Dieux du Stade : Histoire et Héritage d'un Phénomène Culturel

Depuis 2001, le calendrier des Dieux du Stade déshabille les joueurs de rugby, lançant une mode initiée par Max Guazzini, ancien président du Stade Français Paris rugby. Ce concept a permis de donner une autre image du sport.

Genèse et Évolution des Dieux du Stade

L'ex-président du Stade Français raconte dans son autobiographie, "Je ne suis pas un saint", la genèse du calendrier. L'idée a germé en l'an 2000, lorsque Max Guazzini feuilletait un magazine et a vu une photo sexy d'un junior du club, Mathieu Laporte.

« Et si on faisait un calendrier à poil? », a lancé Guazzini aux joueurs lors d'un déjeuner. L'enthousiasme fut général, car l'équipe était alors championne. Le coup marketing était parfait, même si Guazzini refusait d'endosser cette expression. Il voulait que le Stade Français réalise des choses décalées que personne ne faisait.

L'aspect financier était loin d'être négligeable. Selon Max Guazzini, cela a permis de financer le club durant de nombreuses années. Le club touchait environ 50% du prix de la vente, soit environ 13 euros par numéro, et vendait alors 180.000 numéros de moyenne.

Pour pouvoir participer aux Dieux du stade, il y a la candidature spontanée ou la possibilité de se faire "chasser". Max Guazzini affirme toujours recevoir des candidatures spontanées aujourd'hui, bien qu'il ait vendu le Stade Français en 2011.

Selon Ludovic Barthe, le photographe procède ensuite au choix artistique et élabore le planning pour le shooting. Le shooting dure de 5 à 8 jours, selon le projet.

Pour le créateur du Stade Français, la nudité n'a jamais été un problème pour les joueurs de rugby professionnels. Il raconte que les rares réticences qu'il a rencontrées venaient toujours des copines ou des épouses des joueurs.

Max Guazzini raconte que pour le calendrier 2004, lui aussi a tombé les vêtements pour poser nu avec ses joueurs. Il décrit un shooting long et chaud dans un tennis couvert de Jean Bouin.

Chaque année, une partie des bénéfices vont à des associations caritatives. Pour l'édition 2018, c'est l'association Le cancer du sein, parlons en! Pour les éditions précédentes, Un club un autiste, La fondation du sport français, Sport sans frontières ont été associées à la démarche.

Selon l'international français, c'est positif de participer à ce calendrier car sa famille a été touchée par des cancers. C'est une manière de contribuer à une bonne œuvre tout en démocratisant l'image des joueurs de rugby vis-à-vis du grand public.

En 18 éditions, 350 sportifs ont posé nus pour le calendrier provenant de 21 disciplines. La meilleure vente remonte à l'édition 2005 vendue à plus de 200.000 exemplaires. L'emblématique président du Stade Français revendique la diversification des sportifs invités dans Les Dieux du stade.

Tous les joueurs qui participent au calendrier sont payés. Le directeur marque et merchandising du Stade Français dévoile que tous les joueurs sont payés la même chose. Ils ne le font pas pour l'argent, mais pour valoriser leur image pour toucher des marques différentes.

Teaser #1 | DIEUX DU STADE 2015

Les Difficultés de Publication et le Succès Médiatique

Max Guazzini revient en détail dans son autobiographie "Je ne suis pas un saint" sur les difficultés qu'il a rencontrées afin de publier la première édition. Il confie qu'"Aucun éditeur n'accepte de publier le calendrier".

Il arrivera à ses fins grâce à l'entregent de Pascal Nègre alors à Universal, propriété de Vivendi qui profitera d'une de ses maisons d'éditions afin de conclure l'affaire.

L'éditeur se montrait très sceptique sur le produit, conseillant de n'imprimer que cinq milles exemplaires et de le vendre à un prix très bas. Guazzini n'a pas écouté ce conseil et a fait faire un premier tirage de vingt mille exemplaires.

