Tim Duncan : L'histoire d'une Légende des San Antonio Spurs

Tim Duncan, l’emblématique joueur de San Antonio, a marqué l'histoire de la NBA par sa constance, son humilité et son talent exceptionnel. Il a décidé à 40 ans de mettre un terme à sa carrière après 19 saisons en NBA, ont annoncé lundi les Spurs, son équipe de toujours. Retour sur le parcours d'un joueur exceptionnel qui a façonné une dynastie.

Tim Duncan sous le maillot des Spurs.

Un Début de Carrière Prometteur

Tim Duncan est né le 25 avril 1976 à Christiansted sur l'île de Sainte-Croix, dans les Îles Vierges américaines. Natif de Sainte-Croix, l’une des Îles Vierges américaines, le seul garçon d’une famille de quatre enfants commence par la natation. Il est même destiné à participer aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992. « Il a très vite été très bon en sport. Il était plus jeune mais il se mesurait déjà aux plus grands et aux plus rapides. 50, 100 ou 400 mètres nages libres, Duncan est prometteur. Attentif en classe, il s’entraîne après l’école.

C’est une autre tempête, le phénomène météorologique cette fois-ci, qui amène Tim Duncan à la balle orange. « La tornade a emporté notre piscine, ce qui a cassé les habitudes de Tim. La piscine olympique de l’île a elle aussi été emportée par l’ouragan. Le club de natation est alors contraint de s’entraîner au beau milieu de l’océan Atlantique, ce qui décourage le jeune homme, apeuré par les requins. Un jour avant son quatorzième anniversaire, sa mère décède des suites d’un cancer du sein. Un énorme coup dur, évidemment, mais aussi un point de rupture entre Tim Duncan et la natation. Dévasté intérieurement et démotivé, il se tourne vers le basket, initié par son beau-frère.

Ricky Lowry, le mari de Cheryl Duncan, a joué en NCAA pour Capital University, dans l’Ohio. « Timmy, allons faire des shoots ! Duncan mesure alors 1,80 m. Lowry lui apprend donc les bases nécessaires aux arrières et aux ailiers. Des fondamentaux qui démarqueront le géant des autres intérieurs et qui feront sa marque de fabrique tout au long de sa carrière. C’est donc tout naturellement que Tim Duncan, qui a pris une bonne dizaine de centimètres, décide de s’inscrire au sein de l’équipe de basket de son lycée à Sainte-Croix.

« Mon attrait pour le basket n’a pas arrêté de grandir. Je jouais tous les jours et, lorsque je rentrais, j’étais impatient de rejouer. J’aime être connecté aux autres. Je trouve ça génial d’avoir des coéquipiers avec lesquels on peut partager la pression. Lors de sa saison senior, il tourne à plus de 25 points par match et commence à attirer l’attention de quelques universités. Duncan est originaire des Îles Vierges et les basketteurs n’y sont pas légions (NDLR : seul trois joueurs natifs des Îles Vierges ont déjà joué en NBA : Charles Claxton, Tim Duncan et Raja Bell).

Lors d’une réunion de rookies dans les Îles Vierges, ce dernier a eu l’occasion de voir le jeune Timmy à l’œuvre face à Alonzo Mourning, deuxième choix la même année. King contacte donc Odom et l’invite à se déplacer jusqu’à Sainte-Croix. La guerre n’a pas lieu et Tim Duncan rejoint Wake Forest en 1993. « C’était l’un de mes élèves les plus intellectuels. Sur le parquet, l’adaptation est plus difficile. Alors que Dave Odom pense couver Duncan, il est contraint de l’envoyer en première ligne suite au départ de Makthar N’Diaye vers Michigan.

Tim est dans le grand bain dès sa saison freshman, à une époque où - on le rappelle - les meilleurs joueurs restaient plus d’une saison à l’université. Le géant issu des Îles Vierges n’affole pas les compteurs. Il finit certains matches sans marquer le moindre le point. Mais la plupart du temps, il se contente de faire simple et efficace. Solide. Il flirte même avec le double-double de moyenne à l’issue de sa première saison avec les Demon Deacons (9,8 pts et 9,6 rbds). Il poursuit son ascension la saison suivante et compile près de 17 points et 12 rebonds.

Il est alors déjà pressenti pour être drafté en première position au mois de juin 1995. Mais Tim Duncan fait savoir qu’il compte bien effectuer un cursus complet à l’université, comme il l’a promis à sa mère avant que cette dernière ne rejoigne les cieux. Joe Smith est sélectionné en première position par les Golden State Warriors et Duncan rempile à Wake Forest. Il termine son cursus avec plusieurs distinctions de meilleur joueur universitaire du pays, meilleur défenseur de sa conférence, etc.

