L'Ascension et la Rédemption de Stuart Lancaster : Une Histoire d'Échecs et de Succès dans le Rugby Anglais

La célèbre citation du basketteur américain Michael Jordan pourrait résumer les hauts et les bas de la carrière de l’entraîneur anglais Stuart Lancaster, ancien coach du XV de la Rose, devenu depuis deux saisons un élément essentiel dans la réussite actuelle que connaît la province irlandaise du Leinster.

Un Entraîneur en Quête de Sens

C’est même en partie grâce à cela qu’il a été propulsé à la tête du XV de la Rose, avec la mission de redonner un peu de dignité à une sélection qui sortait d’un Mondial 2011 marqué par une déroute sportive (défaite en quarts contre la France), mais surtout morale, les Anglais ayant trop souvent animé la chronique des faits divers lors de leur séjour en Nouvelle-Zélande.

Technicien de l’ombre, ancien professeur d’éducation physique et chargé depuis 2008 de la formation et du développement des joueurs de haut niveau au sein de la Fédération anglaise de rugby (RFU), Lancaster est appelé au chevet de l’équipe première, avec un premier contrat d’intérimaire que personne n’imagine alors se voir pérenniser.

Sauf que le fils de fermier fait mieux que de remettre de l’ordre dans la maison rouge et blanche, et la RFU le confirme dans ses fonctions, sans que cela ne choque plus personne, à l’issue d’un Tournoi des six nations 2012 réussi, avec une deuxième place à la clé.

L’ère Lancaster s’ouvre, inattendue et heureuse. Les observateurs louent alors sa culture du jeu, ses capacités de travail, sa pédagogie et sa communication sans faux-semblant vis-à-vis des joueurs comme de la presse.

La Rose retrouve des couleurs, l’Angleterre développe un jeu de mouvements qui suit celui du rugby moderne, et Lancaster trouve sa méthode, mélange de recherche technique et de retour aux sources, en travaillant notamment sur l’implication de ses joueurs.

Au-delà du jeu, le coach veut du cœur. Concrètement, il met en place des cours d’histoire du rugby anglais et va même jusqu’à demander aux parents des joueurs qu’il sélectionne d’écrire à leurs enfants pour leur expliquer ce que cela signifie, pour eux, de voir leurs ouailles porter les couleurs du XV de la Rose.

Une quête de sens que Lancaster accompagne d’un projet de jeu construit sur la vitesse et le mouvement, inspiré des méthodes néo-zélandaises.

Malgré des résultats en demi-teinte (28 victoires en 46 matchs, dont 16 en 20 rencontres du Tournoi, mais aucun titre), Lancaster garde un certain crédit, en attendant la Coupe du monde 2015, disputée en Angleterre, que tout un pays rêve de soulever.

La Déroute de 2015 et la Rédemption en Irlande

Et là, c’est le drame : deux défaites en poule, contre le pays de Galles puis l’Australie, et le pays hôte prend la porte en pleine tronche, sans même voir les quarts de finale.

Droit dans ses bottes, responsable en chef de l’infamante déroute, Stuart Lancaster est sèchement viré « d’un commun accord » par la RFU. L’homme tombe de haut et en prend pour son grade.

La presse lui reproche d’avoir préparé une équipe de bons soldats, sans véritables leaders, au risque de se priver des fortes têtes. Au premier rang desquels figure le talonneur Dylan Hartley, non retenu pour le Mondial 2015, et qui sera, ironie du sport, promu capitaine dès 2016 à l’arrivée d’Eddie Jones.

L’Angleterre réussit alors une série de 18 matchs sans défaite, comme un pied de nez à Lancaster.

Sauf qu’Eddie Jones ne tarde pas à rendre à Stuart ce qui appartenait à Stuart, en louant tout le travail de bâtisseur effectué par son prédécesseur.

Pendant un an, Lancaster erre d’une mission à l’autre, pigeant auprès des Falcons d’Atlanta (football américain), de l’équipe de cyclisme de Grande-Bretagne, ou de la Fédération anglaise (de football).

Puis il reçoit un texto de Jonny Sexton, à l’orée de l’automne 2016. L’ouvreur irlandais, star du XV du Trèfle, lui écrit pour achever de convaincre le technicien de sortir de sa déprime en traversant la mer d’Irlande.

A la recherche d’un entraîneur pour épauler leur manager principal Leo Cullen, les dirigeants du Leinster ont fait de Lancaster leur priorité.

Stuart Lancaster sent qu’il tient là un challenge à la mesure de l’humiliation subie un an plus tôt avec le XV de la Rose, et qui le travaille encore.

Pour ça, Lancaster reprend du service. Et refait l’unanimité, dans un Leinster qui se remet à jouer, et à gagner, avec un doublé Pro14 (le championnat dans lequel évoluent les provinces irlandaises) et Coupe d’Europe en 2018.

