Depuis plusieurs années, le Dakar Sacré-Cœur (DSC) détonne dans le paysage du football professionnel sénégalais en proposant un modèle innovant. Plus qu'un club, le DSC est un projet axé sur le développement du football, l'éducation et l'engagement social.

Genèse et Infrastructures
Créé en 2005 en partenariat avec les Frères du Sacré-Cœur, le DSC avait notamment pour objectif d'aider au développement du football africain et à la mise en place d'une organisation sportive structurée. Cela passait donc par la construction d'infrastructures modernes et sophistiquées.
Après un chantier d'une durée de cinq ans, celles-ci sont sorties de terre en 2010. Trois terrains de football synthétiques, dont un petit de foot à 5, ou encore des bâtiments ont pris place sur le complexe sportif de 2.5 hectares.
Partenariat avec l'Olympique Lyonnais
Cinq ans après, le Dakar Sacré-Cœur a franchi un nouveau cap important dans sa quête de développement. En effet, le club a signé un partenariat d'une durée de trois ans avec l'Olympique Lyonnais (OL).
Déjà liés à l'Athletico SC (Beyrouth, Liban, depuis 2011) et au Jeonbuk Hyundai Motors FC (Corée du Sud, depuis 2015), les Gones, qui ont une communauté de 100 000 fans au Sénégal, ont souhaité poursuivre leur développement à l'international en se liant au Dakar Sacré-Cœur. Un projet qui avait rapidement fait l'unanimité du côté des dirigeants rhodaniens comme nous l'a confié Vincent Ponsot, le Directeur Général Adjoint de l'OL.
Selon Vincent Ponsot, «Le Dakar Sacré-Cœur a été une opportunité. On a fait la connaissance de Matthieu Chupin (Président Délégué du Dakar Sacré Cœur), par le biais d’un ancien éducateur de chez nous, Alain Olio. Il a rencontré cette structure-là qui voulait l’embaucher mais n’avait pas le financement pour le faire. Ce type de partenariat, comme d’autres clubs le pratiquent, on n’y croyait pas trop. Mais un point nous a particulièrement plu dans le projet du Dakar Sacré-Cœur, c’est que ce n’était pas une académie comme il peut y en avoir ailleurs. C’était un modèle totalement différent, fondé sur le foot loisir et surtout avec un projet éducatif très prononcé. On n’y croyait pas trop, mais pourquoi ne pas tenter. C’est bien d’avoir des a priori mais faisons l’expérience pour voir si l’a priori est justifié ou pas. En l’occurrence, il ne l’était pas. Dakar Sacré-Cœur, c’était la bonne opportunité au bon moment pour faire ce test-là. C’est un projet qui nous ressemble. On ne se contente pas d’aider une structure à former des joueurs pour les récupérer. La rencontre avec Matthieu Chupin a été positive. L’homme nous a bien plu. Son projet aussi».
Après trois mois d'échanges, le DSC et l'OL ont donc rapidement scellé leur union. «On a tenté l’expérience et on est parti sur un premier partenariat de trois ans (jusqu'en 2018), où l’objectif était de les aider à structurer leur compartiment football, qui n’était pas le football loisir mais plus le football formation et éducation. Ils ont embauché Alain Olio pendant trois ans pour structurer le projet. On a été enchanté de ce qui s’est passé, notamment des actions qui ont été réalisées là-bas et dont on a pu se rendre compte en allant sur place».
Très investi dans ce projet, l'Olympique Lyonnais, dont le logo apparaît sur le blason du DSC, n'impose pas pour autant ses idées. L'objectif n'est pas de faire de l'ingérence, mais de travailler main dans la main dans le respect des convictions de chacun. Ce qu'a tenu à rappeler Vincent Ponsot. «On est sur le principe de les aider dans leurs projets. Mais on ne mène pas le projet à leur place. C’est leur projet. On veut leur permettre d’utiliser au mieux notre marque et notre image de marque. L'OL a l'image d'un club sérieux, qui travaille avec des valeurs. Pour eux, c’est bénéfique. Par exemple, le Dakar Sacré-Cœur a pour projet d’ouvrir une activité sport-étude qui n'est pas uniquement destinée au football. Donc ils ont besoin d’ouvertures politiques et institutionnelles. Ils voulaient lancer ce projet l’année dernière. Ça voulait dire rencontrer les institutions. On s’est déplacé.
