Les Adieux Émouvants de Raí au Parc des Princes : Un Chapitre Inoubliable de l'Histoire du PSG

Les matchs entre le PSG et l’AS Monaco au Parc des Princes ont souvent été le théâtre dramatique d’événements uniques. Dans toutes ces histoires princières, l’édition du 25 avril 1998 est unique en son genre. Ce soir-là, Raí faisait ses adieux au Parc des Princes après un quinquennat incroyable dans la capitale.

Cinq années ponctuées de 215 matchs et 72 buts et de nombreux titres (Championnat, Coupes des coupes, Coupe de France, Coupe de la Ligue). Pour ceux qui ont eu la chance d’assister à ce match, le score est anecdotique. D’autant que le PSG a perdu (1-2) et termine une saison catastrophique, la dernière de Michel Denisot à la tête du club.

De ce match, il ne reste que Raí. Le capitaine. Et son rapport très particulier avec le Parc des Princes. Un stade versatile. Dur. Rancunier. Violent. Bruyant. Pourtant, ce soir-là, le Parc va saluer son héros pendant plus de deux heures.

Unique buteur parisien du match, Pierre Ducrocq n’a rien oublié. « Tout le stade l’avait salué. Les deux virages avaient fait des tifos en son honneur. À chaque fois qu’il touchait le ballon, le stade se soulevait », se souvient celui qui officie aujourd’hui sur France Bleu Île-de-France.

Ducrocq toujours : « Avant la rencontre, il était dans la maîtrise. Il n’avait rien laissé transparaître. » Un sentiment corroboré par le Brésilien lui-même dans des propos rapportés par L’Équipe le matin du match.

« Probablement ne vais-je rien montrer de ce que je ressens. Ce doit être plein de bonheur. Il ne sera pas fait de larmes. À l’intérieur, oui, au fond de moi, certaines couleront, mais j’ai vraiment envie de danser une dernière fois, de rire, de jouer et de séduire ce Parc que j’ai tant aimé… »

Mais le grand Brésilien va se montrer présomptueux. Parce qu’il va craquer. « La carapace a commencé à se fissurer à vingt minutes de la fin du match, détaille Pierre Ducrocq. Et là, il a craqué. Et voir un monsieur comme ça pleurer sur un terrain, après tout ce qu’il a connu, ça fait bizarre. C’est le plus bel hommage que le Parc ait rendu à un joueur. Même Pauleta n’a pas eu droit à ça. Le Brésilien représentait quelque chose à Paris. C’était la fin d’une ère. »

Difficile aujourd’hui de comprendre l’importance de l’arrivée du joueur en 1993 si on regarde le PSG à travers le prisme de QSI. À l’époque, les Franciliens brillaient avec François Calderaro, Jean-Luc Sassus et Amara Simba. En 1993, c’est donc le capitaine du Brésil qui débarque dans la capitale. Un monstre. Premier match contre Montpellier au Parc, l’ancien du São Paulo fait une ouverture de 40 mètres avec un coup du foulard. Le ton est donné.

Pourtant sa première saison va être un fiasco. Le garçon ne marque pas. Il se fait bouger sur tous les terrains et sa lenteur est pointée du doigt. Ducrocq se souvient : « Quand il arrive, c’est quand même le capitaine du Brésil et il va passer trois mois en CFA pour se retaper physiquement. Sa première année est difficile. Il a mangé dans la presse et pourtant, il n’a jamais ouvert sa bouche. Et puis, fallait le voir à l’entraînement. Ce qui m’a toujours marqué, c’est sa lenteur. C’était un grand gaillard et j’ai dû défendre pas mal de fois sur lui au Camp des Loges. Avec Édouard Cissé, on n’arrivait jamais à lui prendre la balle. Il se mettait dos à vous, contrôlait la balle avec la semelle et son dos était tellement imposant qu’il masquait la balle. En deux crochets, il était déjà ailleurs et avait envoyé une ouverture sur un attaquant car il avait déjà tout vu avant vous. Il a mis un an à devenir le patron. La marque des grands ? Une année pour apprendre en somme.

Ensuite, le numéro 10 n’avait qu’un objectif : retourner l’opinion et surtout se mettre « son » Parc dans la poche. « Au début, on doutait de moi. Quand je ratais un dribble ou une passe, lorsque j’essayais de jouer mon football et qu’il ne passait pas, ce n’est pas le public que je défiais. Mais ce stade. Cette arène. Je ne voyais que lui et j’étais enfermé, peut-être même perdu. Je me suis dit : « Il faut que tu lui plaises. Il faut que je le séduise. » Oui, c’est un drôle de rapport qui s’est tout de suite installé avec le Parc… » se souvient-il le matin de son dernier match contre Monaco.

90 minutes plus tard, les larmes sont sur tous les visages. Le stade chante « capitaine Raí » sur l’air de Capitaine Flam, l’une des rares chansons du Parc des Princes destinées à un joueur, preuve qu’entre le stade de la Porte de Saint-Cloud et le Brésilien, il s’est passé quelque chose.

