Coupe du Monde Féminine 2003 : Les Bleues Font Leurs Débuts aux États-Unis

Alors que l’équipe de France féminine participe à la Coupe du Monde de Football en Australie et en Nouvelle-Zélande, il est bon de se remémorer leurs débuts dans cette compétition. En 2003, les Bleues vivaient leur toute première Coupe du Monde après une qualification historique acquise un an auparavant.

À l’automne 2003, un voyage inédit attendait les Bleues : un premier Mondial outre-Atlantique aux États-Unis, le pays des tenantes du titre où le soccer est roi. Dans cette actualité vintage, l’Équipe de France féminine réalisait l’exploit, passé quasi inaperçu, de se qualifier pour le premier Mondial de son histoire.

Le Contexte de la Qualification Historique

Le contexte de la qualification historique des Bleues, un an plus tôt, est encore dans toutes les têtes. Dirigées par Élisabeth Loisel, elles attaquent les éliminatoires après avoir pris part à leur deuxième phase de groupes d’un Euro (2001). En dépit de deux revers concédés face à la Norvège, l’Équipe de France féminine décroche sa place pour les barrages.

Au premier tour, le Danemark est écarté (2-0 ; 1-1). Puis se profile l’Angleterre. Lors de l’aller sur le sol anglais, le 17 octobre 2002, portées par leur dynamique collective, elles l’emportent grâce au réalisme de Marinette Pichon à la réception d’une louche d’Élodie Woock.

Le Stade Geffroy Guichard de Saint-Étienne accueille le match retour. 23 680 spectateurs sont au rendez-vous, du jamais vu pour une rencontre des Bleues, diffusées en prime time sur Canal+.

« La victoire engendre la confiance au retour, se souvient la buteuse. On est solides dans nos têtes, dans notre jeu et tactiquement. On résiste aux assauts anglais et le but de Coco (Diacre) nous délivre (1-0, 16 novembre 2002). C’est la plus belle émotion collective de ma carrière internationale. Marquer en Coupe du monde aura été une belle émotion aussi, mais individuelle. Ce qui était beau ce jour-là, c’était de partager ce bonheur ensemble. »

La joie des Tricolores au stade Geoffroy-Guichard après la qualification historique (photo Alain GADOFFRE / ONZE / ICON SPORT)

« Tout le public avait répondu présent, prolonge Hoda Lattaf. Quand on est arrivées au stade, il y avait tellement de bruit que l’on s’est demandé ce qu’il se passait. C’était simplement le public. On n’était pas habituées à ça. C’était magnifique. À la fin du match, on avait fêté la qualif’ avec eux. J’avais pris le micro, on avait chanté et dansé sur l’air des Espagnoles à la mode… Aserejé de Las Ketchup. On avait fait la chorégraphie ! C’est l’un de mes plus beaux souvenirs en Équipe de France. »

C’est aussi l’acte de naissance international des Bleues et le plus beau coup réalisé par Élisabeth Loisel qui offre à la France sa première participation à un Mondial.

Les Bleues pensent alors décrocher leur billet pour la Chine, pays auquel la FIFA a confié l’organisation de l’édition, mais le Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) qui touche le pays conduit à la délocalisation du tournoi. C’est donc l’Amérique qui attend les Françaises.

Au pays du soccer, elles vont découvrir le grand monde et sa cruelle réalité, poussées vers la sortie dès la phase de groupes.

Marinette Pichon a été l’incontournable buteuse de l’équipe de France. En 2003, l’attaquante et les Bleues s’apprêtent ainsi à vivre leur toute première Coupe du monde après une qualification acquise un an auparavant, face aux Anglaises, à Saint-Étienne.

Une désillusion qui conduira à la fin de carrière internationale de Pichon, aujourd’hui directrice générale de Lasalle Soccer à Montréal, et chroniqueuse pour la télé canadienne RDS.

Mais avant ça, en 2002, la gauchère de Saint-Memmie était devenue la première footballeuse française professionnelle en ayant rejoint le club américain de Philadelphie Charge. Outre-Atlantique, Pichon a conquis tout un pays qui doutait pourtant de son recrutement.

