Alors que les entraîneurs du Top 14 ont comme réputation d'être des poètes maniant les tirades à la perfection pour galvaniser leurs troupes, ils sont de plus en plus portés vers une réflexion personnelle et stratégique du jeu. Si leur passion pour le jeu n'est pas à démontrer et reste marquante lors des moments tendus des rencontres (poings rageurs, cris de joie), leur préparation en amont est radicalement différente.
Dans le Top 14, on assiste petit-à-petit à la disparition de cet "entraîneur de clocher", dont le dernier fier représentant est Christophe Urios. Le gourou de Chaban-Delmas, déjà champion de France avec Castres en 2018, est l'un des derniers de la race des seigneurs à élever la voix et à transcender n'importe quel joueur par des mots ou des paroles. Désormais, les Gaillard, Urios, Novès, laissent de plus en plus leurs places à des techniciens plus poussés par la stratégie, comme l'explique l'excellent article de RugbyPass.
Et pourtant, rien ne destinait le championnat de France de prendre une telle tournure, il y a encore quelques saisons. Il faut même remonter aux années 1990 pour comprendre la mentalité de la fédération française de rugby.
Si cet incident répréhensible venait traduire un cri du cœur de la part de Dubroca, il sera marquant dans l'état d'esprit du rugby français. Et surtout dans ce qu'il devait être, et qui devait le représenter. Le choix d'anciens premières lignes, rugueux, s'est multiplié dans les différents encadrements des clubs français à partir de cette époque. Les Laurent Seigne, Patrice Collazo, Laurent Rodriguez, Jacques Delmas, Pascal Peyron, Olivier Saïsset, tous plus sanguins les uns que les autres, représentaient l'entraîneur français du Top 14. Des entraîneurs qui plus est gagnaient.
Mais face à l'arrivée de plus en plus persistante de Treizistes en charge des défenses britanniques, du jeu moderne qui allait de plus en plus vite, la France avait du terrain à rattraper sur les autres nations. C'est alors que l'arrivée comme DTN du rugby français de Didier Retière en 2014, a fait évoluer la mentalité du rugby français.
Surtout, il pointait du doigt les recrutements de certains entraîneurs, uniquement par réputation et par nom. Il fallait alors se concentrer vers des noms peut-être moins connus, mais qui réfléchissaient davantage à l'évolution du jeu. "Je fais partie d'un système assez bien huilé, déclarait-il en 2019 après son deuxième sacre mondial. Je travaille en concertation avec les clubs, le staff technique... un style qui allie l'agressivité, dans la tradition française, d'un jeu fort vers l'avant, avec de la vitesse au départ et de l'intelligence dans la prise de décision".
Ainsi, le Top 14 a connu une très nette évolution dans le jeu grâce à ses entraîneurs qui ne se contentaient plus d'envoyer à la guerre leurs joueurs. Si des emblématiques comme Guy Novès ou Christophe Urios, sont bien sûr des entraîneurs portés sur le jeu et qui ont su s'adapter au travers des saisons la stratégie de leur équipe respective, ils en restaient par le style des techniciens à l'ancienne.
Loin de l'allure des coachs de l'hémisphère sud ou des Britanniques, la plupart des actuels entraîneurs performants en Top 14 ont justement repris une synthèse de Guy Novès pour le côté meneur d'hommes et gestionnaire qu'il était. Mais également sa vision du jeu qu'il avait. Ronan O'Gara, porté par une tradition très anglo-saxonne, a su s'intégrer en France en devenant le coach le plus détesté du Top 14 selon Christophe Urios. Quoi qu'il en soit, cette évolution a marqué le changement de jeu que le Top 14 a connu ses dernières saisons.
Ce qui reste une bonne nouvelle finalement, est d'avoir le mélange "technocrate" et "entraîneur de clocher" sous une même casquette pour différents clubs. Le jeu proposé restera agréable et assuré, mais les joutes verbales persisteront. Ugo Mola, héritier direct de Guy Novès, est l'exemple typique de l'entraîneur qui tire le meilleur humainement de ses troupes, et qui est capable stratégiquement de faire le choix qui s'impose.
À quelques semaines de la fin de la saison régulière, qu'en est-il des différentes mutations des entraîneurs en Top 14 ? Les nombreux mouvements de la saison ont forcément provoqué des réactions, pour cette saison et la prochaine. Il est beaucoup question du marché des transferts des joueurs. Mais qu'en est-il de celui des entraîneurs ? Cette nouvelle saison de Top 14 a prouvé à quel point la vérité d'un jour n'est pas celle du lendemain.