Il est aussi le premier joueur de l’histoire de la NCAA à cumuler plus de 1500 points, 1000 rebonds, 400 blocks et 200 passes décisives. La loterie pré-draft est un événement chaque année en NBA. Encore plus en 1997. Comme l’a souligné le coach Hall Of Famer, la franchise qui récupère Tim Duncan s’assure plusieurs années sur le devant de la scène. Les Sixers sont en bonne position. L’équipe de Pennsylvanie a terminé avec le quatrième plus mauvais bilan de la ligue.

L'Arrivée aux Spurs et la Formation du "Big Three"

Les San Antonio Spurs ont terminé avec le troisième plus mauvais bilan de la ligue après avoir notamment souffert des blessures de David Robinson, le meilleur joueur de la franchise.

« Nous étions dans une grande tente à côté des studios et les responsables sont venus nous voir pour nous demander de venir nous asseoir dans les gradins. Je n’y suis pas allé car il n’y avait aucune chance que nous récupérions le premier choix de draft. J’étais donc en train de regarder ma petite télé en mangeant un hamburger et en buvant une bière. C’était le moment où nous étions censés récupérer notre choix. Mais ce n’était pas nous mais une autre équipe. J’étais tellement choqué que j’ai fait tomber mon hamburger. C’était incroyable. Tous ces gars sont revenus dans la tente pour me féliciter comme si j’avais fait quelque chose. Je n’ai rien fait d’autre que boire une bière et manger un hamburger et ces gars me félicitaient pour le travail que j’avais accompli.

Les San Antonio Spurs disposent déjà d’une équipe solide avec un pivot superstar comme David Robinson, multiple All-Star, MVP de la ligue en 1995 et meilleur marqueur l’année précédente. Outre « l’Amiral », les éperons peuvent compter sur une armada de vétérans et de joueurs de devoir. « Ce n’était pas censé se dérouler comme ça. Une équipe aussi talentueuse que la nôtre n’est pas censée gagner la loterie et récupérer un joueur comme Duncan. Les Boston Celtics sont dépités. La franchise a mis la main sur le troisième et le sixième choix. Les Verts sélectionnent Chauncey Billups et Ron Mercer. Avoir deux choix dans le top 10 est un luxe.

« Dès que la loterie était terminée, j’ai reçu un appel de Rick Pitino (alors coach des Boston Celtics). Il me demandait de proposer le troisième et le sixième choix aux Spurs en l’échange du premier. Vous vous imaginez faire une telle demande ? Nous aurions pu proposer tous nos choix à venir que Popovich n’aurait tout de même pas accepté », raconte M.L. Les rumeurs fusent. Les Celtics, comme les autres franchises de la NBA, veulent Tim Duncan. « Nous avons autant de chances de transférer le pick que de faire jouer R.C. Buford sur le parquet.

A San Antonio, c’est la folie. « On était débordé d’appels. La folie des coulisses gagnent peu à peu les parquets. Pour son premier match officiel en NBA, Duncan inscrit 15 points et capte 10 rebonds. Quelques jours plus tard, il prend 22 rebonds sur la tête de Dennis Rodman. La ligue découvre son futur visage. L’intérieur des Spurs remporte le trophée de meilleur rookie du mois… tous les mois (à noter, qu’au cours de son immense carrière, il n’a été nommé meilleur joueur du mois qu’à… trois reprises) et les coaches l’invitent au All-Star Game 1998. Le premier d’une longue série.

« J’ai vu le futur et il porte le numéro 21. Je ne savais pas qu’il était capable de faire ça. « Je comprends pourquoi il a été choisi en première position à la draft. Il a énormément de talent et il est très mature. On voit qu’il est resté quatre années à l’université. Les Chicago Bulls remportent leur troisième (et dernier…) titre consécutif cette année-là. En finale, Michael Jordan et ses coéquipiers viennent à bout du Utah Jazz pour la deuxième fois de suite. Quelques semaines plus tôt, Karl Malone et sa bande avaient éliminé les Spurs en cinq manches en demi-finale de la Conférence Ouest.

