Le rugby, sport de combat et de cohésion, accorde une importance capitale aux discours prononcés dans les vestiaires. Ces moments privilégiés, loin des regards extérieurs, sont l'occasion pour les capitaines et les entraîneurs de galvaniser leurs troupes, de rappeler les objectifs et de souder l'équipe avant d'affronter l'adversité sur le terrain.
Avis à tous ceux qui ont déjà foulé les terrains de rugby sous les couleurs d’un club, de la Régionale 3 au Top 14 : n’avez-vous jamais eu l’impression d’avoir gagné un match rien que dans la préparation de celui-ci ? Le sentiment que le discours avant d’entrer sur la pelouse vous plaçait dans un état d’alerte, de connexion, voire de transe telle qu’il vous serait impossible de passer à côté, sur le pré. Si vous n’avez jamais connu ça, aussi belle soit votre carrière, vous avez raté quelque chose.
Aujourd’hui, le monde pro a majoritairement laissé place au calme et à la froideur au moment de parler à ses troupes. Qui n’a pas en tête les discours des Bleus sous l’ère Galthié, très efficaces, certes, mais que l’on jurerait parfois manquer de panache ? Et à 1000 lieux des prises de parole passionnelles et parfois tumultueuses de Bernard Laporte dans les années 2000. Vous me direz, ces garçons-là savent tellement ce qu’ils ont à faire, qu’il n’y a presque rien à leur souffler…
Reste que, dans l’Hexagone, un petit club professionnel résiste encore et toujours à l’aseptisation. On tire volontairement le trait, tant chaque vestiaire garde encore sa part de mystère et que l’on sait, par exemple, Ugo Mola être un brillant meneur d’hommes rien qu’au son de sa voix.
L'importance du Discours d'Avant-Match
Pensez-vous qu'aujourd'hui, au plus haut niveau, le conditionnement psychologique d'avant match revête une importance toujours aussi capitale? Jouer sur l'affect, l'émotion, le sentiment identitaire est-il encore une méthode en vogue dans les vestiaires du Top 14?
Le sentiment que le discours avant d’entrer sur la pelouse vous plaçait dans un état d’alerte, de connexion, voire de transe telle qu’il vous serait impossible de passer à côté, sur le pré. Si vous n’avez jamais connu ça, aussi belle soit votre carrière, vous avez raté quelque chose.
Dans le rugby moderne, où la préparation physique et tactique est poussée à l'extrême, le discours d'avant-match demeure un élément crucial. Il permet de transcender les individualités et de créer une force collective capable de renverser des montagnes.
Daniel Herrero et son phrasé légendaire évoquent Sir Johnny
Extrait du discours de Daniel Herrero - maître incontesté du brassage d'adrénaline - avant la finale jouée par Toulon en 89 contre Toulouse (source: l'excellent Chroniques Ovales de Jacques Verdier):
"Préparez-vous à une entamme diabolique, à une entamme mortelle. Il faut les prendre là où ils ne nous attendent pas. Il faut être aux quatre coins du terrain et se faire diable. C'est eux ou nous, les gars, il n'y aura pas de revanche. On va vers le grand, grand combat. On va vers le grand rendez-vous avec soi-même. On va aller là où on n'est jamais allé. Là où il n'y a que les seigneurs qui vont. On a beaucoup donné, mais là on va donner encore plus. C'est le grand rendez-vous avec nous-mêmes. Il faut que vous vous transcendiez comme jamais. Il faut que vous ayez le diable dans la bouche de bout en bout. Et si on a le sens de l'humain, ce que je crois, il faut qu'on s'en souvienne. C'est le passeport pour la légende, le rêve d'une vie. Mais pour ça, il faut monter là où c'est rare d'aller. Là où on ne va que quelquefois dans une vie. Il vous que vous rencontriez en vous celui que vous ne connaissez pas encore. C'est la quête suprême..."
Bien sûr, cela peut prêter à rire, ou à sourire, si l'on songe que c'est Toulouse qui a remporté cette finale 18 à 12.
N'empêche, je crois que j'aurais aimé être un joueur toulonnais pour entendre ce type de discours de la bouche du "sorcier"...
Certains n'ont pas du comprendre dans le vestiaire, ce qui explique la défaite.
A mon avis ça dépend aussi du caractère de chacun, pour moi j'avais pas besoin qu'on me dise, j'étais déjà dedans, d'autres c'était l'inverse...
Exemples de Discours Marquants
Plusieurs discours de vestiaire ont marqué l'histoire du rugby, devenant des sources d'inspiration pour les joueurs et les supporters. Voici quelques exemples :
Gaëlle Mignot, capitaine de l’équipe de France féminine de rugby a délivré un discours d’encouragement poignant à son équipe en début de match, et sans pression, avant leur entrée face à l’équipe d’Angleterre, favorite, en 2017.
