Le Père Robert Séminel, né le 14 mars 1902 à Amiens, est une figure marquante dont la vie a été dédiée à l'éducation, à la religion et au service des autres. Son parcours, riche et varié, témoigne d'un homme aux multiples talents et d'une grande dévotion.

Formation et Début de Carrière
Il fit toutes ses études secondaires au Collège de la Providence de cette ville. Après avoir étudié la philosophie à l’école Bossuet, il entra au grand séminaire St-Sulpice. En août 1927, déjà diacre, il entrait au Séminaire des Missions-Étrangères. Alors que d’autres n’avaient pas trop de tout leur temps pour leurs études théologiques, scripturaires et canoniques, l’Abbé Séminel trouvait le moyen d’étudier le droit civil à ses moments perdus.
Mission au Vietnam
Il commençait déjà à pouvoir très bien se débrouiller, quand son évêque, Mgr Dumortier, l’envoya, le 24 février 1931, au petit séminaire comme professeur de Rhétorique et chargé de l’économat du grand et du petit séminaire. En 1934, il était nommé directeur du petit séminaire, et, de suite, travaillait sérieusement au relèvement du niveau des études. Une légère interruption en septembre 1939, date à laquelle il est mobilisé comme adjudant. Mais un mois après, affecté spécial, il peut reprendre son travail. Et cela continua jusqu’à la fin de décembre 1942. À son retour, à la fin de 1943, il fut nommé curé de la vieille chrétienté de Thungu, à 8 km de Mytho.
Le 23 juillet 1945, ce travail fut interrompu par les Japonais qui l’arrêtèrent sous l’inculpation d’avoir donné asile à des marins français de l’aviso Charner, sabordé tout près de chez lui. Libéré par les Japonais le 23 août, il se rendait à Saigon, lorsqu’il fut arrêté en route, à Tanan, par la jeunesse communiste. Il ne put repartir que le 1er septembre, et il assista, de l’évêché, à la manifestation du lendemain qui causa la mort du Père Tricoire, vicaire à la cathédrale. Le Père Séminel était tout désigné pour l’aider. Dès décembre 1948, le Père Soullard étant de plus en plus fatigué, le P. Séminel est nommé administrateur et devient le curé effectif de la cathédrale.
En janvier 1950, il remplace le P. Soullard comme Provicaire, et, en mai, il est désigné par tous ses confrères pour les représenter à l’Assemblée Générale. En janvier 1952, il est décoré de la Légion d’Honneur et est nommé Supérieur local.
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Maladie et Fin de Vie
Mais subitement, alors que rien ne le laissait prévoir, un matin du mois de janvier 1955, on le retrouve étendu sans connaissance dans sa chambre. Il est aussitôt administré par le Père Bardet, son vicaire, car on s’attend rapidement à une issue fatale. Déjouant tous les pronostics, il se remet peu à peu ; mais il reste tout de même très marqué. Le bras gauche ne répond que difficilement ; la mémoire reste bien embrouillée, et le Père éprouve parfois quelque difficulté à s’exprimer. Il se rend compte lui-même qu’il est diminué, et le moral commence à être atteint.
Cependant, il se reprend et monte à Dalat le 18 mars. Il lui aurait alors fallu un repos absolument complet, tant au point de vue intellectuel qu’au point de vue physique. Mais le Père restait trop actif pour s’y résigner. Aussi, à plusieurs reprises, d’autres attaques survinrent. Le 6 avril, on profita d’une accalmie pour le descendre à Saigon. Il fut conduit d’abord à la Clinique St-Paul, mais les docteurs le firent transporter à l’Hôpital Grall. Là les spécialistes du crâne diagnostiquèrent un caillot de sang dans l’artère temporale. On garda un moment l’espoir de dissoudre ce caillot, mais pas longtemps car il s’en forma rapidement un second.
Un Homme aux Multiples Facettes
Digne successeur du Père Soullard, le Père Séminel était connu de tout Saigon. Même les sportifs le considéraient comme un des leurs. Ancien joueur de rugby, escrimeur de classe, le Père aimait assister aux grandes manifestations sportives ; il fut même pris comme arbitre parfois dans des compétitions à l’intérieur du Cercle Sportif. Il avait gardé de cet esprit sportif l’amour du fair-play, la franchise totale qui lui rendait si difficiles certaines petites cachotteries assez fréquentes parfois dans des milieux ecclésiastiques.
| Aspect | Description |
|---|---|
| Sportif | Ancien joueur de rugby, escrimeur, arbitre |
| Qualités Humaines | Amour du travail, franchise, bonté |
| Engagement Social | Aide aux enfants malheureux, fondation d'un organisme de rééducation |
| Prédication | Dons remarquables, culture étendue, conseils pratiques |
Ce même amour de la franchise le faisait s’énerver un peu lorsqu’il s’apercevait qu’on avait voulu le tromper. Mais sous ces dehors, parfois un peu rudes, il cachait une bonté foncière qui lui faisait donner tout ce qu’il possédait.