L’Anglais n’était d’ailleurs pas loin de dire la même chose, en janvier lors d’un séminaire à Dublin, lorsqu’il lui fallut, pour la énième fois, revenir sur l’événement qui fit de lui un éminent spécialiste de l’échec : l’humiliante élimination dès le premier tour de l’Angleterre lors de sa Coupe du monde de rugby en 2015, une première pour un pays hôte.

« Il faut échouer pour devenir un bon leader. J’ai échoué publiquement, et ça m’a fait devenir un meilleur coach. Je ne suis pas Joe Schmidt, Martin Johnson ou Eddie Jones : je suis Stuart Lancaster et c’est important d’être soi-même. Les gens veulent vous voir tel que vous êtes, en toute authenticité. » Lancaster n’en a jamais manqué.

« Je n’ai que 49 ans, je veux continuer à apprendre et à me développer. J’ai l’impression que j’ai encore un long chemin à faire. »

England Head Coach Stuart Lancaster on the team to face Ireland

Eddie Jones: Style et Personnalité

Depuis son arrivée à la tête de la sélection, Eddie Jones a mis l’accent sur la bonne humeur et l’esprit d’équipe. Pour ce faire, il a encouragé les joueurs anglais à sortir entre eux boire “trois ou quatre bières”, dans la limite du raisonnable (“huit ou neuf, c’est se mettre en difficulté”, a-t-il sagement souligné). Une chose impossible sous la houlette du très strict Stuart Lancaster.

Ce qui ne veut pas dire qu’Eddie Jones soit laxiste, loin de là. Décrit comme un “workaholic”, soit un bourreau - voire un “obsédé” - de travail, c’est un entraîneur extrêmement exigeant. Avec lui-même d’abord, puisque comme l’explique son premier coach, il vit et pense “rugby” jour et nuit, littéralement.

Eddie Jones n’est pas resté longtemps désoeuvré. La Fédération australienne de rugby a annoncé lundi la nomination à la tête des Wallabies de l’ex-sélectionneur de l’Angleterre, qui remplacera Dave Rennie, licencié à huit mois de la Coupe du monde de rugby en France (8 septembre - 28 octobre 2023). « C’est un grand coup pour le rugby australien que d’avoir le meilleur entraîneur du monde qui rentre au pays », s’est félicité le président de Rugby Australia, Hamish McLennan.

C’est la deuxième fois que l’Australien Jones prend la tête des Wallabies, qu’il a conduits en finale lors du Mondial 2003 en tant qu’entraîneur de 2001 à 2005. Jones, remercié par l’Angleterre en décembre, a signé un contrat à long terme jusqu’à la prochaine Coupe du monde, en 2027 en Australie.

En plus d’entraîner les Wallabies, il supervisera le programme de (l’équipe féminine) des « Wallaroos ». Il remplacera ainsi le néo-zélandais Dave Rennie, à la tête de l’Australie pendant trois saisons, licencié après seulement cinq victoires en 14 test-matchs l’année dernière.

Steve Borthwick: Un Nouveau Chapitre pour le XV de la Rose

Sélectionneur du XV de la Rose depuis décembre 2022 et l'éviction d'Eddie Jones, Steve Borthwick va vivre son troisième Tournoi des Six Nations. Les deux premiers n'ont guère été brillants.

En 2023, le XV de la Rose avait terminé à la quatrième place avec trois défaites, dont une brutale, à domicile, contre la France (10-53). C'était le début de l'histoire, Borthwick découvrait son groupe.

En 2024, l'Angleterre se classait derrière l'Irlande et la France. Du mieux mais rien de bien folichon, avec une nouvelle défaite contre les Bleus, à Lyon (33-31).

Sous contrat jusqu'en 2027, il pourrait même être menacé... C'est ce que pensent en tout cas pas mal de nos confrères anglais. Les dirigeants de sa fédération ont affiché un objectif ambitieux : quatre victoires !

Pour rappel, l'Angleterre ouvrira son Tournoi à Dublin, avant d'enchaîner à Twickenham, contre les hommes de Fabien Galthié. Une entrée corsée pour un sélectionneur qui a vécu une année compliquée avec 7 défaites pour 5 victoires en 12 rencontres disputées.

Tableau des Résultats de Steve Borthwick en 2024

Match Résultat
Angleterre vs Nouvelle-Zélande Défaite (22-24)
Angleterre vs Australie Défaite (37-42)
Angleterre vs Afrique du Sud Défaite (20-29)
Angleterre vs Japon Victoire
Angleterre vs Italie Victoire
Angleterre vs Irlande Victoire
Angleterre vs Pays de Galles Victoire

En cas d'échec sportif, cette instabilité sera reprochée à Steve Borthwick qui joue donc très gros cet hiver. Hasard ou coïncidence mais depuis quelques semaines, le discret et secret sélectionneur s'ouvre un peu plus vers l'extérieur.

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