Difficile, a priori, de comparer l'environnement du PSG et l'univers des Bleus. Les enjeux diffèrent, l'ambiance entre un club et une sélection aussi et les formats des compétitions n'ont rien à voir. Quand l'équipe de France se rassemble pendant un mois et demi, le temps d'un événement exceptionnel, tendue vers la conquête d'une Coupe du monde, les Parisiens eux jettent les bases d'une nouvelle saison d'une soixantaine de matchs avec, en ligne de mire, une finale de Ligue des champions. Pourtant, le succès récent des Bleus ne peut pas laisser le club de la capitale insensible. Mis en échec ces dernières années en Ligue des champions, le PSG a le droit de s'en inspirer.
La victoire de l’équipe de France à la Coupe du monde représente un modèle à suivre pour le club parisien. Voici quelques pistes que la Fédération française de football, Didier Deschamps et ses joueurs viennent de dessiner.
La Solidité du Binôme Président-Entraîneur
C'est la base du bon fonctionnement des Bleus. Entre Noël Le Graët, président de la FFF, et Didier Deschamps, sélectionneur, il n'y a pas l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette. Une génération sépare les deux hommes mais pour le reste, leur relation est marquée du sceau de la complicité et de la confiance. Un climat positif qui se nourrit de preuves concrètes. Dès octobre dernier, NLG avait ainsi tenu à prolonger le contrat de Deschamps jusqu'en 2020. Une manière de sécuriser l'avenir de son sélectionneur et d'asseoir sa légitimité.
À Paris, la relation entre Nasser Al-Khelaïfi et ses entraîneurs a souvent été courtoise mais beaucoup plus distante, sous-tendue par des contrats de courte durée (deux saisons plus une en option pour Emery comme pour Tuchel). Même s'il n'est pas à l'origine de son recrutement, NAK a intérêt à nouer une relation solide avec le nouveau technicien du PSG.
La Nécessité d'Avoir un Grand Gardien
Hugo Lloris a rappelé cette évidence à plusieurs reprises : impossible d'aller loin dans une grande compétition sans un gardien de but décisif. Ces dernières saisons, le PSG a souffert au contraire d'un déficit dans ce domaine lors des matchs à élimination directe en Ligue des champions. Cette carence traverse ainsi l'histoire parisienne des cinq dernières saisons à des degrés divers avec Sirigu, Trapp puis Areola. L'arrivée de Gianluigi Buffon, bien au-delà du coup médiatique, répond aussi à cette exigence. Même si cette solution ne pourra être que temporaire, compte tenu de l'âge du gardien transalpin (40 ans).

Hugo Lloris, gardien de but emblématique de l'Équipe de France.
Un Collectif au-dessus des Ego
C'est la grande leçon du Mondial écoulé. Les Bleus ont dominé la compétition parce que leurs joueurs majeurs ont accepté de se fondre dans le moule dessiné par Didier Deschamps. On pense notamment à Paul Pogba qui a abandonné l'idée de se singulariser à tout prix pour mieux exister à travers un groupe. Thomas Tuchel devra justement mettre les stars au service de l'équipe. Là où Unai Emery a échoué la saison passée. Le défi est immense lorsqu'il s'agira de gérer la cohabitation au sein du trio Neymar-Cavani-Mbappé et avec le reste de son groupe. Pourtant, la clé des plus grands succès se situe là. Pour atteindre ce dessein, la personnalité, la psychologie et la diplomatie de l'entraîneur allemand seront déterminantes.

Le vestiaire du PSG, un lieu où la gestion des egos est primordiale.
La Bonne Formule pour Mbappé
En l'espace de quelques matchs de Coupe du monde, Kylian Mbappé en a montré au moins autant que pendant ses neuf premiers mois au PSG. Forcément, cela interroge. Dans quelle mesure le cadre technique, tactique et social des Bleus serait-il plus épanouissant que celui du PSG? Moins offensif mais tout aussi dangereux, Mbappé a été recadré pendant ce Mondial dans un rôle plus défensif, chargé d'animer son couloir. Avec Pogba, chargé de le mettre sur orbite, l'ancien Monégasque a fait des étincelles au sein d'une équipe qui jouait en attaque rapide. Même si le système risque d'être différent à Paris, Tuchel peut au moins y réfléchir.
En équipe de France, il porte le brassard et part du côté gauche pour aller marquer. Au PSG, il ne porte pas le brassard et part du côté gauche pour aller marquer. Dans les deux cas, il est un leader technique, et beaucoup plus que cela. Son accession au capitanat des Bleus, après la retraite internationale d'Hugo Lloris, correspond néanmoins à l'affirmation d'un leadership, avant et, surtout, pendant la Coupe du monde.
