Edinson Cavani : Portrait d'un Attaquant Uruguayen d'Exception au PSG

Cinq mois après son départ à Manchester United, Edinson Cavani a retrouvé le PSG sur la scène de la Ligue des champions. Durant sept saisons (2013-2020), le « Matador » a marqué l’histoire du club de la capitale de son empreinte. Ses 200 buts inscrits en 301 rencontres ont fait de lui le meilleur buteur de l’histoire du PSG.

Lorsqu’il faisait trembler les filets, « Edi » avait, souvent, pour habitude de poser son genou à terre et de tendre ses bras pour imiter le chasseur qui tire au fusil. L’humilité, un mot comme un leitmotiv pour le définir.

EDINSON CAVANI REVOIT SES PLUS BEAUX BUTS - PARTIE 2

Un Profil Atypique sur le Terrain

Sur le terrain, Edinson Cavani présente un profil atypique. Attaquant redoutable, il ne possède pourtant pas l’égoïsme du buteur, obnubilé par les cages. Durant son septennat parisien, le Matador a aussi gagné les cœurs par son sens du sacrifice, illustré par ses replis défensifs incessants et son goût de l’effort.

Le contraste avec ces attaquants-stars est aussi net hors des pelouses. À l’inverse de nombreux footballeurs de son époque, Edinson Cavani ne passe guère son temps sur les réseaux sociaux, à multiplier les selfies pour flatter son ego.

« C’est quelqu’un d’intègre et de droit », explique Carlos Muguruza, patron du restaurant Volver, dans le 6e arrondissement parisien, ami du Matador. « Une vraie amitié », insiste-t-il, commencée le 16 juillet 2013, jour de la signature de l’Uruguayen à Paris.

« Il était venu manger sous les conseils de Diego Lugano (ex-défenseur uruguayen du PSG, 2011-2013). Son premier repas à Paris, c’était chez moi !

Edinson Cavani, un joueur humble et dévoué.

L'Humilité : Une Qualité Maîtresse

Des stars du ballon rond, Carlos Muguruza en a vu passer. Son établissement est prisé par les joueurs du PSG depuis de nombreuses années. « Edi est très différent des autres footballeurs. Il est humble. » Cette qualité revient constamment lorsque ses proches dressent son portrait.

« Certains vous diront que l’humilité est un manque de personnalité, d’ego, pointe Romain Grunstein, ancien intendant du PSG (2013-2017), devenu proche de Cavani. Ce n’est pas ça du tout pour lui. Son humilité, c’est qu’il n’arrive jamais avec prétention quelque part.

Romain Grunstein détaille : « Dans son esprit, même si son équipe gagne 4-0, il continue à se donner à fond. C’est une forme de respect de l’adversaire pour lui. Le chambrage, ce n’est pas son truc. »

La preuve : en mars 2020, le PSG a renversé Dortmund en 8es de finale retour de Ligue des champions (2-0 ; 1-2 à l’aller). À l’issue de la rencontre, la majorité des joueurs parisiens s’étaient moqués de l’attaquant du BVB Erling Haaland, en imitant sa position tailleur, que le Norvégien adopte pour célébrer ses buts.

Quelques jours après, il avait pris un strap, écrit le mot « Humilité » au stylo dessus, puis l’avait accroché dans le vestiaire parisien. « C’était sa manière d’expliquer la défaite, explique Romain Grunstein. Pour lui, la principale raison de la remontada était l’arrogance avec laquelle le PSG avait abordé le match retour.

Un Homme Proche de la Nature

Pendant cinq ans, Grunstein a côtoyé le vestiaire parisien, où fourmillent les stars. À l’entendre, Cavani est un ovni dans un monde bourré d’ego. « C’est quelqu’un qui, malgré la starification liée au football, est resté lui-même. » Muguruza complète : « Il connaît la valeur des choses simples. »

Et Grusntein illustre : « Il s’émerveille pour un lever de soleil, le relief d’une montagne, un cheval qui galope. Il est très proche de la nature. Oui… Edi est terrestre.

Lors de son ère parisienne, Cavani habitait Neuilly, comme plusieurs de ses coéquipiers. Mais lui ne multipliait pas les allers-retours nocturnes vers les carrés VIP des boîtes de nuit. L’Uruguayen passait ses journées loin du tumulte de la ville, dans le calme de la campagne francilienne.

Dans la forêt de Rambouillet, il s’adonnait aux plaisirs de la chasse. « Mais pas la chasse à cour avec des dizaines de personnes et des lâchers de chien, pointe Grunstein. Dans son esprit, la chasse, c’est suivre et observer un animal pendant des heures. S’il ne le tue pas, ce n’est pas grave.

Cette observation minutieuse des moindres mouvements de sa cible se retrouve dans son profil de buteur instinctif. « Le ballon est sa proie. Il l’observe puis le sent venir, se place en fonction, puis marque.

