Le monde du football français est secoué par une affaire qui met en lumière les liens financiers entre la Ligue de Football Professionnel (LFP) et le fonds d'investissement CVC. L'accord conclu en avril 2022, initialement perçu comme une bouée de sauvetage pour le football français, est désormais au centre d'une tempête judiciaire et suscite de vives critiques quant à sa répartition et à sa gestion.

Enquête du Parquet National Financier
Des perquisitions ont été menées dans les bureaux de la LFP et de CVC, ainsi qu'au domicile du président de la LFP, Vincent Labrune. Ces actions s'inscrivent dans le cadre d'une enquête du Parquet National Financier (PNF) portant sur des soupçons de détournement de fonds publics, de corruption active et passive d'agent public, et de prise illégale d'intérêts.
Cette procédure fait suite à une plainte déposée en novembre 2023 par l'association AC !! Anti-Corruption, qui évoque des faits de détournement de fonds publics survenus en 2022 lors de la création de la société commerciale de la LFP. Cette société a été créée après une cession partielle de capital au fonds d'investissement luxembourgeois CVC Capital Partners.
L’enquête cherche à savoir dans quelle condition est née une enveloppe de 37,5 millions censée rétribuer plusieurs acteurs du dossier une fois le deal effectué. Avec dans le détail 12 millions d’euros destinés aux deux banques, 5 millions d’euros pour le cabinet d’avocat et 8,5 millions d’euros pour certains dirigeants de la LFP, Labrune en tête.
L'Accord LFP-CVC au Cœur des Interrogations
L'accord conclu en avril 2022 par la LFP avec le fonds CVC devait rapporter 1,5 milliard d'euros au football professionnel français, contre 13,04 % de ses revenus à vie pour CVC. Au moment de la signature, cet accord devait sortir de l’ornière le football professionnel français, exsangue après l’épidémie de Covid-19 et la défaillance économique en France du groupe audiovisuel sino-espagnol Mediapro, éphémère détenteur des droits TV de la Ligue 1.
Si aucun service n’avait été saisi au lancement de l’enquête, les investigations, confiées le 16 juillet à la section de recherches de Paris, doivent éclaircir les conditions de cet accord et en particulier le rôle des divers protagonistes.
Une autre perquisition a eu lieu au domicile de Vincent Labrune, le président de la LFP, réélu pour un second mandat à la tête de l’instance en septembre dernier, à Saint-Rémy-de-Provence, a révélé l’AFP, informée par une autre source.
La Ligue de football professionnel affirme « coopérer avec la justice pour apporter tous les éléments nécessaires à l’enquête en cours, en toute transparence », a-t-elle expliqué mardi en fin d’après midi. « Les actes d’enquête qui se déroulent dans la plus grande sérénité confirmeront que l’action menée par la Ligue a toujours été guidée par un engagement profond envers le football français, dans le plein respect des règles en vigueur », a encore affirmé l’instance dans un communiqué mardi après-midi.
Réactions et Contestations
Remonté en Ligue 2 en 2022, le Stade Lavallois dénonce une répartition inéquitable de l'apport de CVC et s'apprête à saisir la justice pour attaquer la LFP, comme révélé par Le Parisien et confirmé par RMC Sport. Sur le modèle du Havre, le club de Ligue 2 dénonce une répartition inéquitable de l'apport de CVC, le fonds d'investissement luxembourgeois qui a investi 1,5 milliard d'euros dans la filiale commerciale de la Ligue en échange d'environ 13% de ses recettes à vie.
"Quand on a fait la levée de fonds CVC, en 2022, 93% ont été distribués à la Ligue 1 et seulement 7 % à la Ligue 2. Et encore, en Ligue 2, il y a des clubs qui ont touché plus que d’autres. À Laval, on a été très lésé dans la distribution. On est monté la mauvaise année, comme Le Havre", expliquait mercredi le président lavallois Laurent Lairy, dans les colonnes de Ouest-France.
Accords LFP-CVC : un danger pour la ligue 1 ?
Waldemar Kita, le président du FC Nantes, a soumis une idée à ses pairs. Dès lors que le foot français n'est plus autant valorisé qu'avant, racheter les parts de CVC ne serait pas incongru. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, vous avez CVC, plus la Ligue, plus la FFF, maintenant, par-dessus... C'est la politique qui va gérer le foot français ? Le foot français s'est battu suffisamment longtemps, pour ne pas revenir à un certain amateurisme.
Au contraire de Kita, Pierre Ferracci, le président du Paris FC, propose régulièrement lors des réunions entre clubs, notamment depuis un an en collège de Ligue 2, une montée en puissance de CVC. Il demande en effet régulièrement à ce qu'il soit proposé à CVC d'augmenter sa participation jusqu'à la limite légale de 20 % afin d'apporter des ressources aux clubs.
Pour l'heure, CVC a donc dépensé 1,5 milliard d'euros en espérant des droits télé en forte hausse pour rentrer dans ses frais (le fonds a emprunté la moitié de cette somme). Mais le niveau actuel des ressources télévisuelles plombe son investissement...
Répartition des Fonds CVC : Un Exemple de Disparité
Voici un exemple simplifié de la répartition des fonds CVC, illustrant les disparités soulevées par les clubs :
| Club/Entité | Type | Pourcentage de distribution | Montant |
|---|---|---|---|
| Clubs de Ligue 1 | Club | 93% | Important |
| Clubs de Ligue 2 | Club | 7% | Faible |
| Intermédiaires (banques, avocats) | Intermédiaire | N/A | 17 millions d'euros |
| Dirigeants de la LFP | LFP | N/A | 8,5 millions d'euros |
Les sénateurs s’intéressent, d’une manière plus globale, à l’intervention des fonds d’investissement dans le football professionnel français. Après plus d’une soixantaine d’auditions d’acteurs du football français et un contrôle effectué jusque dans les locaux de la LFP, les sénateurs Laurent Lafon, président de cette commission, et Michel Savin, rapporteur, ont rendu le 30 octobre un rapport de 130 pages, au vitriol, prônant des réformes drastiques dans la répartition des revenus entre clubs ou le salaire des dirigeants.
Ciblant particulièrement le contrat liant la Ligue à CVC, les deux sénateurs préconisent, pour éviter les conflits d’intérêts et renforcer le contrôle démocratique de ces contrats, d’« opérer une distinction nette entre les activités des ligues professionnelles et celles de leurs sociétés commerciales en séparant clairement la Ligue de sa filiale ».