Le Coup de Foudre : Une Exploration de sa Psychologie

Le coup de foudre, cette expérience intense et soudaine, fascine et intrigue. Le cœur qui bat la chamade, les papillons dans le ventre, les jambes en guimauve, les mots qui ne veulent plus sortir... Le coup de foudre renverse tout sur son passage. Mais qu’est-ce que c'est exactement ? Comment ça se produit ? Comment savoir si on a eu un coup de foudre ?

D'après un récent sondage réalisé par l’application Once, 77% des Français croient au coup de foudre et selon un sondage Ipsos, plus d’un sur deux en a déjà vécu un ! Mais alors est-ce de l’amour ou du désir ? Quels sont les signes d’un coup de foudre ? Est-ce que c’est toujours réciproque et est-ce que ça peut durer ?

Qu'est-ce que le coup de foudre ?

Avoir le coup de foudre ou un coup de cœur, ça veut dire tomber amoureux à la vitesse de l’éclair, d‘où son nom. C’est tout le processus d’énamoration qui se déroule en exactement un cinquième de seconde ! Pour 85 % des Français, il peut d'ailleurs frapper n'importe où, n'importe quand. Et 48 % des célibataires estiment que le coup de foudre serait systématiquement le point de départ d'une relation saine et stable. Alors près d'un tiers d'entre eux tente de forcer le destin en le cherchant ardemment. 17 % des répondants se disent même prêts à tout : déménager dans une autre ville, quitter leur emploi, se brouiller avec leurs proches... Il faut croire que l'amour a ses raisons que la raison ignore !

Les Signes d'un Coup de Foudre

Comme dans une rencontre traditionnelle, certains signes ne trompent pas quant à l'intérêt ou l'affection que quelqu'un nous porte. Mais quand on tape vraiment dans l’œil de quelqu’un, en général, ça se voit ! Intense, le coup de foudre nous tombe, comme son nom l’indique, dessus sans prévenir ! Comment reconnaître ce sentiment puissant quand il survient ? selon une étude Statista réalisée en 2015, la moitié des Français ont déjà connu le coup de foudre, ce sentiment très fort caractérisé par le cœur qui s’emballe lors de la première rencontre avec une personne !

« Le coup de foudre, c’est tomber en amour comme ils disent au Canada. C’est être renversé et bousculé. C’est Éros. On est saisi par la flèche d’Apollon, comme si on ne pouvait pas faire autrement« , explique Véronique Kohn, psychologue et psychothérapeute, spécialiste des relations amoureuses et auteure de l’ouvrage « Quand la peur de perdre l’autre me fait le perdre » (Ed.

Les bases biologiques du coup de foudre

« Quand le coup de foudre se produit, le système sympathique s’emballe et l’organisme secrète plusieurs neurotransmetteurs« , explique Véronique Kohn. L’organisme produit, en effet, quatre molécules spécialisées : la phénéthylamine, la dopamine, la norépinéphrine et l’adrénaline. C’est d’abord la phénéthylamine qui entre en jeu et qui provoque le sentiment de bien-être et donc la fameuse sensation d’être sur un petit nuage ! La dopamine prend ensuite le relais et stimule la transmission nerveuse : c’est elle qui est responsable de la bonne humeur, de l’enthousiasme et du fameux rire nerveux. La norépinéphrine provoque ensuite une sensation d’euphorie et stimule la production d’adrénaline qui accélère le rythme cardiaque et augmente la pression artérielle, ce qui procure une sensation de chaleur dans tout le corps. « On a aussi la sensation d’avoir des papillons dans le ventre« , explique Véronique Kohn. En raison du sentiment d’euphorie et de bien être induit par la production des quatre neurotransmetteurs, certaines personnes expliquent qu’elles ont l’impression que leur esprit se détache parfois de leur corps et décrivent des moments de flottement et de problèmes de concentration. Elles ne font plus attention à ce qu’elles font et sont facilement étourdies même quand cela ne fait pas partie de leur caractère. La personne qui est l’objet de toutes les attentions devient l’unique sujet de préoccupation. La victime du coup de foudre se demande en permanence ce que fait l’autre, quand il va l’appeler ou s’il ressent la même chose qu’elle.

