Alors que les États-Unis se préparent à accueillir la Coupe du Monde de Rugby en 2031, le pays déploie une stratégie ambitieuse pour transformer un sport de niche en un spectacle planétaire. Les matchs devraient se jouer dans des stades NFL à la capacité massive, transformés pour l’occasion en arènes de rugby high-tech.

La Stratégie Américaine pour Transformer le Rugby
L’idée est de faire évoluer les infrastructures au cours des six prochaines années. USA Rugby envisage même d’accueillir des matchs du Tournoi des Six Nations sur le sol américain pour appuyer cette stratégie.
La conquête américaine passe aussi par des visages familiers. Le capitaine du XV de France, Antoine Dupont, a récemment effectué un voyage promotionnel aux États-Unis. En coulisses, la Major League Rugby explore les moyens de le faire jouer outre-Atlantique avant 2031. La même logique s'applique à Louis Rees-Zammit, ex-star galloise aujourd’hui convertie à la NFL.
Rugby : Antoine Dupont est-il devenu plus grand que son sport ?
Ilona Maher, star américaine du rugby à 7 féminin et véritable phénomène sur les réseaux, incarne aussi cet élan. Le parallèle avec le football est assumé. Avant la Coupe du monde 1994, personne n’imaginait le soccer percer aux États-Unis. Aujourd’hui, la MLS est bien installée et le pays accueille la Coupe du monde 2026.
Le défi est immense : seulement 84 000 licenciés aux États-Unis aujourd’hui, sur 340 millions d’habitants. Mais les dirigeants y croient. Goren, passé par la MLB et la NBA, le martèle : "Les Américains suivent les gagnants." World Rugby vise un milliard de dollars de revenus billetterie en 2031. Pour y arriver, il faudra bien plus que des matchs : il faudra un spectacle, une culture et un engouement populaire.

Le Nouveau Championnat des Nations et ses Implications
À partir du mois de juillet, le quinze de France va participer tous les deux ans au nouveau Championnat des nations (de son nom commercial), à la place des traditionnelles tournées d'été et d'automne. Derrière cette dernière trouvaille des instances du rugby, se cache une compétition toute neuve, présentée ce lundi pour réunir, dans sa Première Division, les sélections du Tournoi des Six Nations (la France, l'Angleterre, l'Irlande, l'Écosse, le pays de Galles et l'Italie) dans la conférence Europe, et celles du Rugby Championship (la Nouvelle-Zélande, l'Afrique du Sud, l'Argentine et l'Australie), plus le Japon et les Fidji, dans la conférence dite de « l'Hémisphère sud » - les organisateurs considérant le Japon comme une nation du Sud.
Le principe est simple : les équipes européennes se déplacent chez trois nations sudistes en juillet, et reçoivent les trois autres en novembre. La France se rendra ainsi en Nouvelle-Zélande, en Australie et au Japon en juillet, avant de recevoir les Fidji, l'Afrique du Sud et l'Argentine en novembre.
Avec, pour pimenter le tout, un classement par conférence et un week-end à Londres fin novembre où chaque équipe rencontrera son alter ego de l'autre conférence - la première nation d'Europe retrouvera la première du Sud, et ainsi de suite. Ce Championnat des nations se tiendra tous les deux ans, sur les années paires hors Coupe du monde et tournée des Lions britanniques. Une finale au Qatar dans deux ans.
« C'était important de la créer, car des Fédérations sont en souffrance avec le système actuel de tournées », énonce Abdelatif Benazzi, vice-président de la Fédération française de rugby (FFR). Économiquement, les nations attendent en effet des retombées bien plus importantes que lors des test-matchs avec, notamment, l'organisation de la finale de 2028 au Qatar, un territoire jusque-là inexploré par les plus grandes nations à XV.
D'autres mannes financières relatives aux droits télé - TF1 a déjà acquis les droits en France - ou aux recettes de billetterie sont attendues, en espérant que l'enjeu sportif accru aide à remplir les enceintes - le Stade de France n'a affiché complet qu'une fois sur trois en novembre 2024.