À chacune de ses sorties, Cavani est à la recherche d’harmonie avec la nature. « Un ex-intendant du PSG m’avait raconté qu’il avait fait de la pêche avec lui. Pour Edi, c’était l’instant, la proximité avec l’eau, le lac, la nature, qui avaient de l’importance. Pas le poisson qu’il allait pêcher.

Cette philosophie de vie a ouvert les yeux de Romain Grunstein : « Avec Edi, on apprend à profiter de l’instant présent, avec un relâchement total, où on s’émerveille de la beauté de ce qui nous entoure. Avec lui, j’ai appris à regarder, juste regarder.

Les Passions de Cavani : Chevaux et Uruguay

Naples, Paris, puis Manchester : Edinson Cavani a vécu les dix dernières années de sa vie dans de grandes agglomérations européennes. Mais, à chaque fois, il a trouvé refuge dans la verdure environnante. « Il ne restera jamais dans son appartement en ville. Edi passe son temps dans des stades remplis de fans. Il a besoin de se retrouver tranquille, dans le calme de la nature », explique Diego Braun.

Les chevaux, et les animaux en général, représentent l’autre grande passion de Cavani. Avec Carlos Muguruza, il s’est rendu aux hippodromes de Deauville et Longchamp, pour admirer la grâce des pur-sang lors de courses. « Il y a deux ans, à Longchamp, on avait misé sur le cheval d’Antoine Griezmann. Il avait gagné ! »

Diego Braun : « Comme il est footballeur, son contrat lui interdit, il y a un risque de blessure. Il en a envie mais il ne peut pas. Mais là encore, plus que l’action de chasser, pêcher ou monter à cheval, c’est l’emphase avec la nature qui comble Cavani.

« Edi aime être entouré de chevaux. Il en a plusieurs, dans une très belle ferme, en Uruguay : des Criollos, une race qu’on trouve là-bas, mais aussi des poneys ainsi qu’un cheval de polo que je lui ai trouvé. ll réunit les chevaux qu’il aime pour le jour où il va arrêter le football.

À 33 ans, Cavani est au crépuscule de sa carrière. Il a passé les treize dernières années de sa vie en Europe, loin de son pays natal. Selon Maximiliano Galvan, l’un de ses amis d’enfance, « la première chose qu’il fera, lorsqu’il prendra sa retraite, sera de revenir dans son pays et sa ville, Salto ».

Cavani et son attachement à l'Uruguay.

L'Uruguay : Plus Qu'un Pays, Une Identité

« Pour expliquer Cavani, il faut expliquer l’Uruguay », pose Romain Grunstein. L’ex-intendant du PSG a visité plusieurs fois le pays. Dans ce petit État d’Amérique latine, cinq fois plus petit que la France, intercalé entre le Brésil et l’Argentine, « il y a quelque chose de commun à tous les habitants : l’amour du pays. Mais pas un amour patriotique. Un amour poétique, de la terre.

Trois millions et demi de personnes peuplent l’Uruguay, deux millions d’entre elles vivent dans la capitale, Montevideo, et son agglomération. Le reste du pays est appelé l’Interior. Edinson Cavani est un gamin de l’Interior.

Né à Salto, petite ville de 100 000 habitants, au nord du pays et à la frontière de l’Argentine, il grandit dans une famille besogneuse de la classe moyenne. Son père Luis est un ancien footballeur. Il lui transmet la passion du ballon rond.

Cavani passe son enfance sur les terrains de Salto. « Là-bas, les terrains de foot ne sont ni plats ni beaux, décrit Grunstein. On n’y développe pas la technique, mais l’esprit de sacrifice. Les Uruguayens de l’Interior sont prêts à mettre la tête là où on met le pied.

Son père, toujours, lui transmet aussi l’amour de la nature. « Il a pratiqué la pêche avec son père, son frère et des amis, renseigne Marcos Vitette, journaliste uruguayen, avec qui Cavani s’est lié d’amitié. C’est devenu une passion chez lui. Il a appris à aimer les montagnes, la campagne, les endroits où il peut trouver la tranquillité. Il a toujours eu ce lien particulier avec la nature, depuis tout petit.

Vitette, qui connaît Cavani depuis quinze ans, explique : « Son engagement pour le football est total, c’est sa passion, mais ces moments très simples, dans la nature avec les siens, lui apportent un équilibre dans sa vie faite de matches et d’entraînements.

À 20 ans, lorsque le destin de Cavani lui fait traverser l’Atlantique, son équilibre est rompu. L’Uruguayen tente de combler le vide par ces parties de pêche ou de chasse en extérieur, ou lorsqu’il mange au Volver, à Paris, chez Carlos Muguruza.

« Il venait souvent, le soir. Il adore manger les spécialités de chez nous, en Amérique latine : le chorizo, l’asado (barbecue argentin), les empanadas (petits chaussons farcis de viande, œuf, pomme de terre).

