Le Landais Sébastien Boueilh est un solide bonhomme âgé de 44 ans. Une carrure qui en impose, une mâchoire de guerrier... Cet ancien rugbyman a été formé dans ses Landes natales. Mais derrière ce colosse, se cache un homme écorché, brisé, dans son enfance.
Violé chaque vendredi soir, pendant quatre ans, entre la fin des années 80 et le début des années 90, par le mari de sa cousine quand il était adolescent, l'ancien rugbyman, originaire des Landes, Sébastien Boueilh, multiplie les actions pour apprendre aux enfants à se défendre et surtout à parler.
"Je suis mort émotionnellement à 11 ans et demi", lâche Sébastien Boueilh, aujourd'hui âgé de 41 ans. "La première fois que j'ai été violé, lorsque je suis rentré chez mes parents, je me suis regardé dans la glace. C'est la dernière fois que j'ai pleuré.

Sébastien Boueilh, un homme engagé dans la lutte contre les violences sexuelles.
Un Parcours Semé d'Embûches
Sébastien a grandi dans les Landes. Son père était policier municipal, sa mère, agent d'entretien dans un lycée de Dax. Il a une sœur de quatre ans sa cadette. Avec ma mamie Andrée, le rugby devient une seconde béquille. Il n'est âgé que de 5 ans et demi lorsqu'il tâte le ballon ovale pour la première fois à Saint-Paul-les-Dax.
"C'est une révélation, et avec ma mamie Andrée, le rugby devient une seconde béquille. C'est celle qui m'aidera à rester debout... Dans le village, tout le monde aime Cricket. Il est gentil. Parallèlement au rugby, Sébastien intègre une fanfare, l'autre tradition du Sud-Ouest. "Je joue d'abord du clairon puis du cor de chasse". Cette fanfare, c'est Cricket qui la dirige. Un homme qu'il connaît bien puisqu'il s'agit du mari de sa cousine.
"Dans le village, tout le monde aime Cricket. Il est gentil. Mais derrière, se cache en réalité un prédateur sexuel. Ce que mes parents ne savaient pas, c'est qu'avant de me ramener, il me violait. "Cela a d'abord commencé par des attouchements... puis des viols".
"Mes parents avaient tellement confiance en lui, qu'il fallait que je parte avec lui et que je rentre avec lui chaque vendredi. Ce que bien sûr ne savaient pas mes parents, c'est qu'avant de me ramener, il me violait.
La Libération de la Parole
Au bout de dix-huit ans de souffrances, lorsque Sébastien découvre que Mathieu et Frédéric, ses amis du rugby, ont été également abusés par le mari de sa cousine. C'est le déclic. Il se décide à parler. En 2008, il porte plainte. En 2013, s'ouvre le procès. Son violeur est condamné la même année à dix ans de prison. Finalement, il a été libéré en 2018 après avoir demandé sa remise en liberté conditionnelle.
"Les trois de jours de procès ont été intenses. Pour moi, cela a été une libération. "Le procès s'est terminé le 29 mai 2013. Le dimanche suivant, je faisais une première réunion pour créer l'association", reprend Sébastien. "Je me suis formé. Il a fallu que j'apprenne à recueillir la parole de la victime, à signaler les abus, à maîtriser les effets post-traumatiques d'agressions sexuelles.
Sébastien Boueilh explique son parcours dans les écoles et les centres sportifs. Il met en garde contre les prédateurs pédophiles et, souvent, pour ne pas dire presque tout le temps, cela déclenche des témoignages… "Mon histoire a un effet libérateur immédiat. Cela fait dix ans que je suis sur le terrain. En 2019, lors de plusieurs interventions organisées dans des collèges de Lozère à la demande du Département, une fillette vient lui confier que son père la violait...
"Les deux enfants étaient en réalité frère et sœur et ne savaient pas qu’ils étaient tous les deux abusés". Lorsque les enfants viennent libérer leur parole, Sébastien ou les membres de Colosse aux pieds d'argile alertent alors les établissements, puis mettent en relation les victimes avec des psychologues. À ce jour, son association a déjà accompagné "5 000 victimes, et un quart des témoignages reçus viennent du milieu sportif".
"Je suis la preuve que l'on peut s'en sortir" ! Sébastien se considère comme un "résilient. A la seule condition que l'on parle.
Colosse aux Pieds d'Argile : Une Association Engagée
En 2013, l’ex-talonneur monte une association, Colosse aux pieds d’argile.