Il poursuit : «On est là pour leur permettre de donner plus de visibilité à leurs projets, d'ouvrir certaines portes mais aussi de nous utiliser. Et on se laisse utiliser bien volontiers pour un projet qui est le leur et qu’on valide. Je ne dis pas ça dans le sens où si on ne valide pas, ils ne le font pas. On vérifie juste que ça correspond au cadre initial. Mais c’est leur projet».
Un Club aux Multiples Facettes
Un projet qui évolue positivement et qui s'articule autour du ballon rond sans pour autant ne s'arrêter qu'à cela. Car le DSC est bien plus qu'un simple club de football. Bien sûr, il possède une section professionnelle de football avec une équipe pro masculine (1ère division) et féminine, ainsi qu'un centre de formation pour les catégories allant d'U13 à U19 précise le site officiel de l'écurie sénégalaise (80 jeunes au centre de formation).
Mais le Dakar Sacré-Cœur est aussi investi dans deux autres secteurs d'activités tout aussi importants à ses yeux.
- Il y a tout d'abord l'activité "Sport Loisir" avec le développement d'une école de foot loisir (plus de 1800 enfants) et l'organisation d'activités pour des entreprises (200 entreprises).
- Enfin, l'activité "Club Citoyen" a pour but est d'utiliser le football comme moyen de développement notamment au niveau scolaire.
Le DSC loue aussi ses équipements tous les soirs entre 18 heures et 3 heures du matin à ceux qui souhaitent taper dans le ballon. «Sur la partie loisir, il faut compter entre 8000 à 10 000 passages par semaine», nous précise Vincent Ponsot. Cela représente une part importante des revenus du club, en plus de la vente des joueurs. Des activités destinées aux enfants déficients intellectuels ou aux enfants des rues mais également des tournois visant à sensibiliser à des causes importantes (diabète, éco-responsabilité), sont aussi organisés.
Il faut aussi ajouter qu'au-delà du centre de formation, le DSC possède aussi un centre d'hébergement pour des jeunes avec des situations personnelles bien différentes.
Qu'il soit pratiqué de manière professionnelle ou qu'il soit un simple loisir, le football est au cœur du projet du Dakar Sacré-Cœur. Mais il est également vecteur d’éducation et d’intégration socio-professionnelle. Ce qui en fait donc un club atypique au Sénégal.
L'Avis de l'Olympique Lyonnais
«Le Dakar Sacré-Cœur est un club qui est très visible. C’est une référence de lieu. Un club dynamique qui monte et qui a un modèle nouveau», souligne Vincent Ponsot. Pour toutes ses raisons, mais aussi parce que cela permet à l'OL de s'enrichir tant humainement que professionnellement, ce partenariat avec le Dakar Sacré-Cœur tient à cœur aux Gones. Ce que nous a avoué Clément Michon, Chargé des Relations Internationales à l'OL.
Ce dernier en a ensuite dit plus sur les dessous de cette collaboration. «Il y a plusieurs axes. On travaille sur différents projets. Le cœur, c’est la coopération sportive. Il y a des échanges fréquents soit à Lyon, soit à Dakar. En juillet 2019, Pierre Sage, qui est éducateur U16 mais aussi référent méthodologie, est allé faire un état des lieu et cibler les perspectives d’amélioration. Les échanges sont constants. Un partenariat n’est pas uniquement composé de temps forts chez nous ou le partenaire. Il faut aussi des échanges entre pour qu’il y ait un vrai suivi du projet. Dans le cas de Dakar, on a une approche globale c’est-à-dire à chaque fois sur la méthodologie. Comment les aider et comment les aider à recruter ? On les aide aussi à se structurer et à faire évoluer leur modèle. Ça c’est pour la partie sportive. Il y a aussi de la mise en réseaux. Sur la partie 2015-2018, la fondation OL a financé le poste de volontaire pour animer tout le volet citoyen car ils ont un volet citoyen qui est assez énorme. C’est une grosse fierté pour nous. Ils ont un engagement énorme. C’est un club qui est très dynamique. L’OL a aussi travaillé sur ce volet citoyen. Il y a eu des dotations de matériels qui ont permis de bonifier leur partie élite comme leur partie loisir. Il y a une approche qui est constante. Le but est de faire des points réguliers avec eux sur différentes thématiques, sportives, citoyennes ou business car il y a aussi de vraies perspectives.
Les pensionnaires du Groupama Stadium sont donc ravis de ce partenariat comme l'assure Vincent Ponsot. «Par rapport à tout ce qu’on fait au quotidien, Dakar donne un autre sens à ce que l’on fait. Ça se rapproche de notre activité RSE et de tout ce qu’on peut faire ici sur le territoire. Mais là, on le fait sur un autre territoire».
