La Création et l'Évolution de la Ligue de Délos

De nos jours, les états fédéraux sont monnaie courante et de nombreux pays comme l’Allemagne, la Russie ou les Etats-Unis reposent sur ce système. Pourtant dès l’Antiquité, on retrouve des systèmes qui tendent à mettre au point une forme d’état fédéral, notamment en Grèce avec la fédération Thessalienne (VII-VIIIe av J.-C) qui très tôt met en place un système dans lequel chaque cité membre se réunissent pour décider d’une stratégie commune en particulier sur le plan militaire et économique.

Pourtant, la ligue de Délos (-476 / -404), dirigée par Athènes durant l’essentiel du Ve siècle avant notre ère fait office de cas d’école, tant par son histoire que par les transformation subies au cour de son existence.

Avant toute chose, il semble primordial de définir certains termes afin d’éviter tout amalgame. Une fédération est une association d’États qui abandonne une partie de leurs souveraineté au profit d’une autorité centrale. A l’inverse, une confédération est une association d’États qui ne perdent pas leur souveraineté. Enfin, une ligue et une alliance à but strictement militaire.

En 478 av. J.-C., la Ligue de Délos est une alliance militaire qui unit près de 250 cités grecques contre la menace perse. La constitution de la Ligue de Délos est une initiative des dirigeants athéniens Thémistocle et Aristide. Le second fut stratège lors de la bataille de Marathon, où eut lieu la victoire majeure des Grecs contre les Perses en 490 av. J.-C. Le premier fut à l'origine des premiers aménagements du Port de Pirée, et commanda la flotte athénienne lors de la bataille de Salamine, offrant à la Grèce une victoire importante contre les Perses.

C'est dans ce contexte des guerres médiques que la Ligue de Délos voit le jour en 478 av. J.-C. L'objectif est de se prémunir contre une éventuelle nouvelle guerre menée par les Perses, en mettant des ressources en commun : bateaux, équipage, finances...

Pour éviter tout conflit ou prise de pouvoir d'une cité sur les autres, l'argent de la confédération est rassemblé sur l'île de Délos, où est érigé un temple à Apollon, et où surtout nul n'est autorisé à s'installer, car l'ensemble constitue un sanctuaire panhellénique.

La Ligue de Délos rassemble près de 250 cités grecques. Elles sont principalement situées dans l'Ionie, la Carie, l'Hellespont, la Thrace, et dans les îles. Autrement dit, la Ligue concerne essentiellement la mer Egée et les côtes d'Asie Mineure. Une cité majeure ne fait cependant pas partie de l'alliance : il s'agit de Sparte, l'un des plus grands adversaires d'Athènes, qui conduira d'ailleurs à la dislocation de la Ligue de Délos.

Certaines cités telles que les îles de Chios, Lesbos, Thasos et Samos, étaient suffisamment puissantes pour fournir à la Ligue des bateaux de guerre. Pour la plupart, les autres fournissaient un tribut en nature et en monnaie.

Bien qu'unies contre les Perses, les cités de la Ligue de Délos ne sont pas profondément alliées, et des révoltes éclatent parfois, à l'image de Thasos et Samos, ou encore de plusieurs villes d'Ionie dans les années 490 av. J.-C. En -469, c'est Skyros qui se soulève, ainsi que Naxos.

I. La Création de la Ligue de Délos

Dans un premier temps, intéressons-nous à la création de la ligue, afin de savoir quels ont été les éléments déclencheurs de la formation de la ligue de Délos.

Entre -490 et -472, les cités grecques sont affaiblies par une série de deux guerres qui les opposent à l’empire perse, ce sont les fameuses guerres médiques. C’est durant ces dernières que des batailles comme Marathon (-490) ou les Thermopyles (-480) se jouent.

Les deux guerres médiques vont marquer l’histoire et le fonctionnement des cités elle-même. Ayant subi de lourdes pertes et en étant proches de la reddition, les cités grecques n’ont eu d’autre choix que de s’unir pour arriver à repousser l’envahisseur perse.

Deux cités ressortent grandies des guerres médiques: Sparte et Athènes, les plus grande cités grecques de cette période sur le plan politique, économique et, bien sûr, militaire, ce qui leur a permis de se placer au devant des autres grecs pour mener à bien la victoire grecque sur les perses.

Ainsi, les deux cités, Sparte et Athènes, vont tenter de s’imposer comme leader politique des grecs en formant des alliances avec les cités voisines pour garantir une sécurité commune face aux perses. Sparte forme alors la ligue du Péloponnèse qui unit principalement les cités de la région du Péloponnèse et de Boétie.