« La honte doit changer de camp. Sébastien, vous êtes ancien rugbyman et fondateur de l’association « Le Colosse aux pieds d’argile ». Dans les années 90, entre vos 12 et 16 ans, vous avez été a été victime d’un pédophile.
Au sortir du procès, j’ai effectivement créé « Le colosse aux pieds d’argile » sans savoir que, malheureusement, cela remporterait autant de succès. Jamais je n’aurais pensé en faire mon métier.
Nous sommes aujourd’hui 35 salariés et cela nous permet d’être quotidiennement sur le terrain.
Concernant nos actions, nous avons deux axes principaux, le champ sportif et éducatif. Dans le sport, nous comptons, à ce jour, 40 fédérations qui sont conventionnées ou en passe de l’être et qui collaborent étroitement avec nous. Nous opérons un travail transversal au sein des fédérations, des clubs, des ligues, auprès des jeunes comme des adultes.
Dans le champ scolaire, nous allons faire de la sensibilisation à partir des classes de CM1/CM2 jusqu’aux universités. Nous nous occupons également d’une formation des professionnels qui encadrent les enfants en leur apprenant à identifier une victime par rapport aux signaux qu’elle va envoyer, au changement de comportement qui va être le sien… Comment l’identifier, comment recevoir sa parole, comment la signaler, comment fonctionnent ces prédateurs ou prédatrices, un rappel de l’aspect juridique… Voilà tout ce à quoi on s’attèle.
Dans le combat que nous menons, nous ne faisons pas la chasse aux sorcières mais nous nous polarisons sur la protection de l’enfant et de l’éducateur. Nous avons donc mis en place une charte de bonne conduite en ne nous basant que sur des faits réels et des situations qui nous ont été révélées lors de nos interventions.
On a vu ces dernières années des affaires d’abus sexuel surgir dans le milieu sportif avec le livre de la patineuse Sarah Abitbol qui a fait l’effet d’une bombe et a conduit à la démission du président de la fédération française des sports de glace, Didier Gailhaguet.
La ministre des sports Roxana Maracineanu a fait de cette lutte contre les abus sexuels l’une de ses priorités afin que les responsables de ces actes soient punis. Cela passera tout d’abord par la formation et la sensibilisation des dirigeants, des encadrants, des bénévoles… On note clairement un manque de formation avec des cadres d’état qui ne sont pas forcément alertés sur ces sujets-là.
Un autre souci que nous avions identifié et que nous avons fait remonter à la ministre lorsqu’elle nous a reçus, c’est le filtrage des bénévoles, ces prédateurs ou prédatrices qui, une fois leurs peines purgées, reviennent dans le champ sportif et reproduisent les crimes pour lesquels ils ont été préalablement condamnés.
Souvent comme vous le disiez, le prédateur se trouve dans le cercle familial ou alors très proche de ce cercle. Lorsque l’on dénonce de tels crimes, c’est toute la cellule familiale qui souvent explose.
Je reçois tellement de messages de soutiens, les joueurs ou ex-joueurs de Top 14 comme Thierry Dusautoir, Morgan Parra, Julien Pierre avec qui je suis proche, Rabah Slimani… Ils répondent toujours dans la seconde.
Aujourd’hui, l’ancien talonneur mesure le chemin parcouru : "J’ai fondé l’association en 2013 et depuis, on peut dire que les violences sexuelles sont devenues un vrai sujet dans le mouvement sportif. Avant, il était chuchoté, maintenant il est vraiment sur la table.
A 45 ans, Sébastien Boueilh a encore des projets plein la tête. Le dernier en date ? Une collaboration avec l’ex-pilier de Rouen Jérémy Clamy-Edroux qui avait eu le courage de faire son coming out face aux caméras de Canal + : "On va intervenir ensemble pour casser les stéréotypes, éviter les amalgames, et lutter contre l’homophobie et les violences sexuelles, sous la forme d’une conférence à deux voix."
Actions du gouvernement français contre les violences sexuelles dans le sport
Le premier plan de lutte et de prévention contre les violences sexuelles dans le sport français voit le jour.
- La secrétaire d'Etat veut généraliser les "contrôles d'honorabilité" à l'ensemble des fédérations et des clubs, soit environ 1,8 million de bénévoles et dirigeants.
- Au cours de leur formation, les éducateurs sportifs auront désormais un module "spécifique" et "obligatoire" sur le thème de l'éthique et de l'intégrité.
- Roxana Maracineanu a enfin signé une convention avec le Service national d'accueil téléphonique pour l'enfance en danger (Snated).