N’oubliez jamais d’où vous venez, n’oubliez jamais d’où vous avez commencé. Personne n’aurait cru qu’on puisse arriver à ce niveau là. Personne n’aurait cru qu’on attaque le match de demain avec un sourire comme ça. Putain mais on risque quoi ? Que de s’amuser, de se faire plaisir ! Que de vivre une superbe aventure ! On risque quoi d’autre ? On est devenues, je vous l’ai dit, plus que des amies. Cette aventure on se l’ai écrit entre nous. Le groupe a toujours été fort (…) C’est ça notre état d’esprit, notre groupe, qui on est vraiment. C’est ça le plaisir qui va transpirer demain ! (…) On va faire la chose qui nous plait le plus : faire du rugby (…) On s’en fou, on va se faire plaisir. Juste ça. Vivre notre aventure ( …) et on fera le compte au bout des 80 minutes. Mais moi je vous l’ai dit, je la connais l’issue. Soyez-en sûres, je la connais.
En pleine colère froide lors de la mi-temps France-Italie lors du Tournois des VI nations en 2002, Bernard livre un discours d’encouragement musclé. Maintenant, c’est fini un peu. Maintenant, on va mettre un peu de rythme et ça va redémarrer. Et ça va redémarrer, hurle l’entraîneur du RC Toulon. Et on va les respecter, sans faire de fautes. C’est clair ça ? Vous voulez qu’on parle de quoi ? Dites-moi ! Des touches, des mêlées je ne sais pas moi.
De retour avec l’équipe de France à XV après un an d’absence pour préparer les JO avec l’équipe de France à VII, Antoine Dupont a également repris ses marques comme capitaine des Bleus. Pour preuve, cette vidéo prise à la mi-temps du match face à la Nouvelle-Zélande (30-29). Une intervention, avec celle du sélectionneur Fabien Galthié, en fin de séquence, qui a porté ses fruits puisque les Bleus ont entamé la deuxième période tambour battant pour finalement s’imposer de peu face aux Néo-Zélandais.
À la mi-temps, Antoine Dupont a galvanisé le vestiaire français, pointant les faiblesses à corriger. Un discours posé, précis et argumenté, qui a sans doute en partie permis aux Bleus de décrocher l’un des plus beaux succès de leur histoire face aux redoutables Néo-Zélandais.
À la mi-temps, les Français sont menés de 7 points (17-10). Et s’ils ont montré de grosses intentions lors des 40 premières minutes, plusieurs points restent perfectibles. "Ils attaquent tous les rucks et ils nous ferment les extérieurs. Alors là, les gros (les avants, NDLR), ça va être dur pour vous, mais il va falloir qu’on travaille en plaques.
À la lumière du résultat et du scénario final désormais connu, la suite du discours de Dupont revêt des aspects prophétiques. Il insiste sur l’aspect défensif, qui a permis aux Bleus de l’emporter d’un point samedi soir (30-29) : "En défense, c’est pareil, qu’on soit compact ! Ils ont des mecs qui jouent des duels, ils nous 'splittent' à chaque fois, on subit toutes les collisions. Quand on est en face, il n’y a pas de souci.
Joueur le plus capé du XV de France (82 sélections) et capitaine de la défense, Gaël Fickou est assurément un vrai leader dans ce groupe. En témoigne son discours dans les vestiaires avant de sortir défier la Nouvelle-Zélande (27-13), vendredi, en ouverture de la Coupe du monde. ''Y'a pas que les Montois dans les Landes, c'est clair ?''
«Je pense à Viri (Virimi Vakatawa), à Bernie (Bernard Le Roux), à Paul (Willemse), à Romain (Ntamack) qui ne sont pas là et qui rêveraient d'être là. Cissou (Cyril Baille) il rêverait d'être là, out à l'heure il avait les larmes aux yeux. Fickou a également rendu hommage aux supporters qui «viennent de partout pour nous soutenir». Avant de porter l’attention sur Uini Atonio, le pilier droit des Bleus, né en Nouvelle-Zélande : «Je le connais depuis dix ans, il n’a jamais rien lâché. Aujourd’hui on va le suivre.
Largement outsider au moment d’aborder ce match face au solide 2ᵉ de Pro D2 et habitué des phases finales ces dernières saisons, l’US Dax a prouvé qu’un derby, ça ne se jouait pas, ça se gagnait. Au final, les coéquipiers des Landais de souche que sont les Barrère, Gatelier, Duprat, Reteau et consorts l’ont emporté 27 à 23. Avant de récidiver à Biarritz la semaine suivante.
Dans son reportage, la FFR a dévoilé le discours de Fabien Galthié à la mi-temps d’Irlande - France. On y voit le sélectionneur encourager ses joueurs à en faire encore plus.