De son côté, Athènes crée la ligue de Délos en -478 qui réunit surtout des cités maritimes tout autour de la mer Egée. L’Acropole d’Athènes, avec comme plus grand temple le Parthénon.

Intéressons-nous maintenant au fonctionnement atypique de la ligue de Délos au moment de sa création. Plusieurs facteurs poussent les cités de la ligue à s’allier, évidemment la peur du perse rassemble les grecs à s’unir et ce regroupement est facilitée par la langue commune et la culture panhélléniste plus particulièrement la culture religieuse commune qui est généralement similaire à tous les grecs.

Dans son fonctionnement, la ligue semble équitable. En effet, les cités membres se réunissent plusieurs fois par an sur l’île de Délos pour décider des stratégies à adopter. Chaque cité à alors une voie qui pèse autant que celles des autres. Enfin, tous les membres versent un tribut (pécuniaire ou humain) à Athènes de manière à se doter d’une armée puissante et ainsi être près à affronter les perses.

II. L'Hégémonie d'Athènes et la Transformation de la Ligue

Pourtant l’hégémonie d’Athènes sur la ligue va progressivement se transformer en impérialisme, plus particulièrement sous le mandat de Périclès.

Une date symbolise cette prise de pouvoir d’Athènes: -454 date à laquelle Périclès détourne le trésor de la ligue vers Athènes pour alimenter une politique de grands travaux dans la cité et en particulier sur l’Acropole.

Cette prise de pouvoir forcée entraîne des contestations de la part des cités membres de la ligue. Face aux contestations, Athènes n’hésite pas à utiliser la violence sur ses alliés pour s’assurer leur fidélité. En effet, quelques-unes des cités les plus importantes de la ligue vont se révolter et tenter de quitter la ligue.

On peut alors parler de Naxos (-468) ou encore Samos (-440) qui vont être violemment matter par les hoplites athéniens. Ultime humiliation pour ces cités, Athènes va implanter des clérouquies à proximité des cités insurgées afin de dissuader toutes nouvelles révoltes. Néanmoins, la situation se tend au sein de la ligue de Délos et les premiers éléments de distension apparaissent sous le mandat de Périclès.

Plusieurs raisons poussent Athènes à dominer la Ligue de Délos, malgré le désir d'égalité à l'origine du projet. Le premier argument en sa faveur est l'importance de sa flotte de guerre, qui fait d'elle le commandant naturel des bateaux et des frais associés. En effet, quelques années plus tôt, Athènes a dédié une grande partie des gains tirés de ses mines d'argent du Laurion à la fabrication de vaisseaux de guerre.

Cependant, d'autres cités grecques, telles que Thasos et Samos, disposent également d'une flotte importante. Elle est toutefois détruite lors de la révolte de ces cités qui, comme bien d'autres, estimèrent le tribut exigé par Athènes bien trop important, surtout depuis l'année -425, où la ville décida de le doubler. Athènes est donc largement laissée maître dans le domaine naval.

Par ailleurs, Périclès prend pour prétexte la menace perse pour faire déplacer le trésor de Délos à Athènes en -454. La cité a alors d'importants fonds à disposition, qui renforcent sa suprématie. Pour justifier la prise de contrôle par Athènes, Périclès ne manque pas d'arguments. Aux cités qui s'insurgent, il répond qu'Athènes étant la principale cité à assurer la défense, notamment maritime, face aux Perses, elle mérite certaines compensations, comme l'installation du trésor en son sein.

En effet, Périclès multiplie les initiatives qui font d'Athènes la cité principale de la Ligue de Délos : il porte secours (vainement) aux Égyptiens attaqués par les Perses, il mène lui-même des troupes en direction de Corinthe où gronde la rébellion… En outre, Périclès assure que nul ne peut trouver à protester tant qu'Athènes continue de garantir la sécurité des membres de la Ligue.

D'après Thucydide, dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, la Ligue de Délos est d'abord fondée sur des décisions communes, prises après discussions au sanctuaire de l'île de Délos. C'est également là que chaque cité membre verse annuellement son tribut.

Avec l'affirmation de l'hégémonie d'Athènes, les choses changent quelque peu. Les décisions se prennent à Athènes. C'est également là qu'est entreposé le trésor à partir de -454, et ce sont des Athéniens qui se chargent de le percevoir ainsi que d'en déterminer le montant. Ce dernier varie entre autres, selon le degré de coopération dont fait preuve chaque cité.