Loin de la légitimité historique du Tournoi ou du Mondial, son prestige est au mieux discutable. Mais les Bleus auraient tort de le galvauder. Rémunérateur en points au classement World Rugby, il s'avérera déterminant pour désigner les têtes de série en vue des tirages au sort des Coupes du monde, à commencer par 2031.
Selon le même principe que son pendant du ballon rond, la compétition va prévoir, pour sa 3e édition, en 2030, un système de promotion et de relégation entre les 1re et 2e divisions. « Si on n'est pas à 100 % dans ces compétitions, ça devient un risque, avoue Benazzi. On avait un acquis financier avec les tournées, on ne peut pas prendre la compétition à la légère. » Sous peine de voir les recettes fondre.
« Tu ne remplis pas ton stade de la même manière ni au même prix contre l'Angleterre ou contre le Portugal », illustre une source bien renseignée. Dit autrement, la France pourra difficilement se passer de ses joueurs « prémiums »... qu'elle a pris pour habitude de laisser au frigo durant les tournées d'été.
Pendant qu'une nouvelle convention est en discussion entre la LNR et la FFR, le modèle du rugby hexagonal va s'en trouver chamboulé. Et ce d'autant plus qu'un premier choc attend les Bleus contre les All Blacks le 4 juillet, une semaine tout pile après la finale du Top 14. Un délai sûrement trop court pour imaginer les finalistes se coltiner 80 minutes de collisions à l'autre bout du monde.
Conscients de ces contraintes, les Bleus espéraient affronter le Japon en premier, histoire de démarrer en douceur sans quelques « prémiums ». Mais ils n'ont pas eu gain de cause et ne devraient pas, non plus, échapper à un voyage au pays du Soleil Levant le 18 juillet, alors qu'une organisation du match en Océanie était dans les tuyaux pour limiter les déplacements.
Si l'on ajoute à cela une 4e rencontre à disputer en novembre, avec le week-end de finales du 27 au 29, le nombre de rendez-vous à cocher pour les internationaux prémiums n'en finit plus de grandir.
« Ça va être compliqué pour le rugby français, analyse Philippe Saint-André, ancien sélectionneur (2011-2015). Il va falloir être compétitifs 11 mois sur 12, sans compter la préparation. On a vu le PSG jouer 11 mois jusqu'en juillet cette année et avoir beaucoup de blessures cet automne. Et encore, nous, on est un sport de contact, nos joueurs ont besoin de se régénérer... » À huit mois et demi de son lancement, la compétition n'a pas fini de faire parler.
Candidatures pour les Coupes du Monde 2035
World Rugby a lancé la procédure pour désigner le ou les hôtes de la Coupe du monde 2035, après l’Australie en 2027 et les États-Unis en 2031. Aucune candidature officielle n’a encore été déposée, mais plusieurs pays devraient bientôt se positionner, dont l’Espagne, l’Italie, le Japon et les Émirats arabes unis.
Un autre projet, plus audacieux, est à l’étude: une organisation en Amérique du Sud, portée par l’Argentine comme pays principal, avec le Brésil, le Chili et l’Uruguay en coorganisateurs. Agustin Pichot, ancien demi de mêlée des Pumas et vice-président de World Rugby, a défendu cette idée dans le Times. Selon lui, l’Amérique du Sud mérite d’accueillir la compétition: les stades y sont de grande qualité, l’ambiance y est exceptionnelle et l’expérience serait unique.
Il regrette que le tournoi revienne trop souvent aux mêmes pays, saluant l’édition 2019 au Japon comme une réussite, et rappelle que, depuis 1987, seules l’Amérique du Sud et les États-Unis n’avaient pas encore accueilli la Coupe du monde, ces derniers le feront en 2031.
Les dossiers complets devront être remis à World Rugby au troisième trimestre 2026.