Les molécules impliquées dans le coup de foudre :

  • Noradrénaline (excitation) : « La noradrénaline est proche de l’adrénaline et va augmenter notre excitation et notre hypervigilance lors de la rencontre, explique Sébastien Garnero, psychologue-sexologue.
  • Phenyléthylamine (euphorie) : Cette molécule, aussi appelée hormone du coup de foudre, va couper la faim, la soif et la fatigue, mais également lutter contre la dépression : « Quand l’euphorie, et l’excitation psychique s’emparent de nous, c’est aussi l’effet de la phenyléthylamine (PEA), neurotransmetteur alcaloïde, proche des amphétamines, mais naturelles. Ce qui explique que l’on peut parfois ne plus ressentir le besoin de dormir, de manger dans une forme d’énergie décuplée ; d’où l’expression : « vivre d’amour et d’eau fraîche ».
  • Ocytocine, prolactine, sérotonine, etc.

Attirance physique ou intellectuelle ?

S'agit-il plutôt d'une attirance physique ou intellectuelle ? Les deux mon neveu ! Et si 10% des Français, grands romantiques, disent ne pas prêter attention au physique lors d’un coup de foudre, il y a fort à parier que l'attirance physique entre tout de même en jeu. D’ailleurs, en anglais, on dit « love at first sight », en Italien « innamorarsi a prima vista », et en Espagnol « enamorarse a primera vista », soit : tomber amoureux au premier regard. On peut d’ailleurs ressentir le coup de foudre sans que l’autre ne pipe mot. Cela prouve bien que l’aspect physique compte.

Néanmoins, ainsi que l’explique l'écrivain essayiste Pascal Bruckner dans un de ses ouvrages, ça ne suffit pas ou ne devrait pas : « Il est des coups de foudre physiques qui ne sont pas suivis de complicité d'esprit. Malheur aux amants qui n'ont que le sexe pour se connaître !

Les facteurs favorisant le coup de foudre

Avoir un coup de cœur : à quoi est-ce lié ?

  • Une compatibilité naturelle… : les phéromones vont nous envoyer des signaux sur notre compatibilité potentielle. Notons que nous sommes plus attirés par des gens possédant un système immunitaire très différent du nôtre. Le but est de favoriser la complémentarité entre notre capital génétique et celui de l’autre. « C’est le côté survie de l’espèce, qui échappe au raisonnement », explique Jean-Pierre Ternaux.
  • … et culturelle : bien sûr, si l’autre nous plait instantanément, c’est aussi parce que, psychologiquement, il résonne en nous. Réminiscences ? Complexe d’Œdipe ? Education ? En tout cas, ainsi que l’analyse notre expert, nous sommes tout entier tourné vers l'autre : « Pensées, cognitions et émotions sont orientées vers l’objet de désir : c’est lui ou elle.
  • Un état d’esprit : le coup de foudre arrive souvent lorsqu’on est détaché de toute volonté, on ne le cherche pas, c’est lui qui nous trouve. Et il faut a priori y croire ou vouloir y croire. « Il faut aussi un certain contexte émotionnel pour avoir le coup de foudre. En effet, ce dernier arrive souvent dans des moments particuliers de la vie (changements, carrefour existentiel, deuil…), qui réactivent une période de perméabilité à l’autre.

Réciprocité et conséquences du coup de foudre

Oui. Pour beaucoup d’entre nous, il est le point de départ idéal d’une relation amoureuse. C’est un sentiment fort qui procure la sensation d’être plus vivant que jamais. Jeanne, qui a vécu le grand foudroiement, témoigne : « J’ai eu la sensation d’avoir trouvé le grand amour. Je me disais que je vivais la chose la plus belle et extraordinaire du monde : aimer et être aimé, follement ! Qu’y a-t-il de plus réjouissant que ça ? Et quelques fois ce n’est pas le cas : quand il n'est pas réciproque, le coup n’électrise plus, il électrocute. C’est alors de la passion, on aime en souffrance, à sens unique. D’autre part, comme nous l’avons vu, nous sommes plus attirés par des gens possédant un système immunitaire différent du nôtre. Enfin, même quand l’amour est partagé, le coup de foudre peut parfois se révéler paralysant : « Au début, en sa présence, je n’arrivais plus à parler, je devenais écarlate, je me sentais bête… Et plus tard, alors même que nous étions en couple, il m’est arrivé de pleurer quand je passais la soirée chez des copines parce que j’avais trop envie d’être à ses côtés. Comme une gamine qui veut rentrer retrouver sa maman. Il me manquait trop.