Didier Deschamps a d'autres leaders, comme toujours, c'est son fonctionnement. Mais le choix de donner le brassard à Mbappé repose aussi sur la volonté du sélectionneur de susciter, chez son attaquant, une influence plus collective encore. Au PSG, il n'a pas le brassard, mais on le remarque à peine, d'autant que Marquinhos n'attire pas naturellement la lumière, ni par son poste, ni par son caractère. L'équipe de France a perdu un seul match cette année, en Allemagne (1-2, le 12 septembre), et c'était un soir où il est resté sur le banc. Le paradoxe est qu'il en est à un but par match au PSG, mais que depuis l'été, Paris n'a pas toujours vu le meilleur Mbappé.
Son pouvoir à l'extérieur
La longue négociation de la nouvelle charte des droits à l'image dit à peu près tout de l'influence de Mbappé sur cette équipe de France. Si de nouvelles règles en la matière ont été édictées, c'est avant tout parce que la star des Bleus l'avait souhaité ardemment. Certains entourages de cadres n'ont pas manqué de remarquer, ensuite, que les changements effectués favorisaient, avant tout, le numéro 10 des Bleus.
En équipe de France, la voix du capitaine est, sans aucun doute, la plus écoutée. Et redoutée aussi... Sur de simples sujets du quotidien - nombre de jours entre deux matches par exemple - mais aussi sur des thématiques plus lourdes. Les prises de position de la star sur les questions sociétales sont observées et souvent craintes à la FFF et par le staff de l'équipe de France, plutôt frileux sur ces questions-là. Dans les heures qui ont suivi la mort du jeune Nahel en juin dernier (*), la réaction rapide de Mbappé et d'un certain nombre de joueurs (Koundé, Maignan, Tchouameni...) a ainsi bousculé le calendrier de la Fédération. Et a fait réagir dans les plus hautes sphères de l'État.
À l'intérieur de l'instance, ils sont plusieurs à entretenir le lien avec les représentants du capitaine des Bleus. Dans le cas de la négociation des droits à l'image, c'est Jean-François Vilotte, le nouveau directeur général, qui était en première ligne. Philippe Diallo, le président de la FFF, décroche aussi régulièrement son téléphone pour échanger avec les conseillers de la star.
Au PSG, le basculement majeur a eu lieu en juin 2022, avec l'arrivée d'un proche du camp Mbappé : Luis Campos, au poste de conseiller sportif. Depuis, sans que cela ne se traduise rapidement - mercato estival 2022 -, le Français, même indirectement, a pu influer sur la politique sportive. L'arrivée cet été d'internationaux français - Ousmane Dembélé, Lucas Hernandez, Randal Kolo Muani - et le départ des stars répond notamment à l'une de ses demandes de l'intersaison précédente. L'influence de Mbappé dépasse le cadre sportif, avec la nomination d'un certain nombre de ses proches au département communication du club de la capitale.
Dans ses interventions publiques, l'attaquant s'est régulièrement placé depuis comme un simple joueur du PSG. Et donc a repoussé toute forme d'influence. La manière dont il a écarté toute tension avec Luis Enrique après ses déclarations à Reims montre que Mbappé ne veut pas entrer dans une logique de conflit avec son club. En interne, au PSG, on décrit même le joueur davantage concentré sur les questions sportives que dans une dynamique d'élargissement de sa potentielle sphère d'influence. Le contexte brûlant de l'été a, en outre, une conséquence logique et concrète : Mbappé a moins d'échanges, avec sa direction, et notamment avec Nasser al-Khelaïfi. Mais ces dernières semaines, c'est lui, en personne, qui nourrit ce lien avec le président du PSG.
Son épanouissement
Entre le Mbappé, isolé et peu à l'aise de l'Euro qui, à l'automne 2021, avait failli arrêter sa carrière en équipe de France, et celui qui est aujourd'hui capitaine, il y a un monde. Quand il vient en équipe de France, le Bondynois affiche désormais un bonheur non dissimulé. Son statut de capitaine et la reconnaissance inhérente à ce rôle jouent nécessairement un rôle dans cet épanouissement. Mais pas seulement. L'arrivée de toute une génération dont les codes collent avec les siens plaît à Mbappé. L'attaquant mesure pleinement le rôle de leader qu'il joue auprès des nouveaux « entrants ».
Au PSG, le départ des stars, mais surtout la « dislocation », cet été, du camp sud-américain, ont modifié considérablement les rapports de force internes. Et a créé un cadre où Mbappé se sent à l'aise.
Pilier du Paris Saint-Germain, Blaise Matuidi l’est aussi devenu en équipe de France. Mais selon le milieu de terrain, les deux équipes ne jouent pas de la même façon, même si elles accordent une grande importance à conserver et à ne pas faire n’importe quoi du ballon.