Souvenirs de Marinette Pichon

« J’ai commencé en équipe de France quand j’avais 18 ans (en 1994). Après une première sélection Espoirs, une liste des A sortait. J’espérais être dessus, mais ça n’avait pas été le cas. Sauf que je suis rappelée, car à ce moment-là, une joueuse se blesse (ligaments croisés). Le plus beau souvenir de ma carrière avec les Bleues reste la qualification pour le Mondial 2003. La Marseillaise, avec le public nombreux à Geoffroy-Guichard, était fabuleuse (plus de 23 000 spectateurs). Quand on entend ça, on est convaincu qu’on va cartonner derrière sur le terrain, même si aux premières notes, tu trembles de partout, et que tu as la gorge qui se serre. On était solide dans nos têtes, et aussi tactiquement. On a su résister et on est délivré par le but de Corinne (Diacre). C’est la plus belle émotion collective de ma carrière internationale ! Certes, marquer en Coupe du monde a aussi été une belle émotion, mais elle reste individuelle.

Donc, en 2003, quand j’arrive à la Coupe du monde, la première chose que je me dis c’est : “Waouh ! J’y suis !”. Je vais jouer devant des fans, sur un territoire sur lequel j’ai évolué pendant trois ans. Et à cette occasion, j’ai aussi ma sœur qui me rend visite. Malheureusement, à la fin de chacune des trois rencontres, elle ne pourra jamais venir me voir… La pauvre ! Tout ça parce que mon numéro était tout le temps tiré au sort pour le contrôle antidopage. Donc, mon premier souvenir du Mondial 2003, c’est ça. Parce que c’est quand même fou.

On débute contre la Norvège, qu’on n’avait jamais battue encore à cette époque. Et on passe complètement à côté, mentalement surtout, on était très crispées (0-2). Derrière, contre la Corée du Sud, c’était un match compliqué, très verrouillé. C’était un style différent mais les Coréennes jouaient super bien, elles étaient en place et nous laissaient très peu d’espaces. Mais sur un coup franc (tiré par Élodie Woock), le ballon me revient dans les pieds, je suis en rotation, je marque et, à cet instant précis, la rage nous envahit, car on reste en vie pour passer en phase finale avec cette victoire (1-0).

Sauf qu’on sait déjà que derrière, il ne faudra pas se louper contre le Brésil. À ce moment-là, je suis heureuse de marquer, mais je ne suis pas celle qui sauve la France. Car marquer, c’est mon rôle d’attaquante.

Marinette Pichon (la n° 9) en 2005, face aux Pays-Bas.

Et puis à force de se répéter qu’on n’a pas le droit de se rater contre le Brésil, il va y avoir pas mal d’angoisses au sein du groupe après ce succès.

C’était un sacré morceau avec Katia, ou bien Marta et Formiga, toutes jeunes en 2003 mais très talentueuses. On a bien joué, j’égalise dans les arrêts de jeu, mais ça n’a pas suffi. Il nous fallait gagner et espérer un faux pas des Norvégiennes pour continuer l’aventure.

Viendra ensuite le Mondial 2007, ou l’échec d’un système. On réclame des moyens qu’on n’a pas, et ça nous fait défaut face à des nations qui sont en pleine ascension.

À nouveau en qualification contre l’Angleterre, on a pas mal de lacunes : un manque de réussite offensive, une désorganisation au milieu et dans notre liaison avec la ligne d’attaque.

Il y a des jours où on marche sur l’eau et d’autres où c’est plus difficile.

Dans ma tête, j’avais déjà enclenché la réflexion d’arrêter ma carrière. Ça tombe à ce moment-là car j’étais fatiguée et que, peu importe si je continuais ou non, rien n’allait évoluer. C’était logique de me dire que c’était la fin. Et d’autres choses m’attendaient aussi avec ma femme, et la volonté d’avoir notre enfant, notre magnifique merveille.