Un décret finit par imposer aux cités l'utilisation des étalons athéniens en termes de poids et de mesures, afin d'éviter tout risque de faux-monnayage. On assiste ainsi à une véritable centralisation du fonctionnement de la Ligue.

Par ailleurs, la réfection de l'Acropole sur les fonds de la Ligue de Délos contribue à l'hégémonie culturelle et religieuse d'Athènes. En -440, la ville impose aux alliés de fournir une bête en sacrifice lors des Panathénées. Cinq ans plus tard, les alliés défilent à ces jeux en tant que colonies athéniennes.

III. La Guerre du Péloponnèse et la Dissolution de la Ligue

Les tensions se font également de plus en plus fortes avec les autres cités grecques et plus particulièrement avec la ligue du Péloponnèse. Dans cette volonté d’hégémonie sur toute la Grèce les deux ligues en viennent à lancer une guerre qui les oppose durant près de 30 ans, c’est la guerre du Péloponnèse.

Dans la première phase de la guerre, Athènes est largement malmenée par Sparte qui lance des raids autour de la ville d’Athènes. L’expédition de Sicile en -415 est au départ lancée par Athènes dans le but de sortir la tête de l’eau dans ce conflit qu’elle est en train de perdre.

Pourtant, elle se solde par un vrai désastre ce qui marque le début de la fin pour la cité qui va perdre la quasi-totalité de son armée. Elle ne peut alors plus assurer la sécurité dans son empire.

En -404, Lysandre, roi de Sparte entre dans la cité d’Athènes et impose le démantèlement de la ligue de Délos. La ligue de Délos occupe une place particulière dans l’histoire du monde grec antique du fait de ses transformations.

La Ligue de Délos prend fin avec la chute d'Athènes, lors de la guerre du Péloponnèse, face à Sparte, cité hostile à l'hégémonie athénienne dès la fondation de la Ligue. Sparte rassemble ses propres alliés dans la ligue du Péloponnèse, qui compte notamment Thèbes et des cités de Béotie.

Sparte ne cesse de s'affronter avec Athènes, mettant à profit les différentes révoltes des membres de la Ligue de Délos. C'est finalement grâce au soutien financier perse que Sparte parviendra à soumettre Athènes en 404 av.

En -443, Périclès est élu pour la première fois au rang de stratège. Il le sera quinze fois d'affilée ou presque. Ses initiatives conduisent Athènes à détenir la suprématie sur la Ligue de Délos.

Favorisant la démocratie athénienne par de nombreuses réformes civiques, il mène aussi des troupes lors des guerres du Péloponnèse. Menée par Archidamos II, Sparte et ses alliés de la ligue du Péloponnèse se lancent dans diverses incursions dans l'Attique. En dépit des ravages causés, Périclès préfère ne pas intervenir.

Périclès et l'apogée de la démocratie athénienne - Histoire

Après avoir dirigé Athènes presque en continu entre -443 et -429, Périclès meurt de la peste d'Athènes (maladie inconnue), quelques mois après avoir été réélu stratège. Il succombe ainsi à la grande épidémie, qui toucha Athènes à cette époque, et qui emporta également ses deux fils ainsi que des milliers de citoyens.

Les Athéniens prennent le dessus sur l'armée spartiate à Sphactérie, et capturent alors environ 400 hoplites. Parmi ces soldats, au moins cent sont Spartiates, la victoire est alors également psychologique : ces armées, dans lesquelles combattaient des "égaux", étaient réputées pour leur invincibilité.

Athènes et Sparte mettent un terme à dix années de conflit, en signant un accord instaurant une paix de cinquante ans. La paix de Nicias permet une pause dans la guerre du Péloponnèse.

Née d'une rivalité entre la démocratie athénienne, qui cherchait à répandre (voire à imposer) son modèle à travers la ligue de Délos, et le régime oligarchique de Sparte qui souhaitait conserver sa prédominance, cette guerre aboutit finalement au statu quo.

Le stratège athénien Alcibiade est atteint par une affaire de profanation de statues d'Hermès, les hermai. La crise qui s'ensuit est majeure dans la cité, qui craint un complot.

Prêt à affronter les accusations, Alcibiade, alors commandant de l'expédition en préparation pour Syracuse, veut un jugement avant son départ. Finalement on le laisse partir, mais ce disciple de Socrate et membre de la famille de Périclès sera rappelé à Athènes : risquant la peine de mort, il optera pour la trahison.

Face aux conflits qui se poursuivent entre les cités grecques, et à l'expédition d'Athènes en Sicile contre Syracuse, Sparte annonce qu'elle rompt la paix de Nicias. Prévue pour durer cinquante ans, cette paix atteint péniblement les sept ans.

