Le monde du football français est secoué par des révélations fracassantes issues d'une enquête approfondie de "Complément d'enquête" sur Nasser al-Khelaïfi, le puissant président du Paris Saint-Germain (PSG) et de beIN Media Group. L'émission, diffusée sur France 2, promet de lever le voile sur les coulisses du club parisien et les controverses qui entourent son influent dirigeant.

Une Réunion Explosive sur les Droits Télé de la Ligue 1
C'est un document qui lève le voile sur les coulisses d'une décision lourde de conséquences pour le football français. "Complément d'enquête" s'est procuré les extraits de l'enregistrement d'une réunion organisée en urgence, le 14 juillet 2024, entre la Ligue de football professionnelle (LFP) et les dirigeants des clubs de Ligue 1, afin de décider de l'attribution des droits télé du championnat. Alors que la LFP est aujourd'hui prise dans un bras de fer avec le principal lauréat, DAZN, la vidéo dévoile l'extrême tension qui régnait lors de cette réunion décisive de plus de deux heures. Notamment autour du très influent Nasser al-Khelaïfi, président du PSG mais aussi dirigeant du BeIn Media Group, propriétaire de l'autre diffuseur de la L1. En dernière minute et à quelques jours de la reprise de la Ligue 1, BeIn Sports, la chaîne qatarienne sous l'égide Nasser al-Khelaïfi, a proposé 100 millions d'euros contre la diffusion d'un match par semaine, en complément des 400 millions d'euros proposés par la plateforme DAZN, nouveau partenaire de la LFP, pour les huit autres affiches.
Joseph Oughourlian, le président du Racing Club de Lens, explique ainsi qu'il préférerait voir diffuser tous les matchs sur DAZN pour aider cette nouvelle plateforme à s'installer, malgré le manque à gagner de cette option. Ce jour-là, l'accord entre BeIn Sports et DAZN sera finalement validé, malgré les dernières tentatives de John Textor, le président de l'Olympique Lyonnais, reprochant à Nasser al-Khelaïfi de "terroriser tout le monde". "Arrête de parler, tu ne comprends rien", répond l'intéressé à l'homme d'affaires américain. Des extraits de cette réunion ont été montrés à Laurent Lafon et Michel Savin, deux sénateurs en charge d'une mission sur le football français. "Le fait qu'il [Nasser al-Khelaïfi] ait toutes ces responsabilités, c'est quelque chose qui doit être corrigé", estime Michel Savin. Depuis, le choix d'attribuer les droits à DAZN et BeIn Sports a montré ses limites.
"Pouvoir, scandale et gros sous : les hors-jeu du PSG"
Dans l'annonce de ses programmes, France 2 a annoncé ce mardi que l'émission intitulée « Pouvoir, scandale et gros sous : les hors-jeu du PSG » serait diffusée le jeudi 27 mars, à 23 heures. Elle a déjà bénéficié d'une bonne mise en bouche avec la diffusion aux 20 Heures, le 17 février, dans la foulée de l'enquête de L'Équipe, de la vidéo de la la visioconférence explosive du conseil d'administration de la LFP du 14 juillet dernier sur l'attribution des droits télé de la Ligue 1. Débutée en juin dernier, cette enquête s'intéressera aux multiples facettes de l'influent Qatarien, homme de confiance de l'émir Tamim Ben Hamad al-Thani. Confiée au journaliste Fabien Touati, elle tentera de décrypter les réseaux, les méthodes et le pouvoir de Nasser al-Khelaïfi, débarqué en France en 2011 en parfait inconnu et devenu un dirigeant tout-puissant.
« Côté pile, il est celui qui a fait du club parisien une marque mondiale valorisée à plus de 4 milliards d'euros et du Parc des Princes, le rendez-vous incontournable des politiques et des artistes. Côté face, il se comporterait en tyran au service de ses propres intérêts, décrit le communiqué de France 2. Des enregistrements sonores inédits révèlent les intimidations subies par ceux qui osent s'opposer aux intérêts du club. »
Des personnages clés de ses entourages actuel et passé devraient s'exprimer pour la première fois face caméra. D'autres sont plus attendus comme l'ancien entraîneur du PSG Christophe Galtier, Wagner Ribeiro (ex-agent de Neymar), l'ex-président de Saint-Étienne Bernard Caïazzo et Sihem Souid, lobbyiste du Qatar. Le PSG et Al-Khelaïfi lui-même ont accepté d'ouvrir légèrement la porte à Complément d'enquête, même si le Qatarien ne devrait pas pour autant s'asseoir dans le célèbre fauteuil rouge face au présentateur Tristan Waleckx.