La sortie du calendrier a été un événement médiatique. Le succès ne tient pas seulement à la qualité des photos, mais surtout à leur authenticité. Ce sont de vrais sportifs et non des mannequins ou des éphèbes qui posent. Des joueurs de rugby on ne peut plus virils. Ils sont beaux et ils sont champions.

Guazzini a décidé que le calendrier aura pour nom: «Dievx dv Stade» avec le même lettrage que les monuments de l’ancienne Rome, avec un V à la place du U. Son goût pour l’Antiquité l'a conduit à ce choix.

Clément Poitrenaud et Guillaume Labbé : Des Figures Marquantes des Dieux du Stade

Les amateurs des calendriers des Dieux du stade ne verront plus Clément Poitrenaud sur papier glacé. Le joueur de rugby du Stade Toulousain a annoncé qu'il prenait sa retraite.

Outre son palmarès et son physique, Clément Poitrenaud est également connu pour quelques histoires croustillantes. Son nom restera gravé dans la mémoire des aficionados pour sa boulette lors d'une finale de coupe d'Europe entre le Stade Toulousain et les London Wasps en 2004.

Avant d’être acteur, Guillaume Labbé a joué au rugby et a participé au mythique calendrier « Les Dieux du Stade ». Il se souvient de cette aventure « improbable » quand il avait 18 et 19 ans.

Max Guazzini venait parfois dans le vestiaire pour discuter et lui a proposé de faire un calendrier. Labbé était comme un fou à l'idée d'être avec tous les joueurs de la « une ».

Le Témoignage de Raphaël Poulain : Entre Gloire et Réflexion

Il y a un peu plus de deux semaines, l'ancien ailier du Stade français et du Racing Métro, Raphaël Poulain, était au Centre national du rugby français à Marcoussis. Devant plusieurs joueurs de l’équipe de France actuelle dont Frédéric Michalak et Thierry Dusautoir, certains anciens comme Fabien Pelous, et l’ensemble des moins de 20 ans réunis dans l’auditorium du CNR, l’ancien dieu du stade a raconté son histoire, ses débuts au rugby, ses années de gloire puis sa descente au enfer entre blessures et excès.

A l’initiative de Pierre Camou, président de la FFR, Poulain a donc fait face à tout ce beau monde venu pour spécialement pour lui. Devenu comédien, Poulain a désormais l’habitude de jouer un rôle. Mais face à la relève du XV de France, cet amoureux de la philosophie n’a rien éludé.

Il a confié à l’Express à l’issue de ce qu’il décrit comme « une sorte d’ovni. » Le but : faire part de son expérience pour que les jeunes ne tombent pas les mêmes travers et soient mieux armés pour affronter la vie du sportif de haut niveau.

Car « à l'époque du Stade Français, des calendriers et des Pom-Pom girls » Poulain n’avait que 20 ans. A la fin de tout ça et après une dernière pige avec le club francilien, il a donc décidé de faire un travail sur lui-même. Une introspection qui lui prendra quatre ans.

Au bout, une autobiographie, « Quand j'étais Superman » et puis aussi cette longue confession d’une heure et demi dont voici un très bon résumé.

Après le livre, « Quand j'étais Superman », l'ancien joueur du Stade français Raphaël Poulain revient avec le projet participatif « Les héros meurent jeunes », un film documentaire aux allures de Tour de France du rugby. L'ancien Dieu du stade évoque le XV de France, les dérives du rugby ainsi que ses aspirations pour l'avenir.

Poulain a été joueur professionnel de rugby au Stade Français pendant 7 ans de 1998 à 2005. Il a écrit, en collaboration avec Thomas Saintourens, un livre *Quand j’étais Superman en 2011.

Projet Documentaire « Les héros meurent jeunes »

L'idée est de recréer le lien entre l'ancienne génération et la plus jeune, pour ne pas oublier ce qui fait la vraie valeur de ce sport face aux dérives. On a l'intention de partir sur les routes à bord d'un combi Volkswagen à la rencontre des anciens et des plus jeunes.

