième tour des qualifications des éliminatoires du Mondial 2018.

Et si le grand Pat s’en est allé rejoindre le Vieux Continent, son héritage demeure. Pas fou, son adjoint, Remko Bicentini, qui lui a succédé, a veillé à rester dans la lignée du projet de son prédécesseur.

Tant et si bien que le Curaçao a remporté pour la première fois de son histoire la Coupe caribéenne des nations en juin dernier, en battant la Jamaïque en finale.

Et n’a pas peur de jouer crânement sa chance lors de la Gold Cup, dans un groupe où l’on trouve également le Mexique, le Salvador et la Jamaïque : « Quoi qu’il arrive, le futur de notre équipe nationale s’annonce très positif… Bien sûr, nous ne jouons pas contre un adversaire de la qualité du Mexique toutes les semaines…, relève Bicentini. Mais nous avons remarquablement aiguisé notre style de jeu.

Arrivé en janvier 2024 avec un CV riche en expériences, l’homme à la tête de la Familia Azul affiche un bilan solide : 6 victoires, 1 match nul et 1 défaite en 8 rencontres."Son impact a été considérable.

Football: la joie à Curaçao, petite île qualifiée pour le Mondial-2026 | AFP

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