Perspectives d'Avenir
Une vraie fierté pour l'OL qui espère pouvoir compter dans ses rangs des éléments issus du Dakar Sacré-Cœur dans les prochaines années. Ousseynou Ndiaye a ouvert la voie puisqu'il a rejoint Lyon en juillet 2017. Ce dont se félicite Vincent Ponsot.
«Ousseynou est le premier. Pour l’instant, ça se passe très bien. Il a signé un contrat professionnel et il a prolongé (jusqu'en 2023). La fin de l’histoire, on verra par la suite. On souhaite que ce type d’expérience se renouvelle car pour eux, pour leur visibilité mais aussi pour nous, avoir des garçons comme Ousseynou est une bonne chose. On a rencontré son papa quand on est allé à Dakar. On peut parler de valeurs. Pour nous, c’est très positif. J’espère qu’il y en aura d’autres».
Seul l'avenir nous le dira. Ce qui est certain, c'est que les deux clubs sont encore liés pour au moins deux ans. «L'an dernier, on a prolongé Dakar Sacré Cœur jusqu’en 2021 en leur donnant des moyens plus importants (...) Il y a toujours des discussions (concernant une nouvelle prolongation) . En 2021, ça fera six ans que nous sommes partenaires. Je pense que Matthieu Chupin a encore plein de projets. J’espère qu’on sera là pour l’accompagner».
Le Sénégal sur le Toit du Football Africain
Vainqueur du CHAN presque un an jour pour jour après la CAN, en plus de la CAN beach-soccer, le Sénégal est devenu en douze mois le premier pays africain à remporter les trois titres majeurs du continent. Une victoire dans les trois tournois majeurs de la Confédération africaine de football (CAF) inédite qui place le football sénégalais sur le toit du continent.

« Ces succès sont le fruit d’une dynamique positive depuis la finale de la Coupe d’Afrique des Nations et le quart de finale de Coupe du monde 2002 », assure Matthieu Chupin, qui travaille depuis trente ans dans le football sénégalais. Président du club de Dakar Sacré-Cœur depuis 2010, il constate au quotidien la richesse du vivier sénégalais : « Depuis 1995 le Sénégal est la deuxième nation étrangère la plus représentée du championnat de France, après le Brésil et devant l’Argentine. Une statistique incroyable pour un pays de 16 millions d’habitants, qui démontre les qualités individuelles et l’adaptabilité de nos joueurs.
« Le Sénégal est un pays de talent ! Il l’a toujours été depuis Jean-François Bocandé, en passant par El-Hadji Diouf, Mamadou Niang et Sadio Mané », poursuit Demba Ba, l’ancien international (22 sélections, 4 buts) passé par Chelsea ou Newcastle.
Cette « double culture » entre l’expertise du haut niveau européen et la compréhension de la mentalité locale est une force. « La CAN a ouvert le verrou ! Avec un président de Fédération, Augustin Senghor, en place depuis 2009 et un sélectionneur depuis 2015, les Lions de la Teranga ont pris le temps de construire leurs victoires.
« Cette CAN a ouvert le verrou !, se félicite Demba Ba. Le Sénégal sait gagner maintenant. Et avec plus de la moitié de vainqueurs passés par les clubs locaux, cela valide les progrès réalisés ces dernières années.
« C’est la récompense d’un travail de fond, complète le dirigeant Matthieu Chupin. Sélectionneur des U20 en 2019 et 2020, Youssouph Dabo a aussi pu bénéficier des nombreux stages d’entraînements mis en place par la fédération dans les deux centres d’entraînements « Jules-François Bocandé » « et « Youssoupha Ndiaye », qui ont vu le jour en 2013 et en 2019. Et qui permettent à la direction technique nationale d’organiser plus de formations pour les entraîneurs locaux.
Objectif ? « Encourager l’appui du secteur privé et des entreprises publiques au football local. Une arrivée nouvelle de sponsors permettrait également de « contrer la fuite des talents » vers les championnats du Soudan, de Tanzanie, du Maroc ou de Tunisie et de « prolonger l’embellie continentale en sélection aux clubs », exprime Youssouph Dabo.
« On doit continuer de progresser et être réguliers, prévient l’ancien attaquant Demba Ba. C’est la condition pour que le Sénégal s’installe durablement à la table du Cameroun ou de l’Egypte comme une grande nation du foot africain.
| Compétition | Date de victoire |
|---|---|
| Coupe d'Afrique des Nations (CAN) | 6 février 2023 |
| Championnat d’Afrique des nations (CHAN) | Février 2023 |
| CAN beach-soccer | 2022 |
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