La déforestation constitue l’un des défis environnementaux les plus pressants du XXIe siècle. Bien qu’elle diminue, elle continue de provoquer la perte d’environ 8 millions d’hectares de forêts chaque année, principalement en raison de l’expansion de l’agriculture et de l’élevage. Ce phénomène, très inégal, se concentre surtout dans les régions tropicales, où il est l’une des principales causes de la perte de biodiversité. Également, l'équivalent d’un terrain de football de forêts disparaît toutes les deux secondes.
Environ 11,1 millions d'hectares de forêts ont été perdus dans les régions tropicales l'an dernier, dont 3,75 millions dans des forêts primaires, selon l'étude annuelle du Global Forest Watch (GFW), du World resources institute (WRI) et de l'université du Maryland. La destruction de ces forêts intactes a relâché 2,5 gigatonnes de CO2 dans l'atmosphère en 2021, l'équivalent des émissions annuelles de l'Inde, selon les calculs des chercheurs. Plus de 40 % de la forêt primaire perdue en 2021 l'a été au Brésil, avec environ 1,5 million d'hectares coupés ou partis en fumée, suivi par la République démocratique du Congo avec près de 500 000 hectares détruits.
Il y a de cela 10 000 ans, les forêts occupaient environ 6 milliards d’hectares, soit la moitié des surfaces terrestres libres de glace de notre planète. Au moins 2 milliards, environ un tiers, ont été perdus depuis, une surface qui représente deux fois la taille des États-Unis. La moitié de cette perte s’est faite au cours du siècle dernier, tandis que 420 millions d’hectares ont été déboisés au cours des trois dernières décennies seulement, soit 7,6 fois la superficie de la France métropolitaine.
Toutefois, la déforestation est inégalement répartie sur la planète. Les forêts tropicales sont, de loin, les plus touchées puisque leur déforestation représente plus de 90 % de la déforestation mondiale. En tête des pays avec le plus fort taux de déforestation se trouvent le Brésil et l’Indonésie, qui représentent respectivement 33 % et 14 % de la déforestation mondiale. Cela signifie que près de la moitié de la déforestation mondiale se concentre dans ces deux pays seulement.
L’expansion des pâturages, notamment pour la production de viande bovine, des terres cultivées pour le soja et l’huile de palme et, de plus en plus, la conversion des forêts en plantations d’arbres pour la pâte à papier ont été les principaux moteurs de cette évolution.

Lutte contre la déforestation: tous responsables! avec Maisons du Monde Foundation | ELLE Green 2021
Causes et Conséquences de la Déforestation
La déforestation semble une conséquence inévitable de l’expansion humaine. Agriculture, élevage, exploitation forestière et minière ou encore développement urbain, ces activités occupent désormais plus de la moitié des surfaces terrestres libres de glace, signe d’une destruction planétaire des écosystèmes naturels. La première cause historique de la déforestation est l’expansion agricole, surpassant de loin toutes les autres activités.
Les surfaces agricoles, qui comprennent les pâturages et les terres cultivées, occupent 4,8 milliards d’hectares, soit près de la moitié des surfaces terrestres habitables, au détriment des forêts, des zones humides, des prairies naturelles et de nombreux autres écosystèmes naturels. À titre de comparaison, les zones urbaines n’en représentent, selon les estimations, qu’entre 1 et 3 %.
En réalité, sur ces 4,8 milliards d’hectares, seulement 16 % sont des terres arables consacrées à la production de cultures destinées directement à l’alimentation humaine (fruits et légumes) et 4 % serviront dans le textile ou les biocarburants. Il y a 10 000 ans, 10,6 milliards d’hectares, soit 71 % de la surface continentale, étaient couverts de forêts, d’arbustes et de prairies sauvages. En 2018, 46 % des surfaces autrefois recouvertes par des forêts, des arbustes ou des prairies sauvages sont désormais utilisées pour l’agriculture.