« Avec le PSG, on est plus dans la possession, même si on l’a aussi avec les Bleus. Mais, en club, j’essaie de me positionner un peu plus haut, de toucher un maximum de ballons et de ne pas me précipiter parce que, si on va trop vite vers l’avant, on s’expose au risque de perte de balle. Malgré tout, je ne suis pas plus souvent face au jeu avec le PSG qu’avec les Bleus. En revanche, j’ai peut-être plus d’efforts défensifs à fournir en sélection. Un joueur spécifiquement à chercher sur le terrain? Pas du tout! Mais c’est vrai qu‘il y a des joueurs de talent qui aimantent le ballon, comme Zlatan. Mais ça se fait naturellement. Il décroche beaucoup. Au final, on a l’impression que notre jeu, à Paris, se transforme en losange. Ibra devient presque un 10, ce qui permet aux ailiers de rentrer dans l’axe. C’est moins le cas avec les Bleus » a expliqué le joueur dans les colonnes de L’Equipe.
Tensions Récentes entre l'Équipe de France et le PSG
À l’heure où les Bleus doivent affronter l’Azerbaïdjan et l’Islande dans le cadre des éliminatoires du Mondial 2026, la blessure de Bradley Barcola - annoncé forfait et remplacé par Florian Thauvin - a ravivé de vives tensions, apparues lors du mois de septembre dernier après les pépins physiques d’Ousmane Dembélé et Désiré Doué contre l’Ukraine. Une précision qui n’a pas du tout plu au PSG, qui « a pris connaissance avec étonnement du communiqué », puisque, selon le club, « les informations ne correspondent en rien aux informations médicales communiquées par les équipes médicales (…) le Paris Saint-Germain a transmis à l’Équipe de France un bilan médical de Bradley Barcola ne faisant en aucun cas état d’une lésion chronique après le match face à l’Atalanta ».
Mais le communiqué publié par la FFF n’a pas plu en interne du côté parisien, puisqu’il est vu comme un moyen de mettre la faute sur le club après avoir daté volontairement cette blessure, le PSG souhaitant « que le secret médical doit être respecté pour le bien de toutes les parties ». Mais la Fédération se défend et assure avoir fait une communication classique, en précisant avoir « l’habitude de communiquer le motif des forfaits, comme le font les clubs ». Mais c’est de là que vient le désaccord, puisque Paris assure que la blessure a été constatée contre Lille, où il avait été sorti à la 60e minute.
Didier Deschamps aurait d’ailleurs pu garder Bradley Barcola en sélection si les enjeux avaient été plus décisifs, mais le sélectionneur a préféré penser au rassemblement de novembre, qui devrait être plus décisif pour la qualification au Mondial 2026. Mais c’est la communication de la FFF plutôt que la décision qui n’a pas plu au PSG et a bien envenimé les relations entre les deux institutions, alors qu’un apaisement avait été pourtant annoncé après les épisodes Dembélé et Doué.
La défaite du PSG : tentative d'analyse !
Le PSG, Seul Représentant de Paris en Ligue 1
Cette saison, Londres compte sept clubs en Premier League. Madrid est représenté par trois équipes en Liga. Milan et Berlin placent deux clubs en Serie A et Bundesliga. Mais en Ligue 1, le PSG reste l’unique représentant de Paris, et cela depuis trente-deux ans. À l’époque, on ne parlait même pas de Ligue 1. Le 25 février 1990 au Parc des Princes, le Paris Saint-Germain s’incline face au Racing Paris (1-2), pour le compte de la 27e journée de… Division 1. Il s’agit là du dernier derby entre deux clubs de la capitale en première division.
À première vue, tous les éléments sont pourtant sur la table afin de favoriser l’éclosion d’autres clubs dans la capitale française. Le public ? L’aire urbaine de Paris (15 millions d’habitants) est la deuxième métropole la plus peuplée d’Europe, derrière Moscou. Les joueurs ? Les 12 000 km² de la région Île-de-France représentent l’un des plus grands viviers de talents au monde.
Après la Seconde guerre mondiale, de nombreux clubs font face à de graves difficultés financières. À cette époque, « beaucoup d’entreprises sont nationalisées, l’économie française se retrouve étatisée », recontextualise Paul Dietschy, historien spécialiste du sport, auteur d’Histoire du football. Le football n’échappe pas à la règle. « Les clubs se retrouvent financés par les pouvoirs publics, explique Loïc Ravanel, maître de conférences en géographie, qui a effectué sa thèse sur le sujet. Les mairies multiplient les fusions entre clubs d’une même ville, afin de regrouper leurs subventions. C’est ici que se produit le point de bascule historique avec nos voisins européens.