Christophe Urios, après avoir fait ses preuves à Bourgoin-Jallieu, Oyonnax ou encore Castres, a vu la fin de son histoire girondine débutée en 2019. Après deux mois sans club, il a pris les rênes du sportif clermontois, orphelin suite au licenciement de Jono Gibbes en janvier dernier. L'ancien talonneur est sous contrat avec l'ASM jusqu'en juin 2025. Ses adjoints à l'UBB Frédéric Charrier et Julien Laïrle ont pris en main le groupe mais pourraient bien rejoindre Urios en Auvergne.
Ensuite, ce sont les actuels membres du staff de l'équipe de France qui animent le marché. Deux d'entre eux, Laurent Labit et Karim Ghezal, vont débarquer après la Coupe du monde 2023 pour succéder à Gonzalo Quesada. Assez tôt on apprenait que c'était la dernière saison de Patrick Arlettaz en tant que manager de l'Usap. Mi-avril, l'arrivée de Franck Azema à Perpignan était officialisée. Il quitte donc le binôme qu'il formait avec Pierre Mignoni à Toulon.
Pour La Rochelle et Toulouse, les deux équipes en tête du Top 14, les managers Ronan O'Gara et Ugo Mola sont en poste jusqu'en 2027. On peut trouver de la stabilité dans les staffs bayonnais et montpelliérain. À l'Aviron, Gregory Patat est maintenu, seul l'entraîneur des skills Eric Artiguste a été remercié voilà deux semaines. Il était en fin de contrat en juin prochain. C'est Nick Abendanon, actuel arrière de Vannes, qui va prendre sa retraite et le remplacer à compter de la saison prochaine. Quant au MHR, ce sont des avants dont il s'agit. Olivier Azam a quitté le navire en novembre dernier, Joan Caudullo a assuré l'intérim.
Alors que les transferts ont été assez réduits chez les joueurs, les mouvements sont beaucoup plus nombreux sur les bancs du Top 14. Le premier domino est tombé il y a bien longtemps, en août dernier. Au cœur de l’été, alors que la saison vient à peine de commencer, Agen annonce le départ de son mentor Mauricio Reggiardo pour Castres. Quelques jours plus tard, le club tarnais dévoile le nom de son successeur : Christophe Laussucq qui officie à Mont-de-Marsan (Pro D2).
La deuxième onde de choc est venue de la composition du nouveau staff des Bleus pour la Coupe du monde 2023 en France. Fabien Galthié est lui sans club depuis son départ brutal de Toulon, mais ses adjoints sont eux sous contrat avec des écuries du Top 14. William Servat, en charge des avants du Stade Toulousain, va désormais s’occuper de «gros» du XV de France.
Enfin, le départ le plus mouvementé a été celui de Laurent Labit, qui quitte son acolyte Laurent Travers avec qui il a connu de nombreux succès à Montauban, Castres (champion 2013) et le Racing 92 (champion 2016). La fin du duo «Lolo et Toto» a bouleversé la fin de saison du club alto-séquanais, battu deux fois à domicile en demi-finale de la Champions Cup (contre Toulouse à l’Arena) et en barrage du Top 14 (par le Stade Rochelais à Colombes).
Conséquence de ces départs, les clubs touchés ont dû remodeler leurs staffs. Ainsi, l’ex-talonneur Virgile Lacombe (passé par le Racing et Lyon), revient au Stade Toulousain- où il a évolué entre 1999 et 2011 puis en 2012 - pour remplacer William Servat.
Au Racing, la lessive est encore plus profonde. Laurent Travers sera seul aux manettes et devient «directeur général du rugby». Pour l’épauler, le club du 92 a choisi, pour les trois-quarts, l’Irlandais Mike Prendergast (resté seulement une saison au Stade Français Paris) et Philippe Doussy, ancien adjoint de Jacques Brunel, pour s’occuper des skills et du jeu au pied des Ciel et Blanc. Patricio Noriega monte en grade, il ne s’occupera plus spécifiquement de la mêlée mais des avants dans leur ensemble.
