Le haka des All Blacks face au XV de France sera l’un des moments forts de l’ouverture de la Coupe du monde de rugby. Transcendés par l’esprit de leurs ancêtres, les joueurs de la Nouvelle-Zélande tenteront, comme toujours, d’impressionner leurs adversaires. Tel est le but de cette danse guerrière, aussi admirée que redoutée. Mais connaissez-vous vraiment son histoire ?
Plus qu’un rituel, le haka est un véritable mantra pour les All Blacks. Ce vendredi 8 septembre 2023, la danse guerrière de l’équipe de la Nouvelle-Zélande lancera le premier match de la Coupe du monde de rugby, face au XV de France. Comme toujours, les spectateurs frémiront en regardant les joueurs frapper des mains sur leurs bras, leurs cuisses et chanter derrière leur leader. Cette séquence intimidante succède traditionnellement aux hymnes nationaux.

Mais d’où vient le haka ? Depuis quand est-il joué par les rugbymen néo-zélandais ? Quelles sont les figures imposées de la chorégraphie ?
Origines et Histoire du Haka
Une danse composée par un chef maori rescapé
« Le haka, ce n’est pas juste notre lien avec le rugby. Ce sont les racines de notre pays », expliquait en 2011 au Figaro John Hart, entraîneur des All Blacks de 1995 à 1999. Bien avant d’être adopté par l’équipe néo-zélandaise, le haka était dansé et chanté par les Maoris, peuple d’origine polynésienne. Pendant des siècles, les clans se sont défiés en réalisant ce type de danses et de chants guerriers. C’était aussi un rituel incontournable à l’occasion des manifestations de protestation, des fêtes de bienvenue et des compétitions amicales.
Son but était le même qu’aujourd’hui : impressionner l’adversaire, lui montrer son courage. L’histoire raconte que le haka, sous sa forme primitive, a été composé vers 1820 par un chef maori, Te Rauparaha. Fait prisonnier par une tribu ennemie, il parvient à s’évader et se cache dans une fosse. Mais il est persuadé que ses ravisseurs vont le retrouver et il répète tout bas : « Ka mate, ka mate » (« je meurs, je meurs »).
Lorsqu’il comprend qu’il est hors de danger, il se met à célébrer la vie, en criant : « Ka ora, ka ora » (« je vis, je vis »). Le haka des All Blacks, dont la version originale s’intitule Ka mate, puise directement ses racines dans cette histoire, comme en témoigne sa traduction :
« Frappez des mains sur les cuisses. Que vos poitrines soufflent. Pliez les genoux. Laissez vos hanches suivre le rythme. Frappez des pieds aussi fort que vous pouvez. C’est la mort ! C’est la mort ! C’est la vie ! C’est la vie ! Voici l’homme poilu. Qui est allé chercher le soleil et l’a fait briller. Faites face ! Faites face en rang. Soyez solides et rapides.
Diversité des Hakas
Au sport, à l’école, à l’armée : le haka est aujourd’hui pratiqué partout en Nouvelle-Zélande, sous des centaines de formes différentes. Chaque équipe, chaque club, chaque village possède sa propre danse, qui ouvre les cérémonies officielles. La coutume est aussi devenue un outil de communication, qui sert à l’image du pays. Tous les deux ans, en février, la Nouvelle-Zélande organise même un concours de haka, à l’occasion du festival Te Matatini, qui attire 70 000 spectateurs. Le haka le plus beau et le plus effrayant est couronné.
L'histoire du HAKA
Adoption par les All Blacks
Selon la Fédération néo-zélandaise de rugby, l’équipe néo-zélandaise (qui n’était pas encore surnommée « All Blacks ») s’est emparée du haka à partir de 1888. Les rugbymen ont réalisé cette danse lors de leur première tournée à l’étranger, en Angleterre. Ils étaient déjà tout habillés de noir, mais la chorégraphie n’était pas aussi coordonnée. Ils ont ensuite perpétué cette tradition durant toutes leurs tournées en dehors du pays.
Le « haka moderne » a réellement été popularisé lors de la Coupe du monde de 1987 en Nouvelle-Zélande. C’est la première fois que la chorégraphie était aussi travaillée. Le résultat a semble-t-il produit son effet sur leurs adversaires, puisque les All Blacks ont battu les Français 29-9 et soulevé leur première coupe cette année-là.