Au contraire de l’Angleterre, de l’Allemagne, de l’Italie ou de l’Espagne, la France n’est pas un pays où « le club de foot est marqueur d’une identité », explique Paul Dietschy. Pourquoi ? « Historiquement, la France est un pays très centralisé. Depuis la monarchie, et cela se poursuit avec la République, il y a une volonté de limiter les identités régionales. Chez nos voisins, l’attachement local est bien plus présent, et l’équipe de foot en est l’un des vecteurs. Les grands patrons d’industrie le savent.
Il y a les facteurs nationaux et il y a les explications propres à la ville de Paris et ses habitants. « Paris est une ville de provinciaux, dont le sentiment identitaire est davantage porté vers la ville d’origine », amorce Paul Dietschy.
Loïc Ravanel nuance cet argument sociologique et en développe un autre : « Ce phénomène n’est pas propre à Paris. Certains clubs, comme l’Atlético de Madrid ou le Torino, sont devenus les clubs des provinciaux, des immigrés. Il y a autre chose : un fort ancrage culturel à Paris. Les concerts, théâtres, musées, expositions et cinémas représentent une concurrence sociologique, économique et politique. »
Paul Dietschy le rejoint et complète : « Les élites ont vite repoussé le football hors de Paris intra-muros, dans les périphéries, notamment les banlieues rouges. Là-bas, la culture du FSGT (Fédération sportive et gymnique du travail), assez opposée au professionnalisme, fut longtemps enracinée. C’est pour toutes ces raisons que le PSG, mastodonte du football parisien, national et mondial aujourd’hui, a eu énormément de mal à s’implanter dans sa région de naissance, à l’aube des années 1970.

Le Parc des Princes, stade emblématique du PSG.
L’homme d’affaires Jean-Luc Lagardère fut à l’origine du rachat du Matra Racing en 1982, projet de création d’un second club parisien le plus abouti et financé au cours des dernières décennies. Il investit massivement avec, notamment, le recrutement de noms ronflants tels Fernandez, Francescoli ou Bossis, avec « l’ambition de succéder à l’AS Saint-Étienne dans le cœur des Français ». Mais les résultats sportifs ne sont pas à la hauteur, les critiques pleuvent et Lagardère jette l’éponge dès 1989. Il aurait perdu plusieurs centaines de millions de francs dans l’affaire.
Même les projets impulsés par l’État se finissent par un échec. Demandez à Marie-George Buffet, ministre de la Jeunesse et des Sports de 1997 à 2002. Durant son mandat, elle a poussé pour l’émergence d’un second club parisien afin que le Stade de France soit occupé par un club résident. « C’est ce qui était prévu dans le contrat signé par Me. Alliot-Marie avec le consortium du Stade de France. Je voulais que le Red Star soit ce club résident. Nous avions bien avancé sur le sujet, trouvé des possibilités de financement avec des entreprises françaises comme EDF, ainsi que le nom du futur président. Mais au dernier moment, la direction du Red Star et les élus locaux n’ont pas souhaité aller jusqu’au bout… L’idée a été abandonnée.
L’homme d’affaires Michel Moulin, passé par le Red Star (1999-2001) et le PSG (2008), a aussi tenté le coup avec le rachat de l’UJ Alfortville en 2008. Mais il s’est heurté à diverses problématiques : « Il faut un alignement des planètes pour réussir. Je vois trois éléments indispensables, aujourd’hui. D’abord, la compétence sportive, dont la plupart des clubs de la région disposent. Puis, des partenaires financiers avec une vraie philosophie sportive, qui n’attendent pas un retour sur investissement immédiat, ce qui est déjà plus compliqué. Et surtout, il faut les infrastructures. Le stade est l’endroit où tout se passe, où le club se construit une histoire. Il faut que les gens aient envie d’y venir et revenir. Et c’est le gros point noir de la région parisienne.
Aujourd’hui, voir la création d’un second club parisien de haut niveau relève-t-il de l’utopie ? Les différentes crises financières récentes ne favorisent guère l’investissement d’entreprises dans une activité incertaine comme le football à Paris. L’hypercroissance du PSG limite d’autant plus les candidats crédibles à un rachat d’un autre club qui pourrait rivaliser avec QSI (Qatar Sports Investments).
Pierre Ferracci, président du Paris FC, assure pourtant que son club n’est qu’à une marche de la réussite : « À Paris, vous n’existez pas en National, vous commencez à exister en Ligue 2 et vous existez vraiment en L1. Il y a un changement médiatique entre la L2 et la L1 qui nous fera accélérer d’un coup. J’en suis persuadé.