Alors qu’il aurait pu faire son jubilé au Brésil, au chaud à la maison, c’est à Paris qu’il viendra fêter la fin de sa carrière en 2001. Tout sauf un hasard. Dans les coursives d’Auteuil d’avant le plan Leproux, certains grands noms du club avaient eu droit à des portraits sur les murs. Le Brésilien en faisait logiquement partie. Le Parc était sa maison. Forcément, lui dire au revoir a laissé des traces.

« À la fin du match de Monaco, l’ambiance est particulière dans le vestiaire. Il est touché, ému, triste de partir car il aimait vraiment Paris et le Parc. Nous, on est triste pour lui. Triste de le voir partir car ça signifie la fin d’une époque » conclut Pierre Ducrocq. Dehors, le ciel pleure aussi. Il pleut des trombes d’eau.

« Je ne saurai que plus tard, dans cinq ans, lorsque je reviendrai faire un tour à Paris, si j’ai compté dans l’histoire du club, déclarait le joueur le matin de cette dernière au Parc des Princes. On verra si les gens me reconnaissent et je constaterai de moi-même si je leur ai laissé un souvenir heureux. »

Seize ans plus tard, même si les graffitis du Parc des Princes ont été effacés, l’âme du Brésilien est toujours là. À jamais. N’en déplaise à Zlatan Ibrahimović et son « avant moi, ils n’avaient rien », car avant le Suédois, les Parisiens avaient Raí. Autant dire qu’ils avaient tout.

Un « MERCI RAI » en lettres de feu scintille au centre de la pelouse du Parc des Princes. La fumée du feu d'artifice se dissipe à peine. Rai ressort seul des vestiaires pour goûter une ovation méritée. Les yeux de l'ancien capitaine du PSG brillent. Mais il parvient à contenir son émotion. Debout, les 40 000 spectateurs chantent des « Capitaine Rai » à n'en plus finir. Le Brésilien goûte les derniers instants d'une soirée réussie sur tous les plans.

Pour le plaisir, il s'offre un second tour d'honneur. Celui d'Auteuil récupère son tee-shirt. Torse nu, Rai rentre au vestiaire. Et se confie. « C'est énorme. C'est plus que ce que je pensais. Ã?a vaut le coup d'être correct professionnellement. J'ai toujours tout donné pour mes couleurs. Mon patrimoine, c'est ça. Mais franchement, trois ans et demi après mon départ, je ne pensais pas trouver le Parc comme ça. Ã?a veut dire qu'il reste quelque chose de fort dans la tête des gens ».

Ginola ovationnéUn Parc plein, un festival de buts, des beaux gestes techniques, le jubilé de Rai a tenu toutes ses promesses. Revoir la ola dans ce stade veut déjà dire beaucoup. David Ginola, l'ancien Parisien le plus ovationné de la soirée, ne s'y trompe pas : « Le public sait que cette équipe-là était très forte. On leur a donné un petit aperçu avec quelques années de plus. C'est extraordinaire de fouler cette pelouse. Les supporters ont répondu présent pour Rai et ça c'est chapeau ! »

Les amoureux du PSG auront noté tout au long de la soirée une succession d'images fortes et symboliques. Le Parc a ainsi grondé de plaisir quand Luis Fernandez, calme entraîneur de l'équipe « PSG années quatre-vingt-dix », s'est levé de son banc pour entrer en jeu. Les relances de Lama pour Ginola ont aussi ravivé les mémoires. Youri Djorkaeff, blessé, a retrouvé avec plaisir son ancien ami de l'Inter, Ronaldo. « Les deux grosses stars étaient sur le banc ce soir », constate Djorkaeff, hilare. Le Brésilien a en effet préféré renoncer à jouer au dernier moment.

« J'ai envie, mais s'ils me voient en Italie, ils ne vont pas aimer... » On a aussi vu Leonardo débuter le match malgré un claquage avant de céder sa place. Et puis, pour mon ami Rai... » souffle le Brésilien. Dans la tribune officielle, Pierre Lescure et Michel Denisot ont apprécié. « C'est un spectacle exceptionnel pour un homme exceptionnel », précise le directeur général de Canal +.

Le plus Parisien des Brésiliens lui, après une mi-temps dans chaque équipe, a quitté le match à 19 h 36. Lentement, en saluant longuement ses amis et le public. Puis la soirée s'est poursuivie au restaurant le Planet Hollywood, où la chanteuse Lââm et Loana ont rendu une petite visite aux footballeurs.

Luis Fernandez a déclaré à l'issue du match : « C'était une très belle fête. Je pense faire mon jubilé en début de saison prochaine. »

Raí [Best Skills & Goals]

Statistiques Clés de Raí au PSG

Statistique Valeur
Nombre de matchs 215
Nombre de buts 72
Titres majeurs Championnat, Coupe des Coupes, Coupe de France, Coupe de la Ligue

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