Engagement et Œuvres
Mais je crois que personne ne me contredira si j’affirme que la grande qualité du Père Séminel fut l’amour du travail, de son travail. On lui a parfois reproché de vouloir trop faire par lui-même, mais jamais de ne pas faire ce qu’il devait. Dès son arrivée au petit séminaire, il se rendit compte de l’amélioration que l’on pouvait apporter aux études.
Tout en étant au séminaire, le Père était chargé aussi de l’en¬seignement du catéchisme aux élèves du pensionnat de la Ste-Enfance. Mais il est une œuvre qu’il a toujours aimée, pour laquelle il avait une préférence certaine, c’est celle de l’enfance malheureuse. Il venait parfois nous demander de le remplacer pour une classe, car, disait-il, il devait assister à une séance du tribunal. Nous finîmes par apprendre qu’il se faisait avertir lorsque l’on jugeait des mineurs délinquants. Il se les faisait remettre et ensuite s’occupait d’eux. Il réussit, peu à peu, à fonder un organisme qui, après le jugement, prenait ces enfants sous sa protection pour les rééduquer, leur faire apprendre un métier et leur trouver une place.
C’est encore lorsqu’il était au séminaire qu’il contribua à la fondation des Conférences de St-Vincent de Paul au Vietnam, avec un ancien magistrat, M. Les événements de 1945, en particulier de violentes explosions, avaient brisé des vitraux et causé pas mal de dégradations. Le Père se préoccupa de la restaurer dignement, sans oublier le côté pratique et moderne. Il désirait aussi que sa cathédrale possédât des orgues dignes d’elle. Il fit venir de France un Facteur d’Orgues qui commença à transformer celui du chœur acheté en 1937 par le Père Tricoire.
Inutile de dire qu’il se préoccupait surtout de l’âme de ses fidèles. Il aimait d’abord à connaître ses paroissiens. Il aimait leur parler, ne ménageant ni son temps, ni sa peine, dans les visites très nombreuses qu’on lui faisait à toute heure du jour. Il aimait leur parler en chaire. Il avait reçu en partage des dons remarquables de prédicateur : voix nette, pleine de chaleur, gestes mesurés toujours en rapport avec les paroles, grande facilité d’élocution.
Avec tous ces dons, sa culture très étendue lui permettait de donner à ses fidèles, avec des conseils pratiques, des idées lumineuses sur tous les sujets. On lui a reproché parfois sa longueur. Il se donnait surtout de la peine pour les catéchismes. Il ne voulut pas se contenter des trois années avant la Communion solennelle. Il fit tout son possible pour donner aux Jeunes de Saigon, l’instruction religieuse la plus complète possible. D’autres œuvres : Mères chrétiennes, Légion de Marie, retenaient ses soins et il poussait de son mieux à leur développement. Tout cela se passait silencieusement.
Un autre souci tourmentait le Père Séminel. C’était de voir la mauvaise presse, mauvaises revues, mauvais livres, s’étaler partout dans les rues de Saigon. Avec quelques autres personnes, il résolut de lutter contre ces publications.
Au début de 1952, une autre charge vint s’abattre sur ses épaules. Il fut nommé Supérieur local de la Communauté missionnaire de Saigon. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de m’étendre sur la manière dont il s’est acquitté de cette charge. Qui d’entre nous n’a eu recours à son dévouement ? Les confrères expulsés de Chine et venus travailler avec nous apprirent vite à le connaître, et ne regrettent pas, je pense, de s’être confiés à lui.
Nous l’avons vu partir avec peine ; car, nous pensions qu’il aurait pu remplir toutes ces charges longtemps encore. Mais, selon le mot de St Paul, nous ne nous attristons pas comme ceux qui restent sans espérance. « Deus eos qui dormierunt per Jesum adducet cum co ». De là-haut, il veille sur nous. Ne fut-il pas en effet le serviteur bon et fidèle qui a fait fructifier les talents que le Maître lui avait confiés ?