Avec ses coéquipiers sud-américains, dans le vestiaire parisien, il déguste aussi le maté. Cette boisson chaude, avec de l’herbe infusée, est typique de l’Amérique latine. C’est en la délectant que Romain Grunstein s’est lié d’amitié avec Cavani, lui qui en consomme plusieurs fois par jour.

« Pour les Sud-Américains, le maté est plus qu’une boisson. Elle permet l’échange et renforce les liens. Je suis petit-fils d’agriculteur, donc on s’est mis à parler de la terre, mais aussi de football, de soi, de notre origine, de notre histoire.

Mais le mal du pays, la saudade à la sauce uruguayenne, est parfois plus intense que tout. À Paris, Cavani profite des trêves hivernales pour rentrer à Salto. Il y reste parfois plus longtemps qu’il n’y est autorisé. En 2015, le PSG lui envoie même un avion pour le rapatrier.

« Il est arrivé à l’aéroport et il est reparti, raconte Maximiliano Galvan. « Sa vie et ses proches à Salto lui manquent », explique Vitette. C’est dans son ranch, où il prend soin de ses chevaux, cerfs et oiseaux, là où « les animaux y vivent mieux que les humains », rit Maximiliano Galvan, que Cavani se sent bien.

« Il aime manger son asado avec les mains, jouer au truco (un jeu de cartes) et passer du temps dans la nature, avec ses amis ou sa famille. Il pourrait obtenir ce qu’il veut mais il ne fait jamais étalage de son luxe. Jamais. » Diego Braun complète : « Boire du maté et manger un steak au bord d’une rivière, où il passera la nuit, c’est ça, son luxe.

Voyages, succès, buts empilés (418, au total) et trophées remportés auraient pu lui faire tourner la tête. « C’est un joueur connu dans le monde entier, mais il pourrait être une personne que vous croisez dans la rue », assure le journaliste Marcos Vitette. L’ex-intendant du PSG Romain Grunstein, qui l’a connu bien plus tard, confirme : « Quand on parle avec lui, on se sent d’égal à égal. Il est très respectueux, il dit bonjour à tout le monde.

Maximiliano Galvan a cette formule qui résume un homme : « Il est toujours le dernier à partir du centre d’entraînement parce qu’il aime boire le maté avec la personne qui lave les toilettes. En France comme en Uruguay, chacun de ses proches y va de ses petites anecdotes pour le prouver.

Lorsque Cavani revient à Salto, sa « simplicité » estomaque Galvan. « Il y a environ 500 km entre Salto et Montevideo. Lui pourrait utiliser le moyen de transport de son choix pour faire le trajet mais il préfère prendre le bus avec des gens comme vous et moi. Il prend des photos avec ceux qui lui demandent, se balade sans personne qui s’occupe de sa sécurité.

Edinson Cavani et Marcos Vitette, une amitié durable.

Tableau Récapitulatif du Profil d'Edinson Cavani

Aspect Description
Nom complet Edinson Roberto Cavani Gómez
Nationalité Uruguayenne
Ville natale Salto, Uruguay
Poste Attaquant
Qualités principales Humilité, travail collectif, amour de la nature, sens du sacrifice
Passions Chevaux, chasse, pêche, culture uruguayenne (maté, asado)
Nombre de buts inscrits avec le PSG 200

Carlos Muguruza, patron argentin du Volver : « Quand il vient au restaurant, il prend toujours le temps de saluer tout le monde. Ça lui arrive de nous aider en cuisine, et de nous préparer des chivitos (sandwich uruguayen). » Muguruza se souvient aussi de la « Ferrari rouge » de Cavani. « Il l’avait achetée à Naples. Je lui avais dit de venir au restaurant avec, mais il ne voulait pas. Ça le gênait. Il prenait la Mini de sa femme. Sa Ferrari a tellement peu servi qu’il a fallu plusieurs fois changer la batterie.

En 2017, Romain Grunstein a changé de cap. Il a lâché l’intendance au PSG pour lancer sa propre ligne de maté. « Il me fallait un bel objet, typique, donc je suis en Uruguay. Cavani et sa famille m’ont aidé à trouver les bons. C’est comme s’ils avaient été des responsables qualité. »

« Il m’a dit à plusieurs reprises qu’il avait loupé des milliers de choses dans sa vie à cause de ce métier, dit son ami Maximiliano Galvan. Aujourd’hui, il donne plus de valeur au temps qu’il passe avec sa famille. Certains buteurs ont la réputation de ne jouer que pour eux et d’être particulièrement égoïstes. Si l’individualisme est souvent présenté comme une composante nécessaire du jeu des attaquants, ce mot ne fait pas partie du vocabulaire d’Edinson Cavani. Car, outre sa faculté à marquer but sur but, l’Uruguayen se fait remarquer par son travail incessant pour son équipe.

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