Victoire du PSG : l’aboutissement d’un rêve pour Nasser Al-Khelaïfi
L'Affaire du Fichage Ethnique : Une Ombre sur le PSG

Selon une enquête menée par Mediapart et France 2 sur la base des documents des Football Leaks, le PSG aurait fiché des jeunes joueurs en fonction de leur origine ethnique et aurait utilisé ce critère dans la décision de ne pas recruter l’un d’entre eux : le Rennais Yann Gboho. Selon des documents révélés par Mediapart ce jeudi midi, et qui feront également l’objet d’un reportage dans l’émission Envoyé Spécial ce soir sur France 2, la cellule de recrutement du Paris Saint-Germain aurait mentionné, de 2013 au printemps 2018, des critères ethniques dans ses fiches d’évaluation de jeunes joueurs, une case « Origine » figurant dans les formulaires remplis par les recruteurs à l’issue de leurs observations sur les terrains.
Une enquête interne serait en cours dans le club de la Capitale qui a confirmé auprès de Mediapart l’existence d’un fichage mais assure que la direction du club n’était pas au courant. Au fil de ses investigations, Mediapart publie un compte rendu d’une réunion interne décrite comme « houleuse » en mars 2014 au sujet notamment de la possibilité de recruter Yann Gboho, « un excellent profil », alors milieu de terrain en U13 au FC Rouen, désormais joueur professionnel au Stade Rennais. Au moment des faits, Gboho avait tapé dans l’œil de plusieurs clubs, dont le PSG via Serge Fournier, recruteur chargé de la Normandie. Mais Marc Westerloppe, arrivé par la volonté d’Olivier Létang (alors directeur sportif) avec le titre de directeur de la cellule recrutement du PSG au niveau national hors Ile-de-France, « tarde à se positionner ».
Phrases qui n’auraient pas plu à un certain nombre de salariés autour de la table, conduisant la direction à convoquer Marc Westerloppe à un entretien préalable à une sanction le 27 juin 2014. Marc Westerloppe, dénicheur de grand talents comme Didier Drogba, qui a aussi eu une large influence dans la venue de Kylian Mbappé au PSG, est depuis à peine un an responsable du suivi et du développement individuel des joueurs professionnels et des jeunes du Stade Rennais.
Réaction d'Olivier Létang
Sollicité par Ouest-France, Olivier Létang a finalement accepté de réagir via un message écrit alors qu’il se trouve à Kiev pour le match de Ligue Europa entre le Dynamo et le Stade Rennais, ce jeudi (18h55) : « Les allégations parues dans divers organes de presse aujourd’hui m’ont profondément choqué et blessé. Non seulement ces attaques me touchent personnellement mais également ceux qui me sont proches. Les valeurs qui sont les miennes m’amènent à répondre aux insinuations malveillantes. Dans le cadre de mes responsabilités au PSG, les objectifs fixés concernant le recrutement pour le centre de formation n’ont jamais varié : s’attacher les meilleurs jeunes joueurs dans le but de les faire évoluer à terme avec l’équipe professionnelle. Cela a été ma seule motivation au PSG comme cela a toujours été le cas dans les clubs ou j’ai œuvré. Tous ceux qui ont vécu dans des vestiaires, ce qui est ma vie depuis plus de 30 ans, savent parfaitement que le racisme et la discrimination n’ont pas leur place dans le sport. Durant toute ma carrière, je me suis battu pour ces valeurs essentielles, et je les défendrai toujours.
Concernant, Marc Westerloppe, il n’a pour le moment pas souhaité prendre la parole.
Mesures Prises par le PSG
Dirigeant du club, Jean-Claude Blanc a présenté jeudi soir les résultats de l’enquête interne à la ministre des sports. Il a annoncé des mesures pour « renforcer les pratiques éthiques ». Le club du Paris-Saint-Germain a présenté jeudi 15 novembre les conclusions de son enquête interne, conduite par un cabinet d’avocats du 12 octobre au 14 novembre, à la ministre des sports, Roxana Maracineanu.
En revanche, « cette enquête a confirmé la mise en place de fiches avec un critère d’origine durant la période 2013-2017. Ces fiches sont à l’initiative propre du responsable de la cellule Province », écrit le club dans un communiqué, ciblant l’ancien salarié Marc Westerloppe, parti en début d’année civile au Stade rennais. Mais « malgré [l’]existence [des fiches], il n’y a pas eu de processus de discrimination au niveau de l’observation, de l’évaluation et du recrutement de jeunes joueurs », ajoute le club.
