Ils ont quitté Nouméa pour accomplir leur rêve : atteindre le plus haut niveau du rugby français. À 16 ans, Ilestio et Maïwen portent désormais les espoirs de leurs familles et de beaucoup de Calédoniens. Le documentaire "Les Guerriers du Pacifique, nés pour le rugby" nous plonge au cœur de leur aventure.

Un Nouveau Départ à Pau
Au centre de formation de Pau, les rugbymen font leur rentrée. Ils courent entre deux plots, rythmés par des bips de plus en plus rapprochés. Dans les vestiaires, parmi les jeunes du centre de formation, il y a Ilestio et Maïwen, 16 ans. Pour se laisser une chance de réaliser leurs rêves de devenir un jour de grands joueurs, ils ont quitté leur terre natale, la Nouvelle-Calédonie, en laissant famille et amis derrière eux. Ilestio et Maïwen ont grandi à 17 000 kilomètres.
La Détection des Talents
C’est Lucas Broto, directeur du centre de formation de la Section Paloise Béarn Pyrénées, qui les a repérés sur le terrain cinq mois auparavant. Depuis janvier 2024, le club béarnais a en effet ouvert une succursale en Nouvelle-Calédonie afin d’investir dans ce véritable vivier de talents français. Licenciés au sein du club de rugby de Dumbéa, le plus important de Nouvelle-Calédonie, ces graines de champions ont attiré l’attention de Lucas Broto, directeur du centre de formation de la Section Paloise Béarn Pyrénées. Depuis janvier 2024, le club béarnais a d’ailleurs implanté une antenne sur l’archipel afin d’investir dans ce véritable vivier de talents français. D’ici à quelques semaines, les deux Calédoniens s’entraîneront sur les terrains pyrénéens. L’ambition est claire : atteindre le plus haut niveau du ballon ovale. Pour mener à bien leur projet, les adolescents quittent le Caillou et laissent derrière eux famille et amis.
Les Défis et les Espoirs
Issu d’un quartier sensible, Ilestio est obligé de faire « des choses pas bien », comme voler ou se bagarrer. Le rugby le sauve. Durant les émeutes de 2024 en Nouvelle-Calédonie, la maison de ses parents brûle et Ilestio se retrouve à vivre avec sa famille, réunie sur trois générations, dans la maison de son frère aîné. Pour Maïwen, la famille est aussi au centre de sa vie. « Représenter ma famille, c’est beaucoup, et je sais d’où je viens.
Du Pacifique aux montages des Pyrénées, des terrains cabossés de Nouméa jusqu’à la ville historique de Pau, de la douleur de la séparation à la découverte d’un nouveau monde, nous suivons le parcours hors norme de ces jeunes garçons. Malgré les blessures, le manque, la tristesse, Ilestio et Maïwen se dépassent, s’accrochent et restent plus que jamais déterminés à transformer leur ambition en réalité : intégrer le Top 14 et rejoindre l’équipe de France. Et surtout montrer à tous les valeurs de ces « guerriers du Pacifique », ce surnom que l’on donne aux joueurs de leur île. « Je vais leur mettre ma mentalité dans le crâne, confie Ilestio.

L'Impact du Professionnalisme dans le Rugby Français
En août 1995, le rugby français devenait professionnel et vivait une véritable révolution. Dix ans plus tard, naissait le Top 14 qui, dans la continuité, allait devenir le championnat le plus puissant au monde, un feuilleton plein de suspense, intense et spectaculaire.
L'Ère de Canal+
Il y a 30 ans, le rugby français a vécu une double révolution. Sous l’impulsion de la Fédération internationale, il devient professionnel en août 1995, au moment même où Canal +, décide de retransmettre un match du championnat un samedi sur deux. « Le mot amateurisme avait un vrai sens dans le rugby. L’argent était soit tabou, soit passait sous la table, rappelle Éric Bayle, patron du rugby à Canal +, auteur du remarquable documentaire l’Odyssée du Top 14, qui raconte ce moment charnière et l’aventure sportive qui a suivie.
L’arrivée de la télé n’est alors pas moins fracassante. À cette époque, seuls la finale du championnat et le Tournoi des 5 Nations sont diffusés. Les internationaux uniquement connaissent l’honneur des caméras. Avec Canal +, elles vont peu à peu devenir familières, entrer dans les vestiaires.
« À partir de là, tout change. On a touché du doigt la lumière, confesse Fabien Galthié, dans le documentaire. C’est une révolution dans un milieu conservateur où le “nous” fait plus que le “je”.
Le rugby est-il devenu trop dangereux ?
Pierre Albaladéjo : Une Légende du Rugby
Pierre Albaladéjo est une figure légendaire du rugby. Brillant demi d’ouverture, il restera toute sa carrière fidèle à son club, l’AS Dax, et sera sélectionné 30 fois en équipe de France entre 1954 et 1964. Mais Bala savait aussi bien manier le ballon que les mots. Premier consultant de sport de l’audiovisuel français, il a formé avec Roger Couderc un duo mythique qui captivait et sublimait à l’écran les prouesses de ce sport.
Christophe Duchiron : On n’est pas obligé d’attendre qu’un personnage disparaisse pour lui dire - par film interposé - qu’on l’aime - ce qui est mon cas à l’égard de Pierre Albaladéjo. Pour autant ce film n’est pas une hagiographie. Parcourant les chemins d’une vie, il s’attache à donner la parole à Pierre Albaladéjo - uniquement sur la base de documents d’archives - pour démontrer qu’il fut un acteur essentiel du rugby, comme joueur puis comme consultant. Il en va de la littérature comme du rugby : il faut connaître ses classiques. À l’échelle de l’histoire de l’ovalie, Albaladéjo, c’est Victor Hugo, Alexandre Dumas ou Albert Camus.