Le coup de foudre dure-t-il ?

Un coup de foudre ce n'est pas forcément éphémère, cela peut bien sûr durer et aboutir à un couple solide.

  • Faire le deuil de certaines illusions : un coup de foudre est forcément constitué d'illusions puisqu’au moment du choc, on ne connaît pas la personne. Qui plus est, on sait que la zone cérébrale responsable du jugement est en veille au moment où l’on tombe amoureux d’où le fait que l‘amour rende aveugle.
  • Transcender le désir : les médias et les films entretiennent largement l'utopie d’un amour passionnel et éternel : on ne retrouve pas les amoureux de coup de foudre à Nothing Hill 20 ans après la rencontre. On ne les voit pas se battre contre le poids du quotidien ou les tentants appels d'une autre rencontre, plus fraîche, dans laquelle on pourra de nouveau projeter ses illusions. Or on le sait, l’amour passion ne dure pas toujours. Certains disent qu’il ne passerait pas la barre des 18 mois, tandis que d’autres estiment qu’il s’estompe après 3 à 4 ans (: nous aurions une sorte de programmation, liée à notre mémoire génétique, qui nous conditionnerait à aimer pendant 3 ans environ : période nécessaire pour assurer le développement de l’enfant jusqu’à son autonomie). Quoi qu'il en soit, seul le travail permet de faire durer le couple et l’amour.

Véronique Kohn précise que certains profils sont plus sujets aux coups de foudre que d’autres. « Il y a un rêve latent sous-jacent à l’envie d’un rêve d’amour et de de complétude à la mode âme sœur. A l’inverse, il y a les fans du rêve d’amour romantique. C’est le cas tous les profils fusionnels et des profils idéalistes bien évidemment, qui rêvent plus d’un idéal de femme ou d’homme que de la réalité. Ils sont souvent déçus par le réel et donc préfèrent le rêve d’amour au couple du quotidien plein d’embûches. Sont aussi davantage concernés par le coup de foudre les profils dépendants à l’intensité, et ceux qui cherchent à se remplir par un autre, qui n’aiment pas la solitude, ou ressentent trop le vide.

Le coup de foudre n’est par définition pas durable. Ses manifestations physiologiques diminuent dans le temps. Selon les spécialistes, après un an et demi de relation, la concentration des neurotransmetteurs liées au coup de foudre commence à diminuer et au bout de quatre ans, ils disparaissent. Une autre hormone prend alors la relève. Il s’agit de l’ocytocine, l’hormone de l’attachement qui induit un lien fort et durable entre deux personnes. Mais ce n’est pas toujours le cas. « Même s’il est réciproque, le coup de foudre ne va pas systématiquement se transformer en amour durable : soit il y a acceptation que l’amour passion passe en mode ocytocine, soit il y a renoncement car certains personnes préfèrent la passion à un attachement plus sécure. Elles vont continuer à courir après la soi-disant bonne personne ou s’arranger pour faire vivre la passion au sein de leur couple, avec le désir assorti du manque en créant une relation fuis moi, je te suis, note Véronique Kohn. « Pour que la relation s’installe dans le temps, il faut accepter le changement, le contact au réel qui consiste à faire redescendre l’autre de son piédestal. Il faut aussi accepter les rugosités du quotidien, les défauts, les heurts, les frictions liées aux différences de valeurs, entre les individus.

## Coup de foudre et psychanalyse

Dans le langage populaire, le “coup de foudre” est une métaphore pour exprimer une certaine façon de ressentir l’émergence de l’amour. Il suffit d’un regard pour qu’un sujet soit saisi, ravi (capturé et enchanté), par l’apparition de l’image d’un autre qui, sur le champ fait qu’il tombe amoureux. L’énamoration, nom savant pour décrire cet événement, ce quelque chose qui “vous tombe dessus” par hasard, provoque ce moment de “cristallisation”[1] où un sujet fait la rencontre d’un réel, au-delà de l’image, qui cogne, secoue, électrise, retourne, “torpille”.