Le stratège Nicias, qui conduit un des deux contingents de l'armée athénienne présente en Sicile, ne parvient pas à traverser l'Assinaros, et se fait prendre au piège par l'armée de Syracuse. Ses troupes sont massacrées et lui exécuté.

Quant à Démosthène, à la tête de l'autre contingent, il s'est fait encercler : exécuté lui aussi, ses soldats sont, quant à eux, enfermés dans des carrières, les Latomies. Les conditions de captivité sont extrêmes et les survivants seront vendus comme esclaves.

Après l'échec de l'expédition de Sicile, Athènes subit une grave crise politique et financière. La démocratie est alors renversée pour être remplacée par un système oligarchique : le régime des Quatre cents.

Mais l'armée qui s'est reconstituée à Samos n'est pas prête à l'accepter. De surcroît le régime échoue dans ses négociations de paix avec Sparte. Il sera remplacé par le régime des Cinq milles dès le mois de juin. Mais le peuple et l'armée le mettront en échec, et la démocratie sera restaurée.

Profitant des difficultés de politique intérieure à Athènes, Alcibiade achève de se racheter aux yeux de ses concitoyens en multipliant les victoires militaires. Conduisant la flotte, il est victorieux à Cyzique. Cette troisième victoire consécutive face à Sparte met Athènes en position de force.

De retour à Athènes, les stratèges victorieux lors de la bataille des Arginuses sont jugés et condamnés à mort. La victoire sur Sparte ne pardonne pas, aux yeux des Athéniens, l'abandon des naufragés en pleine mer suite à une tempête. Pour Athènes, cette victoire au cours de la guerre du Péloponnèse est la dernière.

Lysandre, à la tête d'une flotte de 180 navires spartiates, attaque par surprise et inflige une sévère défaite à la flotte athénienne, postée à Aigos-Potamos. Constituée de 170 trirèmes et dirigée par Conon, cette flotte avait pour but de garantir le ravitaillement en blé d'Athènes.

La cité se retrouve donc dans une situation intenable. Assiégée, affamée et dénuée de ressources militaires navales, Athènes capitule et est contrainte d'accepter les conditions imposées par Sparte.

Les longs murs qui l'entouraient, symbole de sa puissance, sont détruits tandis que l'Empire, existant à travers la ligue de Délos, est dissout. Mais surtout, la démocratie est remplacée par un régime oligarchique : le conseil des Trente.

Sparte imposera ensuite à toutes les démocraties construites sur le modèle athénien des décarchies, oligarchies gouvernées par dix personnes. Ces régimes, autoritaires et violents, seront perçus comme une régression, notamment à Athènes qui l'interprète comme un retour à la tyrannie.

Après sa victoire en 404 avant J-C à Aigos Paimos, Sparte a imposé son hégémonie sur le monde grec. Athènes voit la Ligue de Délos qu’elle a fondée se dissoudre. Puis arrive la guerre de Corinthe.

En effet, Sparte impose à Athènes un régime oligarchique, celui des Trente Tyrans. Ils imposent également des garnisons lacédémoniennes dans les anciennes possessions athéniennes, et le tribut qui devait normalement revenir à Athènes est levé au profit de Sparte.

Athènes chasse en 403 avant J-C les Trente Tyrans et s’allie avec Thèbes, Argos et Corinthe avec le soutien des Perses.Toutefois, ces derniers se rallient finalement à Sparte, et Athènes doit signer la paix du roi.

Après cette paix en 386 avant J-C, qui a marqué la défaite d’Athènes et la montée en puissance des Spartiates, ces derniers doivent être les garants de la paix et s’assurer qu’elle soit maintenue. Les Perses, dorénavant, ingèrent dans les affaires du monde grec.

Athènes était donc en perte de vitesse. Il fallait pour eux trouver un moyen de relever la tête. C’est pourquoi ils ont fondé la seconde Confédération maritime en 377 avant J-C, avec comme but la libération des cités grecques de l’hégémonie spartiate.

Cette alliance est concrétisée par le décret proposé par Aristotélès et adopté par l’assemblée athénienne, également connu sous le nom de Charte de la Deuxième Confédération maritime.

Le décret fait attention à ne pas faire peur aux alliés en faisant en sorte de ne pas reproduire les caractéristiques de la Ligue de Délos qui imposait son hégémonie sur les alliés. Ce texte est l’un des plus importants pour l’histoire diplomatique d’Athènes au Ve siècle.

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