L’ombre du lockout plane sur la NBA. La grève patronale est déclarée et la saison ne reprend qu’en janvier 1999, amputée de 32 matches. Sa Majesté en profite pour prendre sa deuxième (et avant-dernière…) retraite. Scottie Pippen file à Houston rejoindre Hakeem Olajuwon et Charles Barkley. Ce dernier ne met pas longtemps à se mettre en avant. Et comme l’avait prédit « Chuck », le nouveau boss de la ligue porte une tunique des San Antonio Spurs floquée du numéro 21. Rookie Of The Year la saison précédente, Tim Duncan évolue encore à un autre niveau. En playoffs, les éperons sont injouables.

Une victoire trois manches à une face aux Timberwolves du rival Kevin Garnett pour se mettre en jambes au premier tour (alors disputé au meilleur des cinq matches). Un sweep face aux Los Angeles Lakers de Shaquille O’Neal et Kobe Bryant puis un autre face aux Portland Trail Blazers de Rasheed Wallace. Les Spurs, portés par leurs tours jumelles, disputent leurs premières finales NBA face aux New York Knicks, auteurs d’un parcours héroïque après avoir arraché leur qualification pour les playoffs. Duncan est sans pitié avec Larry Johnson, Allan Houston, Latrell Sprewell, Marcus Camby et les genoux abîmés de Patrick Ewing.

« Il est évidemment le meilleur joueur de la NBA. Pas seulement en raison de ses capacités techniques mais aussi en raison de sa maturité et de sa compréhension du jeu.

Avec l'arrivée de Tony Parker et Manu Ginobili, Duncan forme le "Big Three", un trio qui dominera la NBA pendant plus d'une décennie. Ensemble, ils ont remporté 1 072 matchs de saison régulière avec un taux de victoire de 71 %, le plus élevé lors des 19 dernières années dans tous les championnats professionnels américains.

Le Big Three des Spurs : Tim Duncan, Tony Parker et Manu Ginobili.

Tim Duncan Top 10 Plays of Career

Une Carrière Couronnée de Succès

Tim Duncan est avec Gregg Popovich, l’entraîneur des Spurs, la pierre angulaire de la franchise texane avec qui il a remporté cinq titres NBA (1999, 2003, 2005, 2007, 2014). Il a remporté le trophée de meilleur joueur de NBA (MVP) à deux reprises (2002, 2003). Depuis ses débuts à San Antonio en 1997, l’ailier fort affiche des moyennes de 19 points et 10,8 rebonds par match. Cette saison, ses statistiques ont chuté avec 8,6 points et 7,3 rebonds en 25 minutes de jeu par match. Il a été notamment gêné par des douleurs au genou gauche.

Deuxième de la conférence Ouest à l’issue de la saison régulière, San Antonio a été éliminé dès le deuxième tour des playoffs par Oklahoma City (4-2). Les Spurs ont amorcé la transition depuis plusieurs saisons et sont devenus l’équipe de Kawhi Leonard, épaulé depuis la saison dernière par LaMarcus Aldridge. Il sera remplacé numériquement par l’Espagnol Pau Gasol, qui a débarqué cet été en provenance des Bulls de Chicago.

Les Spurs sont alors bien partis pour construire une dynastie et reprendre le flambeau de Michael Jordan et les Chicago Bulls. Mais une vilaine blessure prive la superstar des playoffs après une belle saison régulière (il a notamment été élu co-MVP du All-Star Game à Oakland). San Antonio est éliminé dès le premier tour. Sans Duncan, les Spurs ne trouvent pas la solution face aux Phoenix Suns de Jason Kidd. L’été 2000 s’annonce déjà des plus stressants… Alors que Shaquille O’Neal remporte son premier titre avec les Lakers, Tim est free agent.

Les supporteurs de San Antonio s’en souviennent encore. Ceux d’Orlando aussi. A l’aube du troisième millénaire, la franchise floridienne a un grand projet : associer Grant Hill et Tim Duncan. Les Chicago Bulls espéraient faire de même mais ils se retrouvent vite distancés. L’intérieur est annoncé à Orlando puis à San Antonio. « Le weekend s’est très bien passé. Tout s’est vraiment très bien passé pour nous. « Je pense qu’il est passé très proche de quitter San Antonio.

Gregg Popovich marchait sur des œufs. Il était énervé contre notre agent (Lon Babby) car il avait le sentiment qu’il (l’agent) cherchait à ramener Tim et Grant (Hill) ensembles à Orlando. Il décide finalement de prolonger l’aventure dans le Texas. Son vrai-faux départ vient renforcer encore plus ses liens avec Gregg Popovich. Les deux hommes ont une relation unique, qui dépasse largement le cadre « coach-joueur ».