Encore aujourd’hui, l’expansion de l’agriculture est de loin le premier moteur de la déforestation mondiale, puisqu’entre 2000 et 2018, elle était responsable de près de 90 % de la déforestation. Trois produits agricoles - le bœuf, le soja et l’huile de palme - sont à eux seuls responsables de 60 % de la déforestation mondiale.
Au-delà de ces causes directes de déforestation se trouvent deux causes sous-jacentes, qui sous-tendent la déforestation. La première est la démographie. La population mondiale a doublé au cours des 50 dernières années, une croissance exponentielle qui a mécaniquement engendré une augmentation de la demande d’espace pour répondre aux besoins de la population, notamment en matière d’alimentation, de logement et d’infrastructures. Néanmoins, la démographie n’est pas la seule responsable de l’accroissement de la déforestation.
La seconde cause indirecte de la déforestation est l’augmentation de la consommation de ressources par habitant, stimulée par l’urbanisation et l’augmentation des revenus, mais aussi par le mode de vie et les habitudes de consommation. Puisque la majorité de la déforestation est causée par l’expansion agricole, le régime alimentaire constitue une variable clé dans la demande en terres agricoles.
Enfin, l’urbanisation et l’augmentation des revenus causent une consommation accrue de ressources, que ce soient des minerais, des combustibles fossiles ou de la biomasse. De nombreuses villes se trouvent à proximité ou à l’intérieur de régions riches en biodiversité, où elles génèrent des pollutions et stimulent l’extraction de ressources. La consommation de ressources par habitant a augmenté de 38 % depuis le début du siècle. Leur extraction entraîne déforestations, dégradations et pollutions.
Notamment, de vastes gisements de combustibles fossiles (pétrole, gaz et charbon) se situent dans des régions particulièrement riches en biodiversité, telles que l’Amazonie ou l’Indonésie. Leur exploitation provoque non seulement la destruction et la dégradation des habitats naturels, mais elle favorise aussi l’expansion humaine dans des zones auparavant sauvages. Cela s’accompagne souvent de l’introduction d’espèces envahissantes et d’agents pathogènes, de l’érosion des sols, de la pollution des eaux et de la chasse illégale.
Acteurs de la Déforestation
Divers acteurs ont contribué à la déforestation dans les régions tropicales, avec une évolution marquée de leur rôle au fil du temps. Entre les années 1960 et 1980, les petits exploitants agricoles représentaient la principale force de déboisement. Encouragés par des politiques étatiques promouvant la déforestation comme moteur de développement économique, ces agriculteurs ont défriché de vastes étendues de forêts tropicales, en particulier en Asie du Sud-Est et en Amérique latine.
Cependant, avec le développement de la mondialisation et de l’urbanisation dans les années 1980, la part des entreprises, notamment de l’agro-industrie, a connu une croissance importante - pour la culture du soja et l’expansion des pâturages pour l’élevage en Amérique du Sud et pour l’expansion des plantations industrielles pour l’huile de palme et la pâte à papier en Indonésie.
Toutefois, cette tendance s’est depuis inversée à nouveau. La conversion de forêts en terres agro-industrielles a significativement diminué, laissant place à une déforestation à petite échelle, menée par des petits exploitants agricoles, qui surpasse désormais le déboisement pour les cultures agro-industrielles. En Indonésie, il y a 15 ans, l’expansion des plantations industrielles pour l’huile de palme et la pâte à papier représentait plus de la moitié de la déforestation, mais ce chiffre est tombé sous les 15 % depuis, tandis que l’expansion des cultures à petite échelle a vu sa contribution augmenter - une tendance également observée dans d’autres régions d’Asie du Sud-Est.
Les industriels ont donc sans conteste une responsabilité à la fois historique et actuelle dans la déforestation. Cependant, la part de la déforestation provoquée par de petits exploitants agricoles ne doit pas être négligée. Alors que la déforestation se concentre dans les régions tropicales, beaucoup de ces régions sont également parmi les plus pauvres de la planète. C’est pour cette raison que la déforestation à petite échelle, pour l’agriculture vivrière, est tant prévalente.
