La Coupe du Monde de Rugby 1995, la troisième de l'histoire, s'est déroulée en Afrique du Sud. Cette édition marque la première participation de l'équipe nationale sud-africaine, les Springboks, qui avaient été exclus des deux premières éditions en raison du régime d'apartheid.

L'équipe de France, avec plusieurs des meilleurs joueurs de son histoire, avait tout pour prétendre au trophée. Le contexte à Durban était hautement politique, avec le président Nelson Mandela cherchant à unifier une nation divisée par les inégalités raciales en popularisant le rugby des Springboks.
Pour Mandela, il était crucial que les Springboks, menés par François Pienaar et soutenus par "Madiba" lui-même, remportent le trophée. Alors qu'importe que le terrain soit totalement détrempé, cette rencontre doit avoir lieu sans quoi les Boks seraient disqualifiés.
Un Match Titanesque sous un Ciel Diluvien
La demi-finale entre la France et l'Afrique du Sud s'est déroulée à Durban sous un ciel diluvien. "Aujourd'hui, un match dans de telles conditions ne serait jamais joué", se souvient Philippe Saint-André, capitaine des Bleus. Repoussée plusieurs fois, la rencontre commencera deux heures après l'heure initialement prévue "dans un bocal de poisson rouge", rembobine Philippe Saint-André, capitaine des Bleus.
Malgré les conditions difficiles, le match fut intense. Les glissades, les en-avants et les mêlées difficiles ont épuisé les joueurs. Après un essai sud-africain contesté, les Français se sont accrochés et ont inscrit deux essais, tous deux refusés par l'arbitre gallois Derek Bevan.

Menés 19 à 15 à la 78e minute, les Tricolores ont tenté de remonter au score. Abdel Benazzi a récupéré le ballon et s'est élancé pour marquer, mais Derek Bevan a jugé que le ballon n'avait pas été aplati derrière l'en-but et a refusé l'essai.
"Tout s'est joué sur 15 centimètres. Abdelatif Benazi est tombé avant la ligne", avait déclaré Philippe Saint-André en sortie de match à l'AFP. Quinze centimètres qui ruinent les espoirs français.
Les Bleus ont été éliminés du Mondial, sous les vivats de la foule célébrant les Boks. François Pienaar lui-même a admis que "s'il y avait eu 40 000 spectateurs français dans le stade, l'essai [de Benazzi] aurait été accordé".
Pour ne rien arranger, l'arbitre de la rencontre s'est vu offrir une montre en or par le président de la Fédération de rugby sud-africaine à l'occasion du banquet de la fin de mondial, geste jugé déplacé par les équipes françaises et néo-zélandaises, qui ont alors quitté la célébration.
Des Questions et des Controverses
Un deuxième point vient contraster la victoire des "Sudafs" : quatre des Springboks de 1995 sont aujourd'hui décédés et deux souffrent de maladies handicapantes rares. La question d'une santé abîmée prématurément pour cause de dopage s'est posée.
François Pienaar a admis dans son autobiographie qu'ils s'injectaient des vitamines B12, connues pour augmenter les effets de l'EPO, dopant notoire, "mais plus tard, elles ont été interdites, alors on a tout arrêté", avait-il assuré à Stade 2 en 2015.
"De toute façon, l'Afrique du Sud avait tout mis en place pour gagner cette Coupe du monde", conclura laconiquement l'ancien demi d'ouverture Christophe Deylaud dans un entretien accordé à L'Equipe en 2020.
LE MATCH LE PLUS CONTROVERSÉE DU XV DE FRANCE (DEMIE FINALE 1995)
Pour cause, comme l'avait pressenti Nelson Mandela, dépeint par le film Invictus de Clint Eastwood (2009), la victoire sud-africaine pavera non seulement la route de la finale, mais aussi celle de la naissance du mythe de la nation "arc-en-ciel", unie dans la différence.

Parcours de l'Équipe de France en 1995
L'équipe de France, entraînée par Pierre Berbizier et dont le capitaine est Philippe Saint-André, évolue dans la poule D. Après avoir battu le Tonga (38-10) le 26 mai à Pretoria, puis la Côte d'Ivoire (54-18) le 30 mai à Rustenberg, elle joue la première place de la poule le 3 juin à l'Ellis Park de Johannesburg face à l'Écosse.
Menés au score pendant toute la rencontre, les Tricolores parviennent à s'imposer durant les arrêts de jeu : Philippe Sella joue rapidement une pénalité, le ballon arrive dans les mains de Jean-Luc Sadourny, qui le transmet à Émile N'Tamack, qui inscrit l'essai de la victoire (22-19). Le XV de France évite ainsi d'affronter les redoutés All Blacks en quarts de finale.
Quarts de Finale
Le 10 juin, au King's Park de Durban, la France se voit opposée à l'Irlande. Philippe Saint-André et Émile N'Tamack inscrivent chacun un essai, Thierry Lacroix convertit huit pénalités. Mais le succès du XV de France (36-12) s'est surtout construit grâce à la solidité de son pack (Christian Califano, Olivier Merle, Olivier Roumat, Abdelatif Benazzi...).
Demi-Finales
Le 17 juin, au King's Park de Durban, l'Afrique du Sud et la France se disputent une place en finale. Le terrain est détrempé par l'orage, mais l'arbitre gallois, M. Derek Bevan, décide de maintenir la rencontre, alors qu'un report du match semblait judicieux. Le combat est âpre. Un essai (accordé à tort) de Ruben Krüger (26e minute), quatre pénalités et une transformation de Joel Stransky contre cinq pénalités de Thierry Lacroix font que les Springboks mènent 19-15.
Après une ultime remise en jeu, Abdelatif Benazzi tente de transpercer la défense sud-africaine : poussé par ses coéquipiers, il croit marquer l'essai de la victoire ; mais il a posé le ballon 15 centimètres avant la ligne, et l'essai est justement refusé.
Match pour la Troisième Place
Les Bleus de 1995 se sont quand même raccrochés à leur fierté : la défaite ne fut pas un naufrage, derrière la bande de Saint-André s'est donnée les moyens de battre l'Angleterre lors du match de la troisième place, ce que les Bleus de 2003 et 2007 n'ont pas su faire. Une forme de revanche.
Statistiques de l'Équipe de France en 1995
Voici un aperçu des statistiques de l'équipe de France en 1995 :
| Compétition | Matchs Joués | Victoires | Nuls | Défaites | Points Marqués | Points Encaissés | +/- |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Ensemble des matchs | 16 | 12 | 0 | 4 | 452 | 186 | +266 |
Valeur d'exemple pour cette équipe qui s'avancera un 17 juin à Durban.
Le XV de France ce jour-là : Sadourny Ntamack Sella Lacroix Saint-André Deylaud (o) Galthié (m) Cabannes Cecillon Benazzi Roumat Merle Califano Gonzales Armary
Une demi-finale mémorable !