Il ne s'agit pas de faire un constat du rugby d'aujourd'hui mais de raconter une histoire et de revenir avec une œuvre d'art humaine. Poulain a envie d'aller voir ce qui se passe ailleurs, de mettre en avant la sève de ce rugby qu'il a connu jusqu'à aujourd'hui.

L'idée du documentaire c'est aussi de mettre en avant la galère du rugbyman quand tu arrêtes. Que tout s'arrête d'un coup et que tu retrouves seul face à toi-même. Ce n'est pas le genre de trucs qu'on montre dans les médias.

Poulain se laisse porter et ose l'inconnu. La forme sera son parcours, mais le fond sera les histoires qu'on voudra bien lui raconter. Il a toujours eu cette âme d'artiste et a envie de créer et d'apporter.

Aujourd'hui, il continue les conférences dans les centres de formation, mais aussi en entreprise parce que c'est un discours qui colle bien au principe d'hyper performance. Ce film lui permet justement de rentrer dans sa vie de comédien.

Poulain aimerait vraiment être coach mental dans le rugby parce qu'il pense qu'il y a une nécessité d'accompagner les joueurs, notamment dans les centres de formation.

La Philosophie de Vie de Raphaël Poulain

Raphaël Poulain s’était pris pour « Superman » avant de tomber de son piédestal. Il aurait pu décrire ses grands moments sportifs, ses réussites professionnelles, les marques des voitures dans lesquelles il a flambé, ou encore évoquer le nombre de ses conquêtes féminines, tout l’argent engrangé (et dépensé).

Il ne savait pas qu’il allait devenir père de 2 garçons et qu'il allait aussi devenir un « gros con ». On ne lui a pas appris, prévenu, qu’une relation amoureuse demandait autant de remises en question.

On lui a inculqué qu’une réussite humaine passait obligatoirement par la conquête du monde extérieur, des femmes, d’un confort matériel de vie avec tous les clichés que ça peut comporter : argent, voitures, notoriété, gloire.

Et soudain une blessure en pleine carrière, en pleine gloire, une deuxième, puis une troisième. Quand une carrière s’arrête, le sportif vit ce que l’on appelle « la petite mort ».

Pour sa part, cela n’a pas été l’alcool, la drogue ou le sexe. Il a trouvé ses extrêmes dans une autre forme d’addiction : la philosophie, la mythologie, la psychologie. Il est devenu con et dogmatique, bien malgré lui !

Il a eu la chance de rencontrer beaucoup de personnes qui lui ont permis d’apprendre, souvent dans la douleur, et qui l'ont aidé à grandir. Un changement mortel mais vital s’est alors imposé à lui : la rupture.

En plein burnout, il se devait d’affronter ses peurs, de les regarder bien en face pour les identifier, et les atténuer. Il a réalisé alors que le courage n’était pas d’être le plus musclé, le plus intelligent, le plus violent, le plus puissant.

Après cette petite mort, il a décidé de reconquérir cette jeune femme, d'apprendre ensemble à s’aimer différemment, à se respecter soi-même et l’autre. Perdre ses cheveux, entretenir un corps qui commence à couiner et à partir en sucette.

Il apprend à aimer l’homme qu’il devient, à aimer Julie qui l’accompagne dans ce voyage et ses deux monstres Léo et Elliot. Il se doit aussi de poursuivre son cheminement, de prendre sa part pour laisser un monde un peu moins pourri à ses fils et celles et ceux de leur génération.

Tableau Récapitulatif des Éditions des Dieux du Stade

Année Particularités Association Caritative Soutenue
2005 Meilleure vente (plus de 200.000 exemplaires) -
2018 - Le cancer du sein, parlons en!
Précédentes - Un club un autiste, La fondation du sport français, Sport sans frontières

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