Le bien-être des populations rurales pauvres est essentiel : il est peu probable qu’elles participent à la préservation des forêts si elles ne parviennent pas d’abord à subvenir à leurs besoins ou à ceux de leurs familles.

L'Amazonie et les Points Chauds de Biodiversité
Lorsqu’il est question de déforestation, l’image de la forêt amazonienne revient fréquemment dans les médias ou plus largement dans l’imaginaire collectif. Plus grande forêt tropicale du monde avec ses 550 millions d’hectares, elle est l’incarnation d’une nature extraordinairement riche et menacée. Pourtant, la forêt amazonienne n’est pas la plus durement affectée par la déforestation et, ces dernières années, son taux de déboisement a atteint des niveaux historiquement bas. Cependant, cette amélioration cache une réalité bien moins connue : un report inquiétant de la déforestation vers d’autres écosystèmes brésiliens.
Limiter la déforestation en Amazonie est certes un enjeu climatique (la quantité de carbone stockée par hectare dans la biomasse y est particulièrement importante), mais c’est aussi un enjeu médiatique et politique de premier plan ; la déforestation se reporte en contrepartie vers des biomes moins médiatisés, comme le Cerrado, ou la forêt Atlantique.
Pourtant, ces deux écosystèmes font partie des 36 points chauds de biodiversité (en anglais hotspots) - des régions d’une richesse exceptionnelle en espèces végétales et animales, mais également particulièrement menacées par les activités humaines. Deux critères définissent ainsi un point chaud de biodiversité : compter au moins 1 500 plantes vasculaires endémiques, c’est-à-dire qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur la planète, et avoir perdu plus de 70 % de sa végétation primaire.
En d’autres termes, un point chaud de biodiversité est à la fois irremplaçable et extrêmement menacé. Ces 36 points chauds de biodiversité ne représentent que 2,5 % de la surface terrestre, mais ils abritent plus de la moitié des espèces végétales et près de 43 % des espèces d’oiseaux, de mammifères, de reptiles et d’amphibiens de la planète.
La forêt Atlantique, par exemple, abrite 2 960 espèces d’arbres, 719 d’amphibiens, 517 de reptiles, 1 025 d’oiseaux et 384 de mammifères avec des taux d’endémisme extraordinaires (70 % des amphibiens, 24 % des reptiles, 21 % des oiseaux et 28 % des mammifères y sont endémiques).
Avec 1,8 milliard d’hectares, les forêts tropicales représentent environ 45 % du couvert forestier mondial, soit environ 10 % des surfaces terrestres mondiales. Cette zone relativement petite à l’échelle de la planète, abrite cependant les deux tiers de toutes les espèces connues sur Terre et certainement encore plus d’espèces inconnues. On compte ainsi 16 000 espèces d’arbres rien qu’en forêt amazonienne.
À titre de comparaison, un seul hectare de la forêt amazonienne peut en abriter 473 espèces, plus que le nombre total d’espèces d’arbres trouvées dans toute l’Europe. C’est pour cette raison que la déforestation, qui affecte quasiment exclusivement les écosystèmes tropicaux, représente une telle menace pour la biodiversité terrestre, à la fois pour les espèces végétales mais également pour les espèces animales qui dépendent de cet habitat pour leur survie.
Pour cette raison, la destruction des habitats naturels constitue la première menace qui pèse sur la biodiversité terrestre. L’agriculture, première responsable de cette destruction, menace à elle seule pas moins de 5 407 espèces dont près de 4 500 espèces de vertébrés. Or, globalement, entre la moitié et les deux tiers de toutes les plantes et 57 % de tous les vertébrés terrestres menacés d’extinction sont des espèces endémiques des points chauds de biodiversité.