Un autre départ a ensuite fait grand bruit : celui de Xavier Garbajosa pour Montpellier. Il quitte donc La Rochelle, où Patrice Collazo lui avait mis le pied à l’étrier, pour le MHR de Mohed Altrad. Après avoir signé un intérim réussi en attendant l’arrivée de Jono Gibbs, «Garba» se serait bien vu prolonger en tant que numéro 1 au Stade Rochelais. Pour le remplacer, les Maritimes enregistrent l’arrivée de l’Irlandais Ronan O’Gara, passé par le Racing et les Crusaders.
Habitué à tout changer ces deux dernières saisons, le RC Toulon joue logiquement la stabilité avec Patrice Collazo. Des modifications ont néanmoins eu lieu dans son staff : Eric Dasalmartini, ancien entraîneur des avants U20 champions du monde en 2018, remplace Juan Martin Fernandez Lobbe qui rejoint le staff des Pumas. L’ancien All Black Casey Laulala quitte le Racing pour le RCT et s’occupera des skills.
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Manager du Stade Toulousain de 1993 à 2015, Guy Novès a transmis sa passion d'entraîner à beaucoup de ses anciens joueurs qui sont aujourd'hui sur des bancs. En voici le XV-type.
Guy Novès et ses méthodes ont fait des émules. C’est peu de le dire. L’ancien gourou du Stade Toulousain, de 1993 à 2015, a marqué l’histoire du club Rouge et Noir. La preuve, beaucoup de ses anciens joueurs occupent désormais des fonctions de managers, d’entraîneurs ou de techniciens dans des clubs professionnels ou parfois amateurs.
Voici le XV-type des managers, entraîneurs ou techniciens passés par le Stade Toulousain de Guy Novès:
- Patrice Collazo (Toulon) / Gurthrö Steenkamp (Colomiers)
- William Servat (XV de France) / Yannick Bru (Bayonne)
- Jean-Baptiste Poux (UBB) / Omar Hasan (Marmande)
- David Gérard (Lyon)
- Hugues Miorin (Balma) / Karim Ghezal (XV de France)
- Jean Bouilhou (Stade Toulousain)
- Christian Labit (Carcassonne) / Shaun Sowerby (Biarritz)
- Christophe Deylaud (Blagnac)
- Michel Marfaing (Stade Toulousain)
- Clément Poitrenaud (Stade Toulousain)
- Xavier Garbajosa (sans club)
- Jean-Frédéric Dubois (Carcassonne)
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Les entraîneurs principaux ont une durée de fonction courte, seuls Ronan O’Gara au Stade Rochelais et Sébastien Piqueronies à la Section Paloise dépassent le seuil des quatre ans. Et bien sûr, Ugo Mola, qui fait figure d’exception chez ses pairs, puisqu’il a passé cette année 2025, le cap des dix ans en poste sur le banc du Stade Toulousain.
La valse des entraîneurs a donc animé l’été ovale. Au Stade Français, Heyneke Meyer est paré. Mais une addition de noms ne fait pas une équipe et il n’est pas assuré que la sauce sud-africaine prenne dans un club à forte identité locale.
Nul doute que la démission de Collazo, en conflit avec ses adjoints, a laissé un grand vide à La Rochelle. Si Xavier Garbajosa a remporté le bras de fer auprès du président Vincent Merling, il doit maintenant assumer en tant que N.1 intérimaire en attendant l’arrivée du futur manager Jono Gibbes en novembre.
Au milieu de ce ballet de valises et de cartons, Castres est un village qui résiste encore et toujours à l’instabilité. Comment son groupe va-t-il gérer cette perspective et surtout son statut de champion ?
Montpellier et le Racing 92, victimes des Tarnais en phase finale, seront revanchards et visent plus que jamais le titre.
Tableau des entraîneurs emblématiques du Top 14
| Entraîneur | Club actuel | Anciens clubs | Particularités |
|---|---|---|---|
| Christophe Urios | ASM Clermont Auvergne | Bourgoin-Jallieu, Oyonnax, Castres, UBB | Connu pour son charisme et sa capacité à transcender les joueurs. |
| Ugo Mola | Stade Toulousain | Brive, Albi | Héritier de Guy Novès, excellent meneur d'hommes et stratège. |
| Ronan O'Gara | Stade Rochelais | Racing, Crusaders | Porté par une tradition anglo-saxonne, rigueur tactique. |
| Patrice Collazo | RC Toulon | La Rochelle, Racing 92 | Expérience et stabilité, malgré des changements dans son staff. |
| Guy Novès | Ancien entraîneur du Stade Toulousain | - | Figure emblématique, a formé de nombreux entraîneurs actuels. |

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