Marc Westerloppe « n’a jamais eu un comportement discriminant dans les fonctions qu’il a occupées au PSG », ont assuré mercredi ses avocats Hervé Temime et Corinne Dreyfus-Schmidt.
La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) avait toutefois rappelé, à la suite de la publication de l’enquête d’« Envoyé spécial » et de Mediapart révélant ce fichage, que la loi « interdit (…) de recueillir et d’enregistrer des informations faisant apparaître, directement ou indirectement, les origines “raciales” ou “ethniques” ». Et la Ligue des droits de l’homme (LDH) a porté plainte contre X pour « discrimination » et pour « collecte et traitement de données à caractère personnel faisant apparaître les origines raciales ou ethniques ».
Le PSG a aussi annoncé « des mesures visant à renforcer les pratiques éthiques » en son sein, dont une « remise à plat du fonctionnement et des process du département Scouting [recrutement] ». Le club propose enfin de « réunir les instances concernées (ministères, FFF, LFP), les associations et les clubs eux-mêmes pour que des règles communes sur la détection des jeunes talents soient définies et partagées », avec pour objectif de « permettre d’assurer la protection des jeunes joueurs tout en tenant compte des contraintes et besoins des clubs en matière de détection ».
« Avec Marlène Schiappa, nous serons intransigeantes sur la nécessité de lutter contre les comportements discriminatoires inacceptables dans le sport comme dans la société. Nous devons tous contribuer à faire évoluer les mentalités », a assuré pour sa part la ministre des sports, jeudi soir.
Sécurité au Parc des Princes : Des Questions Persistantes

Mis en cause par un reportage d'Envoyé Spécial sur la sécurité privée, le club parisien a répondu dans un communiqué, évoquant "la partialité et les erreurs" de l'enquête, ce que dément l'auteure, Linda Bendali. La journaliste regrette elle que le PSG ait "totalement refusé de s'exprimer" sur ce sujet sensible, alors que la principale association d'anciens abonnés estime que ce reportage confirme que "le plan censé sécuriser le stade est une mascarade."
En s'attardant sur le sujet, plus que jamais d'actualité, de la sécurité et plus particulièrement celui des entreprises de sécurité privée, la célèbre émission de France 2 n'a pas fait que démontrer qu'il était aujourd'hui relativement aisé de prendre l'avion avec une arme à feu. L'enquête diffusée jeudi soir et intitulée "Police privée : la sécurité au rabais" s'est en effet également attardée sur la sécurité au PSG, levant le voile sur certains aspects peu médiatisés, notamment le recrutement et la formation des stewards du Parc des Princes, mais pas seulement...
Des agents de sécurité qui seraient parfois recrutés en quelques minutes et de manière presque spontanée à en croire le reportage et le témoignage d'un stadier, reportage où on voit notamment un cariste être embauché comme steward, alors qu'il n'a, de son propre aveu, aucune expérience du milieu... Des témoignages dont le club "conteste la véracité" dans un communiqué qui appuie sur "la partialité et les erreurs" de l'enquête, avant de déclarer que les "deux personnes se présentant comme deux stadiers ayant déjà travaillé au Parc des Princes (...) n'ont jamais collaboré directement ou indirectement avec le PSG.".
Une information vivement démentie par la journaliste et auteure de cette enquête, Linda Bendali. "Sur les deux stadiers qu'on montre à l'image, le seul qui s'exprime a travaillé au Parc des Princes, alors que l'autre ne s'exprime pas, nous a expliqué celle qui travaille pour l'agence de presse Ligne de Mire Production. Après, il faut savoir que j'ai fait une demande circonstanciée auprès du PSG pour pouvoir filmer le travail des stadiers, montrer comment ils se répartissent les missions de sécurité. Je leur ai fait à plusieurs reprises cette demande, ils ont totalement refusé de s'exprimer alors que j'aurais aimé pouvoir les avoir là-dessus, qu'ils nous expliquent comment les stadiers interviennent et comment ils assurent la sécurité des foules et des supporters. C'est vraiment dommage qu'ils réagissent après-coup. Le service de communication m'a dit texto: on communique sur tout type de sujet, sauf sur la sécurité ! Je trouve donc ça étonnant, surtout quand on voit le mode de recrutement..."