Dans la théorie lacanienne, le réel c’est l’impossible, le hors-sens, ce pour quoi la langue ne dispose pas de mots adéquats pour le décrire. Le coup de foudre agit comme une hypnose. Roland Barthes dit que “ l’épisode hypnotique est ordinairement précédé d’un état crépusculaire : le sujet est en quelque sorte vide, disponible, offert sans le savoir au rapt qui va le surprendre”[2]. L’apparition en forme d’éclair aurait un effet de réveil, de raz-de-marée. Freud évoque “un débordement de la libido du moi sur l’objet”[3]. Breton suppose dans L’ amour fou que “c’est vraiment comme si je m’étais perdu et qu’on vînt tout à coup me donner de mes nouvelles”[4]. Le coup de foudre sonne alors comme un Eurêka où le sujet, après une longue errance, se voit indiquer soudain un chemin lumineux. “Au premier coup d’oeil” l’amoureux “sait”, il y a donc une sorte de conviction dans ce regard qui adhère à son objet.

L’autre sitôt vu, sitôt aimé est reconnu comme attendu, c’est comme s’il solutionnait instantanément un problème. Mais de quel problème s’agit-il? Le sujet a la conviction d’avoir réglé quelque chose de fondamental, puisque la solution, il l’a sous les yeux. Il sait qu’il aime d’un amour qui donne une autre teneur à tout ce qu’il sait. Selon Lacan, “tout amour se supporte d’un certain rapport entre deux savoirs inconscients”.[5]Le coup de foudre serait le télescopage immédiat et fulgurant de deux inconscients mis en présence l’un de l’autre au bon moment et au bon endroit.

Ce qui caractérise donc le coup de foudre, c’est sa soudaineté où au premier coup d’oeil le sujet se sent transpercé d’amour. Le concept de pulsion scopique a permis à la psychanalyse de rétablir une fonction d’activité de l’oeil, non plus comme source de la vision mais comme source de libido. La psychanalyse différencie la libido de voir et l’objet regard en tant que manifestations de la vie sexuelle. La pulsion scopique fait surgir la jouissance du regard, dès lors qu’apparaît dans le réel quelque chose de la satisfaction. Lacan énonce : “Dans le champ scopique le regard est au dehors, je suis regardé, c’est à dire, je suis tableau”[9]. La dimension d’intrusion, de parasitage, d’emprise et d’attaque est souvent présente dans le récit des patients. “Avoir l’autre dans la peau” comme on dit, avec le fantasme sous-jacent de faire “peau commune”, scénarise des modalités d’identification et d’incorporation possible de l’objet d’amour, elles structurent dans un premier temps la relation narcissique. “Tomber amoureux” c’est se confronter, se sentir lié au désir de l’Autre, à ce qui lui manque.

D’ailleurs, cette captation peut entraîner une chute subjective, une irrésistible vague pulsionnelle subitement ressentie, quand bien même le sujet a le sentiment d’une coïncidence “inespérée”; comme si de tout temps, celle-ci lui avait été promise ou destinée. Jusqu’alors inconnu ou ignoré, cet autre devient ce qui est le plus cher. L’énamoration appelle à la métaphore et comme l’affirme Lacan : “Parler d’amour est en soi une jouissance”[11]. Dans le langage amoureux, on parle de morsure ( “je suis mordu”), de brûlure (“je me consume d’amour”) ou de prise ( “être épris”, “en pincer pour”). Or, que nous enseignent ces métaphores sur l’amour? Cet événement de la rencontre amoureuse ne va pas sans dire et le recours à la métaphore est peut-être la recherche de l’impossible à dire.

Le coup de foudre passionnel : tout savoir sur celui-ci !

En conclusion, le coup de foudre est un phénomène complexe, influencé par des facteurs biologiques, psychologiques et culturels. Bien qu'il puisse être le point de départ d'une relation durable, il est essentiel de rester conscient des illusions potentielles et de travailler à construire une relation basée sur la connaissance mutuelle et l'acceptation.

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