« Je ne suis pas sûr que l’on reverra ça un jour. Les deux futurs Hall Of Famers paraissent toujours sur la même longueur d’ondes. Ils sont en osmose, taillés dans la même roche. « Ce n’est pas exagéré de parler d’âmes sœurs », note R.C. Et pourtant, les deux hommes ont eux aussi leur ego et leur caractère propre. Ils leur arrivent d’être en désaccord. Et Gregg Popovich n’hésite jamais à remonter les bretelles du meilleur joueur du monde, même devant l’ensemble du groupe. « Gregg a pris un temps mort, a attrapé une chaise, s’est assis en face de Tim Duncan et a commencé à le descendre. J’étais assis là à me dire : ‘Bon ok, je viens d’arriver, c’est ma première année ici.

« On peut penser que lorsqu’un coach s’en prend à sa superstar devant tout le monde, cela va ensuite créer des tensions entre les deux hommes. Mais ce n’était pas du tout le cas (avec Tim Duncan et Gregg Popovich). Quand les autres gars ont vu ce que Pop venait de faire, ils ont su que quel soit leur statut dans l’équipe, ils avaient intérêt à accepter les critiques du coach car le meilleur joueur était capable d’encaisser comme un vrai pro. Tim Duncan est assez malin pour comprendre que s’il accepte les remontrances de son coach, ses coéquipiers suivront son exemple.

L’ensemble du groupe tire alors dans le même sens et court après le même objectif : le titre. La star et son coach cherchent l’excellence et sont prêts à faire des sacrifices pour mener leur équipe vers les sommets de la NBA. On ne souligne pas assez souvent ce trait de caractère chez le champion. Combien de superstars actuelles accepteraient de subir un tel traitement de la part de leur coach ? Combien de joueurs qui n’ont jamais gagné le moindre titre demanderaient le renvoi de l’entraîneur? Duncan n’est pas de ceux-là.

L’intérieur a beau cumuler les statistiques, il n’est pas aussi glamour que Shaq, Kobe, Garnett, Vince Carter, Tracy McGrady ou Allen Iverson, les autres superstars du début des années 2000. Les Spurs sont considérés comme ennuyeux et Duncan est catalogué comme un joueur peu spectaculaire. La formation texane s’appuie essentiellement sur ses qualités défensives pour gagner des matches. On est bien loin du basket champagne proposée lors des dernières finales NBA. Les Lakers, superstars d’Hollywood, sont bien plus alléchants que les joueurs sans histoire de San Antonio.

Tim Duncan représente parfaitement ce basket qui ne plait pas à une large partie du public. Il ne claque pas des 360. Il tire avec la planche. Il ne dit jamais un mot plus haut que l’autre en conférence de presse. Et pour cause, tout cela l’ennuie. Il a toujours l’air blasé. « Est-ce que je dois faire un speech? « Les Spurs ont gagné grâce à Tim Duncan, un gars que je n’ai jamais pu briser. Je pouvais chambrer Patrick Ewing, m’en prendre à David Robinson ou Alonzo Mourning. Mais quand j’essayais ça avec Duncan, il me regardait comme s’il s’ennuyait.

Lors d’un miteux Minnesota Timberwolves - San Antonio Spurs de saison régulière, en 2002, Kevin Garnett s’en prend à Tony Parker. Duncan vient alors à la rescousse du rookie français. « KG » bouillonne. Il insulte la star des Spurs une fois, deux fois, trois fois. Les jurons fusent. L’intérieur des Spurs ne bronche pas. Il sourit. La bataille psychologique est gagnée, de même que la rencontre sur le parquet. Et pourtant, le natif de Sainte-Croix est un mec drôle, en décalage avec son époque. Le soir de son premier match en NBA, il se penche vers Avery Johnson, qui venait de plusieurs lay-ups faciles, et lui demande quel type de musique il écoute. Johnson ne comprend pas tout de s...

## Statistiques Clés de la Carrière de Tim Duncan
Statistique Valeur
Points par match 19.0
Rebonds par match 10.8
Passes décisives par match 3.0
Contres par match 2.2
Titres NBA 5 (1999, 2003, 2005, 2007, 2014)
Titres de MVP 2 (2002, 2003)

Tim Duncan restera dans les mémoires comme un joueur d'équipe, un leader silencieux et un compétiteur acharné. Son héritage perdurera au sein des San Antonio Spurs et dans le cœur des fans de basket-ball du monde entier.

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