L'Affaire des Billets et des Interdits de Stade
Le reportage démontre également comment Sami Battikh, interdit de stade après avoir manifesté en marge du premier match de la saison au Parc des Princes face à Saint-Etienne, parvient à se procurer un billet nominatif, billet grâce auquel la journaliste va réussir à pénétrer dans l'enceinte de la Porte de Saint-Cloud. Ce que remet en cause le PSG, qui "s'étonne que dans le reportage, Mme Linda Bendali affirme accéder au stade avec des places acquises par un Interdit de stade à l'occasion de la rencontre PSG-Auxerre alors que cette dernière a souscrit au Programme d'Identification Tous PSG afin obtenir 4 billets dans la même tribune. Nous nous interrogeons donc sur les places réellement utilisées par la journaliste pour entrer dans l'enceinte."
Pour Linda Bendali, "c'est complètement faux de dire que je ne suis pas rentrée avec la place d'un interdit de stade. On le montre d'ailleurs à l'image, le billet que je présente est bien à son nom. Il y a la preuve par l'image !"
Une chose est sûre, le sujet de la sécurité autour du Paris Saint-Germain demeure particulièrement sensible, surtout depuis la mise en place du plan Tous PSG en début de saison, un plan qui, selon la Direction du club parisien, "comprend d'autres volets qui n'ont pas été évoqués dans le reportage et qu'il a permis depuis le début de la saison une pacification dans et aux abords au Parc des Princes. Le PSG rejette la stigmatisation de ses supporters et tient avant tout à assurer leur sécurité, le progrès est tangible."
Pas de quoi convaincre la principale association représentant les anciens abonnés du Parc des Princes, "Liberté pour les abonnés", pour qui "cette enquête a eu le mérite de montrer au grand public ce que nous dénonçons depuis des mois : le plan censé sécuriser le stade est une mascarade."
Si le PSG est donc, pour le moment, en train de réussir son pari sur le terrain, celui des tribunes n'est pas encore gagné.
Martin Boudot, Cible des Supporters du PSG
Martin Boudot, journaliste ayant réalisé l'enquête du fichage des joueurs du PSG pour Envoyé Spécial, est désormais la cible des fans. L'enquête sur le fichage ethnique était diffusée le 8 novembre sur France 2. C'était l'une des révélations des Football Leaks et des documents obtenus par Médiapart et Envoyé Spécial en partenariat avec le Consortium européen d'investigation EIC. "Français", "Antillais", "Maghrébin", "Africain" : durant des années, le Paris-Saint-Germain a réalisé un fichage ethnique d'adolescents selon leur couleur de peau. Une pratique strictement illégale en France.
Depuis la diffusion du reportage, le journaliste est devenu la cible des supporters du Paris-Saint-Germain, comme il le raconte à L'Express. "Je dois dire que par rapport aux autres enquêtes que j'ai effectuées jusqu'à présent, je reçois bien plus de commentaires. Et ce sont des tombereaux d'insultes." Selon lui, plusieurs centaines de messages du genre lui parviennent des réseaux sociaux depuis le 8 novembre.
De quoi étonner celui qui se décrit lui-même comme un fan du club parisien. "Moi, je suis supporter du PSG, j'ai passé une grande partie de ma vie en île-de-France. Mais justement, cela n'enlève rien au fait que l'on peut avoir un recul critique sur la manière dont ces recrutements se sont déroulés." Des fichages ayant conduit, par exemple, à ne pas recruter un jeune joueur en raison de sa couleur de peau en 2014.
"Je suis tellement halluciné par la violence des propos, poursuit Martin Boudot. Des supporters me disent qu'ils veulent venir me trouver, me 'soulever'... C'est assez incroyable surtout que le PSG reconnaît les faits !" Le club a en effet confirmé dans un communiqué de presse paru jeudi sur son site que "des formulaires avec des contenus illégaux ont été utilisés entre 2013 et 2018 par la cellule de recrutement du centre de formation."
Le journaliste d'Envoyé Spécial, qui ne compte pas pour le moment donner de suite juridique à ce flot d'insulte, met de côté ces messages pour "le souvenir." "Je m'attendais à des réactions, évidemment. On touche à la passion des gens, ce qui est quelque chose de déraisonné. Une sorte d'instinct primaire. "Et puis il y a aussi les supporters marseillais qui, maintenant, m'adorent", plaisante Martin Boudot.
Mais ce dernier n'exclut pourtant pas de s'intéresser à d'autres clubs, si certains ont effectué ce même genre de fichage. "On n'est pas exclusivement centré sur le PSG, rappelle Martin Boudot.