Alors qu’on continue de découvrir de nouvelles espèces végétales et animales en explorant des régions du monde encore méconnues, il ne fait guère de doute que la déforestation ait déjà causé, et puisse encore causer, l’extinction d’espèces avant même qu’elles n’aient été découvertes et décrites par la science.
Forêts Primaires et Secondaires
Les forêts primaires et secondaires se distinguent par leur histoire et leur état. Les forêts primaires sont des écosystèmes intacts, n’ayant jamais été altérés par l’activité humaine, cultivés, exploités ou défrichés. À l’inverse, les forêts secondaires ont subi des perturbations significatives, souvent causées par l’homme, ce qui a altéré leur structure et leur composition rendant leurs écosystèmes fragiles. Ces forêts sont apparues sur Terre il y a environ 380 millions d’années. Jusqu’à l’apparition de l’espèce humaine, il y a 300 000 ans, toutes les forêts étaient primaires. Les forêts primaires couvrent environ un tiers des forêts mondiales. Il ne reste plus de forêts primaires en France en raison de l’histoire ancienne de l’exploitation forestière et de l’agriculture.
Les forêts primaires abritent une incroyable variété d’espèces végétales, animales et microbiennes. Ces écosystèmes intacts, intemporels et complexes sont les gardiens de la diversité biologique de notre planète. Ces forêts sont habitées par une faune exceptionnelle, comprenant des mammifères emblématiques comme les jaguars et les orangs-outans, ainsi qu’une grande variété d’oiseaux colorés, d’amphibiens fascinants et d’insectes aux formes étonnantes. Les arbres géants dominent la canopée, tandis que le sous-bois sombre est vital pour maintenir l’équilibre écologique. Les forêts primaires ne sont pas seulement des refuges pour la biodiversité visible, mais aussi des gardiens de trésors microbiens, jouant un rôle essentiel dans l’équilibre naturel de notre planète.
Avec ses 40 000 espèces de plantes, 3 000 espèces de poissons d’eau douce et plus de 370 espèces de reptiles, l’Amazonie est un trésor écologique inestimable. Cette région abrite des centaines de milliers d’espèces encore inconnues et non répertoriées, certaines vivant dans des habitats uniques tels que le Plateau des Guyanes.
Solutions et Initiatives
Face à la menace croissante de l’extinction des forêts primaires, il est crucial de prendre des mesures pour les protéger et les préserver. Ainsi, l’agroforesterie émerge comme une solution face à la menace de la déforestation. En redonnant vie à des terres autrefois stériles, le reboisement combat efficacement la disparition des forêts primaires tout en soutenant la biodiversité. Lors de la COP 21, le Brésil a tracé une voie prometteuse en annonçant son objectif ambitieux de restaurer 12 millions d’hectares de végétation d’ici à 2030.
Notre manière de consommer est étroitement liée à l’extinction des forêts primaires. La production de produits alimentaires tels que la viande, le soja, l’huile de palme et le cacao est un moteur majeur de la déforestation. Cependant, nous avons le pouvoir de changer cette tendance. D’abord, opter pour des produits certifiés durables, comme ceux portant le label FSC ou RSPO, garantit qu’ils proviennent de sources gérées de manière durable. Ensuite, privilégier les produits locaux et de saison est un bon moyen de réduire la pression sur les écosystèmes forestiers en évitant la déforestation due à l’expansion des plantations à grande échelle.
WWF agit quotidiennement pour sauvegarder les espèces terrestres menacées et protéger l’environnement naturel. Ces organisations jouent un rôle vital dans la sensibilisation et la lutte contre la dégradation des forêts, contribuant ainsi activement à la protection des forêts primaires en voie d’extinction.

Tableau Récapitulatif des Pertes Forestières Tropicales en 2021
| Pays | Pertes de Forêts Primaires (Hectares) | Contribution à la Perte Mondiale (%) |
|---|---|---|
| Brésil | 1,5 million | >40% |
| République Démocratique du Congo | Près de 500 000 | - |
| Bolivie | Près de 300 000 | - |
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