Dans son "franglais" iconique, l’entraîneur de la défense, forcément très satisfait de l’attitude de ses hommes, en demande encore plus à ses hommes. "40 minutes fantastiques ! Mais le match c’est 80 minutes. C’est ensuite à l’entraîneur en chef de prendre la parole. Pour lui son équipe a été bien meilleure dans le premier acte. "Derrière on va plus vite qu’eux, on est meilleur qu’eux. Devant on est plus costaud qu’eux." Galthié insiste ensuite sur l’importance de bien revenir de la pause avant de voir le "bomb squad" entrer en jeu après huit minutes. "Il y a huit minutes à jouer encore. J’ai dit à ceux qui allaient entrer de regarder comment vous allez les traiter pendant huit minutes et après ce sont eux qui les reprennent. Pendant huit minutes vous les traiter bien et après ce sont eux qui les reprennent. C’est en haussant le ton que le sélectionneur dévoile ses dernières indications et, surtout, motive ses hommes, sous le regard rageur de Louis Bielle-Biarrey. "Miette par miette. Miette par miette peut-être on va les arrêter dans leur domination. Si vous voulez être des hommes, c’est miette par miette. Conscience ! Lucide ! Si vous voulez changer le destin, si vous voulez aller de l’avant, le destin il est à vous. Miette par miette les enfants !" Un discours paternaliste qui a eu son effet, surtout auprès des remplaçants qui ont sur faire la différence en entrant.
Bien sûr que vous vous faites chier parfois à Marcoussis, mais prenez un livre et lisez. Lisez ce qui a fait la force du rugby français et des trucs qui vous serviront dans la vie. Il rappelle que les clubs du Top 14 ont besoin de leurs services désormais. « On se chambre souvent sur les clubs. Mais ne pensez pas que vous allez arriver en club tranquillou et que ça va jouer tranquillou. Tous vos clubs ont besoin de vous. Vos clubs sont en galère et ils ont besoin de vous.
Guilhem Guirado a ensuite annoncé qu’il mettait un terme à sa carrière internationale. « En tout cas, ce qui est sûr c’est que je suis fier de vous représenter, fier d’avoir joué à vos côtés, je suis fier aussi de raccrocher les crampons parce que je me fais vieux. Pour conclure, le capitaine Tricolore a remercié le staff de l’équipe de France. « Mon dernier mot s’adresse au staff. Je veux vous remercier au nom de tous les joueurs parce que je crois que vous travaillez comme des chiens. Vous ne comptez pas vos heures, surtout avec nous qui sommes des casse-couilles, dans le bon sens du terme. C’est ce qui fait la force de l’équipe de France dans ces moments-là. Quand on est au plus mal, que tout le monde se fout de notre gueule et qu’on nous met des coups de poignard, c’est là qu’on se redresse. Je vous l’ai dit qu’on était de bons Français et ce soir j’ai reconnu des vrais Français. Alors bien sûr, tout le monde va être content parce qu’on aurait dû gagner, mais n’oubliez pas que ça fait vraiment chier quand même.
Très émouvant discours , il doit vous prendre aux tripes dans un vestiaire , tout est tellement vrai , ça sort du coeur !.. MERCI pour TOUT notre Guilhem !.. Respect Mr GUIRADO !.. *ON T’M fort Catalan* !.. Et ils nous tardent déjà de vite te revoir fouler les pelouses du TOP14 , pour faire chier tous tes *Potos* !.. Garnement , VA !..
Après la semaine au contact de la Légion étrangère, la victoire contre l’Italie, le succès face à l’Irlande et le déplacement fructueux en Écosse, la FFR a sorti le 5e volet de sa série « destins mêlés », dévoilant les coulisses de la semaine de Galles-France et le succès acquis par le XV de France à Cardiff (9-13) pour la 4e journée du Tournoi des 6 Nations 2022.
Comme vous en avez pris l’habitude, plongez dans l’intimité des Bleus, avec une semaine particulière pour Shaun Edwards, l’entraîneur de la défense du XV de France qui a officié durant 11 ans dans le staff du XV du Poireau.
Semaine particulière aussi car avec un match le vendredi soir, les hommes de Fabien Galthié n’ont eu que « 3 jours pour prendre conscience » de toutes les tactiques et stratégies élaborées pour cette rencontre.
Découvrez par exemple l’option prise par les Français par rapport à leur combinaison appelée « la 900 ». Parmi les petits moments « de détente », soulignons les qualités de basketteur de Cameron Woki avec une boulette en papier, ou bien l’intervention du philosophe Charles Pépin, qui a fait « plancher » les Bleus sur deux sujets : « Qu’est-ce que la confiance en soi ? » et « Qu’est-ce qu’une belle et véritable équipe ? ».
Enfin, le vestiaire a de nouveau été ouvert, et l’on peut voir des scènes de concentration et des discours de motivation vraiment forts, que cela soit avant d’entrer sur le terrain ou bien à la mi-temps avec les mots du sélectionneur Fabien Galthié. Bref, une nouvelle fois, du pur régal.
| Personnalité | Équipe | Type de Discours | Contexte |
|---|---|---|---|
| Antoine Dupont | Équipe de France | Tactique et motivationnel | Mi-temps du match contre la Nouvelle-Zélande |
| Gaël Fickou | Équipe de France | Inspirationnel et rassembleur | Avant le match contre la Nouvelle-Zélande (Coupe du Monde) |
| Gaëlle Mignot | Équipe de France féminine | Encouragement et décontraction | Avant un match contre l'Angleterre |
| Daniel Herrero | RC Toulon | Passionnel et galvanisant | Avant une finale contre Toulouse |
| Fabien Galthié | Équipe de France | Tactique et paternaliste | Mi-temps du match contre l'Irlande |