La Sélection Française

La sélection pour la Coupe du Monde 2003 était composée de joueuses talentueuses :

  • Gardiennes : Marty, Sapowicz
  • Défenseuses : Provost, Georges, Diacre, Casseleux, Viguier, Sykora, Goulois
  • Milieux : Soubeyrand, Bompastor, Woock, Lecoufle, Coquet, Dessalle

Les Matchs de la France

Les résultats des matchs de la France lors de la Coupe du Monde 2003 furent :

  • France - Norvège : 0-2
  • France - Corée du Sud : 1-0
  • France - Brésil : 1-1

Le Parcours en Détail

Norvège-France : 2-0

Les Bleues font leurs premiers pas en Coupe du monde à Philadelphie. Pour ce match, Élisabeth Loisel a reconduit 10 des 11 titulaires ayant disputé le barrage aller face à l’Angleterre. Seul changement : Laura Georges, entrée durant le temps additionnel au retour contre les Anglaises, est titulaire. En face, se présente la Norvège, un adversaire bourreau des Françaises.

En première période, les coéquipières de Corinne Diacre, omniprésente, rivalisent avec les championnes olympiques en titre. Derrière, Céline Marty est impeccable mais en attaque Mugneret-Béghé, Lattaf ou Woock ne parviennent pas à ouvrir le score.

L’entame de la seconde période met fin aux espoirs français. À la réception d’un coup franc de Sandaune, Anita Rapp trouve la faille de la tête (1-0, 47e) puis, sur un contre, Dany Mellgren aggrave le score (2-0, 66e). Les Bleues sont victimes du réalisme norvégien et de son expérience (vainqueur de la Coupe du monde 1995, finaliste en 1991, quatrième en 1999).

France-Corée du Sud : 1-0

Après leur défaite inaugurale, les joueuses de l’Équipe de France n’ont plus le choix : elles doivent accrocher la Corée du Sud pour conserver une chance de voir les quarts de finale. La rencontre est ouverte et indécise.

En toute fin de match, elles bénéficient d’un coup franc. À la retombée du ballon tiré par Élodie Woock, Marinette Pichon contrôle, pivote avant de marquer d’une frappe du gauche. L’attaquante devient la première buteuse des Bleues dans l’histoire de la Coupe du monde et celle leur ayant permis d’accrocher la première victoire.

« Pichon sauve la France » titre le journal Libération dans un article publié le lendemain. Les Françaises peuvent aussi remercier Céline Marty qui les a maintenues en vie et désignée joueuse du match.

Tout se décidera donc face au Brésil. Un Brésil, troisième de l’édition 1999 et qui a impressionné lors de ses deux premiers matches (3-0 face à la Corée et 4-1 contre la Norvège).

France-Brésil : 1-1

« Ça rappelle des souvenirs, j’en ai les yeux qui pétillent », confie Marinette Pichon à l’AFP à la veille de la confrontation.

Alors que l’affiche est inédite chez les féminines, les souvenirs convoqués remontent à un France-Brésil disputé cinq ans auparavant le 12 juillet 1998. La fin est connue et les joueuses d’Élisabeth Loisel veulent s’inspirer des Bleus d’Aimé Jacquet pour tenter de décrocher une qualification historique en quarts de finale.

Pour cela, elles doivent s’imposer et attendre un faux-pas de la Norvège contre la Corée du Sud. Hélas, rien ne se déroule comme espéré.

Les Bleues ne déméritent pas, Céline Marty, dans le but, sauve à plusieurs reprises le coup mais elle est coupable d’une hésitation à l’heure de jeu dont profite l’attaquante auriverde Katia (1-0, 57e).

L’égalisation tardive de Marinette Pichon (1-1, 90e+2) permet aux Françaises, troisièmes de leur groupe derrière le Brésil et la Norvège, de quitter ce premier Mondial la tête haute.

Classement Final

Voici le classement des meilleures nations à la Coupe du Monde Féminine 2003 :

  1. Allemagne
  2. Suède
  3. États-Unis
  4. Canada
  5. ...
  6. 9. France

En 2003, l'Allemagne soulève sa première Coupe du monde.

En 2003, l'Allemagne soulève sa première Coupe du monde (photo Firo / ICON SPORT).

La Coupe du Monde Féminine de Football 2003 a été une étape importante pour le football féminin, marquant la première participation de la France et révélant les défis et les espoirs de cette discipline en pleine croissance.

Mémorable ! (Mondial 2003 féminin) [2003-12]

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