La version plus féroce du haka fait polémique
On retrouve deux figures imposées dans tous les hakas : le pukana (« yeux exorbités ») et le whetero (« langue sortie »). Le blanc des yeux doit exprimer la pureté, la fierté, le défi. Et la grimace inspirer la peur. Mais les All Blacks ont introduit d’autres gestes dans une version plus « féroce » de leur haka, à partir de 2005. Cette danse, nommée Kapa o Pango, a été jouée pour la première fois avant un match contre l’Afrique du Sud, à Dunedin, en Nouvelle-Zélande.

Une réponse aux supporters des Springboks, qui avaient osé siffler le Ka mate lors d’un test-match précédent. Cette nouvelle version a déclenché une polémique à l’époque : en conclusion, les Néo-zélandais miment, les yeux exorbités, ce qui s’apparente à un égorgement. Comme le rappelle TF1 , cette danse a été considérée comme un « appel au meurtre » par ses détracteurs.
De son côté, Derek Lardelli, le compositeur du Kapa o Pango, a réfuté toute incitation à la violence, rappelant que le mot « ha » qui accompagne le geste signifie dans la culture maorie « le souffle de la vie », représentant « l’énergie vitale puisée dans le cœur et les poumons ».
Le Haka dans le Pacifique Sud
Dans le Pacifique Sud, d’autres équipes nationales de rugby effectuent leur propre haka avant les matchs. C’est le cas des Fidji, des Samoa, des îles Cook, des Tonga et de l’île de Niue, qui relèvent elles aussi de la culture maorie. Ce qui donne lieu à un « double haka » lorsque ces équipes se croisent, comme entre la Nouvelle-Zélande et les Tonga lors de la Coupe du monde 2015.
| Pays | Nom du Haka | Description |
|---|---|---|
| Nouvelle-Zélande | Ka Mate | Haka traditionnel célébrant la vie sur la mort. |
| Nouvelle-Zélande | Kapa o Pango | Version plus féroce avec un geste final simulant un égorgement. |
| Fidji | Cibi ou Teivovo | Haka fidjien chanté en demi-cercle avec le leader au milieu. |
| Samoa | Siva Tau | Haka avec une tonalité très chantante et des paroles guerrières. |
| Tonga | Sipi Tau | Haka avec des cris et des battements sur les cuisses et les bras. |
Le Leader du Haka
On ne plaisante pas avec le haka. Celui des All Blacks est chorégraphié et codifié dans les moindres détails. La danse, qui dure une minute et quinze secondes, est lancée par un « leader ». Ce n’est pas forcément le capitaine : il est choisi par l’équipe elle-même, si possible pour ses origines maories, mais pas obligatoirement.
Sur quels critères, alors ? « Il faut qu’il soit laid et effrayant. Étant donné que 99 % des joueurs le sont, ce n’est pas un problème, ironisait, en 2013, Liam Messam, ancien joueur des All Blacks et du RC Toulon, sur la chaîne américaine ESPN . Il faut qu’il soit aussi confiant en lui-même, qu’il puisse s’exprimer librement sans s’occuper de ce que les autres peuvent penser. »
Réactions Françaises face au Haka
Face au haka des All Blacks, l’enjeu pour l’équipe adverse est de tout faire… pour ne pas se montrer impressionnée. Le XV de France est passé maître en la matière, plus spécialement en Coupe du Monde. En 2007, en quart de finale, ils avaient défié le Kapa o pango en s’approchant de leurs adversaires en rang serré, jusqu’à ce que les deux camps se retrouvent à quelques centimètres les uns des autres.
Une image restée mythique, marquée par le regard de Sébastien Chabal, auteur d’une énorme prestation ce jour-là (20-18 pour les Bleus). En 2011, le XV de France avait récidivé, tout en restant à distance - ils n’avaient pas le droit de franchir la ligne médiane sous peine d’amende - mais en formant, main dans la main, le V de la victoire. Ils avaient ensuite été battus de justesse (7-8). Ils s’étaient faits plus discrets il y a quatre ans, pressentant sans doute la débâcle qui les attendait (62-13).