Rencontre avec Pierre Albaladéjo
C. D. : J’ai connu Pierre au début des années 1990, lorsque, reporter (puis grand reporter) à la rédaction de France 2, je couvrais, entre autres disciplines, l’actualité rugbystique. Nous nous sommes croisés régulièrement après la fin de sa période de consultant en 1999. Je l’ai tenu informé dès le départ que je souhaitais lui consacrer un documentaire de 52 minutes - sur une telle durée cela n’a jamais été fait sauf erreur de ma part. Il m’a avoué que, mélangeant un peu les dates, les visages et les souvenirs, il lui serait difficile d’y participer devant la caméra.
Un Parcours Surprenant
En feuilletant cet album de vie, qu’est-ce qui vous a le plus surpris ? C. D. : J’ignorais son origine modeste, son quotidien de « Gavroche dacquois », d’enfant des rues, sa scolarité contrariée - non pas à cause de ses résultats mais de l’attitude parfois méprisante de certains maîtres -, son entrée en apprentissage à l’âge de 13 ans - pour rapporter un peu d’argent à la maison - alors qu’il avait les capacités pour mener à bien des études. L’aventure de sa vie - s’en sortir toujours grâce à la découverte du rugby - commence là. Les mots qu’il emploie pour décrire cette période sont forts et émouvants.
Un Moment Cruel
Et le plus touché ? C. D. : Le décès accidentel de son frère et de ses amis rugbymen dacquois est un moment cruel et les images de la cérémonie au stade de Dax en 1964 sont poignantes.
Un Manieur de Ballons et de Mots
Le plus fascinant pour le grand public n’est-il pas tout autant son adresse sur le terrain que cette aisance incroyable au micro ? C. D. : Il est un remarquable manieur de ballons et de mots. Il a une capacité peu courante à l’époque, quand il est joueur, pour analyser avec précision les faits de jeu d’une rencontre. Il a un esprit de synthèse assez formidable et un vocabulaire parfaitement choisi. Sa langue est belle, son accent fait chanter les phrases. Il est toujours fair-play, juste dans ses points de vue. Cet amour des lettres lui vient de son apprentissage et de son métier de typographe, dans ses premières années, qui l’oblige à lire beaucoup. Toutes ces qualités, on les retrouvera quand il sera au micro pour expliquer un sport, assez compliqué à expliquer, aux téléspectateurs et téléspectatrices.
Un Acteur Engagé
C. D. : Il n’a pas été qu’un acteur de ce jeu, un simple joueur. Il s’est interrogé en permanence, comme joueur puis comme consultant, sur la nature profonde de son sport où, selon lui, l’individu doit se fondre dans la collectivité d’une équipe. Ce jeu qui est d’abord un combat lie les joueurs, sur le terrain, d’une évidente solidarité et d’une indéfectible fraternité. Le modèle qu’il défend quand il est joueur est celui de l’amateurisme, qui permet aux joueurs d’avoir un métier à côté du rugby - et donc après la carrière - et de s’élever socialement. Dans ce rugby, les joueurs ne changent pas de club, ils ont la chance de briller auprès de la ville, ils sont des figures locales, ils ne courent pas après l’argent.
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